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Les étoiles non réunies en amas sont-elles distribuées au hasard sur la voûte céleste, ou mieux dans les profondeurs de l'espace? Non ; et cela est évident avant tout examen de détail, puisque nous savons déjà que la Voie Lactée, dont la zone entoure le ciel entier, est presque uniquement composée d'étoiles. Il y a là un plan de condensation stellaire si marqué, que c'est à lui que vont se rapporter nécessairement toutes les mesures relatives à la richesse en étoiles des diverses régions célestes. Mais comme la Voie Lactée se compose principalement d'étoiles, invisibles séparément, dès qu'on ne se sert plus du télescope, il reste à savoir si l'accumulation stellaire de la zone galactique a lieu également pour les étoiles dessixou sept premiers ordres de grandeur, c'est-à-dire des étoiles visibles à l'oeil nu.
« Si l'on ne considère, dit sir J. Herschel, que les trois ou quatre classes les plus brillantes, on trouve que ces étoiles sont distribuées sur la sphère à peu de chose près uniformément; toutefois, on peut observer une prédominance marquée dans leur nombre, particulièrement dans l'hémisphère austral, le long d'une zone qui suit la direction d'un grand cercle
passant par £ d'Orion et a de ]a Croix du Sud. Mais si nous faisons le compte de toutes les étoiles visibles à l'œil nu, nous devrons constater un rapide accroissement de nombre, à mesure qu'on approche des bords de la Voie Lactée. » On a cherché à mettre cette dernière augmentation en évidence de plusieurs manières. Voici, d'abord, d'après Schwinck, comment se répartissent les 12148 étoiles de la 1" à la 7" gran-
Fig. 337. Distribution des étoiles, de la 1" à la 1' grandeur, d'après Schwinck. — Coïncidence des niaxima avec la Voie Lactée.
deur dont ce savant avait marqué les positions sur sa carte céleste :
Ascension droite. Nombre d'étoiles.
De Si-aO"' à 9''20"' 3147
— giiSO"" à 12''20"' 2627
On peut voir, en jetant les yeux sur la figure 337, que les régions des deux hémisphères qui renferment le plus d'étoiles sont celles que la Voie Lactée couvre dans sa plus grande étendue. Il est vrai que les nombres précédents renferment les étoiles de 7" grandeur, qui ne sont pas visibles à l'œil nu. Les recherches de W. Struve sur la répartition des étoiles
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des neuf premiers ordres dans une zone de 30° de largeur (de -}-15°à — 15" de déclinaison) selon les heures d'ascension droite, indiquent deux maxima principaux, m et m', pour les étoiles des six premiers ordres (fig. 338) : l'un, entre les heures IV et V, l'autre entre les heures XVIII et XIX. Le premier n'est pas éloigné des points où la Voie Lactée rencontre la zone ; il n'y a pas toutefois coïncidence exacte, comme cela se voit pour le second maxima. La figure 338, qui donne la
Fig. 338. Distribution en ascension droite des étoiles des six et sept premières grandeurs. CD, nombre d'étoiles des grandeurs 1 à 7, d'après Scbwinck. AB, courbe stellaire dans une zone équatoriale de + 15" à — 15", d'après W. Struve.
courbe des variations des nombres d'étoiles visibles à l'œil nu dans cette zone, montre clairement la façon dont elles s'y trouvent distribuées.
Sir J. Herschel a publié, dans ses Observations du Cap^ le résultat de ses recherches sur la distribution des étoiles de tout ordre, non plus suivant l'ascension droite, mais selon la distance des étoiles au cercle galactique ou à ses pôles. On va voir que ce résultat est très-significatif pour les étoiles inférieures à la 9° grandeur ; mais il est beaucoup moins probant pour les étoiles visibles à l'œil nu, ou même pour celles
des sept et huit premiers ordres d'éclat. Les nombres qui expriment la densité relative des zones parallèles à la Voie Lactée, et allant de 15" en 15° à partir du pôle galactique austral, sont les suivants, en ce qui concerne les étoiles des sept premiers ordres :
Distances des zones ^^ ■. •
., ... Densités
au noie sud de la . n • i .■
,! ■ , , . stellaires relatives.
Voie Lactée.
