‹ Le ciel; notions élémentaires d'astronomie physiqueChapitre 2 sur 214 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

l'astronomie ne pouvaient manquer de nécessiter dans un

ouvrage du genre du 67e/.

En résumé, l'édition que nous publions aujourd'hui est plus volumineuse de moitié que les premières. Le nombre des vignettes et des planches a dû s'accroître dans la même proportion. En changeant le mode de souscription, en adoptant la publication par livraisons hebdomadaires, nous avons cru répondre au désir du public de plus en plus nombreux qui s'intéresse aux sciences ou les cultive, et rendre accessible à un plus grand nombre de lecteurs l'acquisition de l'ouvrage. L'accueil fait à cette édition nouvelle nous a prouvé que nos prévisions étaient justes.

Dans les éditions précédentes, en indiquant les sources d'information auxquelles il avait puisé, l'auteur a donné une longue liste des savants qui avaient bien voulu lui prêter leur concours, en lui communiquant leurs travaux, leurs observations et leurs dessins. Il manquerait à son devoir, s'il ne joignait à ces noms ceux de M. Janssen, de M. Wolf, qui l'ont autorisé, le premier, à reproduire une de ses belles photographies du Soleil et une épreuve du passage de Vénus, observé par lui à Kobé, le second, à réduire sa belle carte du groupe des Pléiades . Il est heureux de pouvoir ici témoigner à ses deux savants compatriotes la reconnaissance qu'il leur doit; il envoie le même témoignage à M. Tacchini, de l'observatoire de Palerme, à MM. Warren de la Rue et Huggins, à MM. Langley et Troxivelot, à M. le D' Heis, et enfin à tous les savants des deux mondes, dont il a dii mettre à contribution les observations, dessins, notes et mémoires.

Mai 1877.

Qu'est-ce que le Ciel?

Où sont les rivages de cet océan, où est le fond de cet insondable abîme ?

Que sont ces points lumineux, ces innombrables astres qui, en apparence immuables, rayonnent incessamment leurs feux dans l'immensité? Sont-ils semés au hasard, sans ordre, sans autre liaison que celle donnée par la perspective , ou ne forment-ils pas plutôt des groupes naturels, des associations célestes? Si les étoiles ne sont point immobiles, ainsi qu'on se l'était longtemps figuré , et s'il n'est plus permis de les regarder — conception enfantine — comme des clous d'or fixés à une voûte solide et transparente , vers quelles régions de l'espace dirigent-elles leur course éternelle? Quelle force les tient en équilibre , détermine et règle leurs mouvements? Quel rôle enfin le Soleil, notre Terre et toutes les terres qui fout cortège à l'astre radieux, jouent-ils dans ce concert des corps célestes , dans cette sublime harmonie de l'Univers?

Magnifiques problèmes que l'imagination la plus féconde eût en vain essayé de résoudre , si , pour la gloire de l'esprit humain, une science, la plus anciennement constituée de toutes les sciences naturelles, l'Astronomie, n'était enfin parvenue en

se dégageant de toute vaine hypothèse, à en formuler avec netteté les solutions.

Étonnante puissance de l'homme ! Enchaîné à la surface de la Terre , atome intelligent sur ce grain de sable perdu dans l'espace, il invente des appareils qui centuplent la pénétration de sa vue ; il sonde les profondeurs de l'abîme éthéré , jauge les dimensions de l'univers visible , et dénombre les myriades d'astres qui en peuplent l'effrayante étendue; il étudie ensuite leurs mouvements les plus compliqués , mesure avec précision les dimensions et les distances des plus rapprochés de la Terre, évalue leurs masses; puis, découvrant dans le pêle-mêle des groupes artificiels les associations réelles, il arrive à reconnaître l'ordre au milieu d'une apparente confusion.

Il fait plus.

