‹ Le ciel, séjour des élus [microforme]Chapitre 23 sur 67 · SAINT MICHEL ARCHANGE · texte numérisé non relu

SAINT MICHEL ARCHANGE

sonné de l'impudicté, des vices et de toutes les abominations. — Des ennemis pleins d'astuce ont comblé d'opprobres et abreuvé d'amertume l'Église, épouse de l'Agneau immaculé; et sur ses biens les plus sacrés, ils ont porté leurs mains criminelles. Même en ce lieu saint, où a été établi le Siège de Pierre et la Chaire de vérité qui doit éclairer le monde, ils ont élevé l'abominable trône de leur impiété, avec le dessein inique de frapper le Pasteur et de disperser le troupeau.

Nous vous en supplions donc, à Prince invincible, contre les attaques de ces esprits réprouvés, secourez le peuple de Dieu et donnez-lui la victoire, Il vous vénère, ce

peuple, comme son protecteur et son patron, et l'Eglise

se glorifie de vous avoir pour défenseur contre les malignes puissances de l'enfer. A vous Dieu a confié le soin de conduire les âmes à la céleste béatitude. Ah! priez donc le Dieu de paix de mettre sous nos pieds Satan vaincu et tellement abattu qu'il nt puisse plus retenir les hommes dans l'esclavage, ni causer de préjudice à l'Eglise. Présentez nos prières aux regards du Tout- Puissant, afin que les miséricordes du Seigneur nous préviennent au plus tôt. Emparez-vous du dragon, de l'ancien serpent qui est le diable et satan, enchaînez-le et précipitez-le dans l’abime, afin qu'il ne puisse plus séduire les peuples. Ainsi soit-il. (1)

(1) Cette prière est celle-là même que le pape Léon XIII fit distribuer à tous les fidèles présents dans la basilique de Saint-Pierre, le 30 septembre 1888, après la messe célébrée par Mi à l'occasion des prières solennelles qu'il avait prescrites

dans l'Eglise entière pour les fidèles trépassés. (Béringer— indulgences).

L'archange Saint Raphaëi. — Livre de Tobie.

“Le ministère que remplissent près de nous les esprits célestes est admirablement exprimé dans les scènes gracieuses qui revêtent d'un charme si pénétrant, l'histoire de Tobie.” (1)

Nous reproduisons ici en entier cette histoire, certainement une des plus belles de l'Ancien Testament ; l'une aussi des plus sanctifiantes et pour les jeunes gens qui veulent pratiquer la vraie piété; et pour les jeunes époux qui désirent vivre saintement dans le mariage; et pour les pères de famille, dont le saint homme Tobie est

un admirable modèle.

Chapitre premier. — Tobie, de la tribu et de la ville de Nephthali, qui est dans la Haute-Galilée, au-dessus de Naasson, derrière le chemin qui mène vers l'occident,

ayant à sa gauche la ville de Séphet, fut emmené captif

du temps de Salmanasar, roi des Assyriens; et dans sa captivité même, il n’abandonna point la voie de la vérité; en sorte qu'il distribuait tous les jours ce qu'il pouvait avoir à ceux de sa nation, à ses frères qui étaient captifs avec lui. Et quoiqu'il fût le plus jeune de tous ceux de la tribu de Nephthali, il ne fit rien de puéril dans ses actions. Enfin, quoique tous allassent adorer les veaux d'or que Jéroboam avait faits, étant roi d'Israël, lui seul fuyait la compagie de tous. Et il allait à Jérusalem, au Temple du Seigneur, où il adorait le Seigneur Dieu d'Israël,

(1) Dom Guéranger: Année Lit.

ee ee HISTOIRE 1E TOBIE 71

offrant fidèlement les prémices et les dimes de tous ses biens ; de sorte que H troisième année, il distribuait aux prosélytes et aux étrangers toute sa dime. Il observait ces choses et d'autres semblables, conformément à la loi de Dieu, lorsqu'il n'était encore qu'un enfant, Mais lorsqu'il fut devenu homme, il épousa une femme de sa tribu, nommé Anne, et en eut un fils ju ! il donna son nom. Il lui apprit dès son enfance à craindr? Dieu et à s'abstenir de tout péché.

