RE
ment, les traits de la personne 5€ changent et acquièrent
une beauté particulière. Le sang circule sous la peatt, les
yeux sont d'une beauté spéciale ; c'est une différence avec l'extase, où, at contraire, le corps est jeté de côté, comme un vêtement qu'on abandonne. Sans doute, dans le ravissement, le corps gêne aussi, puisque parfois on est même élevé plus ou moins haut.
Sainte-Thérèse. — Sainte-Thérèse, dans sa Vie écrite par elle-même, sur l'ordre de son confesseur, parlant des différents degrés d'oraison, compare l'âme à un jardin, et elle indique la manière de l'arroser : il ui semble qu'il y à quatre manières d'arroser un jardin, et ce sont les quatre degrés d'oraison que cette grande Sainte expose d'une manière admirable, dans quelques chapitres de sa vie, elle-
même toute admirable!
Au Chapitre XIXe, continuant à traiter du quatrième degré d'oraison sainte Thérèse s'exprime ainsi: “Cetteoraison et cette union Jaissent l'âme remplie d'une ineffale tendresse d'amour pour Dieu. Elle voudrait mourir, non de peine, mais de la douceur même des larmes qu’elle répand. Elle se trouve baignée de ces jarmes, mais elle ne jes a pas senties couler, elle ne sait ni quand ni comment elles se sont ouvert un passage. Elle éprouve un indicible jaisir de voir cette eau, tout en calmant l'impétuosité du jeu qui la dévore, l'augmenter au lieu de l'éteindre..:
“Dans ce degré d'oraison, il m'est quelquefois arrivé
de me trouver tellement hors de moi que je ne savris plus
FTATS MYSTIQUES 275
Si la gloire dont je m'étais vue investie était une réalité ou un songe, Je me voyais tout Imondée de larmes, elles cou-
laient sans douleur, Mais avec une étonnante impétuc »SitE :
On eût dit que cette nue du ciel Les laissait échapper par
torrents de son sein. Je reconnaissais alors ‘ue ce n'avait Pas été un songe. Ceci avait lieu dans le. Commencements
et n'était que de Courte durée,
“L'âme après cette faveur se sent Un tel rourage que, si en ce moment on mettait Son Corps en lambeaux Pour la Cause de Dieu, clle en Éprouverait Ja plus vive consolation. C'est alors que germent en elle Comme à l'envi Les Promes. ses ét les résolutions Péroïques, la vivacité des désirs, l'horreur qu monde et la claire vue de son néant. Une faeur d'un tel ordre fait entrer l'âme dans un état beau- Coup plus élevé que les oraisons Précédentes. Elle en demeure plus Profondément humble, Elle Voit à la clarté mème de l'évidence qu'elle n'a donné aucun concours à une faveur si excessive ct si grandiose, et du'elle n'a rien PU faire ni Pour l'attirer ni Pour la retenir: aussi s'en re- Connait-elle Souverainement indigne. Elle mesure de l'oeil ‘4 misère, qui ne Peut pas plus échapper à Son regard que des toiles d'araignée ne Peuvent se dérober à Ja vue, dans M appartement où le soleil donne en plein. Elle est si éloinée de la vaine gloire qu'il lui semble impossible de jamais en Concevoir. Elle a vu de ses Propres yeux Ja fai. esse où plutôt l'inutilité de ses efforts; à peine a-t-elle
“onsenti à une si haute faveur, malgré elle, Pour ainsi dire,
on a fermé la porte atix sens, afin qu'elle pt jouir plus parfaitement de son Dieu. 14, restée seule avec Dieu, qu'a-t-elle à faire, sinon de l'aimer > fille ne voit plus, elle n'entend plus rien, it moins de se faire une extréme violence : ainsi absorbée en Dieu, elle n'a pas, il faut l'avoucr, grand mérite à être indépendante de ses sens. Elle découvre ensuite, dans le jour pur de la vérité, toute si vie pas-
ee et la miséricorde de Dieu: ce tableau s€ déroule devant
elle, elle l'embrasse d'un regard et sans ja moindre fatigue.
fille voit qu'elle mérite l'enfer (1) €t qu'on la châtie avec de la gloire. À cette VUE, comme la cire devant le brasier, elle se fond en louanges de Dieu, ainsi que je voudrais moIméme le faire en ce moment. S0yez béni, Seigneur, vous qui, d'un regard, avez fait de cette call si impure de mon
aime une cau assez claire et assez limpide pour étre servie
(1) Pour appli jer au juste ce que iinte Férèse dit de péchés, Je catholique doit connaitre le jugement que lise a porté sur cette question. 11 faut de plus qu'il comprenne comment cette “ande sainte qui conserva toujours SON innocence baptismale, 4 pu parler d'elle-même Comme une wrande pécheresse. 1s da Bulle de Canon ation, Grégoire XV parle ainsi à toute jglise catholique : “Entre toutes les Vertus dont le Seigneur \vait orné son épouse, sa pureté sans tache brille du plus vif éclat. Elle la cultivait avec tant de soin que non seulement elle observa jusqu'à la mort le voeu de virginité qu'elle avait fait dès sa plus tendre jeunesse, mais encore qu'elle conserva CT mpte de toute téche une angélique pureté de corps et de coeur”
Sa vie qu'elle va nous décrire, elle la voit dans le miroir de la sainteté infinie de Dieu: c'est i-dire cettg divine jumière qu'elle écrit. Dès lors les atomes des moindres impet fections sont à ses yeux des montagnes; les fautes vénielles sont mortelles pour ce coeur aimant... A jugement de son amour, c'est avoir mérité l'enfer... voilà tout le se rret de ce langag on l'a compris quand avec Jérèse On $ élève cette hauteur des pures Jumières du ciel et de cet amour q consume Îles séraphins... (Extrait de la Note du ‘Tradueteur
ETATS MYSTIOUES
* Votre table! Soyez loué à JaDAS, 6 vous, Délices de an 86, qui daignez élever de la so-te nn ver de terre aussi
abject que moi!
“Ces heureux avantages se font senti Pendant que lque temps à l'âme Pleinement CONVäincue qe les fruits du jardin ne Viennent pas d'elle, elle Peut désormais commen cer à les distribuer Sans crainte de S'appauvrir, Elle fait Connaître par divers signes les trésors du ciel dont elle ese enrichie ; elle souhaite ardemment d'en faire Part aux autres, et demande IStamment à Dieu de n'être pas seule à les posséder. Déjà elle travaille au bien spirituel du pro chain, sans presque s'en aper evoir, et sans rien faire d'elle-même dans ce but, mais les autres le comprennent Parfaitement : car les fleurs de ce jardin aimé Qu « icl exhalent un Parfum si doux qu'ils désirent de Je respirer de près. Ils voient à découvert les vertus dont cette âme est cmbellie, et, charmés par Ja beauté des fruits de ces ver- (us, ils brülent du désir de s'en nourrir comme elle. Si la Ierre qui porte ces fruits de vie est Drofondément sillonnée par les souffrances, les Dérsécutions, les Calonmies, les infirmités {ce qui bien rarement doit manc er à ceux qui sélévent à cet état ) ; si clle est travaillée et amollie par un parfait détachement de tout intérêt pr pre, l'eau du ciel Ja “nêtre à une telle profondeur, que presque jamais on ne
ä voit souffrir de sécheresse...
“Je voudrais pouvoir expliquer, avec le secours de
Dieu, la différence qui existe entre l'union et le ravisse-
ment, On donne au ravissement divers noms exprimant tous la même ‘chose: on l'appelle élévation ou vol de l'es-
prit, transport, extase. ji l'emporte de beaucoup sur
l'union; outre qu'il produit des effets beaucoup plus
grands, il a plusieurs opérations qui lui sont propres. L'union, dans son commencement, son milieu et sa fin, agit presque toujours de la même manière, et seulement à l'intérieur. Le ravissement a diverses formes et divers degés, et comme ilest d'un ordre plus élevé, il opère non seulement dans l'intérieur, mais aussi à l'extérieur. Daigne le SG mme donner sa lumière pour un tel sujet, comme il me l'a donnée pour ce qui précède ; car très certainement S'ilne m'eût lui-même enseigné de quelle manière j'en pouvais donner quelque intelligence, jamais je ne l'aurais pu faire.