S'élevant par un suprême effort de la pensée aux plus abstraites spéculations, il trouve la loi qui régit tous les mouvements célestes, et, reliant ainsi la Physique à l'Astronomie, la Terre au Ciel , il parvient à définir la nature de la force universelle qui équilibre les mondes : la pesanteur n'est plus qu'un cas particulier de la gravitation.

Tels sont les fruits de l'immense labeur de vingt générations d'astronomes. Telle est l'oeuvre du génie et de la patiente persévéï^ance des hommes qui se vouent depuis deux mille ans à l'étude des phénomènes dont le ciel est le théâtre.

Les bergers chaldéens furent , dit-on , les premiers astronomes. Cela se conçoit. Au milieu des vastes plaines où la clémence de la température leur permettait de passer la nuit en plein air , où la pureté du ciel les mettait sans cesse en présence du plus beau de tous les spectacles , ils devaient être et ils furent surtout des astronomes contemplatifs. Et tous nous serions ce qu'ils furent , si l'âpreté du climat et la rareté des belles nuits ne nous étaient trop souvent l'occasion d'observer

le ciel , si d'ailleui's les préoccupations et les agitations de la vie civilisée nous en laissaient le loisir.

Rien au monde, en effet, ne semble plus propre à élever la pensée vers l'infini, que la contemplation silencieuse de la voûte étoilée , pendant une nuit sereine.

Des milliers de feux étincellent de toutes parts sur le sombre azur du ciel. Variés de couleurs et d'éclat, les uns resplendissent d'une vive lumière, perpétuellement mobile et scintillante ; d'autres brillent d'une lueur plus égale, plus tranquille et plus douce; un grand nombre semblent n'envoyer leurs rayons que par jets interrompus : on dirait qu'ils ont peine à percer les profondeurs de l'espace. Pour jouir de ce spectacle dans toute sa magnificence , il faut choisir une nuit oii l'atïnosplière ait toute sa pureté, toute sa transparence, et ne soit illuminée ni par la Lune , ni par les lueurs du crépuscule ou de l'aurore. Le ciel alors ressemble à une mer immense , dont la sui^face serait toute parsemée d'une poussière d'or et de diamant. En présence d'une telle splendeur, les sens, l'esprit, l'imagination sont ravis à la fois. L'impression qu'on ressent est une émotion profonde, religieuse, indéfinissable mélange d'admiration, de calme et de douce mélancolie. Il semble que ces mondes lointains , en rayonnant vers nous , se mettent en communication intime avec notre pensée; et les natures rêveuses aiment, en ce moment, àredire les belles strophes du plus harmonieux de nos poètes :

Doux reflet d'un globe de flamme, Charmant rayon, que me veux-lu? Viens-tu dans mon sein abattu Porter la lumière à mon ànie?

Descends-tu pour me révéler Des mondes le divin mystère, Ces secrets cachés dans la sphère Où le jour va te rappeler?

Une secrète intelligence T'adresse-t-elle aux malheureux?

Yiens-tu, la nuit, briller sur eux Comme un rayon de l'espérance?

Viens-tu dévoiler l'avenir Au cœur fatigué qui l'implore?

Rayon divin, es-tu l'aurore Du jour qui ne doit pas finir?

Mais le sentiment n'a qu'une part dans l'émotion du spectateur, et bientôt l'intelligence reprend ses droits. Poussée par une curiosité invincible, que la poésie la plus sublime ne saurait satisfaire, elle se demande commentées myriades d'étoiles, çà et là disséminées, ont pu révéler à ceux qui les ont étudiées la structure même de l'Univers ; par quelle méthode ils sont parvenus à se débrouiller dans cette confusion , à calculer les distances des astres, à en déterminer les mouvements. Plus loin j'essayerai de donner une idée de la solution de ces intéressants problèmes; maintenant, et avant d'entrer dans une description plus détaillée, je vais tâcher d'esquisser dans son ensemble le panorama de l'Univers.

Jetons encore un coup d'oeil sur la voiite du ciel .