Zone comprise entre 0° et 15° 465
— Cercle ^75—90 633
— galactique! 90 — 105 .... i 376
Il y a bien un maximum dans la zone australe de lo" de large, qui comprend la Voie Lactée ; mais il s'en faut que le nombre des étoiles aille croissant du pôle sud au cercle, et la loi n'est pas mieux marquée du côté du nord. Il semble bien résulter des statistiques précédentes, qu'il y a plus d'étoiles visibles à l'oeil nu dans la Voie Lactée que dans le reste du ciel, mais il n'est pas prouvé que leur nombre aille en augmentant depuis les pôles galactiques jusqu'aux limites boréales ou australes de la zone. On va voir, au contraire, que cette loi de condensation est des plus marquées pour les étoiles plus petites, et qu'elle l'est d'autant plus qu'on descend davantage dans l'ordre des grandeurs.
La figure 338 donne la répartition des étoiles, jusqu'à la sixième grandeur, selon les heures d'ascension droite pour
une zone qui s'étend à 15" de part et d'autre de l'équateur. Une courbe analogue a été tracée dans la planche L, d'après les mêmes recherches de W. Struve,mais appliquées à toutes les étoiles télescopiques de la 1'' à la 9" grandeur. Il est aisé de voir, par la comparaison de ces courbes, que la condensation est également marquée dans les régions de la zone que traverse la Voie Lactée ; la seule différence est que les maxima ne tombent point sur les mêmes heures. Pour les étoiles visibles à l'oeil nu, c'est la V' et la XIX' heures qui sont les plus riches ; pour les étoiles des neuf premiers ordres de grandeur, c'est
dans la VF et la XVIIP heures que tombent les plus fortes densités stellaires.
L'influence du voisinage de la Voie Lactée n'en paraît pas moins évidente, pour les unes comme pour les autres.
Mais cette loi se manifeste bien plus clairement, si l'on prend, comme l'a fait sir J. Herschel, le plan ou cercle galactique pour équateur stellaire, et si l'on cherche la loi de distribution des étoiles dans des zones parallèles à ce cercle et s'étendant de part et d'autre jusqu'aux pôles de la Voie Lactée. On a vu, dans le paragraphe précédent, que la loi de condensation est pour ainsi dire insensible, tant que l'on ne considère que les étoiles visibles à l'œil nu, et même les étoiles des huit premières grandeurs. Mais à mesure que l'on considère des étoiles d'un plus faible éclat, la i-ichesse comparative des zones, voisines de la Voie Lactée, devient plus frappante. « Pour les étoiles de 9' et de 10' grandeur, dit J. Herschel, l'accrois-
Fig. 339. Distribution des étoiles rapportées au cercle et aux pôles galactiques. — a. Courbe des étoiles des 7 premières grandeurs. — b. Étoiles de la 8» gr. — c. Étoiles de la 9= gr. — d. Étoiles de la 10° gr.
sèment, bien qu'indiqué sans équivoque sur une zone de 30° de largeur de part et d'autre de la Voie Lactée, n'a pourtant rien de remarquable. Avec les étoiles de la il" grandeur, il commence à devenir apparent, quoique faible encore, si on le compare avec celui que présente l'ensemble des étoiles de toutes les grandeurs inférieures à la 11'; ces étoiles, en effet, comprennent les seize dix-septièmes de la totalité des étoiles que renferme la zone de 30" dont on vient de parler. » Herschel tire de là deux conclusions. La première, c'est que les étoiles les plus brillantes sont réellement, prises en masses, plus voisines de nous que les plus petites, sans quoi le nombre des étoiles très-brillantes devrait croître en proportion du nombre ou de la densité stellaire des régions du ciel que l'on considère ; dans la Voie Lactée, il devrait donc y avoir une prépondérance numérique d'étoiles des premières grandeurs. La deuxième conclusion est que la profondeur à laquelle est plongé notre système dans la strate d'étoiles qui constitue la Voie Lactée, comptée à partir de la limite australe de la strate, est égale à la distance des étoiles de 9° à 10" grandeur, et ne dépasse certainement pas celle des étoiles de 11^ grandeur.
Fig. 340. Distribution des étoiles relativement au plan et au\ pôles de la Voie Lactée. — Étoiles de la 9°, 10", 11% 12° grandeur et au-dessous.
A C B, courbe du nombre total.
En résumé, il résulte des considérations qui précèdent, que les étoiles visibles à l'œil nu et la plupart des étoiles inférieures jusqu'à la il" grandeur, sont à peu près également distribuées tout autour de notre système; que, dès lors, elles constituent un amas dont notre propre Soleil fait partie, que cet amas enfin est partie intégrante du système d'ordre supérieur formé par la Voie Lactée tout entière. Il nous reste à voir comment se distribuent les autres amas d'étoiles, et s'ils ont, avec le système galactique, une connexion pareille à celle que nous venons de signaler.