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Fig. 58. Protubérances observées sur le contour solaire, le 11 décembre 1871, par P. Tacchini.
ment dans ces points, ce sont des jets petits et de courte durée. Dans ces régions aussi, la couche rouge et la surface solaire ne peuvent rester dans un état de calme parfait, à cause de la présence des petits jets; et l'irrégularité plus ou moins marquée de la couche témoigne d'un état de continuelle agitation et d'éruption, quoique modérée;
2° Dans une zone équatoriale qui s'étend à 20" environ, les protubérances sont moins fréquentes et moins développées que dans les zones de plus haute latitude ;
3° Le phénomène semble avoir une moindre fréquence dans l'hémisphère nord que dans l'hémisphère sud;
4° Dans l'hémisphère nord, les grandes protubérances, — j'entends celles dont la hauteur n'est pas au-dessous de trois diamètres de la Terre (!'), — sont plus fréquentes dans deux zones qui s'étendent, l'une de 10" à 20° de latitude, l'autre de 60° à 70°, et sont plus rares dans le voisinage de l'équateur et dans une zone comprise entre 30° et 40° de latitude;
S" Dans l'hémisphère sud, la fréquence des grandes protubérances est à peu près constante dans la zone comprise entre 20° et 60° , et décroit rapidement à mesure qu'on approche de l'équateur ou des pôles ;
6° Les grandes protubérances se rencontrent plus souvent au pôle Nord qu'au pôle Sud ;
7° Dans les hautes latitudes, la forme prédominante des protubérances est celle de larges groupes, de jets déliés ou de filets de lumière, non très-lumineux toutefois, et assez irrégulièrement terminés ;
8° Les protubérances voisines des pôles sont moins sujettes aux transformations, et sont beaucoup plus persistantes et durables que celles des basses latitudes ;
9" Les époques où se voient de grandes protubérances, au pôle Nord, coïncident surtout avec celles des grandes perturbations magnétiques et des aurores boréales remarquables.
«En exposant ces résultats, ajoute le savant astronome, je n'ai point l'intention d'établir des lois définitives et invariables en ce qui concerne la distribution des protubérances à la surface du Soleil ; j'ai voulu seulement montrer une relation entre ces phénomènes et la rotation du Soleil, et la dépendance où elles sont de cet élément; je laisse la détermination de lois mieux définies à des séries d'observations régulières plus prolongées. »
§ 1. qu'est-ce que le soleil?
On vient de lire l'exposé des faits, la description des phénomènes qui ont leur siège à la surface de l'astre ou hors de son enveloppe photosphérique. Il s'agit maintenant de voir de quelle interprétation ces phénomènes sont susceptibles, si, en les comparant et les coordonnant, il est permis de se faire une idée exacte de ce qu'on nomme la constitution physique du globe solaire, si, en un mot, la science peut répondre d'une façon satisfaisante à la question, aussi simple par l'énoncé qu'elle est en réalité complexe : Qu'est-ce que le Soleil P
Les éléments qui concourent à déterminer ce que les savants nomment la constitution physique d'un astre peuvent se grouper en quelques catégories bien distinctes, dont l'énumération va nous fournir les divers paragraphes de ce chapitre.
Il y a d'abord les éléments qu'on peut appeler astronomiques, parce qu'ils dépendent des théories de la mécanique céleste et des observations géométriques relatives aux mouvements, aux dimensions, aux distances. Telles sont la masse, la densité de l'astre, la pesanteur à sa surface. Sous ce rapport, la science peut fournir des données précises, susceptibles, il est
vrai, de perfectionnements ultérieurs, mais dès aujourd'hui calculées avec un degré d'approximation fort satisfaisant.
La physique et la chimie solaires sont moins avancées. Cependant la mesure de la lumière et de la chaleur rayonnées par l'astre, des effets chimiques que ces radiations sont capables de produire à distance sont des éléments à peu près déterminés. On peut se rendre compte de la puissance du foyer de notre monde planétaire, évaluer sa dépense annuelle, remonter parle calcul et parla pensée à de lointaines époques, et pour ainsi dire à l'origine de l'astre ; on peut se faire une idée nette du grand problème qui a pour objet l'explication de la constance relative de l'activité du Soleil. Cependant sur certains points l'incertitude est grande encore ; les savants ne s'accordent guère, par exemple, sur l'évaluation de la température probable de l'astre : c'est une question qui reste à l'étude.
Le spectroscope, on l'a vu, fournit des renseignements du plus haut intérêt sur la composition chimique des matériaux du Soleil et de son atmosphère.
Mais, en définitive, qu'est-ce que le Soleil? Est-ce un globe solide, ou liquide incandescent, ou bien n'est-ce qu'une agglomération de gaz condensés, dont les mouvements intestins produisent à la surface les phénomènes des taches, au dehors ceux des éruptions ou des soulèvements d'hydrogène qu'on nomme les protubérances ? Quel rôle les diverses forces physiques ou chimiques, la force magnétique, l'électricité jouent-elles dans ces grandioses phénomènes ? Telles sont les questions encore pendantes auxquelles les astronomes et les physiciens ont cherché à répondre par diverses hypothèses. Une théorie qui rendrait compte de tous les faits précédemment exposés serait la théorie vraie, sinon complète, des phénomènes solaires, nous révélerait la constitution physiqiie véritable de l'immense sphère, et serait elle-même la réponse à la question plus haut posée : qu'est-ce que le Soleil?