Au premier aspect, les étoiles y semblent assez également disséminées : cependant, regardez cette lueur blanchâtre, indécise, vaporeuse, qui entoure tout le firmament comme une ceinture. C'est la Voie Lactée ' . A mesure que les regards s'approchent des bords de ce nuage céleste, les étoiles se pressent de plus en plus nombreuses, et la plupart si petites que l'œil les distingue à peine. L'accumulation dont il s'agit est surtout sensible, quand ou explore ces régions du ciel à l'aide des té-

1. Via lactea, voie de lait. Les Grecs disaient ya'iotlio:, dans le même sens. On trouve aussi dans les ouvrages astronomiques les noms de galaxie, de zone ou de ceinture galactique.

lescopes. L'observation montre alors que la Voie Lactée ellemême n'est autre chose qu'une zone prodigieusement étendue d'étoiles, c'est-à-dire de soleils, puisque, comme nous le verrons plus loin, chaque étoile, depuis lapins brillante jusqu'à la plus faible, est un foyer de lumière et de chaleur , en un mot, est un soleil. Plus les instruments qui servent à explorer ces profondeurs sont puissants, plus l'œil peut à leur aide pénétrer dans des régions éloignées de l'espace , plus on reconnaît que les couches de cette poussière lumineuse se prolongent. Limitée dans le sens de la largeur, la zone d'étoiles qui constitue la Voie Lactée semble indélinie en profondeur. Néanmoins elle forme un tout bien distinct.

Voilà donc un groupe immense, une association eti'rayante de mondes, qui semble embrasser tout l'Univers, s'il est vrai que le plus grand nombre des étoiles éparses , qui paraissent situées hors de la Voie Lactée, en font néanmoins partie. En réalité, cette fourmilière de millions de soleils se partage ellemême en groupes nombreux et distincts , en amas stellaires , et ceux-ci en associations plus restreintes encore, chacune composée de deux ou trois soleils , et finalement en étoiles isolées.

Quelle étendue occupe chacun de ces groupes, sur quel espace mille fois plus vaste s'étend leur ensemble ? C'est ce que l'imagination la plus puissante essayerait en vain de se figurer d'une manière sensible ; c'est ce dont les nombres ne parviennent à donner qu'une idée imparfaite, J'ajoute ici , et sans commentaire , uu fait bien démontré sur lequel nous reviendrons, et qui paraîtra sans doute étrange à beaucoup :

Le Soleil est une étoile de la Voie Lactée.

Les milliers d'étoiles disséminées que nous voyons à l'œil nu ne sont en effet que les composantes du groupe dont fait partie notre étoile; ce groupe, en un mot, est un des nombreux amas qui forment la Voie Lactée elle-même.

Mais ce n'est encore là qu'une première ébauche de la structure de l'Univers visible.

En parcourant avec attention toutes les parties de la voûte étoilée, une bonne vue aperçoit çà et là quelques taches blanchâtres pareilles à de petits nuages. On dirait autant de lambeaux détachés de la Voie Lactée dont ils sont d'ailleurs souvent très-distincts et très-éloignés. Les télescopes découvreut par milliers ces nébulosités, ou, pour leur donner leur nom astronomique, ces nébuleuses. Eh bien, un grand nombre de ces nuages célestes ne sont rien autre chose que des accumulations d'étoiles souvent très-pressées et très-nombreuses. Ce sont comme autant de voies lactées différentes, situées en dehors de la nôtre , mais la plupart si éloignées que les plus puissants instruments n'y distinguent qu'une lueur confuse. Selon la belle expression d'Hnmboldt : «Ce sont autant de véritables îles dans l'océan des mondes. » D'autres amas laissent à peine apercevoir, sur le fond de la nébulosité qui les forme, quelques points scintillants, quelques soleils, plus gros sans doute ou plus lumineux que les autres.