Ravissement. — “Considérons maintenant les proprictés de cette dernière eau dont nous avons parlé. Elle tombe avec tant d' abondance que, si la terre ne se refusait à un tel bonheur, nous pourrions croire à juste titre avoir au dedans de nous, dans cet exil, la nuée mystérieuse du sein de laquelle ce gr and Dieu la verse par torrents dans notre ame. Nous voit- il répondre à un si magnifique bien fait par toute la reconnaissance et tout le dévouement dont nous sommes capables, soudain il se plait à nous en donne Je salaire. De même que les nuées attirent les var'eurs de terre. il attire à lui notr ame: il Ja ravit tout entière hot
d'elle-mème, et sur la nuée de sa gloire il | enlève jusqu'a
ciel où il Commence à Jui dévoiler les Merveilles du royaume qui Jui est Préparé, Je ne sais si la comparaison est juste, mais je sais très bien due cela se passe de la sorte,
“L'âme, dans ces ravissements, semble quitter les or- Sanes qu'elle anime. ( Mn sent d'une manière très sensible que la chaleur naturelle va S'affaiblissant, ct que le cor s °e refroidit peu à peu, mais avec une suavité et un pla - IneXprimables, Dans l'oraison d'union, nous trouvant en- Sore comme dans notre Pays, nous pouvons Presque toujours résister à l'attrait divin, quoique avec Peine et un Violent effort : mais il n'en est Pas de même dans le ravissement; on ne peut Presque jamais Y résister Prévenant lotte pensée et toute Préparation intérieure, il fond sou- “ent sur vous avec une impétuosité si soudaine et si forte ‘Me vous voyez, vous sentez cette nuée du ciel, où cet aigle divin, vous Saisir et vous enlever, Mais comme vous ne Savez où vous allez, la faible Nature éprouve à ce mouvement, si délicieux d'ailleurs, je ne sais Quel effroi dans les coMmmencements, L'âme doit montrer ici beaucoup plus de résolution ct de Courage que dans Jes états Précédents : i] faut, en effet, qu'elle accepte à l'avance tout ce qui peut arriver, qu'elle s'abandonne sans réserve entre les mains \c Dieu, et se laisse conduire Par lui où il Jui plait ; Car on sstenlevé, quelque PEINE qu'on en ressente. J'en éprouvais ine Si vive, par crainte d'être trompée, que très souvent en Particulier, mais Surtout quand j'étais en public, j'ai es-
avé de toutes mes forces de résister, Parfois, je pouvais
280 mao A7
ésistance; mais comme c'était en quelque sorte lutter contre un fort géant, je demeurais brisée et accablée de lassitude. D'autres fois tous mes efforts étaient vains ; mon âme était enlevée, ma tête suivait presque toujours ce mouvement sans que je pusse la retenir, et quelquefois même tout mon corps était enlevé de telle sorte qu'il ne touchait plus terre. J'ai été rarement ravie de cette manière. Cela m'est arrivé un jour où j'étais au choeur avec toutes les religieuses, et prête à communier. Ma peine en fut extrême dans la pensée qu'une chose si extraordinaire ne pouvait manquer de causer bientôt une grande sensation. Comme ce fait est tout récent et s'est passé depuis que j'exerce la charge de prieure, j'usai de mon pouvoir pour défendre aux religieuses d'en parler. En plus d'une circonstance j'ai fait ce que je fis le jour de ja fête du saint Patron de notre monastère. Pendant le sermon auquel assistaient plusieurs dames de qualité, je vis que la même chose allait m'arriver ; je me jetai soudain à terre, mes SOCurs accoururent pour me retenir, tous Îles efforts furent inutiles, et Je ravissement ne put échapper aux regards. Je suppliai instamment Notre-Seigneur de vouloir bien ne plus me favoriser de ces grâces qui se trahissent par des signes extérieurs ; j'étais déjà fatiguée de le circonspection à laquelle elles me condammaient, et, malgré mes efforts, je regardais comme impossible de les tenir cachées. J'ai, ce me semble, sujet de croire que ce bon Mai tre a daigné entendre ma prière; car, depuis, rien de te ne m'est arrivé; à la vérité, il y a très Feu de temps qu je lui ai demandé cette faveur.
ETATS MYSTIQUES De ee “Lorsque je voulais résister, je sentais sous mes pieds les forces étonnantes qui m'enlevaient, je ne saurais à {toi les comparer. Nul autre de tous les mouvements qui Se passent dans l'esprit n'a rien qui approche d'une telle
Impétuosité, C'était un combat terrible, j'en demeurais brisée, Quand Dieu veut, toute résistance est vaine, il n'y 4 pas de pouvoir contre Son pouvoir, De temps en temps il daigne se Contenter de nous faire Voir qu'il veut nous iccorder cette faveur et qu'il ne tient qu'à nous de la recevoir, Alors si nous Y résistons par humilité, elle produit les mêmes effets que si elle eût obtenu un plein consente-
inent,
“Ces effets sont grands, Le premier est de montrer le souverain Pouvoir de Dieu. Quand il veut, nous ne pouons pas plus retenir notre COTPS que notre âme. Malgré NOUS, NOUS voyons que nous aYOns un maître et que de telles faveurs sont un pur don de sa Main, et nullement le fruit de nos efforts, ce qui imprime dans l'âme une hu- Milité profonde. Au commencement, je l'avoue, j'étais saisie d'une excessive frayeur. Et qui ne le serait, en Voyant ainsi son Corps enlevé de terre ? Car, quoique l'âme l'entraine après elle, avec un indicible plaisir quand il ne ‘ésiste point, le sentiment ne se Perd pas; pour moi, du Moins, je le conseryais de telle sorte, que je pouvais voir Ie j'étais élevée de terre. A Ja vue de cette Majesté qui lcploie ainsi sa Puissance, on demeure glacé d’effroi, les
heveux se dressent sur Ja tète, et l'on se sent pénétré
2œæ LÉ CIÉL
d'une très vive crainte d'offenser un Dieu si grand. Mais cette crainte est mélée d’un très ardent amour et cet amour redouble, en voyant jusqu’à quel excès Dieu porte le siets à l'égard d'un ver de terre qui n’est que pourriture, car, non content d'élever l'âme jusqu'à lui, il veut élever aussi ce corps mortel, ce vil limon, souillé par tant d'offenses.
“Un autre effet du ravissement est un détachement étrange, si merveilleux qui je n'ai point de termes pour l'expliquer. Tout ce que j'en puis dire, c'est qu'il diffère des autres, et qu'il l'emporte de beaucoup sur celui qu'opèrent des grâces qui n'affectent que l'âme. Dans ce dernier cas, le détachement, quelque parfait qu'il soit, n'est qu'un détachement d'esprit et de coeur; mais, dans le ravissement, Dieu veut que le corps lui-même en vienne de fait à ce détachement absolu. On devient ainsi plus étranger que jamais à toutes les choses de la terre, et on trouve Je calice de la vie incomparablment plus amer.
“Vient ensuite une peine ineffablement douloureuse
qu'il n'est en notre pouvoir ni d'appeler, ni d'enlever de
l'är.e quand elle s'en est emparée. En vain j'en voudrai: faire connaître la nature; c'est, je le sens, trop au-dessu* de mes forces. J'essayerai néanmoins d'en dire quelque chose. Mais auparavant je dois faire observer ceci: cet état d'une indicible souffrance est celui où je me trouve maintenant : il est donc postérieur de beaucoup à toutes le visions et révélations dont je ferai le récit, et à cette épo
que où fidèle à l'oraison je recevais de Notre-Scigneur de
faveurs et des délices si grandes, 1] est vrai, il daigne en-
core de temps en temps me les Prodiguer ; mais l'état le
plus ordinaire de mon âme, c'est de se sentir étreinte par
cette peine dont je vais traiter. Elle est tantôt Plus intime, €t tantôt moins ; je parlerai ici de Sa plus grande intensité.
