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NOMENCLATURE DES RÉGIONS LUNAIRES

Mers ou plaines, cirques , ohaînes de montagnes et crati^ros*

ne et de J. NaBonylli.

PL. XVUI

CARTE TOPtXiBAPHIQUE

Dt LA LUNE

Dressée et dessinée par E, Guillcmia d'après la tarie de Béer et Mœdier, et les ph«tograp|,ies de W. de la Hue el de J. Nasmylli.

Combien la Terre ne nous paraîtrait-elle pas différente d'ellemême, si nous la voyions dépouillée des formations tertiaires et sédimentaires, ainsi que des terrains de transport^ ! »

L'enceinte montagneuse de la Bohême, d'une forme moins régulière, il est vrai, que les grands cirques de la Lune, les rappelle néanmoins, et par la forme et par les dimensions (son grand axe mesure 300 kilomètres).

Nous avons vu qu'un assez grand nombre des cirques et des cratères lunaires renferment à leur intérieur des montagnes isolées en forme de pics ou de pyramides. Il en est même où l'on observe plusieurs sommets de ce genre : ainsi, l'enceinte de Copernic présente six montagnes centrales. Circonstance singulière, aucune de ces aspérités n'atteint en hauteur les bords de l'enceinte ; la plupart même sont à un niveau inférieur à celui de la surface lunaire d'où le cratère est sorti. D'après Mœdler et Jules Schmidt, un grand nombre de montagnes centrales ont une altitude inférieure de 2000 mètres au bord moyen du rempart circulaire ; leurs sommets sont encore à 200 mètres au-dessous du niveau moyen du sol dans cette partie de la Lune. Humboldt, en citant ces faits, rapporte l'opinion de Léopold de Buch, qui ne regarde pas ces masses comme produites par l'éruption volcanique, et les

1. Si, comme on le verra plus loin, il n'y a sur la Lune ni air ni eau, les principales causes de déformation et de destruction des formations primitives ont fait défaut à la surface de notre satellite. Gomme le dit fort bien M. Henri Lecoq (dans sa notice sur l'Analogie et les différences qui existent entre les cirques de la Lune et les cratères de l'Auvergne), « son disque doit offrir intacts et parfaitement conservés les moindres détails de ses dernières

catastrophes Il est donc nécessaire, pour établir une comparaison entre

les cratères de la Lune et ceux de la Terre, de supprimer par la pensée et les sédiments et les mers qui recouvrent la Terre. La tendance de l'eau et des matériaux qu'elle entraîne est de niveler et de combler toutes les cavités qui peuvent exister, et l'on ne peut douter que lors de la consolidation des terrains primitifs, C£uel que soit le mode de leur formation, il n'ait existé sur notre planète un grand nombre de cirques aujourd'hui comblés. » C'est, comme on voit, l'opinion de Humboldt précisée.

LE CIEL. kl

assimile « aux grands dômes trachytiques, fermés au sommet, qui sont répandus en si grand nombre à la surface de la Terre, tels que ceux du Puy-de-Dôme et du Chimborazo. »

Nous avons essayé de donner une idée des hypothèses proposées pour expliquer la formation des montagnes de la Lune. Mais il ne faut pas oublier que ce sont là seulement des hypothèses et que les opinions des savants qui se sont occupés de cette question difficile ne sont pas concordantes. Les uns, comme Béer et Maîdler, en parlant des réactions internes et des dislocations ou fractures qui en ont dû être la conséquence, ne spécifient point la nature de la force qui a produit de tels effets. D'autres l'ont assimilée à la force élastique de gaz ou de vapeurs, tels que la vapeur d'eau; d'aiitres encore, comme Nasmyth et Carpenter, l'ont regardée comme due à la solidification de la croûte qui, se contractant par le refroidissement, détermine une expansion de la matière encore liquide. Le professeur Dana a émis l'idée de l'action de certaines combinaisons chimiques à base sulfureuse qui donnent lieu à la formation de gaz. La force élastique de ces gaz aurait joué, dans la formation des volcans lunaires, le rôle que joue la vapeur d'eau dans les phénomènes éruptifs des volcans terrestres. Enfin, des expériences faites par M. Mattieu Williams sur le refroidissement de masses métalliques en fusion (mélange d'escarbilles de fonte de fer et de silicates) ont permis à ce savant de reproduire en miniature la formation de cratères pareils à ceux de la Lune. Dans ce cas, c'est l'expansion des gaz enfermés par la croûte solide, qui détermine l'éruption de la matière \

