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MÉTÉOROLOGIE LUNAIRE. — LA LUNE A-Ï-ELLE UNE ATMOSPHÈRE

J'ai supposé plus haut un habitant de la Terre abordant sur ce sol bouleversé, hérissé de montagnes et couvert de miUicrs de bouches volcaniques. Je l'ai montré contemplant avec étonnement ce monde étrange. Mais, ce que je n'ai point dit encore et ce qui rendrait son séjour plus que pénible, impossible, c'est qu'il ne trouverait pas à la surface de la Lune les éléments les plus indispensables à son existence, l'air et l'eau.

La Lune n'a pas d'atmosphère.

Ce fait semble démontré par les occultations d'étoiles. Lorsque, par le mouvement propre de la Lune à travers les constellations, un des points lumineux de la voiite étoilée vient à passer derrière le bord obscur du disque lunaire, il s'éteint soudainement, sans qu'aucune diminution graduelle de sa lumière accuse l'interposition d'une enveloppe gazeuse. Ce fait s'observe pour les plus petites comme pour les plus grandes étoiles, au milieu des éclipses de Lune, alors que l'atmosphère terrestre n'est plus illuminée par les rayons de notre satellite.

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Si, d'ailleurs, une atmosphère enveloppait le sphéroïde lunaire, quelque faible que fût sa densité, cette atmosphère serait réfringente, et par suite une étoile, après son immersion réelle derrière le disque , resterait visible encore un instant. De même, elle redeviendrait visible un peu avant sa sortie ou son émersion. De sorte que la durée du phénomène de l'occultation serait, pour cette double raison, moindre que la durée assignée par le calcul et déduite de la connaissance précise et mathématique du mouvement de l'astre. Or, rien de pareil n'a pu être constaté. Il résulte de là que, si l'atmo- ) sphère de la Lune existe, sa densité est moindre, on l'a calculé, que la 2000^ partie de la densité de l'atmosphère terrestre. Elle est plus rare que le vide qui subsiste, après une manœuvre aussi complète que possible, sous le récipient des machines pneumatiques les plus perfectionnées.

La seule objection qu'on puisse faire aux conséquences tirées du fait précédent, c'est, comme Arago l'a remarqué, que le diamètre apparent de la Lune n'est peut-être pas connu avec une suffisante précision ^ . J'ajouterai une remarque personnelle. On sait que les bords lumineux du croissant lunaire forment à l'extérieiu" une ligne en apparence continue, tandis que, vers le centre, l'ellipse terminale marquant la sépara-

I. En se plaçant à ce point de vue, un savant anglais, M. Nelson, a repris récemment [Monthhj Notices, 1873) la question de la possibilité de l'existence d'une atmosphère lunaire. Il prend pour point de départ le fait, constaté par M. Airy, d'une différence de 2" entre le demi-diamètre de la Lune, mesuré directement au télescope, et le même demi-diamètre déduit des occultations d'étoiles. Tout en faisant la part que l'irradiation doit avoir dans cette différence, il pense que l'on peut assigner 1'' environ à la réfraction horizontale due à cette atmosphère supposée. Dans cette hypothèse, et en adoptant la loi la plus vraisemblable sur le décroissement de densité et de température avec l'altitude, M.Neison trouve pour ladensité de l'atmosphère lunaire à la surface (à une température moyenne de 25°) le nombre 0.0025, la densité de l'air à la surface de la Terre à 0" et à la pression 760 étant prise pour unité. Cette densité et la réfraction qui lui correspond varient d'ailleurs avec la température, laquelle à la surface de la Lune varie elle-même de plus de 200° d'une lunaison à l'autre, comme on le verra plus loin.