“Quelque pénibles que füssent ces transports impéeux que je ressentais lorsqu'il plut à Dieu de m'envoyer les ravissements dont je parlerai Plus loin, il n'y à néanmoins aucune c« ’Mparaison à établir entre cette peine et celle dont je traite Maintenant, je ne pense pas même exagérer beaucoup en disant qu'il y a autant de différence entre la première et Ja seconde qu'entre une chose très corporelle et une très spirituelle. En cifet, si l'âme souffre dans le ravissement, c'est en Compagnie du corps, qui, en Partagcant sa souffrance, Ja tempère: d'ailleurs clle est bien loin de se voir dans cette EXtrémité d'al: uon où la réduit la peine dont je parle. Ainsi que je l'ai dit, ce n'est Pas notre concours qui attire cette peine : souvent même elle fond sur nous d'une manière aussi imprévue que soudaine, Tout à coup l’âme sent en elle je ne sais quel désir de Dieu. En un instant, Pénétrée tout entière par ce ‘lési elle entre dans un tel transport de douleur qu'elle s'élève au-dessus d'elle-même et de tout le créé. Dieu la met dans un si profond désert qu'elle ne pourrait, en faisant les plus grands efforts, trouver sur la terre une seule créature qui Jui tint Compagnie : d'ailleurs. quand elle le pourrait, elle
ne le voudrait pas: elle n'aspire qu'à mourir dans cette
2x4 LE CIEL
solitude. C'est en vain qu'on lui parlerait, ou qu'elle se ferait la dernière violence pour répondre: rien ne peut enlever son esprit à cette solitude. Quoique Dieu me semble alors très éloigné de l'âme, souvent néanmoins il lui découvre ses souveraines grandeurs d'une manière si extraordinaire qu'elle dépasse toutes 110$ conceptions. Aussi Îles termes manquent pour l'exprimer. Et il faut, selon moi, l'avoir éprouvé pour être capable de le concevoir et de le croire. Une si haute communication n'a pas pour but de consoler l’âme, mais de lui montrer à combien juste titre elle s'afflige de se voir absente d'un bien qui renferme en soi tous les biens. Par cette vue, l'âme sent croître et sa soif de Dieu ct la rigueur de sa solitude. Elle est en proie à une peine si délicate et si pénetrante, elle se sent dans un si inexorable désert qu'elle peut à la lettre dire avec David: “Vigilavi et factus sut sicut passer solitarius in tecto." — Je suis demeuré seul dans mes veilles, comme le
passereau solitaire sur le toit. (Ps. 101-8).
Le Royal Prophète dut sans doute prononcer ces Par roles quand il était ui-même dans cette solitude intérieure, avec cette différence qu'un si grand saint en devait ressentir la rigueur d'une manière plus excessive. Ce verset se présente à ma pensée, et j'épronve, ce me semble, ce qu'ii exprime. Ce m'est une consolation de voir que d'autres âmes, et surtout des âmes si élevées devant Dieu, ont senti comme moi le martyre d'une si effrayante solitude. Dans cet état, l'âme ne paraît plus être en elle-même ; mais, COM-
me le passereau sur le toit, elle habite solitaire dans la
ETATS MYSTIQULS 285
2 Re
partie la plus élevée d'elle-même, dominant de cette hawe teur toutes Jes créatures : je dirai plus encore, c'est au-dessus de la partie Ja plus élevée d'elle-même qu'elle à sa de-
meure.
“D'autres fois mon äme gémissait dans un tel excès de détresse ct de délaissement qu'elle se disait ct se de- Mandait à elle-même : “Où est ton D'ou 2” Je ferai remarler ici que je ne Savais pas bien auparavant quel était Le “ens de ces versets. Aussi, après en avoir reçu l'intelli- £ence dans cette Communication divine, j'éprouvais une &rande consolation de voir que Notre-Scigneur, sans au- Cun effort de ma part, les avait présentés à Ma mémoire,
“De temps en temps je me souvenais de ce que disait Saint Paul, “qu'il était crucitié au monde”. Je n'ai garde
de dire que cet état soit le mien: j'ai, certes, une trop
claire vue du Contraire: mais je dis qu'il se passe alors
dans l'âme quelque chose de semblable. 11 ne lui vient de Consolatic 1, ni du ciel où elle n'habite Pas encore, ni de la terre à laquelle elle ne tient plus et d'où elle ne veut pas en recevoir; elle est vraiment comme crucifiée entre le ciel et la terre, en proie à la & ffrance, sans recevoir le soulagement ni d'un Côté ni de l'autre. Du côté du ciel, il est Vrai, lui vient cette admirable Connaissance de Dieu, dont j'ai parlé. et qui dépasse de bien loin tous nos désirs ; Mais une telle vue de Dieu accroit son tourment au lieu de
inuer, parce qu'elle enflamme encore davantage son
lésir de le posséder. Telle est quelquefois l'intensité de la
286 LE OJEL
souffrance qu'elle lui fait perdre le sentiment ; à la vérité, ce dernier effet dure peu. Ce sont comme les suprêmes angoisses du *"épas ; mais il y a dans cette agonie de la souffrance un grand bonheur que je en sais à quoi le comparer. C'est un martyre ineffable à la fois de douleur et de délices. Bien loin de vouloir chercher le moindre adoucissement dans tout ce que la terre lui offrait auparavant d'agréable, l'âme n'en peut soutenir la vue, et le repousse Join de soi avec un souverain dégoût. Elle connaît bien qu'elle ne veut que son Dieu, mais elle n'aime rien de particulier en lui ; elle aime en lui tout ce qui est lui, et elle ne
sait point ce qu'elle aime. Je dis qu'elle ne le sait pas, parce
que l'imagination ne lui présente rien; d’ailleurs, durant la plus grande partie du temps qu’elle passe de la sorte, ses puissances, à mon avis, demeurent sans action. Elles sont ici suspendues par la peine, comme elles le sont par le plai-
sir dans l'union et dans :e ravissement.
“O Jésus! qui pourrait faire de ceci une fidèle peinture? l'en aurais, mon père, le plus ardent désir, quand ce ne serait que pour savoir de vous ce qu'est cet état dans lequel mon âme se trouve toujours maintenant. Le plus souvent, l'instant où elle se voit libre d'occupations est celui où elle est saisie par ces brûlants désirs de la mort; elle les redoute pourtant quand elle les voit fondre sur elle, parce qu'elle n'en doit pas mourir. Mais une fois qu’elle est dans ce martyre, elle y voudrait passer tout ce qui lui reste de vie: il faut le dire néanmoins, il est d'une rigueur si excessive, que la nature à bien de la peine à le
ETATS M YSTIQUES
Shpporter. J'ai été quelquefois réduite à une telle extrémité que j'avais Presque entièrement perdu le pouls. C’est ce qu'affirment celles de mes soeurs qui m'entouraient alors, et qui ont maintenant plus de Connaissance de mon état. De plus mes os se séparent ct demeurent déboités : mes mains sont si raides que souvent je ne puis les joindre. Il m'en reste jusqu'au jour suivant, dans les artères ct dans tous les membres une douleur aussi violente que si tout mon Corps eüt été disloqué. I1 me vient quelquefois A pensée que, si cela Continue de la sorte, Dieu me fera la grâce de trouver dans ce tourment la fin de ma vie, car il est assez violent Pour donner la mort : mais, hélas! jene SUIS pas digne d'une si grande faveur, Un seul désir me £onsume alors, celui de Mourir, Je ne me souviens ni du Purgatoire, ni de ces grands péchés par lesquels j'ai mérité l'enfer, Tout s'efface de ma mémoire et s'absorbe dans ce brülant désir de voir Dieu. Ce désert et cette solitude où se trouve mon âme ont plus de charme Four elle que toutes les compagnies du monde. Si quelque chose Pouvait la consoler, ce serait de s'entretenir avec des âmes qui eussent éprouvé le même tourment ; mais elle voit qu'elle s'en plaindrait en vain, parce que personne, à ce qu'il lui semble, ne donnerait créance à ses paroles.
“Voici un autre tourment. Cette Peine arrive quel-
quefois à un tel excès de rigueur que l'âme ne voudrait
plus comme auparavant se trouver dans sa solitude ; elle ne voudrait pas non plus de Compagnie, mais seulement rencontre: une âme dans le sein de laquelle elle püt exhaler
28s LE CIEL ses plaintes. Elle est comme le supplicié, qui, ayant déjà la corde au cou et se sentant mourir, cherche à reprendre haleine. Ce désir de compagnie ne part, selon moi, que de la faiblesse de notre nature, qu'un tel martyre met en danger de mort. Je puis affirmer avec certitude qu'il en est ainsi. M'étant vue plus d'une fois, dans la vie, réduit à cette extrémité, soit par ces grandes maladies, soit par ces crises terribles dont j'ai fait mention, je crois pouvoir dire que ce dernier danger de mort ne le cède à aucun des autres. Ainsi, dans cette agonie, c'est l'horreur naturelle qu'ont l'âme et le corps de se séparer qui leur fait demander secours afin de respirer. ©'ils cherchent à parler de leur souffrance, à s'en plaindre, à faire diversion, c'est pour conserver la vie tandis que, par un désir contraire, l'esprit ou la partie supérieure de l'âme voudrait bien ne point sor-
tir de cette peine.
