‹ Le ciel; notions élémentaires d'astronomie physiqueChapitre 153 sur 214 · Annuaire du Bureau des longitudes pour 1842, p · texte numérisé non relu

Annuaire du Bureau des longitudes pour 1842, p

contre l'hypothèse d'une destruction, d'une combustion réelle des étoiles devenues invisibles. « Ce que nous ne voyons plus,

dit-il, n'a pas nécessairement disparu L'éternel jeu des

créations et des destructions apparentes ne conclut point à un anéantissement de ]a matière; c'est une pure transition vers de nouvelles formes, déterminée par l'action de forces nouvelles. Des astres devenus obscurs peuvent redevenir subitement lumineux par le jeu renouvelé des mêmes actions qui y avaient primitivement développé la lumière. »

Il est peut-être plus difficile encore d'imaginer que les variations des étoiles temporaires soient dues à des mouvements de rotation. Il faudrait en effet supposer des faces d'un éclat prodigieusement inégal, et, même dans ce cas, on ne comprendrait guère une apparition subite et atteignant d'un seul coup l'intensité maximum. Les changements de couleur seraient pareillement inexplicables.

En résumé, la variabilité des étoiles paraît se ramener à deux phénomènes en apparence distincts. L'un est caractérisé par une périodicité régulière, d'une régularité pour ainsi dire mathématique, dont la cause, tout le fait présumer, est mécanique, c'est-à-dire réside dans un mouvement constant, uniforme, qui ne peut être que la rotation de l'étoile. L'autre phénomène consiste dans une variabilité irrégulière, intermittente, dont les phases présentent bien aussi, en certains cas, des retours périodiques, mais affectés le plus souvent d'oscillations considérables. Il n'est donc pas permis de lui attribuer une cause aussi régulière que la rotation uniforme de l'étoile. Cette cause est probablement plutôt physique que mécanique ; elle consiste peut-être en modifications dans l'état physico-chimique de la photosphère de l'étoile. Nous savons que notre Soleil est affecté de semblables variations à plus ou moins longues* périodes : sa photosphère et sa chromosphère passent par des alternatives d'activité et de repos qui se manifestent à nos yeux par l'abondance ou par l'absence de taches, de

facules, d'éruptions hydrogénées. De tels changements ont lieu sans doute, au sein des étoiles à variabilité brusque, irrégulière, sur une échelle assez grande pour que leurs radiations lumineuses soient tantôt exaltées, tantôt déprimées \

1. M. Faye a publié, en 1866, sur les étoiles nouvelles et sur les étoiles variables, d'intéressantes considérations aur les causes de ces deux ordres de phénomènes, qu'il n'y a pas lieu, suivant lui, de distinguer l'un de l'autre. Le savant astronome, après avoir passé en revue leurs analogies et leurs différences, croit qu'on peut passer des étoiles nouvelles aux étoiles variables par des gradations insensibles. Il examine si les unes et les autres « ne seraient pas autre chose que les états successifs d'un même phénomène dont le ciel nous offrirait à la fois toutes les phases : les étoiles à éclat constant, les étoiles à faibles variations périodiques; les étoiles à périodes irrégulières; celles qui s'éteignent presque dans leurs minima ; celles qui cessent de varier pendant un temps plus ou moins long, mais qui reprennent de l'éclat et subissent alors des variations considérables pour s'affaiblir de nouveau pendant un long laps de temps; enfin les étoiles presque éteintes qui se rallument convulsivement, présentent des intermittences plus ou moins prolongées, reviennent bientôt à leur faiblesse première ou disparaissent tout à fait. » Considérant le Soleil comme une étoile périodique, M. Faye cherche à rendre compte des intermittences de sa radiation, par le jeu des forces intérieures qui donnent lieu aux courants ascendants et descendants au sein de la masse incandescente. Quand cet échange régulier de la masse gazeuse interne et de sa photosphère brillante se fait librement, la radiation reste à peu près constante; si, par les progrès du refroidissement, cet échange a lieu par intermittences, la radiation subit des diminutions et des recrudescences périodiques. De telles oscillations régulières se manifestent, dans le Soleil, par les périodes de onze, de cinquante-cinq et de cent soixante-cinq années. Ce sont de telles intermittences, plus ou moins prononcées et plus ou moins durables, qui caractérisent le phénomène des étoiles variables périodiques ; à mesure que de telles perturbations deviennent plus irrégulières, plus saccadées, séparées de plus en plus par de très -longs intervalles de temps, ils sont les précurseurs de l'extinction définitive de l'étoile. Ce sont ces phénomènes que présentent, d'après M. Faye, les étoiles nouvelles et temporaires. Notre savant compatriote rejette donc les deux hypothèses de la rotation et de l'occultation des étoiles par des satellites obscurs, pour ne conserver que celle qui rend compte de la variabilité par des changements physiques dans les photosphères stellaires. Cet exclusivisme ne nous semble pas fondé, et nous croyons qu'il est difficile d'admettre, dans les photosphères des étoiles à période très-courte et très-régulière, des changements aussi rapides et aussi considérables que ceux constatés dans la lumière de ces étoiles par des observations qui embrassent déjà de longues années et de nombreuses périodes.

Enfin, si l'on conçoit que les deux phénomènes se combinent dans un certain nombre d'étoiles, on s'expliquera les apparences complexes de leur variabilité, qui participe à la fois de celle des étoiles changeantes à période constante et de celle des étoiles temporaires ou à période discontinue.

Même en admiettant cette double hypothèse, il restera toujours à savoir en quoi consistent les différences d'aspect des faces que l'étoile nous présente en tournant autour de son axe. On peut supposer, comme on l'a déjà dit, que les unes sont entièrement lumineuses, tandis que les autres sont recouvertes, en proportion plus ou moins grande, de taches obscures. Mais alors, ces taches ne sont pas temporaires ni mobiles, comme celles du Soleil, sans quoi la périodicité n'aurait pas la régularité constatée par de longues observations.

La vérité est que ce sont des faits, des faits authentiques; et que l'imagination se serait longtemps perdue à en chercher les causes, si l'application de la méthode d'analyse spectrale à l'étude des lumières stellaires n'était venue apporter son contingent de faits d'observation à la solution du problème, et jeter un jour tout nouveaii sur l'étude si difïicile de la constitution physique et chimique des étoiles. Ce sont ces observations que nous allons décrire dans le chapitre suivant.

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