tion de la lumière et de l'ombre est profondément dentelée. La raison de cette différence est aisée à comprendre : les sommets des cratères et des pics situés au bord du disque forment des séries de dentelures qui se recouvrent par l'effet de la perspective, et en définitive donnent un profil régulier et uniforme; au centre du disque, au contraire, les aspérités se présentent à nous de face, à vol d'oiseau pour ainsi dire, de sorte que les sommets éclairés par la lumière du Soleil ressortent sur le fond obscur des plaines. Mais, quoi qu'il en soit de cette différence, l'uniformité du profil circulaire estelle assez complète pour que, dans une occultation d'étoile, on puisse arguer d'une différence que l'on trouverait entre l'observation et le calcul, et conclure à l'existence d'une atmosphère lunaire? Est-il vrai que cette atmosphère soit confinée au fond des plaines les plus basses et des cratères les plus profonds? Rien ne prouve ni ne contredit cette hypothèse. Ce qui est certain, c'est qu'il ne se forme point de vapeurs visibles à la surface de la Lune, c'est qu'aucun nuage n'y ternit jamais la pureté de son ciel : des nuages, même de faibles dimensions, seraient aisément aperçus de la Terre \ Ajoutons,

1. D'autres moyens existent encore pour s'assurer si la Lune a on n'a point d'atmosphère. A la distance où nous sommes de notre satellite, distance assez petite pour que nous puissions observer la clarté que la lumière de la Terre donne à ses nuits, les crépuscules doivent être aisés à reconnaître. La ligne de séparation de la lumière et de l'ombre, au lieu d'être nettement tranchée, doit se fondre par une teinte lumineuse d'intensité décroissante du côté de la partie obscure du disque. Or là, l'observation montre bien des inégalités, des dentelures; mais elles sont très-nettement détachées et n'accusent évidemment que de grandes différences dans les niveaux d'un sol montagneux et accidenté. Schrœter seul paraît avoir observé un crépuscule lunaire, en constatant, sur l'extrémité des cornes du crois-sant, une lueur qui allait en s'afïaiblissant du côté de la partie obscure du disque. Schrœter concluait de ce fait à l'existence d'une atmosphère de la Lune, dépassant de 450 mètres environ le niveau moyen des plaines.

Enfin quand on examine les ombres portées par les pics, les cratères et en général toutes les élévations si nombreuses dans certaines régions de la Lune, on remarque que ces ombres sont neltement et partout également

enfin, que l'analyse spectrale de la lumière de la Lune n'a révélé aucune différence entre cette lumière et celle du Soleil. M. Janssen, à Rome, MM. Huggins et Miller, en Angleterre, n'ont pu constater que des différences d'intensité, suivant les régions du disque examinées : aucune bande ou raie nouvelle n'a pu être constatée dans le spectre lunaire \ On voit, en résumé, que les plus fortes raisons concourent à prouver que notre satellite est privé d'atmosphère, ou du moins, s'il en a une, qu'elle est d'une ténuité extrême, si faible que les conséquences dont nous allons maintenant parler, resteraient pour ainsi dire entières.

L'absence d'air à la surface de la Lune implique l'absence d'eau. S'il existait des lacs, des mers, ou simplement des rivières, les liquides qui formeraient ces réservoirs ou ces courants se réduiraient spontanément en vapeur, par le fait seul qu'ils ne seraient point maintenus par une pression atmosphérique. Mais la chaleur solaire agissant plus énergiquement encore, il en résulterait une enveloppe gazeuse, dès nuages épais de vapeur. Or, ni à la vue simple, ni à l'aide des télescopes les plus puissants, on n'a pu reconnaître, parmi les taches dont le disque lunaire est parsemé, rien qui indique l'existence du moindre nuage. Jamais la netteté de leurs formes n'a paru altérée par le moindre accident, et l'on sait

accusées au sommet comme à la base des montagnes; nulle part elles ne présentent cette dégradation dans les teintes, qui serait la conséquence naturelle de l'interposition de couches gazeuses ayant une densité croissante.

2. « Si de la matière finement divisée, aqueuse ou autre, est présente autour de la Lune, dit M. Huggins, les raies rouges de la lumière solaire devraient être un peu moins afl'aiblies que les raies de réfrangibilité plus élevée. S'il y a autour de la Lune une atmosphère libre de toute vapeur et sans pouvoir absorbant, mais suffisamment dense, le spectre ne sera pas éteint au même instant sur toute sa longueur. Les rayons violets et bleus subsisteront après la disparition des rayons rouges. J'ai observé avce le plus grand soin la disparition du spectre de l'étoile e des Poissons, lors de son occultation le 4 janvier 1865, dans le but de surveiller ces divers phénomènes, mais je n'ai découvert aucun signe d'atmosphère lunaire. >>

qu'un nuage de cent mètres de diamètre serait aisément visible. Pas de traces de bandes sombres ou brillantes comme dans Jupiter, de taches mobiles comme dans Mars. Le ciel de la Lune est évidemment d'une sérénité absolue.