La figure 132 montre, d'après Nasmyth et Carpenter, la façon dont se forment, d'abord les cirques et leurs remparts externes, puis les cônes intérieurs, lorsque la, force interne a diminué d'intensité.

1. Voyez, pour plus de développements sur ces divers points, le bel ouvrage de Nasmyth et Carpenter, The Moon; et, dans le numéro de mars 1873 des Monthly Notices, The Orùjin of Lunar volcanoes.

On voit aussi, sur la Lune, des pics ou pyramides solitaires, en dehors des enceintes cratériformes. C'est ainsi qu'au sudest de Platon, ce cirque si remarquable par la teinte sombre de son fond plat, se dresse isolé un pic gigantesque, Pico, dont la cime s'élève à 2200 mètres au-dessus de la plaine qui l'entoure. A la véi^ité, Pico semble un débris échappé à la ruine d'un cirque comblé dont on voit encore les bords émerger du fond de la Mer des Pluies, au sud de Platon.

Une disposition très-fréquente des montagnes lunaires con-

Fig. 132. Fornialion éruplivc des cirques lunaires et de leurs cônes intérieurs, d'après Nasnij (Il et Carpenler.

siste dans l'existence de cratères parasites formes postérieurement aux cirques et cratères principaux, le plus souvent sur les bords de leurs enceintes. On peut en voir un grand nombre dans le dessin que nous donnons des environs de Tycho, d'après la photogi^aphie de M. Warren de la Rue (planche XVIII). Le grand cirque de forme elliptique, Maginus, situé au sud-est do Tycho, est remarquable sous ce rapport. Les bords de ces cratères secondaires empiètent même souvent les uns sur les autres ; et il en résulte des séries de déformations qui permettejit aisément de les ranger par ordre d'ancienneté. Or,

en opérant cette classification par âges successifs, on retrouve la loi que nous avons énoncée plus haut, d'après laquelle les plus petits cratères sont presque toujours les plus récents.

Il nous reste maintenant, pour terminer cette étude des formations successives du sol lunaire, à dire ce qu'on sait de certains accidents connus sous les noms de bandes lumineuses,

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Fig. 133. Cratères rayonnants de Copernic, d'Enler de Kepler et d'Aristarqiic.

de cratères rayonnants et de rainures ou plutôt quelles conjectures on a formées sur leur origine.

Qu'on veuille bien se reporter au dessin des planches XV et XVIII, on verra partir des deux points principaux, Tycho et Copernic, une série de rayons lumineux qui, traversant les montagnes et les taches voisines, s'étendent à une grande distance des centres étoiles. Plus de cent bandes lumineuses divergent ainsi de Tycho. Aristarque, Copernic, Kepler, les Carpathes, offrent des systèmes analogues qui semblent se rejoindre et se relier les uns aux autres (fig. 133). Ces singulières