“Ce que j'ai dit est-il juste? Me suis-je bien expliquée? Je l'ignore. Mais il me semble que cela se passe de la sorte. Jugez par là, mon père, du repos que je dois avoir en cette vie, puisque celui que je goûtais dans l’oraison ct dans la solitude où Dieu me consolait se trouve maintenant presque toujours changé en ce tourment que je vient de dépeindre. Mais l'âme le trouve si agréable, elle en voit tellement le prix qu'elle le préfère à toutes les joies spirituelles dont Dieu la favorisait auparavant. Ce chemin Ini paraît plus sûr, parce que c'est celui de la croix. Le bonheur qu'elle y goûte est, selon moi, d'un très grand
prix. parce que le corps n'y a point de part: il en a seule-
ment la peine, et l'âme savoure seule les délices de ce martyre. Je ne comprends Pas Comment cela se peut fs
, je sais seulement qu'il en est ainsi ct je n'échangerais pas, je
l'avoue, cette faveur visiblement Surnatürelle, que je tiens de la pure bonté de Dieu et nullement de mes efforts, contre aucune de celles dont il me reste à parler,
“I ne faut Pas oublier que les transports de cette peine ineffablement douloureuse me sont venus après toutes les grâces rapportées avant celle-ci, et après toutes
© J'ajoute que c'est À
celles dont ce livre contiendra le ré l'état où je me trouve maintenant.
“Comme Presque chaque nouvelle faveur que je reçois me cause des craintes jusqu'à ce que Notre-Seigneur me rassure, celle dor.t je parle me donnait aussi dans les « "mencements certaines alarmes. Mais le divin Maitre me dit “de ne pas craindre, et de plus estimer cette grâce que toutes celles qu'il m'avait faites : l'âme se purifiait dans cette peine, elle Y était travaillée et purifiée comme l'or dans le creuset afin que la main divine pût mieux étendre sur elle l'émail de ses dons ; enfin, elle endurait Jà les peines qu'elle aurait endurées dans le Purgatoire."
“J'avais bien Compris que c'était là une insigne fa-
Veur; mais ces paroles me laissèrent dans une sécurité beaucoup plus grande : mon confesseur me dit aussi que C'était véritablement l'oeuvre de Dieu. A Ja vérité, quelque crainte que m'eût inspirée cette peine à cause du peu de
Vertu que je voyais en moi, jamais je n'avais pu croire
qu'elle ne vint point de Dieu; mon appréhension procédait uniquement de ce que je me trouvais indigne d'une grâce si excessive. Béni soi tle Seigneur, dont la bonté est
si grande! Amen,
“Je m'aperçois que je suis sortie de mon sujet, car j'avais commencé à traiter des ravissements; mais cette peine dont je viens de parler est plus qu'un ravissement,
et ve
pourquoi elle produit les admirables effets que j'ai
décrits.
“Je reviens donc aux ravissements et à leurs effets ordinaires. Souvent mon corps en devenait si léger qu'il n'avait plus de pesanteur ; quelquefois c'était à un tel point que je ne sentais plus mes pieds toucher terre. Tant que le corps est dans le ravissement, il reste comme mort, et
souvent dans une impuissance ab ue d'agir. Il conserve
l'attitude où il a été surpris: ainsi, il reste sur pied ou assis, les mains ouvertes ou fermées, en un mot, dans l'état où le ravissement l'a trouvé. Quoique d'ordinaire on ne perde pas le sentiment, il m'est cependant arrivé d'en être ntièrement privée; ceci a été rare et a duré fort peu de temps. Le plus souvent, le sentiment se conserve, mais on éprouve je ne sais quel trouble: et bien qu'on ne puisse agir à l'extérieur, on ne laisse pas d'entendre; c'est comme un son confus qui viendrait de loin. l'outefois, même cette mañière d'entendre cesse lorsque le ravissement est à son plus haut degré, je veux dire lorsque lk. puissances entiè-
rement unies à Dieu demeurent perdues en lui. Alors, à
ETATS MYSTIQUES 29’ mOn avis, on ne voit, on n'entend, on ne sent rien, Comme je l'ai dit Précédemment dans l'oraison d'union, cette transformation totale de l'âme en Dicu est de fort courte durée ; mais, tant qu'elle dure, aucune Puissance n'a le sen timent d'elle même, ni ne sait ce que Dieu opère, Un tel état dépasse sans doute la faible portée de notre entendement dans cet exil: nous devons AFParemment être incapables de recevoir une si haute lumière. Du moins Dieu ne veut pas nous Ja donner, C'est ce que j'ai vu par ma
Propre expérience.
“Ici, peut£tre, vous me demanderez, mon pére, comment le ravissement se prolonge quelquefois plusieurs heures. Je répondrai d'après ce que j'ai souvent éprouvé. Le ravissement “Comme je J'ai dit dans l'union, n'est pas continu ; l'âme en jouit seulement Par intervalles, A diverses repri
elle s'abime, ou plutôt Dieu l'abime en lui et, après qu'il l'a ainsi tenue tout entière quelques instants, la volonté demeure seule unie par le ravissement. Dans les deux autres puissances il se manifeste un mouvement semblable à celui de l'ombre de l'aiguille des cadrans Solaires, lagrelle ne s'arrête jamais. Mais quand le soleil de justice le veut, il sait bien les faire arrêter; et c'est ce ravissement simultané de toutes les puissances qui, à mon sens, est de œourte durée, Ceykndant, comme le transport qui a enlevé l'âme a été si Puissant, Ja volonté ; malgré les nouveaux Mouvements des deux autres facultés reste Profondément abimée en Dieu. En vain, par l'agitation de leur activité
LA
naturelle, veulent-elles troubler sa paix, elle les domine en souveraine, et agit seule sur le corps. Pour n'être pas troublée par les sens, les moindres de ses ennemis, elle les suspend aussi à son gré, parce que telle est la volonté du Seigneur. Les yeux demeurent presque tout le temps fermés, quoiqu'on ne voulüt pas les fermer et, si quelquefois ils s'ouvrent, ils ne distinguent ni ne re “1rquent rien,
in cet état le corps a perdu tout
ainsi que je l'ai déjà dit.
pouvoir d'agir; d'ot il résulte que, lorsque la mémoire et l'entendement s'unissent de nouveau à la volonté, ces deux puissances rencontrent moins de difficulté. Que celui à qui Dieu fait une si grande faveur n'ait donc pas de peine de se trouver pendant plusieurs heures, le corps comme lié et la mémoire et l'entendement distraits. Le plus souvent, à la vérité, la distraction de ces deux puissances ne consiste qu'à se répandre en louanges de Dieu, dont elles sont comme enivrées, où à tâcher de comprendre ce qui
s'est passé en elles. Encore ne peuvent-elles le faire à
leur gré, vu que leur état ressemble à celui d'un homme qui, après un long sommeil rempli de rêves, n'est encore qu'à demi éveillé.
“Si je m'explique sur ce point avec tant d'étendue, c'est que je sais qu'il y a maintenant, et même en cet endroit des âmes à qui Notre-Seigneur accorde de telles grâces. Si ceux qui les dirigent ne sont pas passés par là, surtout si la science leur manque, il leur semblera peutêtre que dans le ravissement ces personnes doivent être
ETATS Mysriours LI Somme mortes, Ce que de telles ‘lies ont à souffrir de la Part des confesseurs qui ne les comprennent pas, est vrai. ment digne de CoMpassion, comme je le dirai dans la suite, Peut-être ne sais-je Moi-méme ce que je dis C'est à vous,
mon père, de Ju
8er si je rencontre Juste en quelque chose,
puisque le Seigneur vous a donné un Connaissance expié.
rimentale de ces grâces ; mais comme cile est encore assez récente chez ve "US, il pourrait se faire que vous n'eussiez
Pa’ pbservé ces faits avec autant d'attention que moi,
“C'est en vain qu'apr le ray ISsement je fais des efforts pour remuer les membres : Je Corps demeure longtemps sans forces, l'âme les lui a toute enlevées, Souvent infirme et travaillé de grandes douleurs avant l'extase, il n sort plein de santé et admirablement disposé pour l'action, Dieu se Plait ainsi à faire éclater !a grandeur du don qu'il fait ; il veut que le corps lui-méme, qui déjà obéit aux désirs de l'âme, Participe à son bonheur. Quand l'âme re-
vient à elle, si Je rävissement a été
and, ses puissances restent encore pendant un à deux jours, et même trois, absorbées où ;; enivrées qu'elles semblent &tre hors
u elles-mêmes.