Point d'air et point d'eau! C'est l'absence forcée des vents et des courants, c'est l'immobilité partout, dans le ciel comme sm' le sol. Tout au plus, sous l'influence des alternatives de

Fig. 134. Vue intérieure d'un cirque, d'après un dessin de Nasniytli.

chaleur et de froid, la désagrégation des matières et la rupture d'équilibre des corps pesants entraînant la chute de débris de roches, rompent la monotonie d'une immobilité et d'un silence éternels. Car le son, ne pouvant s'y propager par aucun milieu aérien, se transmet seulement au contact, par les vibrations des molécules solides. Pour un habitant de la Terre, l'astre des nuits ne serait, selon l'expression de Humboldt, qu'un désert silencieux et muet.

Les paysages lunaires ont donc un aspect tout particulier.

Lh, les ombres ont partout la même intensité, aux premiers comme aux derniers plans. Tout au plus, la crudité des tons brillants et lumineux qui se détachent sur un ciel presque noir, sur des ombres noires aussi, y est-elle tempérée par les reflets, d'ailleurs fort nombreux dans un sol aussi accidenté. Là, pas de perspective aérienne ; point de ces jeux de lumière, de ces teintes vaporeuses qui donnent aux paysages terrestres tant de charme et de douceur. La réfraction n'y décompose pas la lumière blanche en sept couleurs et en mille nuances variées, l'arc-en-ciel et les phénomènes du même genre sont inconnus à la surface de la Lune. Mais en revanche, les étoiles et les autres astres binllent en plein jour dans la voiite céleste. La planche XX et la gravure 1 34 donneront une idée de l'aspect du paysage dans les parties montagneuses de la Lune.

On a vu plus haut que les larges taches sombres, que les . premiers observateurs prirent pour des mers, sont aujourd'hui considérées comme de vastes plaines, inférieures de niveau aux vallées dos contrées montagneuses. Ce qui a dû d'abord ajouter à l'illusion, c'est que plusieurs de ces taches offrent une couleur vert sombre. Mais d'autres sont grises, rougeàtrcs, ou encore d'un gris foncé, comme l'acier. L'absence des mers, des eaux et par conséquent des pluies est d'autant plus probable qu'elle explique à merveille, on l'a vu plus haut, la forme actuelle du sol de la Lune, la géologie de ses couches super- ^ ficielles. Il importe cependant de distinguer entre les régions montagneuses et les régions des plaines. Ces dernières offrent un sol beaucoup plus uniforme, et il paraît probable que la surface lisse et polie des plaines ou des mers lunaires, est due à l'irruption des matières encore liquides ou pâteuses qui les ont comblées.

Le climat de notre satellite ne doit pas être moins extraordinaire que sa constitution géologique. Pendant près de quinze jours de suite, le Soleil y darde ses rayons, sans qu'aucun rideau nuageux, sans qu'aucun courant aérien vienne en

tempérer l'ardeur. A cette température, plus intense que celle (le notre zone torride, succède un froid rigoureux, qu'une nuit de quinze jours doit rendre plus glacial que le froid de nos hivers polaires. Il est vrai de dire que, pendant le jour, le rayonnement de la chaleur solaire se fait sans obstacle dans le vide des espaces célestes. Il est permis d'en conclure que les climats des diverses régions de la Lune ont une certaine analogie avec ceux des régions alpestres ; de sorte que l'élévation de la température, et la réverbération d'une lumière intense, y deviennent surtout insupportables parla continuité de leur action. Ces conjectures se trouvent corroborées par des expériences directes faites sur le rayonnement lunaire. Dans l'intervalle d'une lunaison la température d'un point de la surface s'élève jusqu'à 260 degrés centigrades pendant le jour lunaire, pour s'abaisser pendant la nuit à 30 degrés au-dessous de zéro ^ .

