‹ Le ciel, séjour des élus [microforme]Chapitre 41 sur 67 · SAINTE AG · texte numérisé non relu

SAINTE AG

Lorsqu'elle fut Contrainte d'entrer en ce lieu d'infamie, elle Y trouva un Ange pour la défendre et une belle robe, plus blanche que Ja neige, pour Ja couvrir, et le lieu lui-même fut éclairé d'une très-brilante lumière. Les jeunes Romains, au Coeur corrompu, en entrant dans cette chambre furent éblouis de ce qu'ils voyaient ; et, ils en sortaient chastes et Convertis, par la vertu de la grâce divine qui agissait sur leur âme.

Procope, qui était Je Principal motif de la cruauté ue l'on avait exercée contre l'innocente Agnès, voulant accomplir son mauvais dessein, entra dans la chambre comme les autres et Sans regarder ce qui Y paraissait d'admirable, il voulut lui faire violence; mais il fut prévenu par l'ange qui la gardait, lequel, le frappant au coeur, le renversa raide mort à ses pieds. Les autres jeunes Romains, ses Compagnons, et aussi débauchés que lui, l'attendaient à Ja Porte; ct, voyant qu'il tardait trop, ils entrèrent au bout de dqueique temps, et Je trouvant étendu sur Ja place, ils sortirent en poussant des cris : “Venez, 6 Romains, venez; car Agnès Ja sorcière a tué

ir, au lieu où était Le voyant étendu,

; il l'ap- ; Sorcière cnchanteresse, monstre né pour Ja désolation de sa vie, lui demandant avec

ST

e d'horribles exécrations pourquoi elle lui avait ravi son fils, quelle injure elle pouvait en avoir reçue pour com mettre ce crime, ct si elle se tenait offensée de l'amour

d'un homme de la qualité et du mérite de Procope: La

douce et innocente Agnès reçut ces invectives sans s'émouvoir et répondit avec modestie: “Je n'ai point Ôté la vie à votre fils : son effronterie et sa témérité ont seules

sa mort. Ceux qui sont entrés ici avant lui en sont sortis librement, parce que voyant cette chambre pleine de 5 ils ont rendu au grand Roi du Ciel l'honneur qui lui est dû; ils ont su que quand j'étais dépouillée, il m'a revêtue d'une robe éclatante; que quand j'étais seule et abandonnée, il m'a préservé des insultes de mes persécuteurs, et qu'il a conservé ma virginité que je lui ai consacrée dès le berceau. Mais votre fils, transporté de fureur, sans avoir de respect pour mon Dieu, a voulu me faire violence: c'est pourquoi l’Ange qui me garde l'a fait

mourir misérablement.”

Alors le Préfet lui dit d'une voix plus modérée: “Je te prie donc de rendre la vie à mon fils, afin que chacun connaisse que tu ne la lui as qas ôtée par des charmes et par l'art magique.” Ja sainte lui répondit: “Votre aveuglement vous rend indigne de cette faveur; mais, afin que la gloire de mon Epoux en soit mieux reconnue et que toute la ville de Rome sache le bonheur de ceux qui le servent avec fidélité, sortez de cette chambre, vous et ceux qui sont venus avec vous, tandis que je ferai ma

prière pour obtenir de Lui ce que vous désirez." Sym-

pbronius étant sorti, Agnès se Prostérna à terre, et le visage baigné de larmes, elle pria son Époux bien-aimé de rendre la vie à Procope, qui n'était plus un homme, m:

un infâme cadavre. Pendant l'ardeur de son oraison, un Ange du Ciel se présenta à elle, et ] exhortant à prendre courage, il ressucita celui pour qui elle Priait. Il ne fallut plus d'autre héraut de la vérité que ce même fils de Symphroniu: , Car, sortant de cette chambre, il commença à crier: “Îl n'est point d'autre Dieu au ciel ni sur la terre, en la mer ni dans les abimes, que celui qui est le Tout-Puissant, adoré par les chrétiens; c'est à lui seul qu'est dû tout honneur : lui seu! doit être adoré; les idoles ne sont que des esprits trompeurs qui nous abusent, afin

de nous trainer avec eux en enfer,”

Aussitôt que ces discours de Procope ressuscité vinrent aux oreilles des pontifes idolâtres, ils commencèrent, avec tout le peupe séduit Par cux, à faire retentir leurs cris jusqu'aux nues : “Que la magicienne meure! Que l'on fasse mourir Ja sorcière, l'effrontée, l'in fâme qui par ses charmes fait perdre l'esprit aux hommes, les fait devenir des bêtes, et comme un autre Circé, les transforme en de: animaux privés de raison!” Le Préfet fut fort étonné de ces cris, parce qu'ayant vu, dans Ja sainte, de si grandes merveilles, il eût bien voulu lui asuver Ja vie. Alais, Ô triste mystère du coeur humain, se voyant accablé de ja fureur populaire et emporté par la violence

des prêtres idolâtres, il se laissa vaincre par la peur, et

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chargeant de juger cette cause son lieutenant Aspase, il se retira, selon la coutume des juges timides et craintifs qui, connaissant la vérité, n'ont pas le courage de la fendre!