“C'est alors que se fait sentir le tourment de rentrer dans la vie. L'âme n'est plus ce jeune oiseau Couvert d'un léger duvet, cile a de puissantes ailes pour prendre son Sssor vers le ciel, Le moment est venu Pour elle de lever hautement l'étendard de Jésus-Christ, Elle monte, où plu-
tôt le Seigneur Ja transporte à la plus haute tour de la
LE CIBL
forteresse dont elle a la défense e, elle arbore à son sommet la bannière de Dieu. De cette hauteur où elle se voit en sûreté, elle regarde ceux qui sont dans la plaine; loin de redouter les dangers des combats, elle les appelle, parce que Dieu lui donne comme la certitude de la victoire. Comme d'un point si élevé son regard s'étend très loin, elle découvre très clairement le néant de tout ce qui est ici-bas, et le peu d'estime qu'on en doit faire. Désormais elle ne veut plus avoir de volonté propre. Que dis-je ? Elle ne voudrait même plus avoir de libre arbitre, elle demande cette grâce au Seigneur, elle le supplie de la lui accorder ; enfin elle lui remet les clefs de sa volonté. La voilà maintenant, cette âme, chargée tout ensemble et de la défense de la forteresse, et de la culture du mystique jardin. Elle ne respire que pour accomplir en tout la volonté de son Maitre. Elle ne veut être maitresse nt d'elle-même ni de quoi que ce soit, non pas même du moindre petit fruit du jardin confié à ses soins. S'il produit quelque chose de bon, que le Maitre le distribue comme il le juegra à propos. Quant à elle, son unique voeu
désormais est de ne rien posséder en propre et que le
Seigneur dispose de tout selon son bon plaisir et selon
les intérc:s de sa gloire.
“La vérité est que tout cela se passe de la sorte. Ce sont là les effets que produisent dans l’âme ces ravissements quand ils sont véritables...
D DR ire ETATS M YSTIQUE
“Quant à moi, je sais très-bien et j'ai vu par expérience qu'un ravissement d'une heure, d'une durée même plus courte, suffit quand il vient de Dieu, Pour donner à l'âme un Souverain domaine sur toutes les créatures, et une liberté telle qu'elle ne se connait plus elle-même, Elle voit bien qu'un si grand trésor ne vient point d'elle, elle ne sait même Pas comment il Jui a été donné; mais elle voit, avec une Souveraine évidence, les immenses avantages que lui apporte chacune de ces visites divines,
“Pour le croire, il faut l'avoir éprouvé. Aussi, l'on n'ajoute pas foi au changement d'une âme qui reçoit ces faveurs ; on avait été témoin de sa faiblesse ct tout à coup on la voit prétendre à ce qu'il y a de plus héroïque, ne plus se contenter de servir Dieu d'une manière vulgaire, Mais aspirer à le glorifier de toute l'étendue de ses forces, Cet hérc de folie. Mais si l'on savait qu'il ne vient point de cette
sme de sentiments, on Je traite de tentation et
âme, mais du Scigneur à qui elle a remis les clefs de Sa volonté, on cesserait de s'étonner. Pour moi, je suis convaincue, qu'une Personne élevée à cet état ne parle ni ne fait plus rien par elle-même, mais que ce souverain Monarque prend un soin particulier de tout ce qu'elle doit faire, Oh! que l'on voit clairement alors à combien juste titre toutes les âmes devraient, comme David, demander les ailes de Ja colombe! Que l'on comprend bien ce cri du roi-prophète! On voit avec une souveraine évidence que par l'extase l'âme prend son vol vers
Dieu, pour s'élever au-dessus de tout le créé, ct au-dessus d'elle-même ; mais c'est un vol suave, un vol délicieux, un
vol sans bruit.
“Quel empire est comparable à celui d'une âme qui, de ce faite sublime où Dieu l'élève, voit au-dessous d'elle toutes les choses du monde, sans être captivée par aucune! Qu'elle est confuse de ses attaches d'autrefois! Conune elle s'étonne de son aveuglement! Quelle vive compassion elle porte à ceux qu'elle voit dans les mèmes ténèbres, surtout si ce sont des personnes d'oraison, et envers qui Dieu se montre déjà prodigue de ses faveurs! Elle voudrait élever sa voix pour leur faire connaitre combien ils s'égarent ; quelquefois même elle ne peut s'en
défendre, et alors les persécutions tombent sur elle com-
me les gouttes d'une pluie d'orage. On l'accuse de peu
d'humilité; elle prétend, dit-on, instruire ceux de qui elle devrait apprendre. Ki c'est une femme, on lui fait encore plus vite son procès. Et on a raison de la condamner, parce qu'on ignore le transport divin qui la presse. Souvent, incapable d'y résister, elle ne peut s'empècher de détromper ceux qu'elle aime. Klle brüle du désir de briser leurs fers; jadis prisonnière comme eux dans le cachot de cette vie, elle veut les en arracher pour leur
faire part de sa liberté.
“Elle gémit d'avoir été jadis sensible au point d'honneur, et de l'illusion qui lui faisait regarder comme hon-
neu: ce que le monde appelle de ce nom. Elle n'y voit
ETATS MYSTIQUES 297 Æ De ee ee plus qu'un imniense Mensonge dont le monde est victime, Elle découvre, à cette lumière d'en haut, que le véritable honneur n'a ri à de Mensonger, et que lui être vraiment fidèle, c'est estimer ce qui mérite de l'être, et considérer comme un néant, et moins encore qu'un néant, tout ce qui prend fin et n'est pas agréable à Dieu. Elle se rit d'elle-même, en Songeant qu'il y a eu un temps dans sa
vie où elle a faft quelque cas de l'argent, et où elle en a
cu quelque désir. A Ja vérité, je n'ai jamais eu à me confesser d'un: te] désir: c'était une assez grande faute Pour moi d'avoir accordé quelque estime aux richesses. Si l’on pouvait avec elles acheter le bonheur dont je jouis, j'avoue que je les priserais extrêmement ; mais il n'en est Pas ainsi, et je vois que, pour obtenir ce bonheur, il faut renoncer à tout.
“Qu'achète-t-on avec cet argent dont on a soif? Estce un bien de Quelque prix? Est-ce un bien durable? Et Pourquoi le veut-on? Apt quel lugubre repos on se procure, et qu'il coûte cher! Ouvent, hélas! on descend en enfer avec cet argent, et l'on achète un feu qui ne s'éteint pas et un Supplice sans fin. Oh! si les humains pouvaient tous de Concert le regarder comme un peu de boue inutile, quelle harmonie régnerait dans le monde! Quel affranchissement des Soucis crueis qui nous troublent! Avec quelle amitié tous se traiteraient mutuellement, si l'intérêt de l'honneur et de l'argent disparaissait de la terre! Pour moi, je tiens que ce serait le remède à fout.
LE CIÉL
“L'âme, à cette vive lumière du ciel, voit de quel aveuglement profond sont frappés les esclaves des plaisirs, et comment ces infortunés n'y trouvent, dès cette vie même, qu'une source de peines cuisantes et de troubles amers. Quelle inquiétude! Quel peu de contentement! Comme ils travaillent en vain!
“Quand elle se replie sur elle-même, elle découvre, à la clarté dont Dieu l'illumine, non-seulement les toiles d'araignées ou les grandes fautes, mais encore les plus légers atomes ou les plus petites taches. Elle a beau tendre à la perfection par l'effort le plus magnanime, dès que ce Soleil de sainteté l'investit de ses rayons, elle se trouve extraordinairement trouble: semblable à l'eau dans un verre, qui, loin du soleil, semble pure et limpide, mais qui, exposée à ses rayons, paraît toute remplie d’atomes. Cette comparaison est parfaitement juste. Quand Dieu n'a pas encore accordé d'extase à l'âme, elle croit éviter avec soin toute offense, et faire pour son service tout ce qui dépend d'elle. Mais, lorsque dans l'extase, ce Soleil de justice la pénètre, elle se voit forcément telle qu'elle est ; elle découvre alors en elle tant d'imperfections et de taches qu'elle voudrait soudain en détourner sa tremblante vue. Son oeil d'aigle n'est pas encore assez fort pour regarder fixement ce divin Soleil. Pour peu qu'elle le regarde, elle se voit comme une eau très trouble.
Elle se rappelle ces paroles: “Seigneur, qui sera juste
devant vous?’ Quand elle considère cette sainteté ir-
MYSTIQUES 299 finie, elle est éblouie de sa clarté et, quand elle se considère elle-même, elle trouve sur ses Yeux un épais bandeau formé Par la fange de sa misère, en sorte que notre Petite colombe reste aveugle, Oui, très Souvent, elle delieure Complètement aveugle, absorbée, cffrayée, évanouie devant les inénarrables merveilles qu'elle contem- Ple. C'est Jà qu’elle trouve ce trésor de Ja vraie humilité, qui fait qu'elle n'a plus de Peine à dire ou à entendre dire du bien d'elle-même.