Il n'y a pas, à proprement parler, de saisons sur la Lune. La faible inclinaison de son axe de rotation maintient le Soleil à une inclinaison presque constante sous chaque latitude. Mais tandis que dans les régions équatoriales, l'astre radieux ne s'éloigne guère du zénith au milieu du jour, dans les régions polaires son disque s'élève à peine au-dessus de l'horizon. Les montagnes des pôles y jouissent en revanche d'une lumière perpétuelle. « Le Soleil ne descend au-dessous du véritable horizon d'un pôle lunaire, que tout au plus d'une quantité égale à l'inclinaison de l'équateur de la Lune, c'est-à-dire de 1° 30'; mais la petitesse du globe de notre satellite fait que,

1. Melloni a, le premier, constaté l'action calorifique des rayons lunaires à la surface de la Terre. Piazzi Smytli, puis nos compatriotes, MM. Marié Davy et Baille, l'ont mesurée après lui ; lord Rosse a, de plus, montré que c'est principalement de la chaleur obscure, de sorte que les rayons solaires reçus par la Lune sont d'abord absorbés par le sol de notre satellite, puis diffusés comme chaleur obscure. C'est ce dernier savant qui évalue la température de la Lune à 300° Fahr. (260° centigr.).

déjà H une élévation de 600 mètres, on voit 1" 30' au-dessous de l'horizon vrai. Or, il existe au pôle nord des montagnes de 3000 mètres, et au pôle sud de plus de 4000 mètres de hauteur. Par conséquent, le sommet de ces montagnes ne peut jamais être caché à la lumière du Soleil. » (Béer et Mœdler, Fragments sur les corps célestes du système solaire.)

Tout ce qu'on vient de lire sur la constitution physique de la Lune s'applique expressément à son hémisphère visihle. Est-il permis d'en étendre les conclusions à riiémisphère que nous ne voyons jamais? Les hypothèses de tout genre faites sur cette autre moitié, et relatives à la différence de sa constitution physique avec la moitié visible, ont-elles un degré quelconque de probabilité^ ? Non, il est aisé de voir que la plupart de ces hypothèses, inadmissibles en tant qu'elles sont de simples produits de l'imagination et ne reposent sur aucune observation exacte, ne prouvent qu'une chose, à savoir que leurs auteurs ont ignoré le vrai mouvement de la Lune autour de la Terre. Mais il ne faut pas confondre les romans scientifiques avec les résultats d'une analyse rigoureuse. Un des géomètres contemporains qui ont le plus contribué aux progrès de la difficile théorie de la Lune, Hansen, a démontré que le centre de gravité du globe lunaire^ doit être situé en arrière

1. Les anciens, par exemple, supposaient l'hémisphère invisible de forme concave, ou encore à moitié transparent. Des modernes se sont imaginé qu'il possédait l'atmosphère, l'eau, les habitants dont semble manquer la moitié tournée vers nous, et que celle-ci a seule le privilège ou le désavantage, comme on voudra, d'être hérissée d'aspérités abruptes et rocailleuses.

2. L'hypothèse d'abord toute gratuile, d'une constitution différente de l'hémisphère invisible de la Lune, s'est en effet trouvée, il y a quelque temps, étayée par l'aulorité considérable de l'illustre astronome contemporain que nous venons de nommer. Voici comment: nous avons vu déjà plus haut, que le glol.e lunaire est regardé comme ayant la forme d'un ellipsoïde allongé, dont le plus grand diamètre serait dirigé vers la Terre : cette forme, déterminée à l'origine par l'action de la gravité terrestre sur le globe, fluide encore, de la Lune, expliquerait on même temps l'égalité si parfaite de la durée de la rolation et de la révolution sidérale de notre satellite. Des considéra-

de sou centre de figure. Il résulte de là que si une atmosphère existe autour de notre satellite, elle doit être excentrique, plus allongée ou plus épaisse du côté opposé à la Terre que dans l'hémisphère visible. Les gaz ou vapeurs qui pourraient se former dans celui-ci auraient donc une tendance à se transporter dans l'hémisphère invisible.

