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PASSAGES DE VÉNUS SUR LE SOLEIL

Les passages de Mercure n'ont pas la mêm« importance que ceux de Vénus, si ce n'est pour la théorie des mouvements planétaires. Au point de vue physique, on a vu qu'ils ont été l'occasion de quelques observations d'où l'on a conclu l'existence d'une épaisse atmosphère environnant Mercure ; ils servent aussi à la détermination du diamètre de la planète; mais, jusqu'à présent les diverses mesures trouvées sont loin d'être concordantes. Ce sera une étude à reprendre avec soin, lors des prochains passages, et il faut espérer que les observateurs sauront se garantir des causes d'erreurs qui ont été longuement analysées à l'occasion des observations du dernier passage de Vénus.

Les passages de Vénus sur le Soleil sont beaucoup plus rares que ceux de Mercure ; mais, en revanche, ils fournissent une méthode propre à donner, avec une certaine approximation, la parallaxe du Soleil, ou, ce qui revient au même, la distance du Soleil à la Terre. C'est également à Kepler que revient l'honneur d'avoir le premier annoncé, prédit ces passages. Il calcula ceux de 1631 et de 1761, mais le second seul fut observé; le passage de 1631 ne le fut pas, bien que Gassendi, qui avait réussi, la même année, à être témoin du passage de Mercure, ait cherché à voir également le passage de Vénus, sans doute parce que les calculs de Kepler, basés sur les tables Rudolphines des planètes, tables encore peu exactes, n'avaient pas fixé avec une rigueur suffisante l'instant du phénomène.

Halley calcula une table des passages de Vénus, comme il avait fait pour ceux de Mercure. Elle fut amendée par Delambre ; et depuis, les

progrès de l'astronomie d'observation ont permis de fixer avec une grande el^actitude l'époque des futurs passages, qui se reproduisent périodiquement. Voici quelques nombres relatifs à ces périodes. Si l'on veut, en partant d'un passage au nœud ascendant (lequel a lieu dans les premiers jours de décembre], trouver les époques des passages suivants au même nœud, il faut employer alternativement des périodes de 235 ans et de 8 ans. Ainsi, il y eut, le 4 décembre 1639, un passage de Vénus qui fut observé en Angleterre; 235 ans plus tard, le 8 décembre 1874, un autre passage au nœud ascendant a eu lieu, lequel sera suivi en 1882, c'est-à-dire 8 ans après, d'un autre passage de décembre. Il faudra attendre ensuite l'année 2117 (1882-(-235] pour retrouver un semblable passage. Les deux mêmes périodes donnent la suite des passages de Vénus au nœud descendant, c'est-à-dire de ceux qui ont lieu en juin. Ainsi, le passage du 5 juin 1761 a été suivi de celui du 3 juin 1769; 235 ans après, viendra le passage du 7 juin de l'an 2004, suivi, après 8 années, de celui du 5 juin 2012, et ainsi de suite. Mais, pour aller d'un passage d'un nœud à l'autre, il faut employer les périodes de 121 ans 1/2 et de 105 ans 1/2. C'est ainsi que de décembre 1639 (nœud ascendant), on passe à juin 1761 (nœud descendant), et de juin 1769 (nœud descendant) à décembre 1874 (nœud ascendant).

Des deux passages du dix-neuvième siècle, de 1874 et de 1882, le premier a été l'objet d'expéditions scientifiques nombreuses, et il est probable que le second ne sera pas observé avec moins de soin. Nous espérions pouvoir indiquer, au moins approximativement, le résultat obtenu pour celui de 1874, mais les travaux des diverses missions ne sont publiés que partiellement, et n'ont pas encore été discutés. Force nous est donc de nous en tenir à quelques brèves indications sur ce sujet important