Lors donc qu'ayant été emmené captif avec sa femme, son fils et toute sa tribu, il fut arrivé dans la ville de Ninive, (quoique tous mangeassent «les aliments des Gentils), il veilla sur son âme, et ne se souilla jamais de leürs aliments, Et parce qu'il se souvint de Dieu en tout son coeur, Dieu lui fit trouver grâce devant le roi Salmanasar, qui lui donna pouvoir d'aller partout où il voulait, et la liberté de faire ce qui lui plairait. I] allait donc vere tous ceux qui étaient captifs, et leur donnait des avis salutaires. 11 vint un jour à Ragès, ville des Mèdes, ayant dix talents d'argent qui venaient des dons qu'il avait reçus du roi : et parmi le grand nombre de ceux de sa race, voyant que Gabélus, qui était de sa tribu, était dans le besoin, il lui donna contre une reconnaissance cette somme d'argent. Mais après beaucoup de temps, le roi Salmanasar étant mort, Sennachérib son fils qui régna après lui, ayant en haine les enfants d'Israël, Tobie

allait tous les jours visiter ceux de sa parenté, les consolait, et distribuait de son bien à chacun d'eux selon son

pouvoir. Il nourrissait ceux qui avaient faim, revétait ceux qui n'avait point de vêtements et avait grand soin d'ensevelir ceux qui étaient morts ou qui avait été tués. Enfin lorsque le roi Sennachérib fut revenu, fuyant loin de la Judée la plaie que Dieu avait faite autour de lui pour son blasphème, et qu'irrité, il fit mettre à mort un grand nombre d'entre les enfants d'Israël, Tobie ensevelissait leurs corps. Or, dès qu’on l'eut annoncé au roi, il commanda qu'on le tuât et il prit tout son bien. Mais Tobie, fuyant avec son fils et avec sa femme, dénué de tout, fut tenu caché, parce que beaucoup le chérissaient. Or, après quarante-cinq jours le roi fut tué par ses fils, et Tobie retourna en sa maison et tout son bien lui fut rendu.

Chapitre deuxième. — Après cela, comme c'était le jour de la fête du Seigneur, un bon repas fut préparé dans la maison de Tobie; et il dit à son fils: Allez et amenez ici quelques-uns de notre tribu, qui craignent Dieu et qu'ils mangent avec nous. Son fils y alla, et à son retour il lui annonça qu'un des enfants d'Israël qui avait été étrangk était gisant sur la place publique. Tobie aussitôt s’élança de son lit de table, laissant là le repas, et il arriva à jeun près du corps. Il l'enleva et le porta dans sa maison secrètement, afin que, lorsque le soleil serait couché, il l'ensevelit avec précaution. Et lorsqu'il eut couché le corps, il mangea son pain avec douleur et tremblement, se rappelant cette parole que le Seigneur avait dite par le prophète Amos: Vos jours de fête se

HISTOIRE DE TOBIÉ de

changeront en lamentations et en pleurs. Et lorsque le soleil fut conché, il alla l'ensevelir. Or, tous ses proches le blâämaient, en lui disant: On a déjà commandé de vous faire mourir, pour ce sujet, et c'est à grand’ peine que vous avez échappé à cet arrêt ; et de nouveau, vous ensevelissez les morts? Mais Tobie craignant Dieu plus que le roi enlevait les corps de ceux qui avaient été tués, les cachait dans sa maison et les ensevclissait au milieu de la nuit. Or, il arriva un jour que s'étant lassé à ensevelir les morts, il s'en revint en sa maison, et s'étant couché au pied de la muraille, il s'endormit; et pendant qu'il dormait, il tomba d'un nid d'hirondelle de la fiente chaude sur ses yeux, et il devint aveugle (1).

Dieu permit que cette épreuve lui arrivât, afin que sa patience füt donnée en exemple à la postérité comme celle du saint homme Job.

Car, comme dès son enfance, il avait toujours craint Dieu et gardé tous ses commandements, il ne s'attrista point, et ne murmura point contre Dieu de ce que cette plaie de cécité lui était survenue; mais il demeura inébranlable dans la crainte de Dieu, rendant grâce à Dieu tous les jours de sa vie. Et, comme les rois insultaient

au bienheureux Job, ainsi ses parents et ses alliés raillaient

(1) Tobie n'ayant pu se purifier de l’impureté égale qu'il avait contractée en touchant les morts, demeura hors de sa maison; car il est écrit au Livre des Nombres: Celui qui, pour avoir touché le corps mort d'un homme, en demeurera impur durant sept jours, recevra l’aspersion de l'eau lustrale le troisième et le sepiième jour et il sera aïnsi purifié.

sa conduite, en disant: Où est votre espérance pour laquelle vous faisiez des aumônes et vous ensevelissiez les morts? Mais Tobie les reprenait, disant: Ne parlez point ainsi, parce que nous sommes erfants des saints et que nous attendons cette vie meilleure que Dieu doit donner à ceux qui ne violent jamais la fidélité qu'ils lui ont promise. Or, Anne sa femme allait tous les jours faire de la toile et apportait du travail de ses mains ce qu'elle pouvait gagner pour vivre. Il arriva donc qu'ayant reçu un chevreau outre le prix ordinaire de son travail, elle l'apporta à la maison. Son mari l'ayant entendu bèler, lui dit: Prenez garde que ce chevreau n'ait été dérobé: rendez-le à ceux à qui il appartient, parce qu'il ne nous est pas permis de manger quelque chose qui ait été dérobé, ou d'y toucher. Alors sa femme, irritée, lui répondit: Vos espérances sont manifestement devenues vaines, et voilà à quoi se sont terminées vos anmônes. Ainsi sa femme lui faisait d'amers reproches par ces discours et d'autres semblables.

