SECOND SYSTÈME DE W. HERSCHEL (1811-1818). — CONCLUSION
Le système ou la théorie de W. Herschel, dont on vient de lire le résumé, repose sur les deux hypothèses de l'uniforme distribution des étoiles dans l'espace, et de la pénétration du télescope employé pour les jauges jusqu'aux limites de la Voie Lactée. Mais à partir de 1785, où le grand observateur formula ces vues, et jusqu'en 1818, de nouvelles études, des observations plus nombreuses, de nouvelles méditations le détournèrent peu à peu de sa première conception et finirent par la lui faire abandonner complètement. C'est dans cet intervalle que fut reconnue la liaison physique des couples d'étoiles, puis celle des étoiles des amas, et enfin la composition de la Voie Lactée elle-même, formée d'une multitude d'amas d'étoiles, plus ou moins régulièrement condensés. D'autre part, W. Herschel trouva qu'en plusieurs régions, le télescope de 20 pieds (front view) et même le télescope de 40 pieds, dont le pouvoir de pénétration atteignait jusqu'à 2300 fois la distance des étoiles de première grandeur, étaient cependant l'un et l'autre impuissants à résoudre la Voie Lactée en étoiles. La strate stellaire est donc insondable, ses limites ne peuvent être connues ; et comme la nécessité de l'abandon de la première hypothèse ne permet plus de considérer les jauges, ou le degré de pauvreté ou de richesse stellaire, comme des indices ou des mesures de la distance, il fut obligé de reconnaître que les limites assignées à la Voie Lactée dans le système de 1785 étaient insuffisantes.
Pour base de ses nouvelles recherches, Herschel adopta alors le principe photométrique de l'égalité moyenne des éclats stellaires, dont il a été question quand nous avons parlé des distances relatives des étoiles de diverses grandeurs. Il étudia à ce point de vue la structure de la Voie Lactée, la distance proba-
ble des amas dont elle est formée et celle des amas extérieurs, reconnut que la portion de la strate stellaire la plus voisine du Soleil est celle qui traverse Orion, évalua son épaisseur, qu'il trouva dépasser de beaucoup l'étendue de la vue simple, et arriva à cette conséquence, que nous avons énoncée déjà, à savoir : « Que non-seulement notre Soleil, mais toutes les étoiles visibles à l'œil nu, sont profondément plongées dans la Voie Lactée et en font partie intégrante. »
Nous avons vu que W. Struve^ reprit les recherches d'Herschel sur les distances des étoiles des divers ordres de grandeur, et modifia les nombres trouvés en tenant compte de l'extinction probable de la lumière dans l'espace. Malgré l'atténuation qui en résulte pour les distances, les conséquences déduites des analyses d'Herschel restent vraies dans leur énoncé général, et il en est de même de tout ce que nous avons dit des distances probables des amas stellaires et de toutes les nébuleuses résolubles.
Nous nous bornerons à cet exposé des données que la science est parvenue à réunir en combinant des milliers de laborieuses observations, sur le problème de la structure et des dimensions, non pas de l'Univers entier — ces dimensions sont inexprimables — mais de la portion de l'Univers que les télescopes nous ont fait connaître, et qui est seulement l'Univers visible. Tout n'est pas dit sans doute sur cette question grandiose, et, en ces derniers temps, divers savants ont cherché à pénétrer plus avant et à étendre les solutions ébauchées. Nous avons plus haut analysé quelques-unes de ces recher-
1 . Ce savant astronome a évalué la distance du Soleil au plan principal de la Voie Lactée. On a vu plus haut que ce plan n'est pas un grand cercle de la sphère, mais un parallèle, ce qui prouve la position excentrique du Soleil dans le plan. Or, d'après Struve, cette distance est relativement faible. Elle n'est que la 119" partie de la distance des étoiles de 8' grandeur, les 21 centièmes de la distance des étoiles de la première grandeur, en un mot, égale environ à 208 000 rayons de l'orbite terrestre.
ches. Il 'nous suffira, pour terminer, de donner un court résumé qui permettra à chacun de nous de nous représenter l'Univers ainsi limité dans son majestueux ensemble.
