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LA PLEINE LUNE

moyenne de notre globe. Traduisons ces évaluations en nombres exprimant des quantités usuelles :

Le poids de la Lune vaut environ 72 000 000 000 000 000 000 de tonnes de mille kilogrammes. Sa densité moyenne étant 0.602, quand on la compare à la densité moyenne de la Terre, est 3.27 quand on la rapporte à celle de l'eau; ainsi le globe lunaire pèse plus de trois fois et un quart autant qu'un globe d'eau de même dimension. Cette densité, comparée à celle de quelques minéraux de la croûte terrestre, peut donner une idée de la composition de la matière lunaire. On trouve ainsi que certains basaltes, le fer et le manganèse phosphatés, ont à peu de chose près le même poids spécifique que cette matière. La substance complexe dont sont formés quelques aérolithes est encore plus propre peut-être à nous fournir un terme de comparaison; aussi est-il curieux de trouver les nombres 3.11, 3 . 5 i pour les densités de quelques-uns de ces coi'ps qui ont été recueillis après leurs chutes à la surface de la Terre.

Enfin, il est encore un clément qu'il faut faire entrer en ligne de compte, quand on veut comparer la constitution physique de la Lune à celle de notre globe terrestre : c'est l'intensité de la pesanteur à sa surface. Sur la Lune, cette intensité est 0.164, c'est-à-dire comprise entre I/o et 1/6 de celle qui presse les corps sur le sol terrestre. Si donc on imaginait un homme transporté dans notre satellite, si l'on supposait en oiitre que ses forces musculaires restassent les mêmes dans ce nouveau séjour, il y pourrait soulever sans plus d'effort des poids cinq à six fois aussi lourds que sur la Terre, et son propre corps lui semblerait cinq à six fois plus léger. On peut tirer de ce fait fondamental d'importantes conséquences, pour l'évaluation des forces qui ont été capables de soulever à de prodigieuses hauteurs les masses de roches formant les montagnes lunaires.

Les données que nous venons de mentionner, jointes aux

éléments de l'orbite, aux dimensions du globe lunaire, étaient nécessaires pour aborder l'étude de la constitution physique de notre satellite. De tous les corps célestes, c'est évidemment celui qui est le mieux connu sous ce dernier rapport; de la sorte, son rôle secondaire et sa faible importance dans l'ensemble du monde solaire sont rachetés par la multitude des renseignements précis que la proximité de la Lune a permis aux astronomes de rassembler sur sa constitution physique. D'autre part, la Lune est comme un appendice de la Terre ; elle exerce sur notre globe, sur ses mouvements dans l'espace, et même sur les mouvements de ses fluides, une influence considérable. On comprendra donc les raisons des développements et des détails circonstanciés où nous croyons devoir entrer dans notre description de la Lune.

Le monde que nous allons explorer, au sein duquel nous pénétrerons pour ainsi dire, grâce à sa faible distance et à la puissance des instruments d'optique, semblable à la Terre par quelques caractères généraux, en diffère profondément par tous les autres. Si, comme nous venons d'en faire l'hypothèse, il était donné à un habitant de la Terre d'être transporté subitement à la surface de la Lune, il serait frappé du plus étrange spectacle : la configuration du sol , tout recouvert d'aspérités, de cavités circulaires, de pics élevés, l'aspect dii ciel, où les étoiles brillent en plein jour, l'âpreté des lumières et des ombres, l'éternel silence qui règne dans ces régions désolées, la rigueur des températures, tantôt glacées, tantôt torrides, les singulières conditions de l'existence des êtres organisés, si toutefois la vie y est possible, tout se réunirait pour confondre en lui les notions qui lui sont le plus familières.

Cependant, quels que soient les contrastes qui séparent le monde lunaire du monde terrestre, on verra que cette variété qui se manifeste avec une richesse merveilleuse, ici comme dans toutes les œuvres de la nature, est l'effet d'un petit nombre de causes, ou plutôt le résultat de simples modifications

d'éléments qui sont au fond les mêmes pour tous les corps célestes. La simplicité des lois qui régissent les phénomènes astronomiques et physiques fait ainsi resplendir l'unité de structure du monde solaire d'un éclat incomparable.

La vue de la pleine Lune, à l'œil nu, par un ciel très-pur, permet déjà de distinguer les principales taches sombres ou brillantes, dont la permanence, nous l'avons dit plus haut, prouve que c'est toujours la même face ou le même hémisphère qu'elle tourne vers nous. De l'est à l'ouest, en remontant vers le nord, se succèdent plusieurs larges espaces grisâtres dont l'aspect uniforme contraste avec la moitié méridionale du disque, presque tout entière constellée d'une multitude de points brillants. Les bords nord-est et nord-ouest terminent le disque par des teintes plates, blanches et très-lumineuses, tandis que les régions centrales participent au ton général de la partie australe.