Chapitre troisième. — Alors Tobie gémit et commença à prier avec larmes, disant: Vous êtes juste, Seigneur, et tous vos jugements sont droits, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice. Et maintenant, Scigneur, souvenez-vous de moi, et ne tirez point vengeance de mes péchés et ne vous rappelez point mes offenses ni celles de mes pères. Parce que nous n'avons

point obét à vos préceptes, c'est pour cela que nous avons

HISTOIRE DE TOBIE

été livrés au pillage, à la captivité, à la mort, à la risée et à l'insulte chez toutes les nations parmi lesquelles vous nous avez dispersés. Et maintenant, Seigneur, vos jugements sont grands, parce que nous n'avons point agi selon vos préceptes, et que nous n'avons point marché sincèrement devant vous. Et maintenant, Seigneur, faites-moi selon votre volonté, et ordonnez que mon àme soit reçue en paix; car il est plus avantageux pour moi de mourir que de vivre.

Or, en ce mème jour il arriva que Sara, fille de Raguel, à Ragès, ville des Mèdes, entendit elle-même un reproche outrageant d'une des servantes de son père, de ce qu'elle avait été donnée à sept maris successivement et qu'un démon du nom d'Asmodée les avait tués aussitôt qu'ils s'étaient approchés d'elle. Comme donc elle reprenait cette jeune fille pour quelque faute qu'elle avait commise, celle-ci lui répondit: Que nous ne voyions plus

de toi fils ou fille sur la terre, meurtrière de tes maris!

Est-ce que tu veux me tuer aussi, comme tu as déjà tué

sept maris? À cette parole, Sara monta dans la chambre haute de sa maison, et pendant trois jours et trois nuits elle ne mangea ni ne but : mais, persévérant dans la prière, elle priait Dieu avec larmes qu'il la délivrät de cet opprobre. Or, il arriva le troisième jour que, tandis qu'elle achevait sa prière, bénissant le Seigneur, elle dit: Béni est votre nom, Dieu de nos pères, qui, après que vous êtes irrité, faites miséricorde, et qu'au temps de la

tribulation remettez les péchés à ceux qui vous invoquent,

C'est vers vous, Seigneur, qr® je tourne ma face, et vers vous que je dirige mes yeux. Je vous demande, Seigneur, que vous me détachiez du : de cet opprobre ou que vous me retiriez de dessus ! à e. Vous savez, Scigneur,

que je n'ai jamais désiré ‘11 mari, et que j'ai conservé

mon âme pure de tout mauvais désir, Jamais je ne me suis mêlée à ceux qui se divertissent, et je n'ai pas fait société avec ceux qui marchent imprudemment: ct j'ai consenti à recevoir un mari dans votre crainte, et non pour ma passion. Et, où moi j'ai été indigne d'eux, ou peut-être eux n'étaient-ils pas dignes de moi, parce que c'est peut-être pour un autre mari que vous m'avez réservée. Car vox conseils ne sont point au pouvoir de l'homme, Mais quiconque vous honore est assuré que sa vie, si elle passe par l'épreuve, sera couronnée: que, s'il est dans la tribulation, il sera délivré, et S'il éprouve un chätiment, il pourra parvenir à votre miséricorde. Car, vous ne vous plaisez point à notre perte, puisqu'après la tempête vous faites le calme, et qu'après les larmes et les soupirs vous répandez la joie. Que votre nom, Dieu d'Israël, soit béni dans les siècles! En ce temps-là les prières de tous les deux furent exaucées en la présence de la gloire du Dieu Souverain; et, le saint ange du Seigneur. Raphaël, fut envoyé pour les guérir tous deux, eux dont les prières avient été adressées au Seigneur dans un même temps. Chapitre quatrième. -— Comme Tobie voyait done

que sa prière était exaucée et qu'il pouvait mourir, il appela à lui son fils Tobie et lui dit: Mon fils, écoutez les