La détermination de la parallaxe solaire par la méthode fondée sur les observations des passages de Vénus, indiquée par Halley dès l'année 1691, a été pour la première fois appliquée en 1761 et en 1769. Diverses expéditions scientifiques furent envoyées alors aux Indes, en Sibérie, à Sainte-Hélène, pour observer le passage de Vénus du 6 juin 1761 : les résultats furent peu satisfaisants, soit à cause du choix des stations pour lesquelles les difféi'ences de durée du passage n'étaient pas assez considérables, soit par les difficultés matérielles de l'installation des observateurs. On fut plus heureux le 3 juin 1769. La durée totale du phénomène fut observée dans des conditions favorables par le P. Hell à l'île de Wardhus, par Cliappe d'Auteroche en Californie, par Greeu à Taïti, et en outre en Amérique, dans la baie d'Hudson, à Kola, dans le nord de la Russie. La discussion des observations fournit diverses valeurs assez concordantes pour la parallaxe solaire, qui parut comprise entre

8". 50 et 8". 88. Depuis, Encke ', ayant repris avec un très-grand soin cette discussion, a trouvé 8". 57, nombre qui était généralement adopté, et qui concordait avec les résultats d'autres méthodes, quand des travaux plus récents, dus à Hansen, à MM. le Verrier, Stoue, Powalky, conduisirent à le considérer comme trop faible. Nous avons donné, page 35, les diverses valeurs de la parallaxe du Soleil, déduites de ces travaux, ains

Fig. 360. Vénus sur le disque solaire, le 9 décembre 1874. Auréole lumineuse, d'après une photographie de M. Janssen.

que celles déduites d'autres méthodes : c'est entre ces diverses valeurs qu'il y a lieu de prononcer, et toute la question est de savoir si les observations du passage de Vénus permettront d'assurer à la parallaxe une approximation plus certaine que les autres méthodes,

1. Un lapsus calami nous a fait écrire, dans le tableau de la note de la page 35, le nom de Bessel au lieu de celui d'Encke. Nous prions le lecteur de corriger cette faute, qui nous a échappé à la lecture des épreuves.

Nous avons rapporté, dans le chapitre consacré à Yénus, les phénomènes physiques remarquables dont divers observateurs ont été témoins, soit avant l'entrée de la planète sur le disque solaire, soit après la sortie, soit enfin pendant la durée du passage. Il n'y a donc pas lieu d'insister sur ces faits intéressants, qui ont prouvé, comme on en avait déjà d'autres témoignages, que Vénus est entourée d'une atmosphère absorbante très-épaisse. On peut voir, dans la figure 360, une' reproduction d'une photographie obtenue par M. Janssen pendant le passage : un faible anneau nébuleux environne le cercle noir de Vénus, au moment où la planète se projetait sur le bord du Soleil, et cet anneau a une teinte légèrement plus lumineuse que le fond du disque solaire en ce point. II ne paraît pas douteux qu'il y a là l'indice de l'existence d'une atmosphère très-dense K

1. On peut à la vérité se demander comment des couches gazeuses qui ne brillent pas d'une lumière propre, qui ne sont éclairées que par celle du Soleil, peuvent rclléchir une lumière plus intense que celle de la source. C'est là une difficulté que nous regarderions comme insoluble, si le disque de Vénus se projetait sur les parties centrales du disque, c'est-à-dire sur les plus lumineuses. Mais on a vu que la lumière des bords du Soleil est beaucoup moins intense que celle du centre; et, comme Vénus et la portion de son atmosphère visible reçoivent la totalité de l'illumination solaire, on comprend que cette couche gazeuse puisse renvoyer plus de rayons que la région sur laquelle la photographie nous la montre projetée. Les propriétés photogéniques n'étant pas identiques avec les propriétés purement optiques, on pourrait aussi récuser le témoignage de la photographie. Mais, d'une part, l'observation lélescopique est en pleine concordance avec l'image sur le collodion ; et d'autre part, même dans l'hypothèse où il en serait autrement, ne serait-ce pas un indice de l'existence d'une atmosphère que l'anneau visible sur cette image? Si le disque de Vénus n'était pas entouré d'une couche gazeuse ou vaporeuse, rien n'expliquerait la modification subie tout autour du globe de la planète, modification qui se traduit photogéniquement par une zone plusclaire que la portion voisine du disque du Soleil.

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