Quant à une différence dans la structure géologique des deux hémisphères, rien ne peut la faire considérer comme probable; voici les raisons qui permettent, au contraire, de regarder les deux moitiés de la surface lunaire comme identiques sous ce rapport.

Nous avons vu, en effet, que les diverses librations lunaires font que sur 1000 parties de la surface de notre satellite, 424 seulement restent définitivement et absolument cachées, 576 sont visibles pour nous. De l'est à l'ouest, la partie de la Lune à jamais inconnue pour la Terre embrasse 1118 lieues; du nord au sud, 1133 lieues; de la latitude boréale de 40° à la même latitude australe, 1083 lieues : tandis que les mêmes dimensions, calculées pour la surface visible, sont respectivement de 1333, de 1317 et de 1367 lieues (Béer et Mœdler). Toute une zone, assez large d'ailleurs, de la moitié de la Lune qui est à l'opposé de la Terre, est donc ac-

tions théoriques sur les inégalités lunaires ont conduit M. Hansen plus loin : il a cru pouvoir établir que le centre de gravité de l'ellipsoïde lunaire est plus éloigné de la Terre d'environ 59 kilomètres que son centre de figure. Il en résulterait, suivant lui, que « l'hémisphère tourné vers nous s'élève beaucoup plus au-dessus du niveau moyen que ne le fait l'hémisphère opposé ; et quoique celui-là se présente à nous comme une contrée stérile, exempte d'une atmosphère et de tout être vivant, on ne peut plus conclure que Tautre hémisphère ne soit doué d'une atmosphère, et qu'il n'y ait de végétation et d'êtres vivants. Aux bords de la Lune doit régner à peu près le niveau moyen, et, en effet, on ne peut pas dire que là il ne se serait montré aucune trace d'une atmosphère. » (Hansen, Mêm. de la Société aslron. de Londres, 1854.) Ajoutons qu'une objection capitale a été faite par M. S. Newcomb aux vues d'Hansen, et que M. Delaunay l'a également combattue. Ge qui reste généralement admis, c'est la forme allongée du globe lunaire.

cessible aux yeux de l'homme. Or, « les observations ne nous ont fait apercevoir — ce sont toujours les deux plus laborieux explorateurs de la Lune qui parlent — aucune difTérence essentielle entre ces contrées qui forment la septième partie de la surface lunaire cachée à nos regards et celles que nous connaissons : on y trouve les mêmes pays de montagnes et les mêmes mare » (les plaines appelées mers). De là à conclure la similitude des parties invisibles, il n'y a qu'un pas.

J'ai dit, de la partie actuellement invisible, qu'elle est à jamais inconnue pour la Terre. Cela résulte de l'analyse savante de Laplace ^ .

§ 7, ASTRONOMIE POUR UN HABITANT DE LA LUNE. DURÉE DES JOURS ET DES NUITS.

Pour terminer la description des particularités physiques qui font de la Lune un corps si différent du globe que nous habitons, voyons si les phénomènes astronomiques sont les mêmes pour elle que pour la Terre. Sans examiner la question intéressante, mais jusqu'ici à peu près insoluble, de l'existence l'êtres vivants et organisés à la surface du satellite de notre petit monae', nous supposerons un observateur successivement placé dans chacun de ses hémisphères.

1. En voici les conclusions : « La cause qui a établi une parfaite égalité entre les moyens mouvements de rotation et de révolution de la Lune, ôtc pour jamais aux habitants de la Terre l'espoir do découvrir les parties de la surface opposée à l'iiémisphère qu'elle nous présente. L'attraction terrestre, en ramenant sans cesse vers nous le grand axe de la Lune, fait participer son mouvement de rotation aux inégalités séculaires de son mouvement de révolution, et dirige constamment le même hémisphère vers la Terre. »

2. D'autres, plus hardis que noxis, trancheront sans doute la difficulté. Ils avanceront, avec de grandes chances d'être crus sur parole, qu'un être organisé ne peut vivre sans air et sans eau, et que les conditions climatologiques de la Lune sont évidemment destructives de tout organisme. Nous ne les contredirons pas. Mais la raison de notre réserve n'est pas moins aisée à

