SAINTE CHRISTINE
sieurs de ses membres ; mais une douleur si cuisante fut loin d'abattre Je Courage de cette héroïque enfant ou de troubler la paix de son âme: elle ramassait, sans étonnement, les lambeaux de sa chair et les présentait à son
père qui rassasiait ses Yeux de son supplice,
“Une action si Surprenante, au lieu de toucher ce coeur de tigre, ne servit qu'à l'irriter davantage, II Ja fit jeter dans une affreuse prison, chargée de fers et de Chaînes ; puis il la fit attai her à une roue, un peu élevée de terre, qu'il fit arrôser d'huile de tous côtés et sous laquelle il fit allumer un grand feu, afin que ïa roue, venant à tourner, le Corps de cette petite et innocente enfant souffrit en même temps un double supplice. Mais un miracle du ciel en Suspend't l'effet: le feu respecta CE COrps si pur, et tournant ses flammes sur une troupe d'infidèles que la curiosité et l'instinct barbare avaient fait
aCCourir à ce spectacle, i! en constima un grand nombre.
“Le père à la vue de ce prodige qui le Couvrit de Confusion, lui et tous les idofîtres, fut en proie au plus violent dépit. I] fit ramener sa fille en prison : mais elle n'y demeura Pas sans secours: un Ange descendit dans son cachot, la consola, la gué:it de ses plaies, et donna de nouvelles forces à son esprit et à son coeur. Ce père iénaturé, ayant encure appris cette merveille, sa fureur tenta un dernier effort, 1] Cémmanda aux bourreaux d'attacher à Christine une pierre au cou et de la précipiter
dans le lac; mais Dieu qui avait su la préserver des flam-
imes, sut bien aussi la préserver des eaux. Le même Ange
qui l'avait suivie dans le cachoï l'accompagna dans le lac:
et, l'ayant affranchie de toute crainte et de toute peine,
à l'en fit sortir et l'amena sur les bords du rivage, où on la trouva aussi saine qu'auparä ant, Ce fut ce dernier coup du ciel qui acheva de foxdroyer ce père inhumain: ja rage qu'il eut de voir que les miracles ne cessaient point en faveur de sa fille, le mit tellement hors de lui-
méme, que le lendemain on le trouva mort dans son lit.
“Dion, qui fut son successeur dans le gouvernement de la ville, fut aussi l'héritier ‘le sa cruauté. I se déchaina comme lui contre Christine: ïj inventa mille sortes de supplices pour tourmenter cette jeune enfant de dix ans! Le plus rigoureux fut quand il la fit coucuer dans un berceau de fer rempli d'huile bouillante mélée de poix ; mais, Christine, que Dieu prenait plaisir à protéger à la face et à la coniusion des tyrans, avec un simple signe de croix sur elle-même, apaisa des ardeurs si cuisantes, et, par un saint défi aux bourreaux, elle leur dit qu' ‘ils l'avaient mise dans ce berceatt Comm a enfant qui venait d'être régénérée à la grace par le baptême.” Ces détestables ministres de Satan furent au désespoir de voir une enfant de dix ans triompher de tous leurs efforts et demeurer invulnérable au milien d'un si dévorant supplice. Aussi ces êtres inhumains oubliant tout respect et toute pudeur, trainèrent cette innocente enfant, avec des révol-
tants outrages, dans Île temple d'Apollon pour l'obliger à
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trésenter de l'encens à cette fausse divinité, Mais elle n'y fut pas plus tôt entrée, que, par un nouveau miracle du Tout-Puissant, l'idole se brisa cn pièces, le tyran
tomba raide mort, et la vue de ce double évèneemnt toucha tellement le coeur de ceux qui étaient présents, que trois mille de ces païens se convertirent à la foi,
“Après la mort de ce nouveau préfet, Sainte Christine passa encore entre les mains d'un troisième nommé Julien ; car ce tyran, croyant qu'il y allait de son honneur de venger la honte et même la mort de ceux qui l'avaient précédé dans sa charge, éprouva encore su: elle tout ce qu'il put de tourments. D'abord, il la fit jeter dans une fournaise ardente Pour y être consumée : mais Dieu, voulant renouveler en sa Personne l'ancien miracle des trois enfants de la fournaise de Babylone, rendit ces flammes impuissantes et Permit que la jeune sainte Y demeurât cinq jours sans en rien souffrir. Alcrs les hommes se trouvant au bout de leur malice, résolurent d'avoir recours au démon. lis s'adressèrent à un magicien qui jeta dans la prison de notre admirable martyre une quantité d'hortibles serpents, d’aspics et de vipères, afin de la faire mourir par le venin: mais cette invention diabolique ne servit qu’à relever davantage sa gloire et à Ja faire triompher de ces affreux reptiles, après avoir vaincu les éléments. Après cela, on lui Coupa la langue, mais elle ne perdit pas par cette nouvelle cruauté l'usage de la parole : Par un nouveau miracle, elle faisait entendre avec plus de
force que jamais les louanges du vrai Pieu qu'elle adorait. Enfin, Julien perdant toute patience, la tit attacher à un u où son corps fut percé de flèches, jusqu'à ce qu'elle eut rendu son âme à Dieu dans ce dernier supplice: et c'est ainsi que cette candide enfant de dix ans, après une série d'étonnants miracles opérés par la main du Très-Haut eueillit la palme d'une des plus illustres
martyres de Jésus-Christ.
En conclusion c'est ainsi qu'après trois siècles de persécutions sanglantes, des millions de martyres, de tou âge, de tout Sexe, de toute condition, sserent rapidement par les grandes eatix de la.tribulation, pour aller s'asseoir au Banquet de ‘Agneau, dans le l’aradis des Élus, au milieu des enivrantes jonissances d'un bon-
heur et d'une glo qui ne finiront jamais !
O Paradis, Paradis! aurons-nous aussi un jour place au Banquet de l\gnean, ait sein de vos ineffables
délices! Notre peut de mérites ne nous Cl rend pas
dignes ; mais nous espérons ex la miséricorde infinie de
notre Dieu. Oui, Seigneur, nous aussi nous avons l'espérance du Paradis, et vous ne permettrez pas que nous
soyons à jamais confondus !
BENCRETL