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ÉTOILES NOUVELLES. — ÉTOILES TEMPORAIRES

Des étoiles variables à périodicité constatée, nous passons aux étoiles nouvelles et temporaires, qui ne diffèrent peutêtre des premières que par la durée plus considérable, et en tout cas inconnue, de leurs périodes. Nous en avons déjà cité plusieurs qui ont apparu subitement, à des époques reculées, en des points du ciel où la visibilité à l'œil nu ne laissait voir auparavant aucune étoile, et qui ensuite ont disparu. Peutêtre, si les astronomes avaient eu alors à leur disposition des instruments puissants, auraient-ils pu constater que cette disparition n'était pas absolue, qu'elle correspondait seulement à un abaissement d'éclat au-dessous de la 6' grandeur. Nous verrons en effet plus loin un exemple récent d'une étoile qui, considérée d'abord comme nouvelle, était antérieurement marquée sur les cartes célestes parmi les étoiles télescopiques, et qui, après être devenue visible à l'œil nu, a repris le rang inférieur qu'elle occupait d'abord.

Passons en revue les apparitions les plus fameuses d'étoiles temporaires, dans les temps modernes.

« Un soir, raconte Tycho-Brahé, que je considérais, comme à l'ordinaire, la voûte céleste dont l'aspect m'est si familier, je vis avec un étonnement indicible, près du zénith, dans Cassiopée, une étoile radieuse d'une grandeur extraordinaire . Frappé de surprise, je ne savais si j'en devais croire mes yeux. Pour me convaincre qu'il n'y avait point d'illusion, et pour recueillir le témoignage d'autres personnes, je fis sortir les ouvriers occupés dans mon laboratoire, et je leur demandai, ainsi qu'à tous les passants, s'ils voyaient, comme moi, l'étoile qui venait d'apparaître tout à coup. J'appris plus tard qu'eu Allemagne des voituriers et d'autres gens du peuple avaient prévenu les astronomes d'une grande apparition dans le ciel,

ce qui a fourni ] 'occasion do renouveler les railleries accoutumées contre les hommes de science. » [Cosmos, tome III, p. 167.)

C'est dans le courant de novembre 1572 qu'eut lieu cette étrange apparition.

L'étoile nouvelle observée par Tycho n'avait aucune des apparences d'une comète : aucune auréole nébuleuse, aucune queue ne l'accompagnait; elle demeura d'ailleurs complètement immobile, au même point du ciel, pendant les dix-sept mois qu'elle fut visible. Elle était extraordinairement scintil-

Fig. 291. La Pèlerine, étoile nouvelle et temporaire, apparue en 1572 dans la constellation de Cassiopée.

lante, et tout d'abord son éclat surpassait celui de Wéga, de Sirius et de Jupiter même à sa plus petite distance de la Terre. « On ne pouvait le comparer, dit Tycho, qu'à celui de Vénus en quadrature. » Aussi resta-t-elle visible le jour, en plein midi, quand le ciel était pur. Mais peu à peu sa lumière diminua d'intensité. En janvier 1673, elle était déjà moins brillante que Jupiter; dès le mois d'avril, elle passa de la première à la seconde grandeur, puis elle décrut rapidement et disparut enfin en mars 1574.

Non-seulement cette étoile extraordinaire fut variable d'éclat, mais sa couleur même subit des changements rapides :

blanche d'abord pendant les deux premiers mois, période de son plus grand éclat, elle passa ensuite au jaune, puis au rouge. Tycho la compare alors à Mars, à Betelgeuse, et surtout à Aldébaran. Enfin, dès le printemps de 1.573, la couleur blanche reparut et persista jusqu'à la fin.

Plusieurs apparitions semblables avaient eu lieu à des époques plus reculées, dans divers points du ciel; deux d'entre elles notamment, que nous avons citées déjà, les étoiles nouvelles de 945 et de 1264, s'étaient fait voir entre Céphée et Cassiopée, presque dans la même région que la Pèlerine, surnom donné à l'étoile de 1572; de sorte qu'on crut quelque temps à l'identité des trois astres. Si cette identité pouvait être prouvée, il en faudrait conclure que les étoiles temporaires ne sont autre chose que des étoiles variables périodiques, et toute la différence Anendrait de l'inégalité de la durée des périodes et de l'intensité des variations.

