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NÉBULEUSES DE LA DORADE ET D'ETA DU NAVIRE

D'après les dessins de sir J. Herschel 1. Nébuleuse de la Dorade. — 2. Nébuleuse entourant l'étuilo Èta du navire.

qui ont reçu le nom à' étoiles nébuleuses. Ce ne sont autre chose que des nébulosités, tantôt circulaires, tantôt ovales, tantôt annulaires, mais toujours régulières, dans l'intérieur desquelles apparaissent un ou plusieurs points lumineux, sans doute des étoiles, se détachant distinctement de la nébulosité, et d'ailleurs symétriquement placés. Si la nébuleuse est circulaire, l'étoile occupe le centre ; dans le cas d'une forme elliptique , deux étoiles sont comme aux deux foyers de la courbe. On en peut voir une (fig. 311, 5), où trois étoiles sont régulièrement disposées aux sommets d'un triangle équilatéral, tandis qu'une autre nébuleuse très-allongée a deux étoiles placées extérieurement aux deux bouts du plus grand diamètre. Là, comme dans les nébuleuses planétaires , des télescopes d'une très-grande puissance nous font voir, au lieu d'un disque faiblement mais également éclairé, des formes bien plus irrégulières, et où la lumière se distribue d'une façon beaucoup plus inégale. Telles sont les étoiles nébuleuses représentées dans la figure 312, d'après les

dessins originaux de lord Rosse.

Fig. 312. Étoiles nébuleuses, d'après lord Rosse. — 1. Des Gémeaux. — 2. Du Navire.

On s'est aussi demandé s'il ne faut pas voir, dans les étoiles nébuleuses, des soleils enveloppés

d'une atmosphère de dimension considérable, rendue visible à ces énormes distances par l'illumination des foyers stel~ laires. Cette opinion n'est certes pas dénuée de vraisemblance, bien qu'on puisse aussi, ce nous semble, considérer les étoiles nébuleuses comme des amas d'une multitude de très-petites étoiles, ayant à leur centre un soleil simple, double ou même multiple, dont l'éclat prépondérant suffirait à expliquer sa visibilité particulière.

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La régularité dans les formes d'un grand nombre de nébuleuses n'est sans doute qu'apparente. Elle disparaît en partie, quand on les examine avec des instruments très-puissants,

Fig. 313. Nébuleuses de forme couique ou cométau'e. — 1. De l'Éritlan, d'après J. Herschel. 2. De la Licorne, d'après lord Rosse. — 3. De la Grande-Ourse, d'après J. Herscliel.

c'est-à-dire lorsque, rapprochées ainsi de notre œil, elles lui laissent voir les détails de leur structure. Alors les grandes masses de lumière n'étant plus prépondérantes, la forme primi-

Fig. 314. Nébuleuse du Navire {3239 H), d'après J. HerscLel.

tive perd de sa symétrie, comme on le peut voir dans les deux

dessins qui représentent la nébuleuse annulaire de la Lyre.

Aussi, je le répète, la classification que nous avons adoptée

est-elle tout arbitraire : elle nous permettra de ranger encore

parmi les nébuleuses régulières celles qui affectent la forme conique ou parabolique , assez semblable à celle de quelques comètes, ainsi que les nébuleuses de forme spiraloïdc. Nous donnons ici (fig. 313) trois échantillons de ces nébuleuses, dont la forme a beaucoup d'analogie avec certains amas stellaires : par exemple, l'amas n" 6 de la planche XLIV présente la même disposition en éventail, la même concentration lumineuse au sommet.

Voici encore une nébuleuse (^fig. 314) qui se rapproche par sa forme évasée des nébuleuses cométaires, mais qui semble donner en même temps, par un contournement singulier, le premier élément de la nébuleuse spirale. Elle a une grande analogie de forme avec l'amas de la planche XLIV bis, n" 3.

Dans toutes les nébuleuses que nous venons d'examiner, sauf cette dernière, la régularité des formes se manifeste par une symétrie telle, que chaque objet se trouve partagé en deux parties égales par un axe de figure. Mais il importe d'insister ur ce point, que la régularité disparait souvent, quand un grossissement supérieur des instruments d'optique vient à montrer avec plus de netteté les diverses parties de la nébuleuse. On est tout étonné de la voir alors se transformer pour l'œil de la façon la plus complète. Nulle part ce changement de forme qui n'a, on le comprend, rien de réel, ne s'est manifesté d'une manière aussi brillante que dans la nébuleuse des Chien».de chasse. Qu'on jette les yeux sur la figure suivante (fig. 315) :

