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LES PROTUBÉRANCES

Arrivons aux protubérances, et voyons ce qu'on a pu apprendre de ces objets singuliers pendant les éclipses totales.

Les figures que nous donnons des diverses éclipses montrent sur le contour du limbe lunaire les apparences qu'elles ont offertes aux observateurs. Nous avons déjà rapporté ce qu'en a dit, pour la première fois, en 1733, l'astronome suédois Vassenius. Pendant l'éclipsé du 8 juillet 1842, elles se sont montrées nettement à un grand nombre d'observateurs ^ qui les décrivirent, les uns comme des montagnes de couleur rose, lilas, pourpre, ayant l'aspect des pics des Alpes colorés par le Soleil couchant, les autres, comme des flammes rouges, des cônes incandescents. Petit, à Toulouse, mesura le premier l'une des protubérances qu'il trouva haute de 1' 45". Arago, Mauvais, Airy parlent de 1' ou 2'; de Littrow donne aux plus élevées jusqu'à 5' de hauteur. Plusieurs observateurs les aperçurent à l'œil nu.

Outre les protubérances isolées, on aperçut pendant cette éclipse, des couches continues d'une matière rougeâtre bordant le limbe de la Lune, irrégulièrement dentelée sur son contour. Arago, dans la notice célèbre qu'il consacra à la description de ces phénomènes importants, rappela les observations antérieures : celle de Vassenius, citée plus haut; celle de Stannyan en 1706, qui vit sur le bord de la Lune une bande rouge

1. Arago, Mauvais, Petit en France; Airy, Baily, Piola en Italie; Littrow à Vienne, etc.

L'ATMOSPHÈRE DU SOLEIL. 119

couleur de sang; de Louville, en 1715, signalant dans la coul'onne «un cercle d'un rouge très-vif»; de lord Aberdour, pendant l'éclipsé annulaire de 1 71 7, «bande étroite d'un rouge sombre»; de Ferrer, qui parle d'une « zone offrant l'aspect de nuages éclairés par le Soleil et aussi d'une colonne déliée de fumée qui sortait de la région occidentale de l'astre.»

A partir de cette époque, on comprit qu'on était sur la voie

Fig. 35. Éclipse totale du 18 août 1868. Protubérances vues au commencement de la totalité. D'après les observations et les dessins du major Tennant, à Guntoor (Inde anglaise).

de découvertes du plus haut intérêt pour l'étude de la constitution physique du Soleil; les éclipses totales devinrent l'objet des recherches les plus assidues, que l'invention de nouvelles méthodes d'observations a couronnées du plus éclatant succès. On peut voir, dans les diverses figures que nous donnons ici, et dans la planche VII, représentant l'éclipsé totale du 18 juillet 1860, les formes et dimensions variées des protubérances solaires. Une description plus détaillée ferait ici double emploi.

Rappelons seulement qu'à l'époque où Arago publia sa notice sur l'éclipsé de 1842, les savants émirent, au sujet de la nature des protubérances, des hypothèses analogues à celles dont la couronne avait été l'objet. Étaient-ce des objets réels, appartenant au Soleil ou la Lune, ou bien de simples jeux d'optique, des objets de diffraction? La comparaison des observations d'alors , celles des éclipses subséquentes, mirent

Fig. 36. Éclipse totale du 18 août 1868. Aspect des protubérances à la (in de la totalité, d'après Tannant.

bientôt hors de doute que les protubérances étaient des phénomènes appartenant au Soleil même. Le mouvement progressif de la Lune, couvrant et découvrant successivement, dans l'ordre voulu, les sommets, les contours et les bases des protubérances, ne laissait à ce sujet aucun doute : c'est ce que démontre avec évidence les dessins de la planche VII et ceux des figures 35 et 36. La photographie, venant en aide aux observateurs, a permis de reproduire avec lapins grande fidélité, tous les détails si difficiles à dessiner pendant la

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