Depuis l'observation de Tycho-Brahé, plusieurs étoiles temporaires ont été vues dans les constellations du Serpentaire et du Cygne ^ ; mais la plus brillante de toutes, celle de 1604, le fut moins que l'étoile de 1 572 : elle était surtout remarquable par une scintillation très-vive qui lui donnait, selon l'expression de Kepler, «toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, ou d'un diamant taillé à facettes multiples, exposé aux rayons du Soleil.» Elle surpassait les étoiles de T" grandeur, même Jupiter et Saturne, mais elle fût moins brillante que Vénus. Découverte en octobre 1604 par Jean Brunowski, élève de Kepler (d'autres disent dès le 27 septembre par Herlicius), elle fut observée par le grand astronome jusqu'au moment où, en mars 1608, elle finit par disparaître comme la première, sans laisser de

1. La plupart des étoiles nouvelles ou temporaires se sont mon'trées à l'intérieur ou dans le -voisinage de la Voie Lactée. Tycho en concluait que ces astres s'étaient formés aux dépens de la matière de cette grande nébulosité, opinion inadmissible, depuis qu'on sait que la Voie Lactée est tout entière composée d'étoiles distinctes ou d'amas d'étoiles.

traces. Selon Goldschmidt, cette étoile aurait été déjà vue quatre fois, en 393, 798, 1203, 1605, et serait ainsi une étoile variable ayant 405 ans en moyenne pour sa période, et devant faire sa prochaine réapparition en 2015.

Une étoile nouvelle apparut encore le 20 juin 1670, dans une partie de la constellation du Renard voisine de l'étoile ^ du Cygne. D'abord de 3° grandeur, elle s'abaissa à la 5% puis disparut, et se montra de nouveau, mais comme une étoile de 4' grandeur, neuf mois après sa première apparition. Redevenue invisible en 1672, elle se montra une troisième fois le 29 mars de la même année, mais réduite alors à la 6° grandeur: depuis on ne l'a plus jamais revue.

Près de deux siècles s'écoulèrent sans qu'un phénomène pareil à ceux que nous venons de décrire fût remarqué ; en revanche, la variabilité d'un grand nombre d'étoiles et leurs périodes furent établies. En avril 1848, Hind constata l'appa-

l'ition, dans Ophiucus, d'une étoile nouvelle de 5" grandeur, de couleur rouge-orange, et qui deux ans plus tard était nonseulement devenue invisible à l'œil nu, mais encore descendue à la H" grandeur. Elle a conservé depuis, dit-on, son éclat final.

Il y a dix ans et demi, vers

le milieu de mai 1866, divers

observateurs , en Europe et

en Amérique ^ , furent frappés

de l'apparition d'une nouvelle étoile dans la constellation de

la Couronne, en un point où ne se voyait auparavant, à l'œil

Fig. 292. Position et grandeur de l'étoile variable T de la Couronne boréale, le 12 mai 1866.

1. M. Barker à London Canada West, M. Birmingham en Islande, M- l'in-

génieur Courbebaisse à Roehefort.

nu, aucun point lumineux. Vers les 10 el 12 mai, l'éclat de cette étoile atteignait celui de la Perle, c'est-à-dire la 2' grandeur ; du 13 au 15, elle s'affaiblit jusqu'à la 3-4° grandeur; puis, après avoir passé par les grandeurs intermédiaires, elle devint imàsible à l'œil nu vers le 20 du même mois. Au télescope, on la vit se réduire à la 10' grandeur, puis son éclat se ranimer de manière à atteindre, dans les premiers jours d'octobre, entre la 7° et la 8" grandeur. Nous donnons, d'après M. Baxendell, dans la figure 293, la courbe des grandeurs par lesquelles a passé l'étoile T de la Couronne,

Fig. 293. Courbe des variations d'éclat de T de la Couronne, d'après M. Baxendell.

depuis le 14 mai jusqu'au 29 novembre. A cette dernière date, elle était un peu au-dessous de la 8" grandeur; il eût été intéressant de savoir si elle a varié depuis, ou si elle s'est maintenue au même éclat.