“Que le Maître du jardin en distribue les fruits à son gré; c'est à lui, et non à elle de le faire, Ainsi, ne gardant rien Pour son intérêt Propre, elle fait hommage
au Seigneur de tout le bien qu’elle possède et, si elle parle de soi, c'est uniqement Pour la gloire de son Dieu. Elle
sait que dans ce jardin rien ne lui appartient en propre, et voulüt-elle l'ignorer, cela n'est Pas en son Pouvoir ; car elle le voit G'un oeil que Dieu, malgré elle, Terme aux choses du monde et tient ouvert à la vérité.
+. Ah! que doit sentir une äme, quand de cette résion céleste elle est forcée de revenir au Commerce des humains, et d'assister comme Spectatrice à cette p'toyable comédie de Ja vie présente ! Quel supplice Four :lle de consumer le temps à réparer les forces du COrps par Ja nourriture et Je son neil! Tout Jui pèse, elle ne sait comment fuir, elle ect €nchaïînée, elle se voit prisonnière, Oh! ‘omme clle sent sa captivité dans ce Corps et la misère de la vie! Qu'elle Comprend bien Ja raison qui portait
LE CIÉL
Saint Paul à supplier Dieu de l'en affranchir! Avec l'apôtre elle élève de grands cris vers Dieu et lui demande la liberté; mais c'est avec une si véhémente aspiration et des désirs si impétueux, que très-souvent elle paraît vouloir s'élancer de sa prison, pour saisir cette liberté qu'on ne lui accorde pas encore. Elle se regarde comme un esclave vendu sur une terre étrangère, et ce qui lui est le plus amer, c'est de voir de tous côtés cet amour passionné qu'on a pour cette vie, et si peu de bannis qui gémissent comme elle et demandant la fin de l'exil. Ah! si nous n'étions attachés à rien, si nous ne mettions notre bonheur dans aucun objet périssable, comme l'absence de Dieu se ferait sentir à nos âmes, et comme la soif de jouir en lui de la véritable vie tempérerait les craintes de notre dernière heure! Je m'arrète de temps en temps à cette considération: si, malgré mon peu d'amour, malgré mon incertitude du bonheur à venir que n'ont pas mérité mes oeuvres, il me suffit de cette lumière que le Seigneur m'a donnée pour éprouver souvent un si mortel ennui de me voir dans ce lieu de bannissement, que devaient donc éprouver les saints? Que devaient sentir un Saint Paul, une Sainte Madeleine et tant d’autres, en qui ce feu de l'amour divin, jetait de si vives flammes? Leur vie devait être un martyre continuel....
La Vénérable Marine d'Éscobar (1? — La ténèbre divine.
Vision du fleuve divin. — “Les anges s'approchèrent de mon âme et la dégagèrent des sens. Je me trouvai de-
vant la céleste Jérusalem, qui était entourée Par un fleuve d'une grandeur démesurée, très-beau, très-brillant. Ses rives étaient ombreuses, charmantes et remplies d'anges Saints, qui chantaient admirablement, en S'accompagnant sur des in truments, TI répétaient : Gloire à Dieu au plus haut des cieux! De ce fleuve Paflaient ça et là des Canaux OU ruisseaux, Par où l'eau céleste s'écoulait et tombait sur la terre. Elle Y arrivait comme une rosée, et sa divine influence réconfortait les âmes des justes,
“Cette vision dura longtenips : PUIS subitement Jes anges me déposèrent Sur Je bord de ce fleuve grand et mystérieux. Soudain ils m'y plongèrent très-profondément, et alors me fut accordée une Connaissance grande €teXtraordinaire de la grandeur de Dieu, de sa toute-puissance, de sa sagesse ct de son immensité. Tout d'un coup, les anges me dirent à haute Voix: #V a.t-il quelque chose de plus?” Mon âme fut alors éclairée d'une connaissance, lui montrant que ce qu'elle voyait dans l'immensité divine était bien peu en Comparaison de l'infinité des choses qui restaient à connaître, Son admiration Jui faisant oublier ce qu'elle venait de voir, elle s'écria: “ Jui, il v a quelque chose de plus!” Et dans Son enthousiasme, elle répétait d'une voix de plus en plus haute et rapide: “J! y a quelque chose de plus!”
“Ensuite les anges mM'immergèrent Plus profondément dans le fleuve, et j'eus une lumière plus grande, ne Connaissance Plus parfaite de l'essence de Dieu et de té.
ncbre divine. Les anges répétèrent leur question sur un ton plus élevé: “Y a-t-il quelque chose de plus?" Après avoir été bien illuminé et avoir connu plus qu'auparavant, je répondis encore: “Oui, il y a quelque chose de plus!"
“Une troisième fois, les anges me plongèrent, jusqu'au fond et dans les abimes du mystère, et redemande-
rent, toujours en haussant la voix : “Y a-t-il quelque chose
de plus?” Mon äâme, de plus en plus éclairée, et connaissant davantage l'être divin, ne fit plus attention qu'à l'infinité de choses qui lui restaient à connaître, et répondit : “Oui, il y a quelque chose de plus!” Alors les anges me tirèrent de cette mer profonde et mystique, puis m'élevant par trois fois à des hauteurs de plus en plus grandes, ils me répétaient la mystérieuse demande: “Y a-t-il quelque chose de plus?’ Mon âme recevait une lumière et une connaissance toujours croissante; elle était perdue, sub-
mergée dans l'être divin, et s'écriait : “Ah! mille fois oui,
il y a quelque chose de plus!” Enfin les anges m'élevèrent à je ne sais quelle lumière infinie ct incombréhensible, à une immensité de biens, qu'aucune langue ne peut traduire. Là, ce fut comme un éclair, ou comme si un rideau se tirait pour laisser apercevoir d'admirables trésors et se refermait subitement. Dieu me montra ainsi l'intmensité infini et incompréhensible de son être, mais ma petite capacité ne pouvait supporter tout ce qu'elle vit en un instant: mes forces défaillirent, et tout mon corps $e mit à trembler. En un clin d'oeil les anges me saisirent,
inc ranimèrent et me ramenèrent dans ma cellule.”
TE
20. L'océan divin, “Le sans anges M'entourérent, Et précédés par Je Seigneur de toute maj-ste, ils me portérent très, très-haut, traversant pour ainsi dire, tous les cieux. Ils me déposèrent sur le rivage d'une sorte d'océan immense, Qui était la grandeur de Dieu meme, sa bonté, sa sagesse et son essence. En presence de Jésus-Chr t,ils me jetérent Soudain dans cette Vaste mer de Ja divine obs- Curité ct de l'essence du Dieu inconnu ct incompréhe nsible, J'y fus submergée ct Perdue. Aucune Parole ne peut rendre les Merveilles secrètes AUU SC passent là entre Dieu et l'âme, ni Ja Srandeur de Die ut se manifeste, \ucune Mtelligence créc, ne peut en parler convenablement, Si quelqu'un voutait la tenter, ie Souhaite que Dieu lui donne l'expérience de cette faveur: il Pensera alors comme moi, il failut un SECOUrS divin pour que mon me ne se sépa-
rât pas du SOTPS tant l'opération de Dieu fat e XCessive,
“Je restai plongée dans cet océan un Certain temps, que je crus plus Court qu'il n'était en réalité Ensuite les anges me ramentrent AU rive Se; je veux dire par jà qu'ils me tirèrent de cette Inmensité : et non Qu'il y avait vrai-
ment une mer, un rivage, ni aucune image matérielle,
“Je re réposai un peu sur ce rivage, pour reprendre
des forces. Puis les anges me lancèrent avec plus de force
que la première fois, de sorte que j'alai me suübmerger et
me perdre dans l'essence divine, bien plus Profondément qu'auparavant. Ensuite ils me ramenèrent au rivage ; J'étais enocre plus en danger, ce me semble, de perdre la
vie, si Dieu ne m'avait soutenue. Enfin, après que j'eus pris quelques instants de repos, ils me lancèrent une trotsième fois. Par ce mot: lancer, j'indique une certaine manière admirable dont Dieu et les anges se servent pou! introduire l'âme dans l'immensité des perfections divines
Il ne s'agit de rien qui soit corporel.
“Je restai dans cette mer pendant un temps que Je n'ai pu apprécier. Mais cette submersion fut plus faible que les deux premières ; aussi j'éprouvai moins de fatiguc Ensuite Dieu me donna sa bénédiction ; les anges me rapportèrent dans ma cellule. Quand je fus revenue à moi, j'éprouvai une grande faiblesse. J'étais saisie d'admiration, et, teut en me conformant à la volonté de Dieu, je levais les yeux vers les anges, avec grande douleur de mc
voir dans cet exil.