On y verra, au centre d'un anneau dédoublé sur la moitié de son contour, une nébuleuse globulaire très-brillante, accompagnée d'une petite nébulosité de forme ronde située en dehors de l'anneau et à une certaine distance. C'est sous

cette forme qu'elle a été vue en premier lieu et dessinée par J. Herscliel\

Plus tard, observée à l'aide du magnifique télescope de lord Rosse, la même nébuleuse s'est présentée sous une forme d'une étrangeté merveilleuse (fig. 316). Des spires brillantes, inégalement lumineuses et parsemées d'une multitude d'étoiles, partent du centre de la nébulosité , s'enveloppent les unes les autres en divergeant de plus en plus, et finissent par se perdre dans une direction commune. Les filaments extéineurs de cette prodigieuse spirale d'étoiles vont rejoindre la petite nébuleuse globulaire extérieure , qui d'abord paraissait isolée de l'anneau.

Enfin, d'après les observations plus récentes de J. Chacornac (Comptes rendus de 1862), cette dernière nébuleuse elle-même affecte la forme d'une spirale, dont les contours se rattachent avec les spires de la nébuleuse principale.

L'imagination reste confondue en présence d'un spectacle aussi grandiose. Dans l'hypothèse d'une résolubilité complète de la nébuleuse, l'esprit se perd à dénombrer les myriades de soleils dont les lumières individuelles agglomérées produisent

l''ig. 315. Nébuleuse des Chiens de chasse, d'après sir J. Herschel.

1. Elle est décrite sous le ii° 51, dans le catalogue de Messier, comme « une nébuleuse sans étoiles » qu'on ne peut voir que difficilement avec une lunette ordinaire de 3 pieds et demi. « Elle est double, dit -il, ayant chacune un centre brillant, éloigné l'un de l'autre de 4' 35". Les deux atmosphères se touchent. 5> Comme le remarque sir J, Herschel, l'anneau nébuleux avait échappé à Messier.

ces franges nébuleuses d'intensités si diverses. A calculer les dimensions totales de l'immense système par les distances probables des atomes de cette poussière de mondes, on reste ef-

Fig. 316. La nébuleuse des Cluens de chasse vue dans le télescope de lord Rosso.

frayé de la profondeur des abîmes célestes où le regard humain est parvenu à plonger. Quelles forces singulières ont pu produire de semblables tourbillons de soleils'? La forme spi-

1 . On doit à l'un de nos jeunes et savants compatriotes, M. Gaston Planté, une série de belles expériences où il cherche à mettre en évidence l'analogie

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raie était-elle à l'origine celle des masses gazeuses dont la condensation a donné naissance à chacun des individus de cette association gigantesque, ou bien, est-ce à la longue, par le mouvement progressif des étoiles composantes, que peu à peu un tel arrangement s'est manifesté? Ce sont là autant de questions que l'esprit se pose, mais dont la solution demandera peut-être bien des siècles. Arrivera-t-on à reconnaître dans ces groupes des variations de forme, distinctes de celles qui ont pour cause la puissance des divers instruments , la différence de vue des observateurs ? En un mot, poun^-t-on constater les mouvements des parties constituantes des nébuleuses? C'est ce que l'avenir dira.

La forme spiraloide n'est pas particulière à la nébuleuse des Chiens de chasse. On peut voir qu'elle est tout aussi nettement prononcée dans la nébuleuse de la Vierge, que représente la figure 317. Les branches lumineuses de cette spirale, au nombre de quatre, sont nettement séparées par des intervalles noirs, et en outre divisées par des spires plus sombres qui indiquent des files d'étoiles ou de matière nébuleuse, moins condensées. Toutes d'ailleurs partent d'un nœud central où la lumière beaucoup plus vive indique une concentration prépondérante.

Le nombre des nébuleuses où la forme spiraloide est plus

de certains phénomènes d'origine électro-magnétique, avec quelques phénomènes météorologiques ou cosmiques. Par exemple, il a pu reproduire toutes les apparences qu'offrent les taches solaires, les noyaux et pénombres, les stries dont ces pénombres sont sillonnées. C'est ici le cas de signaler celle de ces expériences, « dans laquelle un nuage de matière métallique, arrachée aune électrode par le flux électrique, prend, au sein d'un liquide, uu mouvement giratoire en spirale^ sous l'influence d'un aimant. Il suffit de jeter les yeux, ajoute-t-il, sur les figures qui représentent cette expérience pour y reconnaître la forme exacte des nébuleuses spirales décrites par lord Rosse.... En présence d'une analogie aussi frappante, n'est-on pas autorisé à jjenser que le noyau de ces nébuleuses peut être constitué par un véritable foyer d'électricité ; que leur forme en spirale doit être probablement déterminée par la présence de corps célestes fortement magnétiques placés dans le voisinage. » (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1875.)

PL. XLV bis

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