Qu'on s'efforce maintenant d'imaginer quelles distances effrayantes séparent ces archipels stellaires ! Notre Soleil, dans son groupe, est séparé du soleil le plus voisin par un intervalle tel, que la lumière met trois années au moins à le franchir : or la lumière, en une seconde de temps, parcourt trois cent mille kilomètres, soixante-quinze mille lieues; calculez le chemin qu'elle fait en trois ans! Multipliez cette distance, vous n'aurez que les dimensions de l'amas; multipliez ces dimensions, vous n'arriverez qu'à mesurer la Voie Lactée ellemême ; multipliez encore cette nouvelle distance et vous saurez à peine quel intervalle sépare les voies lactées les unes des autres. Des centaines, des milliers, des millions d'années sont nécessaires à l'ondulation lumineuse pour franchir de tels espaces, et cependant vous n'êtes point encore sorti des bornes de l'Univers visible !

Abîmes insondables, dont les perfectionnements des télescopes ne font qu'accroître indéfiniment l'indicible profondeur! Gouffres sans fin, sans fond, mais au sein desquels il n'y a pas de ténèbres : des millions de soleils y répandent partout la lumière !

On a longtemps douté si toute nébuleuse peut se résoudre en soleils distincts. Une étude plus délicate et plus approfondie a fini par faire reconnaître, comme le soupçonnait déjà au siècle dernier un grand astronome, W. Herschel, que toutes les nébuleuses ne sont pas des amas d'étoiles : il en est qui paraissent formées de masses diffuses d'une matière gazeuse, brillant d'une lumière qui lui est propre. Ainsi se trouvent en partie confirmées les vues de l'observateur que nous venons de nommer, sur la nature particulière de ces vastes et informes amas , où l'œil distingue des régions plus condensées , des points plus lumineux, peut-être des soleils en voie de formation ; l'analyse spectrale de la lumière de ces nuages célestes a en quelque sorte justifié les hardies spéculations d'un savant qui alliait au génie de l'observation celui des conceptions les plus élevées. Certaines nébuleuses seraient ainsi des laboratoires de mondes !

Tel nous apparaît l'Univers, de l'observatoire où nous a placés la nature ; telle est la conception que la science nous permet de nous faire du grand tout, quand nous prenons l'astronomie pour guide. Mais, pour avoir une idée plus complète de sa constitution, de l'infinie variété de sa structure, cette esquisse à grands traits, cette vue à vol d'oiseau est insuffisante; il nous faut redescendre maintenant de ces régions où la vue et la pensée se perdent, jusqu'à l'un de ces mondes, plus voisins de nous, et dès lors plus accessibles aux investigations de l'homme, monde principalement constitué par une étoile isolée , par une molécule sidérale ; c'est nonuner l'é-

toile même à laquelle est lié notre globe, le monde particulier dont notre Terre fait partie.

Le Soleil est le centre de ce groupe élémentaire.

Tout autour du globe radieux, foyer de lumière et de chaleur, en même temps que réservoir de puissance, mais à des distances très-diverses et en des périodes très-inégales, circulent plus de cent astres secondaires , dont quelques-uns sont eux-mêmes accompagnés de corps célestes plus petits , de satellites. Non lumineux par eux-mêmes, ces astres seraient invisibles pour nous, si leurs distances n'étaient infiniment plus petites que celles des étoiles mêmes , et si la lumière qu'ils reçoivent du Soleil, réfléchie vers la Terre, ne les faisait apparaître comme de simples points lumineux semés sur la voûte céleste comme autant d'étoiles. Telle serait la Terre ellemême, vue de l'espace, à une distance suffisamment grande.

D'ailleurs, un caractère commun à tous les corps célestes qui font partie du Monde Solaire a permis de les distinguer, de tout temps, au milieu de la multitude des autres étoiles. Tandis que les soleils, isolés ou groupés, composant ce qu'on peut appeler I'Univers Sidéral, sont situés à des distances pour ainsi dire infinies, les astres du groupe dont nous parlons, relativement beaucoup plus rapprochés de la Terre, se trouvent vraiment nos voisins.

