‹ Le ciel, séjour des élus [microforme]Chapitre 59 sur 67 · VIE ETERNELLE · texte numérisé non relu

VIE ETERNELLE

tions. Cette manière de se présenter à l'âme sans autre don est le bien que possèdent lese Saints dans la vie éternelle. Quant aux dons qu'ele leur apporte, quelques Saints en reçoivent plus, d'autres moins. Que dirai-je de ces dons inénarrables ? Quoiqu'il me semble que je blasphème plutôt que je ne parle, je dirai cependant que ce sont ceux qui opèrent les dilatations de !’âme par lesquelles elle devient plus où moins Capable de jouir de Dieu : je dirai encore qu'aussitôt que Dieu se présente à l'âme de cette manière, il se manifeste en se découvrant, i] la dilate, il lui communique des dons et des douceurs qu'elle ne Connaissait pas, avec une Profondeur bien plus grande que dans la première présence. Elle sort alors de toutes «ténèbres et acquiert une connaissance de Dieu qui dépasse ce que je croyais possible. Or, cela se fait avec une telle clarté, une telle douceur, une si grande certitude, un si profond abime, qu'il n'est Pas de coeur qui puisse y atteindre. Aussi lorsque Dieu me retire cette présence, si mon âme continue de regarder, elle ne voit plus rien, elle ne comprend plus rien à ce qui s'est passé, elle ne peut pas même s'en faire la moindre idée. C'est Pourquoi il est impossible de parler de cette merveille : car que dire sans pensée, sans paroles, sans intelligence? Or, rien de ce qui se dit et se comprend ne beut donner idée de Dieu vu ainsi... Supposons, maintenant, que l'on m'offrit toutes les conso!ations, toutes les joies, toutes les délices spirituelles que Dieu a jamais accordées ici-bas à ses amis;

Supposons que tous les Saints qui ont jamais paru sur la

terre eussent employé leur vie à expliquer dans des livres ce qu'ils savaient de Dieu, er que ji'on me proposät de mettre tous ces livres à ma disposition ; supposons enfin que l'on püt changer toutes les délices du monde en délices spirituelles et m'en faire jouir jusqu'à la mort sans interruption, s'il fallait pour me procurer tout cela sacrifier un clin d'oeil de la manifestation de Dieu qu'il daigne me faire parfois selon la seconde manière, assurément je n'y consentirais pas. Pourquoi? Parce que le bien inénarrable que je possède en ces heureux moments, surpasse infiniment toutes ces jouissances. Or, cette seconde presence ne dure pas seulement un clin d'oeil. J'en jouis quelquefois pendant un teriÿs assez long, et elle opère fort efficacement. Quant à la première présence, je la possède presque continuellement, mais elle n'opére pas d'une manière aussi efficace.

Sainte Catherine de Sienne. Dans la deuxième partie de la Vie de Sainte Catherine de Sienne par le bienheureux Raymond de Capoue, de l'ordre d Saint Dominique, son confesseur, l'auteur parle ainsi de notre Sainte: ‘“.... Parmi ces faits (merveilleux de la vie de la Sainte) je ne veux pas surtout passer sous silence les admirables visions qu’elle recevait

du cie. Un jour, le Roi de rois et la Reine, Sa mère fui

apparurent avec Sainte Marie-Madeleine, pour la consoler

et la fortifier. Notre-Seigneur lui dit: “ Que veux-tu, que choisis-tu, de toi ou de moi?” Catherine se mit à pleurer et lui répondit humblement, comme Saint Pierre:

ee rem ES = ns VIE ETERNELLI 3!

‘Seigneur, votts Savez ce que LL VCUX, Vous Avez que Je n'ai pas d'autre volonté que la vôtre et que votre Coeur

St mon coeur.” Alors il] Jui vint à la pensée que Mare

Madeleine s'était tout entière donnée au Sauveur, quand elle arrosait ses pieds de ses larmes : et comme clie re

sentait la douceur et l'amour que cette SANte éprouvart

alors, ses YEUX restaient fixés Sur elle. Notre Scigneur, Pour répondre à ses désirs, lui dit: “Ma fille bien aimée voici que, pour te Soutenir, je te donne Marie Madeleine

