A SA SURFACE
Résumons en premier lieu les éléments astronomiques relatifs au globe du Soleil. Déjà nous savons quelle est sa distance, quelles sont ses dimensions, quel est son volume, quelle est enfin la durée de son mouvement de rotation ; continuons à recueillir les autres données positives, c'est-à-dire indépendantes de toutes les hypothèses.
11 en est une qu'on obtient par une conséquence immédiate de la loi de gravitation : nous voulons parler de la masse du Soleil, du poids de l'immense globe comparé aux poids des planètes, par exemple à cebii de la Terre. Que les astronomes aient la prétention de connaître les poids des corps célestes, de dire combien il faudrait mettre de Terres dans l'un des plateaux d'une balance pour tenir en équilibre le Soleil, posé dans l'autre plateau, c'est ce qui paraîtra certainement paradoxal à beaucoup, et j'ajoute que la surprise manifestée, à cette occasion, par les personnes qui n'ont point étudié la mécanique céleste, est tout à fait naturelle. Annoncer que je tâcherai plus loin de faire saisir la possibilité de conclusions en apparence si audacieuses, pourra même sembler entaché de présomption. Je me trouve donc obligé, en attendant mieux, d'invoquer un sentiment qui n'est guère de mise, quand il s'agit de science, la foi dans la vérité des assertions qui vont suivre. Cette fei-là, d'ailleurs, n'est pas de celles qui s'abritent sous l'impénétrabilité des mystères : en étudiant, elle devient lumière et vérité démontrée.
Comparée à la masse de la Terre, la masse du Soleil est environ 325 000 fois aussi grande, tandis que son volume, on l'a vu plus haut, est un million deux cent soixante-dix-neuf mille fois aussi gros. Cela indique une moindre densité. La
matière que compose le Soleil ne pèse donc guère, à volume égal, que le quart de la matière dont notre propre globe est formé : en prenant pour unité la densité de la Terre, on trouve 0,2537 pour celle du Soleil. Rapportée à l'eau, la densité du Soleil est 1,367. La houille la plus compacte a pour densité 1,360; celle du phosphore est 1,77. Ainsi le Soleil pèse un peu plus qu'un globe de houille de mêmes dimensions, notablement moins qu'un globe de phosphore. Évalué en tonnes de mille kilogrammes, le poids du Soleil serait représenté par le nombre suivant :
Il rentre, on le voit, dans la catégorie de ces nombres dont l'elTrayante grandeur ne dit plus rien à l'esprit, et laisse l'imagination elle-même impuissante.
A la surface de la Terre, un corps librement abandonné à lui-même tombe dans le vide avec une vitesse accélérée, qui, au bout d'une seconde, est à Paris de 9", 8094. L'espace qu'il a parcouru jusque-là est moitié moindre, ou égal à 4™, 9047. C'est cette vitesse acquise qui sert de mesure à l'énergie de la pesanteur terrestre : elle dépend de la masse de la Terre, laquelle est invariable; elle dépend aussi de la distance du corps ou du point de départ de la chute au centre de la Terre. Or, le même élément étant calculé d'après la masse supposée connue et les dimensions d'un corps céleste, on obtient un nombre qui marque quelle serait la vitesse acquise par un corps grave, après une seconde de chute à la surface de l'astre. A la surface du Soleil, cette vitesse acquise est 27 fois ^ celle d'un corps tombant à la surface de notre planète, c'està-dire égale à 269"", 50. L'espace parcouru pendant la première seconde de chute est moitié de cette vitesse ou 134", 75.
Ainsi les corps, à la surface du Soleil, pèsent plus de 27 fois autant qu'à la surface de la Terre. Cela veut dire que si l'on
transportait sur le Soleil un poids d'un kilogramme, qui sur la Terre tend le ressort d'un dynamomètre jusqu'à la division marquant 1 kilogramme, ce poids y tendrait le même ressort jusqu'à la division correspondant à 27'', 50. « Les projectiles de l'artillerie, dit M. Liais, n'y auraient donc que très-peu de portée. Ils décriraient des lignes présentant une grande courbure et toucheraient le sol à quelques mètres de la pièce. » Dès lors, il faudrait une charge de poudre beaucoup plus grande, pour obtenir une portée égale à celle des pièces d'artillerie terrestres.
Sur la Terre, la force centrifuge due à la rotation du globe diminue la pesanteur dans une proportion, qui va en croissant à mesure qu'on s'approche de l'équateur. En un point de l'équateur même, la diminution totale est de ~^. A la surface du Soleil, la force centrifuge à l'équateur n'est guère que la 1 8 000^ partie de la gravité . Il faudrait que le Soleil tournât sur lui-même 133 fois plus vite, pour que la gravité y fût contre-balancée et que le poids d'un corps y fût nul. Un mouvement de rotation 17 fois plus rapide suffirait, sur la Terre, pour produire le même résultat.
Les données précédentes n'offrent pas seulement vm intérêt de curiosité; elles sont importantes pour l'interprétation des phénomènes que nous avons vus se manifester journellement à la surface du Soleil. Les mouvements, les agitations, les éruptions de matières hydrogénées, de vapeurs métalliques au-dessus de la photosphère, peuvent être comparés à des phénomènes terrestres analogues; mais à la condition qu'on tienne compte de l'intensité de la pesanteur, des pressions qu'elle doit déterminer dans les différentes couches dont l'atmosphère solaire est composée. Il en est de même, si l'on veut se faire une idée de la constitution de la masse interne, sur laquelle, comme on va le voir bientôt, on n'a pu encore formuler que des conjectures.