DE PARIS
De l'hémisphère boréal de la Terre, où nous nous sommes placés jusqu'à présent pour observer la voûte étoilée, transportons-nous dans l'hémisphère austral. Choisissons un lieu dont la distance à l'Equateur soit précisément la même que celle de notre premier poste, c'est-àdire situé sur le parallèle qui passe par les antipodes de Paris. Supposons-nous placés en un point des côtes de Patagonie, par exemple, près de la pointe sud de l'Amérique méridionale. Là, toutes les étoiles formant la zone circompolaire boréale, et qui sur le parallèle de Paris ne se couchent jamais, seront constamment invisibles. En regardant du côté de l'Equateur, c'est-à-dire vers le Nord, on verra défiler, d'un bout de l'année à l'autre, toutes les constellations de la zone équatoriale que nous venons de décrire. Mais les étoiles s'y trouveront disposées dans un ordre tout à fait inverse, du moins relativement à l'horizon ; de sorte que les deux étoiles du grand quadrilatère d'Orion, je suppose, qui à Paris en forment la base inférieure, apparaîtront à la partie supérieure ; Sirius, qui se montre dans l'hémisphère nord, à gauche et au-dessous d'Orion, s'y trouvera à droite et plus élevé sur l'horizon. Ce changement d'aspect s'explique aisément par le changement complet de position de l'observateur.
Mais si nous jetons, les yeux du côté du Sud, nous allons pouvoir contempler toute une série d'étoiles inconnues à la zone terrestre qui
s'étend du parallèle de Paris jusqu'au pôle seplentrional. Ce sont les constellations qui environnent le pôle austral du ciel, et qui ne se couchent jamais sur notre nouvel horizon. Si donc nous passons maintenant en revue cette nouvelle zone d'étoiles, nous aurons terminé la description de la voûte céleste tout entière.
Revenons à la nuit du 20 décembre, celle de notre solstice d'hiver qui est le commencement de la saison chaude ou le solstice d'été pour l'hémisphère austral. Il est minuit, et la planche XXXIX représente l'aspect de la voûte étoilée à cette heure et à cette époque.
Fig. 3bl. Étoiles invisibles sur l'horizon de Paris. Zone circompolairo australe ; Navire, Croix du Sudj Centaure.
La Voie Lactée, ramifiée en diverses branches, s'élève légèrement inclinée sur l'horizon à gauche, c'est-à-dire du côté de l'Orient. Mais ce qui frappe tout d'abord dans le tableau de la partie du ciel que nous examinons, c'est la multitude de brillantes étoiles qui suivent le cours de la Voie Lactée juscf^iau zénith, et qui, passant par-dessus notre tète, vont derrière nous rejoindre Sirius, Procyon, Aldébaran, jusque près de l'horizon du Nord. Commençons par les constellations qui composent cette zone éclatante
A peu près à la hauteur du pôle, ou, si l'on veut, à égale distance de l'horizon et du zénith, quatre étoiles, dont une est de première et deux de seconde grandeur, forment un losange allongé et couché parallèlement à l'horizon. Ce sont les principales étoiles de la Croix du Sud. Au-dessous de la plus brillante de la Croix, et entre deux branches de la Voie Lactée, deux étoiles de premier ordre distinguent la grande constellation du Centaure, où l'œil aperçoit encore cinq étoiles de se-
conde grandeur. Le Centaure s'étend à l'orient et au nord de la Croix, qu'il enveloppe presque entièrement. On .a vu que la plus brillante étoile de cette constellation n'est pas seulement remarquable par son éclat; elle forme un système de deux soleils, se mouvant l'un autour de l'autre: c'est aussi la plus rapprochée de nous parmi les étoiles dont on a pu mesurer la distance à la Terre.
Au-dessous du Centaure et vers l'horizon, apparaissent un assez grand nombre d'étoiles de troisième et de quatrième grandeur, qui forment la constellation du Loup. Un rameau détaché de la Voie Lactée
Fig. 352. Étoiles invisibles sur l'horizon de Paris. Zone circonipolaire australe : le Navire, la Croix du Sud.
traverse le Loup et va se perdre dans le Scorpion, dont quelques étoiles seulement s'élèvent à cette heure au-dessus de l'horizon.
L'Autel et le Triangle austral, qui longent la Voie Lactée en remontant vers le pôle, et où nous n'avons rien à signaler de remarquable, vont nous ramener au-dessus de la Croix, dans la magnifique constellation du Navire ou d'ARGo. Là, une multitude de brillantes éloiles rangées autour du pôle en zone circulaire, donnent à cette région du ciel une splendeur incomparable. Canopus, considérée jadis comme la plus éclatante de toute la voûte céleste après Sirius, et qu'une autre étoile du Navire a fait quelque temps déchoir de son rang, est, à cette heure, voisine du zénith et presque dans le méridien; tandis qu'audessus d'Alpha de la Croix, se trouve n du Navire, qui étonnait le regard, il y a peu d'années encore, par sa magnificence inusitée.
Du Navire, nous passons, sans rencontrer aucune constellation remarquable, par le Poisson volant, la Dorade, le Réticule, et nous
arrivons à I'Eridan, dont nous avons observé déjà la partie visible dans le ciel de Paris. C'est à l'extrémité de cette constellation la plus voisine du pôle que brille Achemar, belle étoile de première grandeur. A droite d'Achernar, trois étoiles, l'une de second, les deux autres de troisième ordre, forment le Phénix, au-dessous duquel en revenant à l'horizon et au méridien on trouve le Toucan et la Grue, I'Indien et le Paon. Deux étoiles de seconde grandeur et quelques-unes de troisième distinguent ces constellations, dont on peut reconnaître exactement la position dans les figures 351 et 353.
Dans celte énumération des constellations circompolaires du pôle
Fig. 353. Étoiles invisibles sur Ihorizon de Paris. Zone circompolaire australe ; Éridan, Phénix, Crue, Paon, Indien.
sud, nous n'avons rien dit des étoiles situées près de ce pôle même. La raison en est simple. Aucune d'elles ne mérite une mention et, sauT l'étoile p de I'Hydre, n'approche de la troisième grandeur. Il n'y a donc pas, dans le ciel austral, d'étoile analogue à la Polaire du ciel boréal. Cette pauvreté des régions polaires est singulièrement compensée par le nombre et l'éclat des étoiles qui entourent toute la zone australe. Ajoutons qu'en dehors de la Voie Lactée et dans le voisinage des parties les moins brillantes de la zone, se voient le Grand-Nuage et le Petit-Nuage, les deux Nuées de Magellan dont nous avons donné une description détaillée.