30. Même sujet. “Lorsque, dans une extase pro fonde, Dieu unit l'âme subitement à son essence, ct qu'il la remplit de sa lumière, il lui montre en un moment le: mystères les plus élevés et l'ensemble de ses secrets. On voit une certaine immensité et une majesté infinie... On connaît comment toutes les créatures dépendent de la Providence de Dieu et sont conservées par lui; de quelle manière il est la béatitude des anges et des élus; comment I: est le seul principe. et la seule fin de toutes choses, n'ayant pas en dehors de lui-même de principe ni de fin; qu'il est
la cause prgmière et qu'il possède le souverain domaine de
toutes choess. L'âme est alors comme plongée dans un
vaste océan, qui est Dieu, ei encore Dieu, Elle ne peut y prendre pied, ni en trouver le fond. Les attributs divins lui apparaissent comme dans un résumé, de sorte qu'aucun en particulier ne peut être discerné. Parfois, au début ou 4 la fin de ce ravissement, Dieu montre quelques figures iMaginatives.
40. La tour divine. “Un jour que j'étais accablée Par la maladie etfes afflictions, je vis la Majesté divine qui me dit Suavement : “Tu es fatiguée, veux-tu venir avec moi?" “Assurément, m'écriais-je, si je suis digne d'accompagner Votre Majesté” Le Seigneur accepta mon “onsentement et m'éleva avec lui, dans une union trésétroite. Ensuite il me montra une tour immenes, solide et belle à ravir,”
“La divine Majesté me fit entrer par une fenêtre, l'une manière inexplicable, et me fit monter dans la tour, Si haut, si haut que je n'avais jamais été à pareille hauteur. Là il me donna une connaissance nouvelle de ses Perfections, de son éternité, de son infinité, de sa sagesse et des autres attributs. Ce n'était Point à l'aide de figures imaginatives, mais seulement une Connaissance intellectuelle, Je ne croyais pas qu'on pût en avoir une plus exacte ni plus complète. Str : faite, je m'écriai: Oh! qui
306 LE CIEL est semblable à ce grand Dieu! Où y a-t-il une pareille immensité, sans mesure! Quelle infinitude, quelle sa
gesse us
“J'étais ainsi absorbee par l'admiration de ces per fections, quand la divine Majesté m'éleva à une autre altitude, de beaucoup supérieure à la première. Il m'y donna une intelligence des mêmes attributs, mais si supérieure à l'autre, et si au-dessus de ma capacité, que je me sentais comme perdue. La grandeur des choses quejesaisissais m'arrachait avec violence la partie supérieure de l'âme. Je ne savais plus dire qu'une chose : Dieu est plus que tout cela; beaucoup, beaucoup plus! Oui, j'étais tout à fait
perdue.
“Revenue dans ma cellule, je me sentis toute chan-
gée... Ilme semblait que mon âme n'était plus en entier
dans mon corps ; que sa partie supérieure était restée dans ces hauteurs, enivrée, plongée dans la vision . s perfections suprêmes de Dieu, et que j'avais là seulement la partie inférieure, celle qui donne la vie aux sens et aux
facultés corporelles.”
5so. Les trois montagnes et les trois éclairs. — “Le Seigneur me dit un jour: Tu es hien affligée, viens avec moi, je te conduirai à ma sainte montagne et je te récréerai dans la maison de mon oraison.” Soudain je fus conduire en esprit sur une haute montagne, d'où l'on dé-
couvrait le monde entier Une lumière céleste brilla un
Mstant, Comme un é lair, et srace à elle, je vis l'inmensité
de l'essence divine, avec tine Majesté qui me jeta dans l'admiration. Le Scignettr mie dit “"Couras ar ilte faut monter plus haut, Ci UE as vu est peu de ose €n Comparaison de « UE te reste à voir us con duite sur une autre Montagne us haute \ion IRL TU une lumière bien plus forte que la première brila encore Comme un éclair, et me level plus nettement lu méme
sence divine Je vis plus de choses auparavant, Li Seigneur répit: "Courage, cas il te faut monter plus hante" A Vin tant je fus conduite à DE troisieme mon lagne, plus élevée, QU semblait toucher aus derniers som mets du ciel. Un lumière, en 6, lai, brilla plus fort que
les autres et me montra l'essence de Dieu, ses pérfections
CESES jugements secrs 15, J'é
ï S atlérrée à la vue de cette immensité! De plus Dicu, en « UMISsSant à moi, mme manii-
iesta le mystère de la Sainte Trinité: Je me disais inté-
rieurement :*
‘igneur, que vos jugements Ont icompre.
hensibles ! Qui arrivera à Jes SORNAITE te Seionenr
répondit: “Ce seront les Petits et les lunibs, CEUX qui ont tout quitté Pour moi et qguine cherci ht qu'à mie plaire,”
Lä véncrable à eu beauce up d'autres y sions analogrues,
La Bienhenreuse Jcanne-\arie, Franciseaine.
Éxtases.—L'äme aimante arche d'abord d'un visage
S41 ft serein, heureuse de posséder Dieu, pleine d'une ai-
mable modestie et d'une tendre piété, édifiant tous les coeurs, et tellement transportée par l'amour, que souvent elle baise les pierres inanimées en pensant à son Créateur Les songes pieux de la nuit s'entrelacent en quelque sorte avec les saintes pensées du jour, dont ils sont comme lc reilet, et ils laissent après eux une douce impression et de salutaires enseignements. fille devient peu à peu malade d'amour, le moindre retard de son bien-aimé lui est insupportable, elle sent comme le poids d'une montagne sur son coeur, elle soupire après l'arrivée de son divin époux : et dans la soif qui la dévore, elle désire l'impossible. Elle voudrait à l'instant même contempler son Dieu face à face. Son corps lui est à charge, à cause de l'obstacle qu'il met à ses désirs: les tourments de l'amour épuisent en elle IE sève de la vie, et elle languit incessamment après son Dieu, Elle veut l'aimer plus que toutes les créatures: mais cela ne lui suffit pas: Se donner toute à Dieu est beaucoup trop peu pour elle. Aurait-elle tout ce que Dieu possède, elle le lui sacrifierait tout entier sans 8€ rien ré-
server. Son coeur est COMIMe pris d'assaut, la pensée est
liée en elle, et sa sensibilité est comme morte pour tout ce
qui n'est pas Dieu. Dévorée de soif, elle boit avec délice: l'eau de la grâce divine et le vin du saint amour, et plus elle boit, plus elle a soif. Le désir qu'elle a de Dieu est intarissible et celle ne peut se lasser de parler de lui et des choses divines. Son mets favori, c'est l'amour, et encore l'amour et ce mot est toujours sur Ses lèvres. lle sort
de la prière le visage serein et le regard rayonnant. Eté
: Re ee “st déjà mûre pour ja Contemplation des secrets divins, et les saintes voluptés de la présence de Dieu inondent son äme de délices. Pour lui, il se retire d'elle parfois, et elle souffre alors des déchirements incroyables, elle est comme un dur purgatoire, qui la Purifie et l'embellit pour les célestes fiançailles, Dans cet abandon, Ja Passion de Jésus-Christ est son unique consolation, et elle ne peut se lasser de la contempler, et de regarder la plénitude infinie le vertus héroïques qui sont Suspendues comme des fruits succulents à l'arbre de Ja sainte humanité de Jésus. En Voyant au contraire sa stérilité, ele rougit de se voir si Pauvre de mérites, elle admire l'amour infini du Christ pour nous pécheurs ; des torrents de larmes coulent de ses Yeux, elle regrette amèrèment Je temps qu'elle a perdu, et s'ancantit dans le sentiment de son immense misère, Abi-
nee dans Ja Contemplation du Sauveur souffrant, par ses
Supplications et ses larmes, Ja grâce et la bénédiction qui
Y sont attachées, Fécondée par la charité, elle pousse les fleurs des plus belles vertus, dont les fruits mürissent dans le sang de Jésus-Christ, Son amour croissant toujours, elle s'élance plus haut vers Dieu, avec une vue plus claire des mystères du monde spirituel: elle voit Dieu dans une ineffable clarté: Sans le voir, elle entend sa louce voix dans les vérités profondes et divines qui lui sont enseignées: sans l'entendre, elle est dans un commerce intime avec Jui : elle tient à lui par les racines mêmes le son être, et cause avec lui dans une douce familiarité,
sans lui parler, C'est Dieu qui opère dans le centre le
plus intime de sa vie l'acte de voir, d'entendre et de comprendre. Le temps disparait, il n'y a plus de succession, mais tout se fait en un instant avec ia rapidité de l'éclair. L'âme en est tellement convaincue, qu'elle est prête à mourir pour ses impressions, COMME elle le ferait pour un article de foi. Dans ce commerce familier avec Dieu, elle est toujours absorbée davantage par le soleil éternel de fa grâce: elle devint toute lumineuse, et un seul esprit avec lui: rabattant les ailes de la contemplation, elle se repose doucement en Dieu, sachant à peine si elle vit au dedans ou hors de son corps. Les objets de ses contem plations se pressent inn mmbrables devant son regard spirituel; ce qu'il y a de plus près s'enfuit pour ainsi dire à une distance infinie: toute contradiction disparaît, et les ebjets font en quelque sorte irruption dans l'âme, avec une telle abondance ct une telle force qu'eile craint de ne pouvoir les contenir. outes les particularités, sans cesser pour cela de garder les caractères qui les distinguent, paraissent comme confondus dans la splendeur et la lumiè=® qui les enveloppe et qui est comme le véhicule de tous les
phénomènes.