HISTOIRE LE TOBIE

paroles de ma bouche, et mettez-les dans votre coeur, comme un fondement solide. Lorsque Dieu aura reçu mon âme, ensevelissez mon corps; et honorez votre mère teus les jours de sa vie, car vous ne devez pas oublier ce qu'elle a souffert, et à combien de périls elle a été exposée, avant de vous donner le jour. Et quand elle aura ainsi elle-même achevé le temps de sa +2, ensevelissez-la auprès de moi. Ayez Dieu dans votre esprit tous les jours de votre vie, et gardez-vous de consentir jamais à aucun péché et de violer les préceptes du Seigneur notre Dieu. Faites l'aumône de votre bien et ne détournez votre visage d'aucun pauvre; car de cette sorte le Seigneur ne détournera point non plus son visage de vous. Soyez charitable autant que vous le pourrez. Si vous avez beaucoup, donnez abondamment ; si vous avez peu, même de ce peu, ayez soin de donner de bon coeur. Vous vous amasserez ainsi le trésor d'une bonne récompense au jour de la nécessité; parce que l'aumône délivre de tout péché et de la mort (1) et qu'elle ne laissera point l’âme aller dans les ténèbres. L'aumône sera le sujet d'une grande confiance devant le Dieu très-haut pour tous ceux qui la font. Gardez-vous, mon fils, de toute fornication, et hors votre épouse, ne vous permettez jamais de connaître de femme. Ne laissez jamais l'orgueil dominer dans votre

esprit ou dans vos paroles: car c'est par l'orgueil que

(4) L'aumône faite avec de bonnes intentions nous mérite une augmentation de la grâce divine et nous amène ainsi à la conversion et à la pénitence, qui nous délivre en effet de tout péché et nous sauve de la mort éternelle (L'abbé Glaire).

me .

toute perdition a pris commencement. Lorsqu'un homme aura travaillé pour vous, payez-lui aussitôt ce qui lui est dû pour son travail: et que le salaire du mercenaire ne demeure jamais chez vous. Prenez garde de ne faire

Jamais à un autre ce que vous seriez fâché qu'on vous

fit Mangez votre pain avec les pauvres et avec ceux qui ont faim, et couvrez de vos vêtements ceux qui sont nus. AMettez votre pain et votre vin sur le tombeau du juste (1) ; et gardez-vous d'en manger et d'en boire avec les pécheurs. Demandez toujours conseil à un homme sage. Bénissez Dieu en tout temps ; et demandez-lui qu'il dirige vos voies: et que tous vos desseins demeurent en lui. Je vous avertis aussi, mon fils, que lorsque vous étiez encore petit enfant, j'ai donné dix talents d'argent à Gabélus qui demeure dans la ville de Ragès, au pays des Mèdes, et que j'ai son billet entre les mains. C'est Pourquoi faites vos diligences pour parvenir jusqu'à lui et Pour en retirer cette somme d'argent et lui rendre son obligation. Ne craignez point, mon fils. Nous menons, à la vérité, une vie Pauvre; mais nous aurons beaucoup de biens, si nous craignons Dieu, si nous nous retirons de tout péché et si nous faisons le bien.

Chapitre cinquième. — Alors Tobie répondit à son père et lui dit: Mon père, je ferai iout ce que vous m'avez

1) Cette coutume de mettre de la nourriture sur les tombeaux, pratiquée chez les Hébreux et même parmi les chrétiens, pendant plusieurs siècles, était une aumône que l'on faisait aux vivants. afin de les engager à prier pour les morts. (Bible de Vence.)

HISTOIRE DE TOBIE 19 ordonné. Mais comment pourrai-je retirer cet argent, je l'ignore. Gabélus ne me connaît point et je ne le connais

point aussi; comment me ferai-je connaître à lui? Je ne

sais pas même le chemin par où l'on peut aller en ce payslà. Alors son père lui répondit: J'ai son obligation entre les mains: et aussitôt que vous la lui ferez voir, il vous rendra l'argent. Mais allez présentement chercher quelque homme fidèle qui puisse aller avec vous, en lui assurant sa récompense, afin que vous receviez cet argent pendant que je vis encore. Alors T'obie étant sorti, trouva un jeune homme magnifique, debout, ceint er comme prêt à marcher. Et ne sachant pas que ce fût un Ange de Dieu, il le salua et dit: D'où êtes-vous, bon jeune homme? Il lui répondit: Je suis des enfants d'Israël. Tobie lui demanda: Connaissez-vous le chemin qui conduit au pays des Mèdes? Il lui répondit: Je le connais ; j'ai parcouru fréquemment tous ces chemins ; et j'ai demeuré chez Gabélus notre frère qui demeure en la ville de Ragès au pays des Mèdes, laquelle est située sur la montagne d'Ecbatane. Tobie lui dit: Attendez-moi un peu, je vous supplie, jusqu'à ce que j'aie annoncé tout cela à mon père. Alors Tobie étant rentré, rapporta tout cela à son père. Sur quoi, plein d'admiration, son père demanda qu'il entrât auprès de lui. Etant donc entré, il salua Tobie. en lui disant: Que la Joie soit ayec vous toujours. Tobie répondit : Quelle joie puis-je avoir, moi qui suis assis dans les ténèbres et qui ne vois point la

lumière du ciel? Le jeune homme répondit: Ayez bon

Er

Page 1