‹ Le ciel; notions élémentaires d'astronomie physiqueChapitre 3 sur 214 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

§ 1. LE SOLEIL. — LES PLANÈTES ET LEURS SATELLITES. LE SYSTÈME PLANÉTAIRE.

On donne en Astronomie le nom de Système, ou Monde solaire à un groupe d'astres dont la Terre fait partie, astres qui ont tous le Soleil pour centre ou foyer commun de leurs mouvements. Voici quelle est, dans l'état actuel de nos connaissances, la composition du monde solaire :

1° Un corps central, relativement immobile dans le groupe, de beaucoup plus volumineux que tous les autres, et lumineux par lui-même, le Soleh.;

2" Cent soixante-sept corps seconda ires, ou planètes, situés à des distances croissantes du Soleil, circulant autour de lui dans des orbes à fort peu de chose près circulaires, et recevant du Soleil la lumière qui les rend visibles dans le ciel.

Les planètes peuvent se ranger en trois groupes principaux :

Celui des planètes moyennes, les plus rapprochées du corps central, et qui sont, dans l'ordre de leurs distances croissantes au Soleil : Mercure, Vénus, la Terre, Mars;

Le groupe des grosses planètes, les plus éloignées du corps central : Jupiter, Saturne, Uranus, Neptdne;

Enfin, celui des petites planètes, formant entre Mars et Jupiter comme un anneau qui sépare les deux premiers groupes. On connaît aujourd'hui 159 petites planètes, mais elles sont sans doute beaucoup plus nombreuses, et il ne se passe guère d'année qu'on n'en découvre de nouvelles;

3° Dix-huit corps tertiaires ou satellites, circulant autour de quelques-unes des planètes principales : telle est la Lune, accompagnant la Terre. Jupiter a quatre satellites; Saturne en a huit; Uranus quatre; Neptune un seul.

Voilà donc déjà, en y comprenant le Soleil, 186 coi^ps célestes : 1 globe central qui commande aux mouvements des 167 planètes énumérées plus haiit, et 18 satellites formant avec leurs planètes principales cinq mondes en miniature, dont chacun offre avec le système planétaire général une frappante analogie.

Sur ces 186 astres, les Anciens n'en connaissaient que 8 : le Soleil, la Terre et la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, c'est-à-dire tous ceux qu'on distingue aisément à l'œil nu. Mais on sait que, trompés par les apparences, ils considéraient la Terre comme immobile au centre du monde, et faisaient mouvoir autour d'elle, outre le Soleil, la Lune et les cinq autres planètes, toutes les étoiles prétendues fixes, tous les astres dont les feux brillent en des régions plus éloignées du ciel.

Depuis trois siècles que Copernic a reconnu le vrai système du monde, l'invention des lunettes a fait découvrir des planètes nouvelles, ainsi que les satellites des planètes connues, Jupiter et Saturne. Uranus a été trouvé il y a moins d'un siècle (en 1781); les 159 petites planètes ont été successivement découvertes depuis 1801 jusqu'à nos jours (février 1876), et Neptune l'est seulement depuis vingt-neuf ans. Il n'est pas impossible que des planètes plus éloignées que Neptune, ou plus voisines du Soleil que Mercure, viennent un jour

révéler leur existence aux astronomes, et agrandir ainsi la sphère d'action du Soleil. Mais toute recherche de ce genre a été vaine jusqu'ici.

Avant de compléter l'énumération des corps célestes qui composent le monde solaire , arrêtons-nous un instant à la considération du groupe des planètes et de leurs satellites. Ce groupe constitue le Système planétaire.

Tous les corps célestes qui le composent sont affectés de deux mouvements principaux. L'un de ces mouvements consiste en ime rotation autour de l'un des diamètres du globe ou sphéroïde qui forme l'astre ; et l'axe de rotation dont nous parlons conserve une direction à peu près invariable dans l'espace. Le Soleil, les planètes et leurs satellites sont tous animés de ce premier mouvement.

Le second est un mouvement de translation qui entraîne toutes les planètes autour du Soleil, et en même temps chaque satellite autour de la planète principale, quç ce satellite suit dans sa translation circumsolaire. Nous verrons plus tard que le Soleil se meut lui-même dans l'espace , entraînant avec lui tout le cortège des planètes et de leurs satellites ' .

g 2. LES COMÈTES, LES ÉTOILES ITLANTES, L.V LUMIÈRE ZODIACALE.

Achevons notre énumération des astres ou autres agrégations matérielles, composant le monde solaire.

1. Les mouvements de rotation et de translation dos Planètes, dont les périodes déterminent, sur chacune d'elles, la durée du jour et celle de l'année, sont en outre soumis à des oscillations périodiques, précession, nutation, variations séculaires des éléments de l'orbite, qui échappent par leur lenteur à l'observation vulgaire. La Mécanique céleste, science qui a pour objet la théorie dos mouvements des astres et leurs causes, rend compte de ces apparentes anomalies, dont la découverte est due à la précision croissante des observations astronomiques, depuis Hipparque jusqu'aux temps modernes.

