NOMBRES DENSITÉS RELATIVES
des des
amas et nébuleuses
néb. stellairiîs irréductibles.
Au N. de la Voie Lactée. . . 281 2215
Dans la Voie Lactée 512 255
Au S. de la Voie Lactée. . . 126 1299
en amas en
et néb. nébuleuses
stellaires. irréductibles.
Totaux. . . 919 3769
La richesse de la Voie Lactée en objets stellaires, sa pauvreté en nébuleuses ressort toujours, bien que moins marquée, du nouveau tableau, tandis que les deux régions du ciel situées au nord et au sud de la zone conservent leur supériorité en nébuleuses et leur infériorité en amas.
Au reste on peut, en jetant un coup d'oeil sur les deux hémisphères célestes de la planche L, juger de la répartition des nébuleuses et des amas, soit dans la Voie Lactée, soit en dehors, soit dans les nuées de Magellan. Les résultats de l'intéressante statistique comparée que nous venons de donner d'après M. Abbe s'y liront clairement, et suffiront pour apprécier les importantes conclusions qu'il en tire. Voici maintenant ces conclusions :
L « Les amas font partie de la Voie Lactée et sont plus rapprochés de nous que la moyenne de ses faibles étoiles.
II. Les nébuleuses résolues et non résolues se trouvent en général en dehors de la Voie Lactée, qui, par conséquent, est essentiellement stellaire. liï. L'Univers visible se compose de systèmes, dont la Voie Lactée, les deux Nuées de Magellan^ et les Nébuleuses sont autant d'individus ; ces systèmes sont formés eux-mêmes d'étoiles (simples, multiples, ou groupées en amas) et de corps gazeux de formes tantôt régulières, tantôt irrégulières. »
Cette composition, presque exclusivement stellaire, de la Voie Lactée est d'autant plus remarquable, que, basée sur les catalogues les plus complets et donnant la connaissance du ciel tout entier, elle est conforme aux vues que W. Herschel émettait il y a plus de soixante ans, en s'appuyant sur un nombre bien plus restreint d'observations. Dans son Mémoire de 181 1 , l'illustre astronome de Slougli trouvait, sur 263 amas, 225 amas situés dans la Voie Lactée, tandis que 38 seulement étaient en dehors de la grande zone : la proportion était de 6 à 1 environ. Laissant en effet de côté les deux Nuées qui sont des objets exceptionnels, la statistique de M. Abbe donne 477 amas dans la Voie Lactée et 88 en dehors : la proportion est à peu de chose près la même, 5.4 à 1. Herschel concluait alors que la Voie Lactée est « une collection immense d'étoiles, surtout irrégulièrement condensées. »
En examinant les deux hémisphères de la planche L, où les nébuleuses et les amas sont figurés par des points de couleurs différentes, on constate aisément la distribution de ces
1. Il y a cependant une distinction à faire entre les Nuées de Magellan et la Voie Lactée, en ce qui concerne leur composition. Tandis que les amas prédominent dans cette dernière, dans les deux nuages au contraire, ce sont les nébuleuses qu'on trouve en plus grand nombre. Sur 350 objets, le Grand - Nuage renferme 66 amas seulement et 284 nébuleuses; en réunissant aux amas les nébuleuses résolubles, on trouve encore 248 nébuleuses contre 102 groupes stellaircs. Dans le Petit-Nuage, 6 amas contre 32 nébuleuses, ou même 13 groupes stellaires et 25 nébuleuses. La question serait de savoir si les nébuleuses de ces groupes sont gazeuses.
deux sortes d'objets, leur groupement à l'intérieur comme au dehors de la Voie Lactée, et l'accumulation si remarquable des nébuleuses dans l'hémisphère nord delà zone. Il y a là, dans le voisinage du pôle nord galactique, des régions particulièrement riches en nébuleuses : la Vierge, la Chevelure de Bérénice sont les plus intéressantes de ces régions. On peut constater aussi que la condensation n'est pas uniforme et que
Fig. 342. Région nébuleuse de la Vierge ; fragment d'un dessin de M. Procter
les nébuleuses forment, dans l'un et l'autre hémisphère, des sortes de traînées, et, en certains points, des groupes qui ont quelque analogie avec les nuées de Magellan. Dans la composition de ces traînées, il est visible que les nébuleuses et les amas se trouvent mêlés.
Les figures 342 et 343, qui sont la reproduction de deux dessins de M. Proctor, représentent les régions nébuleuses de la Vierge et de la Chevelure de Bérénice. Le savant anglais fait
remarquer avec raison, que les innombrables étoiles disséminées dans les mêmes espaces célestes forment elles-mêmes des traînées, des files de points lumineux, et que les nébuleuses paraissent associées à cette disposition, qui ne semble pas être due au simple hasard de la perspective.
Enfin, outre la double accumulation des amas dans la Voie Lactée et des nébuleuses hors du cercle galactique, la planche L permet de reconnaître nettement une région, pau-
Fig. 343. Région nébuleuse de la Chevelure de Bérénice, d'après un dessin de M. Proclor.
vre à la fois en nébuleuses et en amas, laquelle longe en grande partie la Voie Lactée, au delà de ses deux limites, boréale et australe. Quelle est la signification de ce vide relatif, de cette zone de pauvreté nébulaire, qui sépare la région des amas de celles des nébuleuses ?
On peut répondre à cette question par trois hypothèses : ou bien, dans la zone dont nous parlons, les nébuleuses et les amas sont plus dispersés, moins condensés qu'ailleurs; ou bien, l'Univers visible s'étend moins dans cette direction que dans le sens perpendiculaire au plan galactique; ou enfin.
la zone de pauvreté nébuleuse indiquerait que, dans cette direction, les nébuleuses sont plus éloignées de nous que dans les autres régions; et leur distance seule les rendrait invisibles. Mais cette dernière hypothèse n'est pa« probable, parce que l'accroissement du pouvoir télescopique n'a pas sensiblement accru la richesse de la zone en question. Restent donc les deux premières hypothèses. M. Abbe ne mentionne que la seconde et la regarde comme probable. Il pense que le plan galactique coupe à angle droit le grand axe d'un ellipsoïde allongé, ayant dès lors les mêmes pôles que la Voie Lactée, à l'intérieur duquel se trouvent uniformément réparties les 4134 nébuleuses connues, abstraction faite des deux Nuées qu'il regarde comme des nébuleuses accidentellement plus voisines de nous que les autres. Le Soleil, ou plutôt la Voie Lactée, aurait une position excentrique dans cet ellipsoïde, plus rapproché du sud que du nord; et, du nombre comparé des nébuleuses de chaque côté, M. Abbe conclut que le rapport des distances est à peu près celui des nombres 4 et 27. Maintenant, les nébuleuses et la Voie Lactée elle-même forment-elles un système unique, ou bien, y a-t-il autant de systèmes distincts que de nébuleuses? Ce sont là des questions que la science abordera peut-être fructueusement un jour, mais qu'il est bien difficile, sinon impossible aujourd'hui, de traiter et à plus forte raison de résoudre, sans sortir du pur domaine des conjectures \
1. D'intéressantes notes ont été publiées dans les journaux astronomiques, notamment dans les Monthly notices, sur ce problème de la structure de l'Univers, « the Structure of Heavens ». Mais une analyse, même très-abrégée de ces recherches, nous eût conduit, trop loin. Nous renvoyons aux sources le lecteur désireux de les connaître.