390 LE M(3NDE SOLAIRE.

Les phases de la Lune prouvent qu'elle présente tous les points de sa sphère au Soleil dans un intervalle de 29 jours 53 centièmes, ou si l'on préfère de 709 heures environ. Chacun de ces points reçoit donc, pendant 354 heures 1/2, la lumière solaire : c'est la durée du jour sur la Lune. Pendant 354 heures 1/2, le même point en est entièrement privé : c'est la durée de sa nuit. Il y a, sous ce rapport, parité presque entière entre les deux hémisphères visible et invisible.

Sur la Lune, les jours et les nuits forment-ils des tableaux aussi variés de nuances que les jours et les nuits terrestres? se succèdent-ils avec des transitions aussi ménagées? Non, et la raison en est aisée à concevoir. L'absence, ou du moins la rareté extrême de l'atmosphère lunaire produit, du jour à la nuit et de la nuit au jour, une transition subite. Je me trompe : la seule dégradation de lumière qu'on y observe est due à la lenteur avec laquelle le Soleil s'élève au-dessus ou s'abaisse au-dessous de l'horizon. Ce n'est que peu à peu que son disque se découvre derrière les plans les plus éloignés du paysage, et il s'écoule près de 10 heures entre le moment où brille le premier point lumineux et celui où le disque entier de l'astre a fait son ascension complète au-dessus de l'horizon : le lever du Soleil est un phénomène qui, sur la Lune, dure près d'une moitié de nos journées, et il en est de même de son coucher.

comprendre. Si, avant d'avoir observé aucun des innombrables êtres vivants qui peuplent les eaux de notre planète, et avant d'avoir entendu parler de leur existence, quelqu'un apprenait tout à coup qu'il est possible de naître, de respirer et de se mouvoir au sein des eaux, s'il s'en rapportait à sa seule expérience qui lui enseigne que l'immersion prolongée dans un liquide est mortelle à tous les animaux qu'il connaît, Comme à l'homme lui-même, sans aucun doute, cette nouvelle lui causerait la surprise la plus profonde. Tel serait notre étonnement, si l'on venait jamais à démontrer par d'irrécusables preuves l'existence d'êtres vivants à la surface de la Lune. Mais la nature est si variée dans ses modes d'action, si multiple dans les manifestations de sa puissance, que nous ne voyons rien là d'absolument impossible : contentons-nous donc de regarder l'existence d'êtres vivants à la surface de la Lune comme une hypothèse bien improbable-.

PL. XXL

LA TERRE VUE DE LA LUNE lîpof^iK- (II' la Pleine Terre ou du miuuil lunaii-o

Le disque de l'astre lumineux s'y montre, d'ailleurs, nettement terminé, et dépourvu de ces rayons qui, sur la Terre, l'environnent à une grande distance. Mais l'atmosphère du Soleil, ses protubérances avec les jeux variés de lumière qu'elles engendrent sur ses bords, sont nettement visibles dans le ciel lunaire, qui partout ailleurs, nous l'avons dit, présente une teinte sombre, et reste en plein jour parsemé d'étoiles. Une fois le Soleil levé, quelle que soit sa hauteur, il projette avec une égale force sa lumière vive et crue sur tous les objets ; n'étaient les reflets des aspérités éclairées, montagnes et collines, tout objet plongé dans l'ombre serait, même au milieu du jour, dans de complètes ténèbres, que tempérerait seul l'éclat de la voûte céleste, toute brillante d'étoiles. A la vérité, l'illumination du sol varierait selon les heures du jour, parce qu'ime surface éclairée l'est avec d'autant plus de force que l'obliquité des rayons lumineux est moins grande. Pendant la nuit, l'obscurité doit y être si profonde que nos nuits les plus noires ne peuvent en donner une idée. Le ciel, sur la Terre, conserve encore pendant la nuit sa transparence, la teinte foncée des espaces qui séparent les étoiles est toujours colorée et bleuâtre ; d'ailleurs, suivant l'heure de la nuit, elle va se dégradant au levant et au couchant. Rien de semblable dans les nuits lunaires; la crudité violente du ton noir que présente le firmament doit être encore accrue par la vivacité des lumières stellaires, et la présence du disque terrestre ne change rien à l'aspect du ciel.