Outre les planètes , une multitude innombrable d'autres astres décrivent autour du Soleil des orbites le plus souvent très-allongées : ce sont les comètes^ sortes d'étoiles nébuleuses qui se distinguent encore des planètes et des autres étoiles par une tramée lumineuse ou queue , dont la forme et les dimensions variées paraissent changer avec la distance de l'astre au Soleil. Nombre de comètes se montrent sans que l'histoire ait conservé le souvenir de leurs apparitions antérieures , et l'on ignore si on les reverra jamais ; quelques-unes cependant ont été revues plusieurs fois à des intervalles périodiques , et l'époque du retour de plusieurs autres a été calculée, de sorte qu'on peut, avec quelque certitude, les considérer comme faisant partie intégrante du Monde solaire. On croit que certaines comètes se meuvent dans des courbes à branches infinies et ne traversent qu'une fois le système, dont elles ne 'font ainsi partie que temporairement.

Indépendamment des grands corps célestes qui composent l'agglomération planétaire et cométaire, des myriades de corpuscules beaucoup plus petits voyagent en diverses régions du ciel, tantôt isolés, tantôt réunis en essaims dont le retour a lieu à des époques régulières. L'existence nous en est révélée par la rencontre qu'en fait notre globe de temps à autre : la Terre côtoie alors de véritables bancs de matière cosmique ; ceux des corpuscules qui frôlent et traversent l'atmosphère, s'y enflamment, et quelquefois même tombent sur le sol : ce sont les étoiles filantes, les hulules et les aérolitJies .

Enfui, un immense anneau lumineux, de forme lenticulaire, et qui est composé probablement de milliards de météores pareils à ceux dont nous venons de parler , entoure le Soleil en s'étcndant à une distance considérable de la Terre ; nous voyons à certaines époques de l'année cet anneau s'élever au-dessus de l'horizon , après le coucher ou avant le lever du Soleil, comme un cône lumineux ayant cet astre à sa base : c'est la lumière zodiacale.

Telle est l'énumération dos astres et des agrégations corpusculaires qui composent le Monde solaire.

L'étude de ce Système a pour nous un intérêt immense. C'est notre grande patrie dans cet infini qu'on nomme l'Univers. Le globe que nous habitons est un des membres de la famille planétaire; et, bien qu'il soit un grain de sable dans im ensemble qui lui-même est un point perdu dans l'immensité, qui ne comprend que c'est lui que nous devons connaître avant tout; que c'est le seul d'ailleurs que nous puissions connaître de science profonde ; et que c'est seulement en comparant les planètes à notre planète que nous parviendrons à nous former quelque idée de la constitution de ces terres célestes , dont notre Terre restera toujours séparée par des abîmes ?

De même, le Monde solaire n'est qu'une unité parmi les millions de mondes dont nous voyons briller les étoiles centrales dans le ciel de nos nuits ; peut-être n'est-ce ni un des plus importants, ni un des plus riches, ni un des plus considérables par ses dimensions. Mais c'est le seul aussi qu'il nous soit donné de connaître en détail ; c'est le seul où nous ayons pu mesurer avec précision les mouvements des corps qui le composent, de façon à pénétrer le secret des lois mécaniques et physiques qui les gouvernent, et, par là, les lois les plus générales du mécanisme universel. Par delà le monde solaire, grâce au télescope et à des méthodes d'analyse aussi ingénieuses qu'imprévues, on a pu sans doute plonger par la vue et par la pensée à des distances qui effrayent l'imagination ; on a pu constater des mouvements qui demandent des siècles pour devenir sensibles, déterminer la nature des étoiles, la composition chimique des substances dont l'incandescence produit leur lumière. Mais n'oublions pas que, si le monde sidéral est le domaine des plus hardies conceptions que l'homme ait pu former sur la structure de l'Univers , c'est aussi celui des conjectures et des hypothèses. Or, ces hypothèses et ces

conjectures n'ont d'autre fondement solide que les inductions et les analogies tirées des connaissances précises , recueillies pendant deux mille ans sur notre système : l'astronomie sidérale, en un mot, ciit été impossible sans l'astronomie planétaire.

Voilà pourquoi c'est le Soleil, ce sont les planètes et les autres astres circulant autour de lui, c'est le Monde solaire que nous devons étudier tout d'abord. Avant de nous élancer dans les profondeurs infinies du ciel, commençons donc par visiter en détail les régions célestes où , en réalité , nous nous mouvons nous-mêmes. Du Soleil à Neptune et aux points de l'espace où s'enfoncent les comètes périodiques, le champ est assez vaste pour une première étape.

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