Pour mère, tu pourras t'adresser à elle en toute assurance

je la charge Spécialement de toi” Catherine se confon dit en actions de gräces et se récommanda avec ferverr à Marie-Madeleine : elle la suppliait humblement de pren

veiller à son salut, Puisque le Fils de Dieu l'avait confiée à ses coins, Depuis ce mome nt elle eut pour cette à ünte, une tendre dévotion et l'appela toujours sa mère. [y a, il me semble, dans ces rapports avec Sainte Marie Made leine, une Signification que nous devons remarquer, Cette sainte passa trentc-trois ans sur un recher, sans prendre

aucune nourriture et dans une Contemplation continuelle :

ces trente-trois ans représentaient la vie de Notre Soi- Sneur Sur la terre: Catherine, depuis cette apparition, jusqu'à sa trente-troisième année, où elle mourut. fut tellement absorbée dans Ja Contemplation divine, qu'elle n'avait besoin d'aucun aliment et qu'elle vivait des grâces qui surabondaient dans son äme, Marie-Madeleine, sept fois par jour, était portée vers le Ciel par les anges, pour

Y voir les secrets de Dieu ; Catherine était sans cessé ravie

dans une contemplation céleste, pour y louer Dieu avec les anges, et son corps était souvent soulevé de terre, en présence d'une foule de témoins. Ainsi que nous le dirons bientôt, elle voyait dans ses extases, des choses admirables, et elle exprimait alors quelquefois des vérités subli-

mes.

Je la voyais un jour ravie, hors de ses sens, et je l'entendis parler tout bas: je m'approchai d'elle et je l’entendis parfaitement dire en latin: J'ai vu les secrets de Dieu: vidi arcana Dei; elle n'ajoutait pas autre chose, mais elle répétait toujours: J'ai vu les secrets de Dieu. Longtemps après, lorsqu'elle revint à elle, elle ne disait encore que ces paroles: J'ai vu les’secrets de Dieu. Je voulus savoir pourquoi: “Ma mère, lui dis-je, pourquoi, je vous en prie, répétez-vous toujours les mêmes paroles et nous les expliquez-vous pas, en nous partant comme à l'ordinaire? — M m'est impossible, répondit-elle, de dire autre chose et de le dire autrement. — Mais quelle en est la cause? Vous avez l'habitude de nous dire, sans que nous vous interrogions, ce que Dieu vous a révélé. Pourquoi ne me réponde: ous pas même, lorsque je vous le demande? — Je me reprocherais, me dit-elle, de vouloir rendre ce que j'ai vu, par de vaines paroles ; il me semble que je blasphémerais Dieu et que je le déshonorerais par mon langage. Il y a tant de distance entre ce que mon esprit a contemplé, lorsqu'il était ravi en Dieu, et tout ce que je pourrais vous dire, que je croirais mentir, en vous parlant. Ainsi, je dois renoncer à vous l’ex-

VIE ETERNELLE 333 pliquer ; tout ce que je puis dire, c'est que j'ai vu des choses ineffables.”

Les douleurs de Ja Passion.

Sainte Catherine de Sienne, après les admirables visions qu'elle avait sus, ainsi que nous l'avons vu ailleurs, Soupirait ardemment après le moment heureux où son âme, délivrée de la Prison de son COrps, irait jouir de son Dieu, dance Jes délices du Paradis. Notre-Seigneur mo déra en elle cet ardent désir, en lui disant : “Ma fille bienaimée, quand j'étais parmi les hommes, ce n'était pas Ma volonté, mais celle de mon père que j'accomplissais : mes disciples en ont rendu témoignage ; j'avais grand désir de manger avec eux Ja dernière Päque, et cepen-

dant j'ai attendu avec patience le moment fixé par mon

Père. Ainsi donc, malgré l'ardent désir que tu as de t'unir entièrement à moi, il faut attendre mon heure avec résignation" La sainte répondit : “Puisque vous n'y consentez pas, Ô mon adorable Maitre, que votre volonté soit faite, Mais cependant, daignez eXaucer, je vous en conjure, une simple prière : quelle que soit la durée que vous fixerez à mon existence, accordez-moi de Participer à toutes Jes souffrances que vous avez endurées jusqu'à votre mort, Si je ne puis être à vous Maintenant dans le Ciel, que je sois unie au moins à votre Passion sur la terre.” Dieu agréa sa Prière, et ce qu'elle a iit demandé lui fut largement accordé, car elie commença, ainsi qu'el-