apparences, dont on n'a pu donner encore une explication bien satisfaisante, ne sont bien visibles qu'aux environs de la pleine Lune. Elles disparaissent en grande partie pendant les autres phases, ce qui semble démontrer qu'elles ne sont point formées d'aspérités, puisqu'elles projetteraient alors des ombres et seraient au contraire nettement visibles. Doivent-elles leur origine aux éruptions des volcans qui occupent leur centre? S'il en est ainsi, ces bandes lumineuses seraient-elles autant de fentes remplies api'ès coup de matières blanchâtres et cristallines, et formant ainsi à la surface même du sol autant de filons légèrement lumineux? Selon les vues de J. Chacornac, les cirques ou cratères à centres rayonnants ont une origine relativement récente. Lors de l'éruption qui a produit ces cirques, les masses gazeuses, en s'échappant par les cavités volcaniques nouvelles et en se précipitant dans le vide, ont balayé sur leur passage les matières pulvérulentes et blanchâtres qui recouvraient les sommités des cratères voisins, d'origine antérieure; de là ces longues bandes blanches qui rayonnent, de Tycho, dans la direction des méridiens ayant ce volcan pour pôle commun. Cette explication des bandes lumineuses singulières qui partent de Tycho, de Proclus, d'Aristarque, de Copernic et d'Euler, jettera peut-être quelque jour sur la constitution physique de notre satellite ^ .

1. Pour expliquer les bandes rayonnantes, MM. Nasmyth et Carpentcr comparent le globe lunaire à celui d'une sphère de glace encore liquide à l'intérieur, que la pression interne aurait fait éclater en un de ses points. Les fentes de cette immense rupture auraient été remplies ensuite par la masse liquide, et les bandes rayonnantes se trouveraient de la sorte assimilées à d'immenses filons. Récemment, M. Ch. Lamey (de Dijon] a proposé une explication qui rappelle celle de Chacornac, avec cette dift'érence que la matière projetée serait liquide. « Les bulles gigantesques, dit-il, qui ont formé les cratères lunaires ont lancé de tous côtés, en éclatant à la surface, de la matière liquide provenant de l'intérieur, laquelle est venue s'abattre sur le sol en longues bandes rayonnantes. » (De la nature et de la formation des bandes rayonnantes de la Lune.) La place nous manque pour discuter les explications précédentes et exposer les objections qu'elles suggèrent.

Les rainures diffèrent des bandes lumineuses en ce qu'elles sont évidemment formées de deux talus parallèles, très-raides et sans remparts, laissant entre eux une sorte de fossé rectiligne. Blanches dans la pleine Lime, elles apparaissent dans les autres phases comme des lignes noires, l'un des deux bords projetant son ombre sur le fond de la rainure (fig. 123).

On crut d'abord y voir d'anciens lits de rivières desséchées ; mais la forme de ces sillons, souvent plus larges au milieu qu'aux extrémités, leur immense largeur qui atteint jusqu'à 2 kilomètres, et plus encore leur profondeur, qui varie entre 400 et 600 mètres, n'autorisent pas une semblable hypothèse. D'ailleurs la longueur des rainures est relativement faible; elle reste comprise entre 16 et 200 kilomètres. Enfin, une circonstance qui se présente fréquemment et qui montre bien qu'il n'est pas possible d'y voir d'anciennes rivières, c'est que plusieurs rainures traversent des montagnes et coupent les bords de cratères élevés, de manièi'e à offrir les niveaux les plus divers. Quelques-unes s'élargissent dans leur parcours, et forment des sortes de vallées ovales. D'autres, enfin, présentent une série de petits cratères reliés les uns aiix autres. Nous reproduisons ici, dans la planche XIX, et d'après la belle carte de Maedler, deux régions de la partie montagneuse centrale de la Lune, qui contiennent quelques-unes des rainures les plus singulières.

Béer et Msedler, dans la remarquable étude qu'ils ont publiée et étendue à 70 rainures inconnues avant eux ^ , signalent comme un fait important la similitude de direction de la plupart d'entre elles. Tout fait croire que ces singuliers accidents sont le produit de forces naturelles, et non, comme on l'avait aussi supposé, des constructions artificielles, des sortes de canaux, œuvi'es des habitants de la Lune. Elles semblent dater de la dernière époque de formation de la surface lu-

1. Sclirœter, PastorfF, Gruithuyscn et Lohrmann précédèrent les deux savants astronomes allemands dans ces découvertes intéressantes.

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