NATURE DES PROTUBÉRANCES
D'après tout ce que nous venons de voir, il paraît établi que les protubérances ne sont en général que des soulèvements, des extensions de la chromosphère, de cette couche continue d'hydrogène incandescent qui enveloppe la photosphère du Soleil. Des mouvements, dont la cause nous échappe encore, ont lieu soit à l'intérieur, soit à la surface de cette couche, et il paraît en résulter des éruptions de la matière gazeuse, sous des formes extraordinairement variées.
Quelques-unes de ces éruptions semblent du reste avoir une origine beaucoup plus profonde que d'autres; à peu près comme, sur nos océans, les vagues sont l'indice d'agitations qui pénètrent très-inégalement l'intérieur de la masse liquide. Les couches les plus basses de la chromosphère, les plus im-
médiatement en contact avec la photosphère, sont, comme on l'a vu, celles où les vapeurs métalliques les plus lourdes sont mêlées à l'hydrogène ; or, parfois les raies brillantes de ces vapeurs, magnésium, sodium, fer, se voient dans le spectre de certaines protubérances. Ce sont celles qu'on désigne sous le nom de protubérances métalliques, et dont la formation est évidemment due aux éruptions des couches les plus profondes de la chromosphère.
Mais toutes les protubérances ont-elles, comme celles-ci.
13 mars 1871, lli-ll". 13 mars 1871, lli" IS".
Fig. 53. Protubérances rcclilignes ou en forme d'épées, d'après les dessins de P. Tacchini.
une origine interne? C'est ce que ne croit pas un des observateurs les plus persévérants de la spectroscopie solaire, M. P. Tacchini. En dehors des éruptions dont il vient d'être question, ce savant distingue trois catégories de phénomènes protubérantiels, qui ne peuvent être considérés comme dus à des soulèvements ou à des transports de matière. Ce sont : 1° de petits filaments isolés et lumineux qui disparaissent aussi promptement qu'ils se forment; 2° des masses presque toujours filamenteuses, transparentes, en zigzag, sans rapport de structure avec la chromosphère sous-jacente ; 3° certaines
protubérances rayonnées qui, d'après leur forme et la rapidité de leur propagation, semblent le produit d'une action électinque.
Les pointes lumineuses, les filets déliés qui se voient le plus souvent à la partie inférieure des nuages des deux premières catégories, la correspondance de ces fils lumineux avec les points de la chromosphère sous-jacente, donnent l'idée d'une attraction électrique, et paraissent des phénomènes étrangers à toute cause éruptive. M. Tacchini croit même que les dentelures de la photosphère sont] plutôt produites par un cer-
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Fig. o4. Protubérances roctilignes, d'aprcs 1'. Taccliini, 13 marS; à 12'' 10'".
tain état de tension électrique que par l'agitation ou l'élévation de masses enflammées.
Les jets rectilignes ou en forme d'épées (fig. 53 et 54) qu'il a observés en mars 1871, de 11 "^ II"' à 12M0", et dont la hauteur a plus que doublé dans le court intervalle de 2 minutes, ne permettent guère, en effet, de voir là un phénomène de transport matériel. La vitesse n'eût pas été moindre de 5000 kilomètres par seconde, et nous avons été frappés déjà de l'énorme rapidité des mouvements de transport ou d'explosion observés par le professeur Young, rapidité qui cependant
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ne s'élevait qu'à 260 kilomètres par seconde, c'est-à-dire était vingt fois moindre que la vitesse observée par l'astronome italien. '
Il y a là des phénomènes encore peu étudiés, qui se rattachent peut-être aux perturbations magnétiques et électriques dont le Soleil est le théâtre, comme le semble prouver la concordance observée entre eux et la production des aurores polaires terrestres, concordance signalée par Tacchini.