Dans les profondeurs de l'espace sans bornes, existent de nombreuses agglomérations d'étoiles, qui sont comme les archipels de cet océan indéfini : la Voie Lactée est un de ces archipels, celui dont le système solaire ou plutôt l'amas qui contient ce système fait partie ; le télescope en découvre un grand nombre de semblables sous la forme de nébuleuses. Chacune de ces voies lactées est elle-même formée d'une multitude d'amas, où les soleils se groupent comme en autant de systèmes, dont la condensation est plus prononcée que dans l'ensemble de la nébuleuse. Les étoiles sont les individus de ces associations de mondes, et notre Soleil ou notre étoile, ainsi que la plupart des étoiles visibles à l'œil nu, sont de simples composantes d'un amas stellaire plongé tout entier dans la Voie Lactée. Mais dans le sein de chacun de ces amas se trouve encore la tendance au groupement; et les étoiles doubles et multiples sont des systèmes plus simples de deux, de trois ou de plusieurs soleils gravitant les uns autour des autres.
Outre les amas stellaires, il existe d'autres grandes agglomérations, formées de matière non condensée, à l'état de gaz lumineux, ou encore à l'état de corpuscules solides ou liquides incandescents. Doit-on les considérer comme formant les matériaux de futures étoiles, ou bien comme les résidus de mondes en dissolution? Ces deux conjectures sont permises, ajoutons sont probables.
Là se bornerait ce qu'on peut savoir ou simplement conjecturer de la structure générale de l'univers visible, si nous ne faisions nous-mêmes partie d'un des plus simples de ces mondes solaires, si l'étude du système planétaire et de son organisation variée ne nous apprenait quel rôle peut jouer l'un de ces millions de corps célestes, qui se meuvent dans l'espace en projetant au loin leurs rayons de chaleur et de lumière. Nous
sommes induits à penser que chacun de ces groupes élémentaires se subdivise en groupes plus petits, en systèmes de corps qui gravitent autour d'un corps central, offrant le spectacle toujours merveilleux d'un monde en miniature : l'étude détaillée de ces mondes, de ces terres, satellites ou planètes, tels que les ofFre le système dont notre planète fait partie, donc dû précéder, dans notre description du ciel, celle des systèmes semblables de l'univers sidéral. Elle nous fournit en effet un terme de comparaison ; mais qui sait ce que nous révélerait l'étude des soleils qui peuplent l'étendue, s'il nous était donné de pénétrer dans la sphère d'action de chacun d'eux, et d'observer les phénomènes dont cette sphère est le théâtre? Nous y trouverions sans doute, en même temps que de frappantes analogies, des différences de composition, de mouvement, de structure des corps célestes qui les composent, et dont la connaissance du monde solaire est impuissante à nous donner l'idée. Mais, si l'imagination a le droit de former sur ce sujet toutes les conjectures, il n'en est pas de même de la science, dont la méthode sévère rejette, sans les condamner, les hypothèses qui n'ont point pour base les faits, l'observation et les conséquences tirées des faits par un raisonnement rigoureux.
Ici se termine la partie purement descriptive de notre tâche, celle qui avait pour objet de donner un tableau des phénomènes du ciel, d'après les connaissances astronomiques actuelles. Les phénomènes sont les matériaux de la science; la simple description peut en être attachante, surtout quand ils ont la grandeur des phénomènes astronomiques. Mais l'étude des lois auxquelles ils sont soumis, des causes physiques de ces lois, a pour tous ceux qui pensent, un attrait, un intérêt encore plus puissant, seul capable de satisfaire le besoin, la soif de connaître, qui est le plus noble des attributs de l'humanité. Je ne sais si je me trompe, mais j'espère que plus
d'un lecteur voudra pénétrer un peu plus avant, et ne sera point fâché de comprendre, autant qu'il est possible sans préparation scientifique préalable, les lois qui régissent les mouvements célestes et rendent raison des phénomènes les plus complexes, lois simples et sublimes, dont la conquête est pour les savants qui les ont reconnues et pour la raison humaine un éternel honneur ! Un exposé, même élémentaire, de ces lois, une explication raisonnée des principales théories astronomiques, des développements sur les méthodes usitées dans la science, sur les instruments et moyens d'observation, demanderaient plus d'espace qu'il ne nous en reste pour terminer un volume déjà considérable. Nous nous bornerons ici à un court appendice relatif à quelques particularités des phénomènes astronomiques qui auraient rompu le lien de notre description, si elles avaient été insérées dans les paragraphes correspondants. Mais nous nous réservons de publier ultérieurement une suite à notre ouvrage, un autre volume qui sera le complément du Ciel, et qui aura principalement pour objet l'exposé des lois et de la théorie.