‹ Le ciel, séjour des élus [microforme]Chapitre 53 sur 67 · LA VERTU · texte numérisé non relu

LA VERTU

et quoi qu'on lui fasse et en qui les passions ne pou ‘aient

trouver accès, parce qu'elle est toute raison, Il faut re- Marquer, dit Saint Grégoire le Grand, que toutes les foi que nous modérons les mouvements de la colère nous cor sérvons où nous reprenons l'image et la ressemblance Divinité que la colère défigure: d'où l'on doit née ment conclure combien est grand le péché qui perdre la douceur et souille en nous ce qu'il y : grand, l'image de la Divinité, Cette vertu ren :e: on mes enfants de Dieu : “Bienheureux les pacifiques, bare qu'ils seront appelés enfants de Dieu.” Quel titre et quelle gloire! La douceur rend les hommes capables de recevoi les lumières, les communications et les faveurs les plus particulières de Dieu, tandis que la colère les en rend absolument indignes. La douceur nous rend rrudents et sages. Le plus haut point de la sagesse consiste à se conserver dans une tranquillité continuelle et dans un inaltérable repos d'esprit, dit Saint Ambroise : et comme c'est la douceur qui nous fait jouir de cette paix et de ce repos, c'est elle qui nous met en possession de la sagesse; oui, c'est cette aimable vertu qui, en bannissant de notre coeur la plus turbulente de toutes les passions, nous fait goûter toutes les délices de la paix et d'une solide joie. Les hommes doux hériteront de la terre (de bénédiction), dit le Roi-Prophète, ils se réjouiront dans l'abondance et la paix.

I n'est rien de plus fort que la douceur: c'est elle qui

met notre âme dans une sérénité continuelle,-elle la place

au port, à l'abri des vents et des orages, et elle lui fait goûter d'ineffables délices: c'est pour cela que Notre-Seigneur disait: “Apprenez de moi à etre doux et humble: de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes”; car il n'est rien qui puisse nous obtenir ce bonheur d'une ma-

nière plus efficace que cette belle vertu.

La patience, — La patience est une vertu qui porte l'homme à souffrir avec paix d'esprit toutes les afflictions qui lui arrivent, avec un courage ferme et plein de résolution qui modère la tristesse qui s'élève naturellement dans

l'âme en la présence et au sentiment des maux, et qui .

donne la force nécessaire pour que cette tristesse ne cause à l'âme aucun dommage, qu'elle ne trouble point la raison et qu'elle ne porte point l'homme à dire ou à faire quelque chose de contraire à la vertu. Et pour ce qui regarde les: maux futurs, la patience afiermit l'âme à tel point 411: pour les éviter, l'homme ne voudrait pas consentir à commettre le péché, même le plus léger, ni rien faire contre la bienséance et contre le devoir.

Il y a trois degrés dans la vertu de patience: le premier consiste à supporter les maux avec tranquillité d'esprit, sans murmurer contre la Providence, sans vous plaindre des afflictions qu'elle vous envoie, comine si vous vou liez blämer en quelque sorte as conduite envers vous ; sans vous laisser aller à la colère, à des paroles indiscrètes contre Dieu, contre ceux qui vous voient ct vous assistent, Où

contre voussmême. Cela n'empêche pas les gémissements

LA PATIENCE 257 les soupirs, les larmes, ni qu'un se plaigne doucement de la douleu: que l'on ressent et que l'on cherche tous les ree mèdes permis pour l'alléger et la guérir. Notre-Seigneur avait prédit à ses Apôtres beaucoup de souffrances et beaucoup de maux, et:il ajouta: “Que votre coeur ne soit pas troublé”, comme s'il leur eût dit: Je ne défends pas à vos yeux de pleurer, à la partie inférieure de votre âme et À votre corps d'être émus ; mais seulement que la partie supérieure demeure calme, qu'elle soit toujours soumise à la raison, qu'elle rende à Dieu l'obéissance qu'elle lui doit,

en acceptant les afflictions que je vous annonce.

Le second degré s'élève plus haut, il consiste à souffrir les maux avec résignation en se soumettant absolument à la volonté de Dieu pour les supporter autant qu'il voudra, à être indifférent entre les biens et les maux, la santé et la maladie, la vie et la mort, ne voulant pas choisir l'un plutôt que l'autre. 1e troisième degré élève l'homme encore bien plus haut, il fait qu'il souffre non seulement avec résignation, mais avec joie, qu'il trouve sa consolation dans les désolations, qu'il prend ses plaisirs dans

ses peines, qu'il aime ses afflictions, qu'il les embrasse et

les chérit. C'est à cela que l’Apûtre Saint Jacques exhorte les premiers fidèles, par ces paroles: “Mes frères, faites

oute votre joie des diverses afflictions qui vous arrivent.” Le premier degré est de précepte pour tous: il est nécessaire pour ne pas pécher : le second et le troisième ne

ont que de conseil et regardent la perfection. Notre-Sci-

gneur a voulu les pratiquer en sa personne, pour nous servir de modèle: car, lorsqu'il fut saisi d'amères angoisses au Jardin des Olives, en prévoyant les hurribles douleurs qui lui étaient préparées et le déluge de maux qui allaient fondre sur lui, il dit: “Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi”: voilà le premier degré de patience qui désire, demande et cherche la délivrance de l'affliction: mais il s'éleva aussitôt au second degré, à celui de la resignation, en disant: “cependant que vote volonté soit faite et non pas la mienne”; si vous voulez que je souffre, je veux souffrir; si vous avez voulu que je meure, je veux mourir; et comme il savait que telle était la volonté de son Père, il s'y porta avec un merveilleux contentement, avec des épanouissements d'esprit et des jubilations de coeur ; il appelait le jour de sa mort, le jour de ses noces et de la joie de son coeur ; il en parlait avec

des désirs embrasés ; voilà le troisième degré.

La Charité. — La charité, l'amour du prochain, est une vertu toute divine. Dieu est charité, ct celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu en lui! Notre-Seigneur a tellement en estime, le précepte de la charité fraternelie qu'il l'appelle un précepte nouveau. Dans son admirable discours à la dernière Cène, il dit à ses disciples: Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés moi-même. I] l'appelle son propre comman-

dement : Ceci est mon commandement, leur dit-il, à savoir

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