PLUIES SOLAIRES. — FLAMMES. — PROTUBÉRANCES MIXTES
Nous venons d'être témoins de phénomènes éruptifs, ou plutôt explosifs de la chromosphère. Il en est d'autres, tout aussi rares d'ailleurs, qui semblent présenter un caractère opposé; nous voulons parler de ce qu'un savant astronome italien, P. Tacchini, nomme pluies solaires.
Qu'on jette un coup d'oeil sur la figure 3 de la planche IX. Sur une région du bord solaire embrassant 30" environ à l'ouest du limbe, se voit une protubérance nébuleuse formant une série d'arcs terminés en haut d'une manière diffuse. Le spectre est le spectre ordinaire des protubérances ; à peine en quelques points quelques indices de la présence du magnésium. Tel était l'aspect offert par cette région dans la matinée du 7 juillet 1872. «Rien, dit M. Tacchini, ne pouvait faire soupçonner ce qui se présenta dans la soirée du 7 (à l'observatoire de Rome), et ce qu'on put observer le lendemain à Palerme. » Qu'on en juge en examinant la planche VIII qui donne l'aspect de la même région du bord solaire, dans la matinée du 8 juillet. Le bord de la chromosphère est alors formé de pointes ou flammes vives, en certains points de soulèvements nébuleux brillants ; à l'extrémité nord, un amas de fils d'une extrême vivacité s'élève jusqu'à 1' et demie de hauteur, semblables à de l'or par leur éclat et par leur couleur jaune qui contraste avec le rouge ordinaire. Au centre de l'arc, se voit
LA CHROMOSPHERE. 163
une belle nuée dense et brillante, effilée à son bord inférieur, et à la droite de laquelle se sont formés deux faisceaux de fils brillants qui tombent comme en pluie sur le bord solaire. L'observateur ne put mesurer la vitesse, qu'il évalue à un millier de kilomètres par seconde.
Du reste, l'inclinaison des faisceaux, leur parallélisme avec d'autres plus courts qu'on voit à côté, leur persistance relative montrent, qu'en ce cas, il ne s'agissait pas de pluie, mais d'un cbangement d'état, d'un phénomène électrique. M. Tacchini fait la même observation à propos des fils plus courts qu'on voit au-dessus du nuage et par côté.
Une coïncidence remarquable, signalée par l'observateur, est celle d'une magnifique aurore boréale, qui fut observée en Europe à cette même date du 7 juillet.
Le même astronome avait été, en août 1871, témoin de phénomènes de pluies solaires ; mais la vitesse de chute des fils et pointes lumineuses, au lieu d'être de l'ordre de grandeur de la vitesse de l'électricité, était relativement faible; elle n'était que de cent quinze kilomètres par seconde. Le 3 septembre 1871, M. Tacchini observa un cas assez singulier (voy. la figure 2 de la planche IX). C'était un nuage dense et brillant, dont le bord inférieur était frangé de fils curvilignes entrelacés allant rejoindre, mais sans les toucher cependant, les flammes de la chromosphère, plus hautes et plus vives audessous de la protubérance qu'ailleurs. Deux arcs lumineux, courbés en sens inverse, se voyaient à ses deux extrémités opposées, l'un s'élevant à plus de 2' de hauteur; l'autre fut vu descendant du nuage jusqu'à mi-chemin de la chromosphère, mais sans s'y réunir, présentant la même apparence, mais en sens opposé, que les éruptions si fréquemment observées sur la chromosphère. Par quel mode de formation se produisent de tels phénomènes au sein des masses suspendues dans l'atmosphère du Soleil? c'est ce qu'on ignore.
Les protubérances à flummes sont celles qui paraissent
formées par les pointes on flammes ordinaires de la chromosphère, seulement beaucoup plus élevées; la direction de leurs extrémités est telle, qu'on dirait qu'elles sont attirées par un centre particulier d'aspiration.
Enfin, la figure 1 de la planche IX représente une espèce de protubérances, auxquelles les spectroscopistes italiens donnent le nom de protubérances mixtes, parce qu'elles sont composées de parties nébuleuses plus ou moins compactes, et do parties ayant une structure filamenteuse bien marquée. Les jets ou flammes de la chromosphère se terminent, dans la protubérance en question, par des fils brillants en éventail, d'où une longue nuée, repliée vers le bas, s'étend elle-même horizontalement comme une traînée de fumée. Cette apparence suggère à M. Tacchini l'idée d'une action extérieure nécessaire pour expliquer le transport du gaz hydrogène dans une telle direction : on dirait d'un courant dirigé ici de l'équateur v.ers le pôle Sud.