le me l'a avoué, à souffrir de lus en plus dans son âme Ï

et dans son corps. La sainte donnait surtout des explica-

tions admirab'es et sublimes sur la Passion de Notre Seigneur, et elle disait qu'elle avait ressenti dan- son copps une vartie de ses douleurs, mais qu'il était impossible de les <epporter complètement La douleur la plus grande que Lésus-Christ avait souffert sur la Croix avait te, pen auitelle, la dislocation des os de sa poitrine Elle le croyait, parce que les antres tourments qu'elle souffrait, : l'uvitation du Sauveur, étaient passagers, celui-là seul etiit permanent; les douleurs de côté et de tète qu'elle endurait tous les jours étaient considérables, mais celles de la poitrine les sunpassaient beaucoup, et, je le crots facilement, pour elle comme pour Notre Seigneur Jesus Christ, à cause du voisinage du coeur. Les os qui sont disposés dans cette partie du corps, pour proteger le coeur et les poumons, ne peuvent cire déplacés sans blesser gravement les organes précieux qu'ils renferment, € ans un miracle, ce déplacement doit nécessairement en trainer la mort, Catherine endura ce supplice pendant plusieurs jours; les forces de son corps s'affaiblirent, mais l'ardeur de son amour ne fit que s'accroitre, Elle prouva d'une manière sensible combien le Sauveur avait aimée et avait aimé les hemines, en supportant un à douloureuse Passion, et cette connaissance fit naître en le une charité si violente qu'il fut impossible à son coeur

résister: il se brisa comme un vase plein d'une li

ur qui fermente; la liqueur, par sa puissance, finit

tout rompre €t par s'échapper, dès que sa force sur

VIE ÉTERNELL)

Passe celle du vase Qui la contenait Oui, la viulence de l'amour fut s; grande, que le cocur de Catherine se fendir

l'attachaient à i ! urnatu

que les lien

réellement brisés

Celui qui lira ces pages doutera peut-être mais qu’ Sache que cette mort eut lieu, en présence de plusieurs té. Toins qui me l'ont affirmé. Je doutais AUSSI; je suis alk trouver Catherine Pour l'examiner sur ce qu'elle avait Vprouvé, et je l'ai Suppliée de me faire connaitre comple lement Ja vérité, Elie éclata a'ors en sanglots, et aprés M'avoir fait attendre quelque temps sa réponse, elle finit par me dire: “Mon Père, ne plainirez Vous pas mon ame qui a été délivrée d'une obscur. Prison et qui est de nouveau plongée dans les ténébres, aprés av AT Joui d'une admirable lumière ? Ce malheur m'est arrivé: la divine Providence l'a voulu, à cause de mes fautes." Ces pa ru'es augmentèrent le désir que j'avais d'apprendre d'elle les détails d'un fait si surprenant ct j'ajoutai: “Ma mère, votre âme a donc été véritablement Séparée de votre OTPS? Oui, me dit-elle, l'ardeur du divin amour était Si grande, le désir que j'avais de m'unir à mon Bien-Aim4 “ait Si violent, que nul ce Eur, eût-il été de Pierre où de ter, n'aurait PU résister, aucune chose créé n'étant assez lürte jour le défendre contre tire parcille Puissance, Oui, SOyEz-en certain, Je Coeur qui est dans ce fa ble corps à Qté brisé par la Charité: il s'est Partagé en deux, et il me semble ressentir encore en moi la place de sa Séparation

Par c nsèquent, mon âme a bien quitté mon Corps,

vu les secrets de Dieu qu'il est impossible de dire sur terre, parce que la mémoire est trop faible et le langage trop pauvre pour rendre de si grandes choses. Ce serait toujours donner. de la boue pour de l'or. Seulement, ‘quand j'entends parler de cet état, je ressens aussitôt une peine profonde, en voyant, que j'ai pu descendre de ces hauteurs pour retomber dans les misères de ce monde, et je n'ai que des larmes et des sanglots pour exprimer ma douleur.” Comme je désirais de plus en plus savoir par-