En recherchant sur les Catalogues et sur les cartes, plusieurs astronomes reconnurent que l'étoile prétendue nouvelle occupait la position précise d'une étoile de 9^ grandeur; d'oil l'on doit conclure qu'il s'agit en effet d'une étoile variable, et que nous avons été seulement témoins de l'une des phases de son maximum. Peut-être est-ce une variable irrégulière, comme sont sans doute aussi les étoiles nouvelles antérieure-

ment signalées; peut-être est-ce une variable périodique, dont la période a une durée considérable : on A^erra plus loin les raisons qui font pencher plutôt pour la première hypothèse.

Enfin, le 24 novembre de cette année 1876, et depuis que ce chapitre est en cours d'impression, une étoile nouvelle a fait son apparition dans le Cygne, et se trouve en ce moment l'objet de l'étude des astronomes. Nous aurons l'occasion d'en parler dans le chapitre suivant.

Terminons cette étude des étoiles nouvelles, variables périodiques ou vai'iables irrégulières, par la description du plus étonnant de tous les phénomènes de ce genre : je veux parler des variations de l'étoile •/] du Navire (ou d'Argo), variations qui occupent les astronomes depuis plus d'un siècle, et qui sont telles, qu'on ne sait encore positivement s'il faut classer cette étoile singulière parmi les étoiles temporaires, ou parmi les étoiles périodiques.

Vers la fin du dix-septième siècle, -q d'Argo n'était qu'une

étoile de quatrième grandeur ; mais moins d'un siècle après, en 1751, elle atteignait la seconde.

Soixante ans plus tard, elle était redescendue à sa première intensité, pour croîti-e de nouveau jusqu'à l'année 1826. Depuis cette époque, elle a passé parles phases les plus étonnantes, oscillant entre la première et la seconde grandeur, tantôt égale à a de la Croix, puis à a du Centaure, dépassant Canopus et approchant enfin de Sirius. La rapidité de ces changements, leurs périodes inégales, la longue durée de cet état de variabilité, l'impossibilité d'y trouver une loi plus ou moins régulière, ont contribué à faire de cette belle étoile un des plus curieux objets du ciel. Un astronome contemporain,

Fig. 294. Éloile changeante r, du Navire (ou d'Argo), à son maximum d'éclat.

M. F. Abbott, qui a suivi les variations d'y] du Navire jusqu'à ces derniers temps, nous apprend qu'après avoir, en 1843, atteint l'éclat de Sixnus, elle a diminué pi'ogressivement en passant par tous les ordres de grandeur, intermédiaires entre la première et la sixième : entre 1863 et 1867, elle n'a pas dépassé cette dernière grandeur, et, selon M. Tebbutt, elle était alors visible à l'œil nu. Nous avons dit plus haut qu'on soupçonnait une certaine périodicité dans les variations de cette période singulière. La figure 295 représente, d'après M. Loomis, la courbe probable de ces changements, dont la période serait de 70 années environ. La forme de la courbe.

Fig. 295. Courbe représentant les variations d'éclat de l'étoile r, du iNavire, dans une période de 70 ans, d'après M. Loomis.

entre 1811 et 1870, est donnée directement par les observations, et les deux observations d'Halley en 1677, de Lacaille en 1751, se trouveraient représentées par la même courbe antérieurement répétée. Les observations futures montreront ce qu'il y a de fondé dans cette hypothèse.

Nous n'avons mentionné jusqu'ici, parmi les étoiles temporaires, que des étoiles nouvellement apparues, et qui, après s'être montrées un certain temps, sont ensuite devenues invisibles. Mais il faut citer aussi quelques exemples d'étoiles connues des astronomes, et qui, à partir d'une certaine époque, ont disparu du ciel, ou du moins ont diminué d'éclat au point de devenir invisibles. Cassini cite, parmi ces dernières, l'étoile

778 LE MOJSIDE SIDÉRAL.

de ]a Petite-Ourse, marquée £ dans le catalogue de Bayer, et qui avait disparu. Maraldi a constaté pareillement la disparition de plusieurs étoiles, inscrites jusque-là aux catalogues., dans les constellations du Lion, du Scorpion, de la Vierge. Ala A'érité, les catalogues dont il s'agit ayant été construits rér cemment à l'époque où observaient ces astronomes, il est possible que les étoiles disparues aient été simplement des étoiles variables, dans leurs périodes de minimum d'éclat.

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