Que résuit e-t- il de ce double fait? Deux conséquences bien simples, bien faciles à comprendre.

La première, c'est que les soleils, les étoiles véritables, n'éprouvent pas de déplacements sensibles sur la voûte étoiléc. Leur éloignement est tel, qu'ils semblent véritablement immobiles au sein de l'espace : de là cette très-ancienne dénomination à' Etoiles fixes ^ aujourd'hui abandonnée, parce qu'iuie étude minutieuse et délicate de leurs positions relatives a fini par prouver qu'elles se meuvent réellement dans les régions lointaines du ciel. L'immobilité apparente dont nous venons de parler, et qui est un de leurs caractères propres, se manifeste

par la constance de forme que conservent pendant des siècles les groupes réels ou artificiels d'étoiles, ceux auxquels on donne le nom de Constellations.

Il en est tout autrement des astres qui entourent notre Soleil : ils sont assez proches de la Terre, pour que leurs déplacements dans l'espace se laissent apercevoir en de courts intervalles de temps. Comme ils parcourent successivement en vertu de leurs mouvements propres , sur le fond de la vovite étoilée , des chemins particuliers à chacun d'eux , chemins en apparence d'autant plus grands que leur éloighement est moindre , on leur donna dès l'origine la dénomination qu'ils ont conservée, celle de Planètes (corps errants) .

N'est-ce pas ainsi qu'au milieu d'une vaste plaine nous croyons immobiles les objets les plus éloignés, ceux qui bordent l'horizon, tandis que les moindres déplacements des objets voisins nous paraissent très-sensibles? Il est vrai que, dans le cas où nous nous déplacerions nous-mêmes, — c'est le cas de la planète la Terre, — les mouvements réels se compliqueraient de mouvements apparents qu'il faudrait distinguer des premiers, si nous voulions avoir une idée exacte des véritables chemins parcovn^us. Cette complication des mouvements apparents des planètes, conséquence forcée du mouvement même de la Terre , est aujourd'hui l'un des témoignages les plus frappants de la réalité de celui-ci; mais aussi, il faut le dire, là précisément fut la pierre d'achoppement de l'ancienne astronomie, jusqu'à l'époque, d'ailleurs assez moderne, où les vrais mouvements ont été reconnus, où Copernic mit en pleine lumière le véritable Système du Monde.

Ainsi s'est peu à peu dégagée et est devenue saisissante une idée qui nous parait bien simple aujourd'hui, qui a dû paraître étrange à ceux qui l'ont autrefois les premiers aperçue. C'est qu'il n'y a nulle opposition réelle entre les choses terrestres et les choses célestes, c'est qu'avec la Terre,

passagers d'un navire flottant sur l'océan étbéré, nous voguons, nous voyageons clans le Ciel même.

Les planètes sont d'autres Terres, plus on moins semblables à la nôtre. Nous venons de dire, plus ou moins semblables ; en effet, on verra bientôt, dans la description détaillée de cbacune des planètes du monde solaire, quelle variété règne au sein de cette association céleste. Mouvements de rotation, mouvements de révolution autour du foyer commun, durée de ces mouvements, distances, formes et dimensions, distribution de lumière et de chaleur, tout change quand on passe d'une planète à l'autre. Et cependant, chose merveilleuse, les mêmes lois les régissent toutes, de sorte que l'unité de plan ne ressort pas moins éclatante que l'étonnante diversité des phénomènes.