Aspase commanila qu'Agnès fût amenée en se présence, et ayant 1 it allumer un grand feu, il la fit jeter dedans. Mais la justice du ciel ne voulant pas souffrir que celle qui n'avait jamais été touchée du feu de la concupiscence fût consumée par l2 feu matériel, les flammes se divisèrent, la jaissèrent saine et intacte, sans lui faire la moindre lésion, et tournèrent leur ardeur contre les “dolâtres dont quelques-uns furent réduits en cendres, tandis que les autres jetaient mille sortes d'imprécations contre l'innocente enfant. Peur elle, toute pénétrée de joie et d'allégresse, elle se totirna vers son divin Epoux et lui dit: “O Dieu tout-puissant, digne de toute louange et de tout honneur, je vous loue ct glorifie votre saint nom de ce que, par la vertu de votre Fils unique Jésus- Christ, j'ai vaincu Ja violence des tyrans et passé par le chemin de limpureté sans être souillée. Pour comble de merveilles, je vois que votre esprit céleste adoucit l'ardeur du feu, me rendant sa flamme douce et sa chaleur suave et que les bourreaux qui me tourmentent éprouvent eux-mêmes la violence de cet élément. Béni soit votre saint nom, Ô Seigneur, puisque je vois déjà ce que je désirais, je jouis de ce que j'espérais, je tiens entre mes bras ce que j'aimais: mon coeur, ma langue, mon âme, tout mon être vous Jouent et vous glorifient. Je vais à

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Vous, Dieu véritable, qui régnez avec votre Fils unique ‘en union de l'Esprit Saint, dans les ;iècles des siècles !”

Cette prière ne fut pas Plus tôt achevée que le feu s'éteignit de telle sorte qu'il n'en demeura ni Marque, ni vestige, Cependant Aspase, Par un dernier acte de noire Ingratitude et de lâche Cruauté, et pour apaiser le tumulte Populaire qui c

Plus, lui fit donner un Coup d'épée dans Ja BOrge et aussitôt i] Sortit de cetie Plaie une telle abondance de Sang que le Corps de l'innocente vierge en fut tout couvert: et c'est ainsi qu'elle accomplit son Martyre: c'était le 27 Janvier de l'an 304. Son âme blanche ct Candide s'envola vers son céleste Epoux, pour en jouir, dans Ja jubilation des Saints, dufant toute l'éternité!

“O vierge heureuse, ton âme brillante S'élance libre à travers les SSpaces ; un groupe d'anges t'accompagne sur le sentier lumineux !

“O noble habitante des Cieux, incline vers nous ta tête ornée du double diadème des vierges et des martyres. Le Dieu Suprême te donna de rendre Pur le lieu même de l'impureté.” (Prudence).

Martyre de S te-Christine, ne jeune fille de dix ans. Comme Ja victoire du Martyre est un des plus surprenants miracles de la toute-puissance de Dieu, elle est aussi une des pl

personne est d'une complexion plus délicate, d'un àge plus tendre et que les tourments qu'elle endure sont plus rigoureux. Ce sont les trois circonstances qui paraissent avec éclat dans le triomphe de Sainte Christine. C'était une enfant qui n'avait que dix ans; et, néanmoins, elle souffrit de la cruauté de son propre père tout ce que la

rage des tyrans à jamais pu inventer de plus inhumain.

Nous rapporterons ce que Saint Adon en a laisse par écrit

en ce peu de paroles.

“Cette illustre vierge était de Tur, ancienne ville de Toscane, située sur les bords du lac Bolséna, mais qui, depuis, a été submergée par ses inondations. Son père qui en était le Préfet et le gouverneur au nom des empereurs, s'appelait Urbain: il devint lui-même le bourreau de sa fille. Voici le sujet de sa colère: Christine, éclairée des célestes lumières et 1 ussée d'un mouvement du Saint-Esprit, avait embrassé la foi de Jésus-Christ ; ne se contentant pas de cela, elle avait enlevé toutes les idoles d'or et d'argent que son père edorait dans sa maison, et les avait mises en pièces pour en faire des aumônes aux pauvres chrétiens. Cette action de Christine fit monter ce père barbare à un tel excès de fureur, qu'il la mit sur le champ entre les mains des bourreaux qui, par son ordre, Ja souffletèrent cruellement, ja fouettèrent avec outrage ; et, enfin, par une cruauté inouie, achevèrent de déchirer son corps si délicat, et déjà tout sanglant, avec des griffes

de ter; en sorte que les os étaient découverts dans plu-

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