GÉOGRAPHIE DE MARS, OU ARÉOGRAPHIE
Étant reconnu que Mars a des taches permanentes, il restait à résoudre un intéressant problème : déterminer la position précise des points principaux de ces taches, en les rapportant aux méridiens et aux parallèles de la planète, en un
qui n'appartiennent point au spectre solaire, mais qui coïncident avec celles du spectre d'absorption de notre atmosphère. On peut conclure avec certitude que Mars possède une atmosplière qui, pour la composition, ne diffère pas essentiellement de la nôtre, et doit être riche, en particulier, en vapeur d'eau. La coloration rouge de Mars semble résulter d'une absorption qui s'exerce généralement sur les rayons bleus et violets dans leur ensemble; au moins, il n'a pas été possible de discerner, dans cette portion du spectre, des bandes d'absorption tranchées. »
1. Une observation singulière du P. Secchi, en 1862, a suggéré à ce savant l'idée que de tels ouragans pouvaient être vus de la Terre. Une tache sombre ovale lui parut, le 18 octobre, vers huit heures, entourée d'un anneau brillant, qu'enveloppait une autre bande obscure en forme de spirale. Un dessin fait le même soir par M. N. Lockyer, trente-six minutes seulement après l'observation de Rome, ne montre aucune trace de cette configuration bizarre, a Vi si vede una macchia scura di color diverso dal solito che no ho mai
veduta, e pare circondata da un anelle o ciclone spirale La crederei una
granda burrasca in marte. ^> Était-ce en effet une bourrasque, un cyclone de Mars? Nous renvoyons sur ce point au Mémoire de Secchi et à l'intéressante notice de M. F. Terby : Noie sur une configuration singulière des taches de la planète Mars.
mot, chercher leurs longitudes et latitudes aréograpliiqucs (du grec apY)?, ares ou Mars) ; limiter les contours des taches et en bien indiquer la forme, de façon à pouvoir reproduire une carte des océans, des mers, et par suite celle des terres et des continents.
Il semble que rien n'est plus simple que de donner la solution de la question ainsi posée. Mais, si l'on se rappelle ce que nous avons dit de la diversité d'aspects que présentent les taches de Mars, non-seulement dans les oppositions successives, à des observateurs munis des mêmes ressources d'observation, mais aussi, à la même époque, selon que les circonstances atmosphériques terrestres sont plus ou moins favorables, les instruments différents, ainsi que les jours et heures d'observation, on se rendra compte, tout au contraire, des difficultés que présente une telle solution. Le plus grand obstacle d'ailleurs vient peut-être des variations réelles que prend l'aspect d'une même tache selon les circonstances atmosphériques de la planète elle-même, le plus ou moins de transparence de son atmosphère, l'état serein ou nuageux de la région où la tache est située.
Plusieurs savants se sont voués à cette étude scabreuse. Des cartes ont été dressées, soit d'après les dessins d'un même observateur, soit d'après la comparaison et la discussion des nombreux dessins rassemblés depuis deux siècles; des globes ont été construits, excellent moyen de s'affranchir des déformations inévitables des meilleures cartes. Nous reproduisons ici quelques-uns de ces documents curieux. En premier lieu (fig. 142 et 143, p. 414 et 415), ce sont les hémisphères de Mars, tels que Béer et Mœdler ont pu les dresser d'après leurs observations de 1830, 1832 et 1837.
La figure 144 représente une mappemonde de Mars, que nous avons dressée d'après les dessins de M. Proctor; ce savant a lui-même donné un planisphère de Mars, construit d'après une série d'observations de l'astronome anglais Dawcs. Enfin,
la figure 145 est \e fac-similé du planisphère de Mars, où l'on a tenté de figurer les positions et les formes des principales taches permanentes, d'après un grand nombre de dessins anciens ou nouveaux ^ .
En comparant ces divers documents, on sera frappé des divergences que la position et la forme des taches y présentent. Mais il ne faut pas oublier que la carte des astronomes allemands a été dressée par un seul observateur et d'après ses
Fig. 144. Mappemonde de Mars, dressée d'après les dessins de M. Proctor.
observations propres, que celle de Proctor est aussi le résultat d'une étude comparative des dessins donnés par le même astronome : c'est la méthode qui, dans l'état encore incertain
1. Ce dessin nous a été obligeamment communiqué par notre compatriote, M. G. Flammarion, qui en est l'auteur. Un savant belge, M. le D' F. Terby (de Louvain), a rassemblé depuis quelques années la plus précieuse collection de documents et de dessins sur la planète Mars, qui ait encore paru; et il les a mis à la disposition des astronomes dans une série de Mémoires fort intéressants sur ce sujet. Citons les titres des deux plus importants : Aréo- GRAPHiE on Elude comparative des observations faites sur l'aspect physique de la planète Mars depuis Fonlana (1636) jusqu'à nos jours (1873); Areo- GRAPHisciiE FRAGMENTE, luanuscrit et dessins originaux et inédits de l'astronome J. II. Sclirœter, de Lilienthal.
de la science sur ce point particulier d'astronomie, peut seule aboutir à un résultat sérieux. Or il faut avouer que la comparaison de cartes ainsi formées laisse encore bien des doutes sur l'étendue, la forme, et quelquefois même sur l'existence de mers, de détroits, d'îles, etc., auxquels on s'est un peu pressé de donner des noms. En nous arrêtant à la mappe-
Fig. 145. Planisphère de Mars '
monde de Dawes, on voit qu'il n'y a, à proprement parler, sur Mars, qu'une seule masse continentale, dont la plus grande