Une circonstance commune à tous les astres du système solaire frappe toujours vivement l'imagination. C'est que ces masses énormes, ces globes dont plusieurs sont beaucoup plus gros et pèsent beaucoup plus que la Terre, et enfin la Terre même, non-seulement sont suspendus dans l'espace, mais encore se meuvent au sein de l'éther avec des vitesses vraiment effrayantes. Supposez-vous, par la pensée, spectateur immobile et indépendant, en un coin du ciel. Un globe lumineux apparaît au loin : peu à peu vous le voyez s'approcher et grandir; son immense circonférence, qui dépasse cent mille lieues, est entraînée dans im mouvement rapide de rotation qui fait par courir à chacun de ses points plus de trois lieues par seconde. Le globe lui-même enfin passe devant vous, emporté dans l'espace avec une rapidité vingt-quatre fois aussi grande que celle d'un boulet de canon. Tel vous paraîtrait Jupiter, circulant dans le ciel; telles sont toutes les autres planètes, qui se meuvent d'autant plus vite qu'elles sont plus voisines du Soleil, foyer commun de leurs mouvements. Leur course vertigineuse les emporterait pour jamais dans les plus lointaines

régions de runivei's visible , si chacune n'était maîtrisée et retenue par l'attraction puissante d'un globe qui est des milliers, des millions de fois plus volumineux^ et plus pesant que le sien , par le Soleil lui-même.

Le Soleil pèse 3^5 000 fois autant que le globe terrestre!

Dans quelle balance prodigieuse les astronomes ont-ils doue pesé les astres , pour annoncer avec simplicité et confiance un si étonnant résultat? Tel est en réalité le degré de puissance où la science — il y a longtemps déjà — est parvenue, et nous verrons c[u'il est possible de concevoir, sans être initié aux transcendances de l'Astronomie, la possibilité de la solution d'un problème au premier abord insoluble. Rendons honneur, en passant, aux grands hommes qui ont contribué à le résoudre : nommons Kepler, Galilée, Huygens, nommons Newton, le plus grand de tous!

Non-seulement l'Astronomie démontre, par d'irréfutables preuves, la réalité des mouvements planétaires, non-seulement elle est arrivée à reconnaître leur invariable constance, au moins pour des milliers de siècles ; mais c'est dans leur vitesse même et dans la force attractive de la masse du Soleil, qu'elle a trouvé la raison de l'équilibre des corps célestes, de la pondération de tout le système.

Si l'on a peine à se figurer de telles masses circulant librement au sein de l'éther, combien n'est-on pas plus impressionné encore, quand on songe que des mouvements aussi rapides ne sont pas particuliers aux planètes, et qu'on se représente le Soleil avec tout son cortège se mouvant dans une orbite encore inconnue, attiré sans doute lui-même par un soleil plus puissant, ou par un groupe de soleils. Toutes ces étoiles, que leurs distances infinies font d'abord paraître immobiles, se meuvent en différents sens ; on a pu démêler dans ces mouvements, qui ne deviennent sensibles qu'après des années des phis minutieuses observations, une part apparente due à diflérentes causes parmi lesquelles on a reconnu le mouvement de la lumière,

celui de la Terre, celui du monde solaire lui-même; puis, une part réelle provenant de leurs mouvements particuliers. Or, nous le verrons plus tard, si ces derniers mouvements s'effectuent avec une extrême lenteur, cette lenteur n'est qu'apparente^ : en réalité, c'est dans les systèmes stellaires qu'on trouve les mouvements célestes les plus rapides de tous.

Ainsi, la Terre tourne sur elle-même, et elle tourne autour du Soleil, emportant la Lune dans son mouvement; le Soleil se meut autour de quelque centre inconnu ; le groupe sidéral dont il fait partie n'est-il pas lui-même emporté dans une orbite de degré supérieur, simple élément d'une courbe plus vaste encore? Et ainsi indéfiniment, sans que la pensée puisse assigner de terme à cet enchaînement de systèmes. Qui décrira les courbes suivies dans l'espace, les cycloïdes décrites par le Soleil, par la Terre et les autres planètes, par notre satellite enfin, dans ce tourbillon de circulations engrenées?