faitement tout ce qui s'était passé, je dis encore: Ma mère, puisque vous voulez bien me confier vos autres secrets, je vous conjure de ne pas me cacher celui-ci et de me raconter complètement cet évènement extraordinaire. Je venais d'avoir, me dit-elle, beaucoup de visions spirituelles et corporelles; j'avais reçu de Notre- Seigneur d'ineffables consolations et la violence du pur amour m'avait tellement affaiblie que j'étais obligée de garder le lit. J'y priais sans cesse et je demandais à Dieu de me délivrer de ce corps de mort, pour pouvoir m'unit plus intimement à lui. Je n'obtins pas cette grâce, mais il me fut au moins accordé de m'unir, autant que je le pouvais atix douleurs de sa Passion.” Et elle me dit alorsur les souffrances de Notre-Seigneur, ce que j'ai rap porté plus haut, puis elle ajouta: “Cette part qu'il voulut

bien me donner à sa Passion, me fit connaître plus claire

ment et plus parfaitement l'amour de mon Créateur pou

moi ; et le mien augmenta tellement, que je tombai en Jan- Buenr et que mon âme n'eut plus d'autre désir que de quitte son corps? Que vous dirai-je? Mon Sauveur activait tous les jours davantage le feu qu'il avait allumé ; mon coeur de chair Succomba et l'amour fut fort comme la mort, Oui, mon coeur se brisa, mon âme s'affranchit de ses liens ; mais, hélas! ce fu: pour bien peu de temps. —Ma mère, Jui dis-je, combien de temps votre âme est-effe restée séparée de votre corps?” Elle me répondit: “Les Personnes qui ont été témoins de ma mort, disent que je restai quatre heures avant de revenir à [a vie. Un grand nombre de voisins vinrent apporter des consolations à ma mère et à ma famille, mais mon âme était entrée dans l'éternité et je ne pensais plus au temps.” Je Jui dis:

“Qu'avez-vous Vu, ma mère, pendant ce temps et pourauoi votre âme est-elle révenue dans son corps? Je vous prie de ne me rien cacher.” Elle répondit : “Sachez, mon père, que mon âme s'est trouvée dans un monde qui

nous est inconnu, et qu'elle à vu et Compris la gloire des justes et le châtiment des pécheurs,. Mais, encore une fois, la mémoire manque et les paroles sont insuffisantes Pour l'exprimer. Je vous dirai cependant ce que je pour. rai: soyez donc assuré que j'ai vu Ja divine Essence, ct c'est pour cela que je souffre tant de rester enchaïnée à mon corps. Si je n'étais Pas retenue par l'amour de Dieu et par l'amour du prochain pour lequel j'ai été rappelé à la vie, je mourrais de douleur. Ma grande consolation est de souffrir, Parce que je vois, qu'en souffrant, j'ob-

LÉ CIEL tiendrai une vue de Dieu plus parfaite. Aussi, les tribulations, loin d'être une peine pour mon âme, lui sont au contraire une jouissance. J'ai vu les tourments de l'enfer et les souffrances du purgatoire; aucune parole n'est capable de les rendre. Si les pauvres humains en avaient la moindre idée, ils aimeraient mieux souffrir mille fois la mort que d'en suprorter la peine la plus légère pendant un seul jour. J'ai vu surtout punir ceux qui pèchent dans

l'état du mariage, en n'observant pas les lois qu'il impose

et en n'y recherchant que la satisfaction de leurs sens.” lt comme, je lui demandais pourquoi ce péché, qui n'est pas plus grave que les autres, reçoit cependant un plus rude châtiment, elle me répondit: “Parce qu ‘on v fait moins d'attention, on en a par conséquent moins de contrition, et on y retombe plus souvent.” lle ajoutait “Rien n'est lus dangereux qu'une faute quelque petit qu'elle soit, lorsque celui qui la commet n'a pas in de s'en purifier par la pénitence.”

La sainte poursuivit ensuite ce qu'elle avait commencé: ‘Pendant que mon âme contemplait ces choses, son céleste Epoux, au'elle croyait posséder pour jamais, jui dit: Tu vois quelle gloire perdent et quels supplices souffrent ceux qui m'offensent. Retourne donc à la vie et montre-leur l'égarement où iis sont et le danger qui les menace. Lt comme mon âme avait horreur de revenir à ja vie, le Seigneur ajouta: Le salut de beaucoup d'ämes le demande: tu ne vivras plus comme tu vivais autrefois ;

jésormais il te faudra quitter ta cellule et parcourir con-

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