On avait donné jadis le nom de mers aux grandes taches sombres qui parsèment la moitié septenti'ionale de la Lune, et qui envahissent une partie de la moitié australe à l'occident et à l'orient. Cette dénomination a persisté jusqu'à nous; mais il ne faut point y attacher la signification précise que rappelle le mot. Les mers lunaires sont maintenant regardées comme des plaines, tandis que les parties les plus brillantes sont principalement des régions montagneuses. Je vais décrire sommairement les unes et les autres, en priant le lecteur de suivre ma description sur la planche XV, qui représente la pleine Lune. L'image est renversée et telle qu'on la voit dans une lunette astronomique, le pôle austral en haut, le pôle boréal en bas, le côté ouest à gauche et le côté est à droite '.

1. Il ne faut pas oublier que ce que nous appelons ici coté ouest et côté est correspond, sur la Lune même, à l'Orient et à l'Occident. Cette remarque, déjà faite pour le Soleil, est générale; elle s'applique à tous les corps célestes que nous observons, et dont le mouvement de rotation a le même sens que celui de la Terre.

Je commence par les mers.

Tout près du bord occidental à gauche de la carte, on voit une tache grise, de forme ovale, isolée au milieu de la teinte lumineuse du bord : c'est la Mer des Crises. Entre cette tache et le centre du disque, un large espace sombre, découpé sur sou bord austral par une sorte de promontoire aigu, a reçu le nom de Mer de la Tranquillité. Cette mer projette vers l'ouest et le sud deux appendices, dont l'occidental et le plus grand forme la Mer de la Fécondité, tandis que l'autre, plus petit et plus rapproché du centre, est la Mer de iVectar. Si maintenant de la Mer de la Tranquillité on remonte vers le nord (on descend, sur la carte), on trouve la Mer de la Sérénité, traversée dans toute sa longueur par une raie plus brillante, à peu près rcctiligne, et qui donne vaguement à la tache entière la forme de la lettre grecque majuscule <i'. La Mer des Vapeurs est comme un prolongement, vers le centre, de celle de la Sérénité. Enfin la Mer des Pluies, de forme ronde, la plus vaste de toutes celles qu'on vient de passer en revue, termine au nord la série des taches grisâtres auxquelles on est convenu de conserver le nom impropre de mers. Il faut ensuite redescendre vers l'est pour trouver VOcéan des Tempêtes, dont les contours plus vagues vont se perdre, vers le sud, dans la Mer des Humeurs et dans la Mer des Nuées, à peu de distance d'un point lumineux d'où partent, dans toutes les directions, des sillons blanchâtres d'une grande longueur.

Ce dernier point, qu'on peut considérer comme le centre des régions montagneuses qui environnent le pôle austral, n'est autre chose que Tycho, une des plus importantes élévations, en forme de cirque, de l'hémisphère visible de la Lune.

On distingue encore, au-dessous de la mer de la Sérénité et dans le voisinage du pôle boréal, une tache étroite allongée de l'est à l'ouest, et connue sous le nom de Mer du Froid ; sur la limite du bord nord-ouest, une tache d'une forme ovale

fort allongée : c'est la Mer de Humboldt ; et enfin, sur le bord extrême du sud-ouest, la Mer Australe^ dont on n'aperçoit sans doute qu'une partie. Toutes ces prétendues mers projettent, sur leurs rives ou dans leur prolongement, des taches sombres plus petites qui ont reçu le nom de golfes, de lacs ou de marais. Citons-en quelques-uns.

Entre les mers de la Sérénité et du Froid, s'étendent le Lnc des Songes et le Lac de la Mort. Les Marais de la Putréfaction et des Brouillards occupent la partie occidentale de la mer des Pluies, dont la rive septentrionale forme un golfe arrondi connu sous le nom de Golfe des Iris ou des Arcs-enciel. Le Golfe de la Rosée est le prolongement vers l'extrême nord- ouest de l'Océan des Tempêtes. Enfin citons encore : le Marais du Sommeil, à l'ouest de la Mer de la Tranquillité; le Golfe du Centre, qui est le prolongement méridional de la Mer des Vapeurs; puis le Golfe des Marais, qui s'avance jusque sur le bord méridional de la Mer des Pluies.

Quant aux grands espaces lumineux et brillants qui encadrent les taches grisâtres que nous venons de décrire, ils n'ont pas reçu — nous ignorons pourquoi — de dénominations particulières.

Les taches lunaires que nous venons de décrire, examinées à l'œil nu, ne nous apprendraient rien encore sur la structure réelle du sol de notre satellite. C'est au télescope qu'il faut les étudier, ainsi que les régions brillantes qui les entourent et dont nous n'avons rien dit encore, sinon qu'elles diffèrent d'éclat avec les premières. Mettons donc l'œil à un instrument d'une moyenne puissance, à une lunette permettant un grossissement de 40 à 60 diamètres. Choisissons l'époque où la Lune est à l'un ou à l'autre de ses quartiers, c'est-à-dire quand le disque nous présente éclairée sa moitié occidentale ou sa moitié orientale.

Un spectacle merveilleux s'offre aussitôt à notre vue (planche XVT). Toutes les parties blanches ou brillantes du dis([ue

nous apparaissent parsemées d'une multitude prodigieuse de cavités de forme circulaire ou ovale et de dimensions trèsdiverses. C'est dans les régions centrales, ou mieux sur les limites de la partie éclairée de la Lune, que ces accidents de

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