Combien faut-il de siècles, que dis-je, de milliers de siècles^ pour que ces immenses voyages de circumnavigation sidérale s'accomplissent en entier? On l'ignore. Mais, à coup sûr, leurs vastes périodes doivent être à la durée de notre année, ce que

1. « Supposons un instant, dit Humboldt, que ce qui ne peut être qu'un rêve de notre imagination se réalise; que notre vue, dépassant les limites de la vision télescopique, acquière une puissance surnaturelle, que nos sensations de durée nous permettent de comprendre et de resserrer, pour ainsi dire, les plus grands intervalles de temps; aussitôt disparaît l'immobilité apparente qui règne dans la voûte des cieux. Les étoiles sans nombre sont emportées, comme des tourbillons de poussière, dans des directions opposées; les nébuleuses errantes se condensent ou se dissolvent; la voie lactée se divise par places, comme une immense ceinture qui se déchirerait en lambeaux; partout le mouvement règne dans les espaces célestes, de même qu'il règne sur la terre, en chaque point de ce riche tapis de végétaux, dont les rejetons, les feuilles et les fleurs présentent le spectacle d'un perpétuel développement. " (Cos^nos.)

2. Le mouvement du système solaire dans l'espace lui fait franchir en une année plus d'une fois et demie la distance du Soleil à la Terre. Il ne lui faudrait pas moins cependant de 122 000 années pour aller rejoindre l'éloilc la plus voisine du Soleil.

les dimensions de la Terre sont aux distances des étoiles; « ces périodes forment, selon la belle expression d'Humboldt, comme une horloge éternelle de l'Univers. » Ainsi l'idée de la durée infinie s'impose à l'esprit, dans la contemplation des phénomènes célestes, avec la même irrésistible puissance que l'idée de l'infinité de l'étendue.

Qu'est-ce donc, pour terminer cette esquisse si incomplète et si imparfaite de l'univers visible, qu'est-ce en résumé que le Ciel? Deux ligues peuvent suffire à formuler la réponse : Au sein de l'espace sans bornes, dans le cours infini du temps, le mouvement sans fin de la matière. Tantôt de la matière condensée en sphères i^adieuses, en foyers, en sources vives de vibrations qui se propagent avec une vitesse foudroyante sous la forme des ondes de l'éther ; tantôt de la matière condensée en globes obscurs par eux-mêmes, mais recevant ces ondes bienfaisantes, les transformant, puis les réfléchissant dans l'espace; tantôt enfin de la matière disséminée, étendue en d'immenses masses informes, où s'élaborent avec les siècles les soleils et les mondes futurs. Partout la lumière et la chaleur, partout les forces physiques et chimiques qu'elles engendrent, partout enfin conséquemment les premières conditions de la vie, et avec la vie, de la pensée, fière de contempler, d'étudier et de connaître tant et de si merveilleux phénomènes!

Tel est le champ exploré par l'Astronomie.

Les autres sciences physiques et naturelles nous apprennent à sonder la nature dans ses mystères les plus intimes : elles nous dévoilent la constitution moléculaire des corps, le jeu de leurs com]>inaisons et de leurs métamorphoses, leurs mille propriétés utiles ou curieuses ; le d(''veloppement des êtres (u-ganisés et vivants, végétaux et animaux,' celui d(> riidinnie enfin, dont l'un des plus noliles attributs est à coup sur le

don même de connaître, et qui apparaît, sous le flambeau de la science, comme le plus parfait épanouissement des forces organisatrices.

Mais l'Univers même, dans son majestueux ensemble, c'est l'Astronomie qui nous le révèle ; c'est elle qui nous en fait comprendre la structure, et, après avoir rassemblé dans un tableau grandiose ses mille éléments variés, nous initie aux lois éternelles qui régissent les mondes.

Science sublime, dont les enseignements nous rapetissent sans doute au point de vue matériel, mais qui élève l'homme intelligent et moral jusqu'à la conception de l'harmonie universelle, jusqu'à la contemplation de l'infini!

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