COULEURS DES ÉTOILES
A l'œil nu, et au premier aspect, la plupart des étoiles sont blanches. Quand la scintillation est un peu prononcée, on les voit bien passer rapidement par une multitude de couleurs variées; mais c'est là, on le sait, un phénomène dont la cause est purement atmosphérique. Il en est de même de la coloration rougeàtre que prennent les étoiles, quand elles sont voisines de l'horizon; l'interposition de couches vaporeuses plus ou moins épaisses explique cette coloration accidentelle, étrangère aux astres eux-mêmes.
Mais une étude plus attentive, faite dans des conditions où ces perturbations passagères peuvent être évitées, montre bientôt que si, parmi les étoiles visibles à l'œil nu, il en est beaucoup qui ont une lumière blanche, comme Wéga, par exemple, d'autres ont une coloration rouge prononcée, comme Arcturus, Aldébaran.
Les astronomes grecs, selon Arago, ne connaissaient que des étoiles rouges et des étoiles blanches : les étoiles de couleur bleue, verte, jaune n'ont été remarquées que dans les temps modernes. Aujourd'hui que cette branche de l'observation est cultivée avec soin, on a reconnu dans la lumière des
soleils toutes les nuances de l'arc-en-cier . Parmi les étoiles blanches, outre Wéga, que nous venons de nommer, citons Sirius, Régulus, Deneb, l'Épi, Algol, p de la Lyre, e du Cocher.
Les étoiles rouges les plus remarquables sont Arcturus, Aldébaran, Antarès, a d'Orion, Pollux. Ptolémée, dans VAlmageste, nomme toutes ces étoiles uTOxippoi, rouges-jaunàtres. Joignons-y a et y de la Croix, et les étoiles variables ■/] du Navire, Mira. Dans ses Observations du Cap, J. Herschel donne un catalogue de 76 étoiles isolées, de 6' à 10' grandeur, dont la couleur rouge est très-prononcée, puisqu'il la caractérise par ces termes : rouge de rubis, rouge de sang, écarlate, rouge-pourpre, etc. D'après M. Hind, la couleur d'un grand nombre d'étoiles variables est rouge; mais ce n'est pas là toutefois un caractère essentiel, et si Mira et t] du Navire sont de couleur rougeâtre, la lumière d' Algol est blanche. Procyon, la Chèvre, la Polaire, Ataïr sont jaunes. La lumière de Castor est d'un vert pâle, et celle de l'étoile rj de la Lyre offre une couleur bleue prononcée. Toutefois il faut dire que la couleur blanche légèrement azurée, ainsi que l'a fait remarquer le P. Secchi, est celle de la très-grande majorité des étoiles.
C'est dans les couples et dans les groupes de soleils que
1. C'est une détermination délicate, que l'emploi des lunettes rend plus sûre, en dépouillant le point lumineux observé des faux rayons qui l'entourent, mais qui est sujette à des erreurs provenant des circonstances dans lesquelles se fait l'observation. Les divers observateurs ne sont donc pas toujours d'accord sur la nuance d'une même étoile (on l'a déjà vu à propos des satellites de Jupiter), ce qui tient à la fois à des influences d'appréciation individuelle, peut-être aussi à l'état de l'atmosphère, et dans certains cas à la nature des instruments : le métal des miroirs des télescopes réfléchit d'ordinaire une lumière rougeâtre qui altère la coloration propre des astres observés. D'après Struve, la couleur des étoiles est ordinairement prononcée jusqu'à la neuvième grandeur. Cependant nous trouvons dans les catalogues de sir J. Herschel un certain nombre d'étoiles encore plus petites, dont la couleur est donnée; et l'amiral Smyth affirme qu'il a été frappé de la belle teinte bleue [the beautiful blue teint) de quelques-unes des plus petites étoiles visibles dans son télescope.
788 LE MONDE SIDERAL.
la coloration de la lumière se présente avec tout son éclat et toute sa richesse. La plus grande variété distingue les couleurs des composantes de ces systèmes, déjà si remarquables à tant d'autres points de vue. Laissons parler à ce sujet le laborieux astronome de Dorpat et de Poulkova, M. W. Struve.
u L'attentive observation des étoiles doubles brillantes nous apprend, dit-il, qu'outre celles qui sont blanches, on en rencontre de toutes les couleurs du prisme ; mais, que, lorsque l'étoile principale n'est pas blanche, elle s'approche du côté rouge du spectre, tandis que le satellite offre la teinte bleuâtre du côté opposé. Cependant, cette loi n'est pas sans exception; au contraire, le cas le plus général est que les deux étoiles ont la même couleur. Je trouve, en efTet, parmi 596 étoiles doubles brillantes :
375 couples dont les composantes ont la même couleur et la même intensité ; 101 couples où la même couleur est à une intensité différente ; 120 couples de couleur totalement différentes.
« Parmi les étoiles de même couleur, les plus nombreuses sont les blanches, et, des 476 étoiles de cette espèce, j'ai trouvé :
295 couples où les deux composantes sont blanches ; 118 couples où elles sont jaunes ou rougeâtres; " 63 couples où elles sont bleuâtres. » (Mesicres micrométriques obtenues à l'Observatoire de Dorpat, p. 33 et 34.)
Nous avons relevé, dans les sept premiers catalogues d'étoiles doubles de sir J. Herschel, tous les couples dont cet astronome a mentionné les couleurs, en considérant comme blanche celle des deux composantes dont la teinte est accidentellement omise. Le nombre de ces couples est de 290 et les couleurs, soit de l'étoile principale, soit de l'étoile satellite, sont résumées dans le tableau suivant ^ :
1. Ce tableau est à double entrée, comme la table de Pythagore, ce qui permet d'en trouver aisément la signification. Ainsi le nombre 80, qui est à la rencontre de la troisième ligne horizontale, et de la quatrième ligne verti-