Mais l'intensité de la lumière du Soleil et celle de sa chaleur directe ne sont point tout à fait les mêmes, au milieu du jour, sur chaque moitié de la Lune. En effet, pour les points du méridien lunaire qui nous fait face, il est midi à l'instant précis de la pleine Lune; tandis que, pour l'autre moitié de ce méridien, nos antipodes lunaires, le midi coïncide avec l'instant de la Lune nouvelle. Or, dans la première position, In Lune est plus éloignée du Soleil que dans la seconde, du

l,E CI El,. ^0

double de sa moyenne distance de la Terre. Cela fait, si nous avons bonne mémoire, la 193^ partie de la distance de la Terre au Soleil. Aussi le diamètre apparent de ce dernier astre est-il plus considérable, dans le second cas que dans le premier, d'environ 1/193 : sa surface rayonnante est plus grande de 1/95. Mais il y a une compensation dans la longueur moyenne du jour lunaire, plus grande d'une heure 7 minutes pour le méridien central de la face visible.

Pendant les nuits de ce dernier hémisphère, l'observateur lunien verra constamment la TeiTe sous la forme d'un disque lumineux 14 fois plus grand que celui de la Lune dans notre ciel, et présentant successivement comme elle une série de phases tout à fait analogues. Les nuits n'y seront donc jamais tout à fait obscures, ainsi que le témoigne d'ailleurs la lumière cendrée. A minuit — minuit lunaire — la face dont nous parlons, toujours tournée vers nous, mais invisible parce qu'elle est relativement obscure et se perd dans les rayons du Soleil, aura Pleine Terre. Qu'on juge de la lumière qu'elle reçoit ainsi du disque lumineux de notre planète, par celle que nous recevrions, si 14 pleines lunes égales à la nôtre éclairaient en même temps nos nuits. (Voyez planche XXL)

Au contraire, la Terre est inconnue pour les observateurs supposés de l'hémisphère invisible, et les nuits y sont d'une obscurité dont on peut se faire une idée, si l'on songe qu'aucun crépuscule ne la tempère, et que la seule lumière reçue dans cet hémisphère est celle des étoiles.

Entre ces deux régions, qui forment à elles deux les 6/7 de la surface entière de la Lune, est la zone des bords qui sont tantôt en vue, tantôt invisibles. Pour cette zone, la Terre se couche et se lève ; mais son disque n'y monte que très-faiblement au-dessus de l'horizon. Dans l'hémisphère visible, les phases de la Terre, l'observation de ses taches, qui tour à tour paraissent et disparaissent par l'effet de sa rotation, peuvent servir de montre pour la mesure du temps. C'est un cadran,

presque immobile au même point de la voûte étoilée, et comme une lampe immense suspendue en ce point. D'ailleurs les étoiles défilent avec lenteur dans le ciel noir, derrière ce pendule tournant. Quant aux régions qui composent les parties de la Lune invisibles pour la Terre, aussitôt que le Soleil a disparu de leur horizon, elles se trouvent plongées sans transition dans la plus profonde nuit. Pendant 350 heures, un astronome, transporté sous ce ciel si favorable aux études uranologiques, pourrait y observer, sans être gêné par aucun nuage, par aucune lumière étrangère, les étoiles et les planètes : la Voie Lactée, les nébuleuses, la lumière zodiacale, les protubérances solaires que l'on ne peut voir, sur notre Terre, que pendant les éclipses totales de Soleil, seraient d'ailleurs constamment accessibles à l'observation, pendant le jour comme pendant la nuit, sur l'un et sur l'autre hémisphère. Enfin, une autre différence qui caractérise l'hémisphère invisible, c'est que le Soleil n'y est jamais éclipsé, tandis que dans l'atmosphère tourné vers nous, des éclipses solaires peuvent durer jusqu'à deux heures.

MARS cf.

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