Lorsqu'elle revient du tumulte de ces images à la
réalité, les joies de ce monde lui apparaissent comme ces fleurs que forment le givre et la neige ; elle est transie de froid, mais elle garde l'écho délicieux des célestes chants qu'elle a entendus. Le feu dont son visage est embrasé trahit les ardeurs dont elle est consumée, et toutes les puis-
sances de son corps reposent dans un calme profond. Mai:
EE
$€ repos ne dure pas longtemps : tout à COUp, au moment
où elle s’y attend Je moins, elle se sent de nouveau enlevée et enflammée
et Dieu, elle
Poux les traits brülants dont sa main
habile l'a Dercée; il se sent atteint à son tour, et s'unit
avec la fiancée de Son choix ; elle dort comme un petit en
fant dans Ja Main de Dieu, bercée Par le doux Murmure de sa voix.
Dieu caresse toutes ses Puissances, elle ne sait où clic Set, il lui semble qu'elle est envcloppée d'épaisses ténèbre. : elle ne voit ni n'entend ni ne parle; elle est comme perdue, et ne sait plus ce qui se passe en clle. Tout ce qu'i y a d'extérieur en elle est mort, il n’y a plus de vivant que
les sentiments Jes plus intimes ; elle se fond et se dissout
en un seu] Vouloir avec Dieu, et de là résulte l'alliance j4 Plus pure et Ja Plus intime avec Son bien-aimé. Tout est commun entre ceux qui s'aiment : aussi Dieu Ja porte en Son Coeur, et en cesse de se Communiquer à elle ;
rien Jui refuser, ji] n'est rien non
Mander, mais elle ne |
cette union amoureuse,
lestes délices, qui la nett
plus petites imperfections. PNÉISE AVEC Son dir esprit dans son être attendri et dissous Par l'amour, ;} l'échauffe et Ja pénètre entièrement : ;] devient l'âme de
son äme, il la forme de sa main puissante à son image, et eiface en elle les taches du péché. Pour qu'elle ne s'épuise
pas dans cette vie sublime d'amour, il la nourrit de sa
chair et de son sang dans le sacrement de l'Eucharistie, il
c avi-
lui communique sa propre infinité; elle mange a dité cet aliment céleste, qui ajoute de nouvelles flammes au feu <lont elle est déjà consumée, jusqu'à ce qu'il se forme en elle comme un immense incendie. Toutes les Duissances de l'âme et du corps sont pénétrées de la vie divine et sainte de Jésus-Christ. Le pain des anges s'anime en elle, le Christ se forme en elle avec son amour infini, avec les douleurs de sa passion, avec les plaies de son corps sur la croix: elle est crucifiée jar l'amour en Jésus-Christ
crucifié.
Elle a une répugnance invincible pour toutes les joies de ce monde, et pour la société des hommes terrestres ; elle fuit même les compagnies les plus innoventes, tant elle a peur de se souiller, et d'interrompre ce commerce familier avec Dieu, qui seul peut la satisfaire ct la rendre heureuse. Elle se sent intérieurement blessée jusqu'au fond du coeur, jusqu'à la moelle des os; et de sa plaie saignante, montent des soupirs incessants, qui comme des messagers d'amour vont dire à son bien-aimé qu'elle languit aprè: jui, Elle sait que Dieu connaît ces mesasgers, qu'il entend ses sanglots, et qu'il ne peut se défendre de venir visiter sa fiancée. Quelquefois, dans les visites qu'il lui fait, il se glisse comme une flamme en son coeur oppressé, d'antres fois il pénètre dans le fond le plus intime de la
ETATS MY STIQUES 313
vie, comme la pointe d'un fait caflammeé, Consumant tout Sur Son passage, ct liant toutes Ies puissances de l'âme, de sorte qu'elle oublie tout, excepté Dieu. Son visage est pâle, la chaleur extérieure de la vie lui est ôtée, elle perd sa couleur et S'amaigrit dans les sentiments de la amère douleur, et dans l'excès de Ja joie la plus vive eètte lutte entre le plaisir et la souffrance l'épuise. Elle comprend Dieu autant qu'elle le peut sur cette terre; mais elle ne peut exprimer ce qu'elle voit, car toute Parole lui parait insuffisante quand il s'agit de parler de lui. A table, elle murmure quelques paroles d'amour, et oublie de man- Ser; si elle est avec d'autres, elle sc upire après lui: dans son summil elle rêve de lui, toujours rassasiée d'amour et
toujours embrasée d'un nouveau désir de se pré
dans les flots du divin SOU ele s a bimerentière ment. Si, pendant qu'elle est dans cet état, quelque parole
de la sainte Ecriture frappe son oreille, on si elle entend
Parler de Dieu, elle se sent comme frappée d'un éclair, jusdue dans ses fibres les Plus délicates : elle éprouve à la fois une ineffable volupté ct une douleur Poignante. Son âme est liée soudainement, elle perd le mouvement et la liberte : elle est absorbée en Dieu ; elle jouit Comme d'une vue anticipée de son essence ; et à mesure que cette vue augrmerte, elle sent plus douloureusment l'impuissance où sont les sens de s'élever jusqu'à cette union intime avec Dieu. Cette douleur, lorsqu'elle dure longtemps, ect si violente, qu'elle Süffirait pour triser un corps de fer et un
Coeur de diamant.
Le soufle se ralentit, la poitrine est oppressée, le sang reilue vers le centre de la vie, il s'y précipite avec une telle violence, que la mort semble proche. Dieu seul la conserve dans cette irruption de la grâce divine; il la console par Le tendre intérêt qu'il lui témoigne, et relève le prix de sa visite par une bonté infinie, Si elle mourait dans cet acces d'amour, elle serait entièrement purifiée de toutes e souillures de la terre, et, sans passer par le purgatoire, elle jouirait aussitôt dans le ciel de délices si siaves, que les anges eux-mêmes ne sauraient en exprimer la douceur. J.es lames et les soupirs sont sa nourriture de chaque jour, souffrir est sa consolation, elle s'immole elle-même ur l'autel de la croix, elle souffre des douleurs indicibles pour expier l'ingratitude des pécheurs endurcis Pour peu qu'elle s'éloigne de Dieu, entrainée par le poids du corps, il la réveille avec la rapidité du rayon de lumière qui pé-
nètre dans une chambre obscure, et il l'excite à marcher
de nouveau dans son esprit. L'âme aimante comprend aus-
sitôt que c'est son Dieu; elle lui crie dans une sainte alle gresse: “Je viens, à mon amour! je viens, à mon divin Époux!" Souvent, à l'approche du Sauveur, son corps est pesant, immobile comme une pierre; d'autres fois il sembie qu'il a des ailes, et il plane au-dessus de la terre. Mais bientôt l'Epoux se cache de nouveau, et regarde à travers les fentes de la muraille l'âme éperdue, trahissant légèrement sa présence. Quoique son souverain bien soit pet loin d'elie et qu'elle ait peu sujet de se plaindre, elle trem-
ble néanmoins : elle est blessée et ne voit point assez claire
ÉTATS MYSrlougs ment l'archer qui la blesse. Mais elle reçoit avec joie Les blessures que lui fait l'amour: ces douleurs lui sont pré. creuses, elle ne voudrait Pas ètre guérie: elle ippelle son bien-aimé, tantôt dans Je silence du coeur, tantôt ave, l
douces paroles qu'elle murmure tout bas, Oh! que cette
peine es douce et amère
à la fois! 1] faut bien que Ile ïa s l
borve Jusqu'à la dernière Soutte, Le trait à Penétré jus. qu'au Fond Ie Plus intime du Coeur. Lui dire qu'il ne fait Pas mal, ce serait comme si l'on disait à une äme dont Le Coeur est percé d'un trait: “Ma soeur, ne sente, pas a blessure" Mais sa blessure est Plus précieuse Pour &
que les biens des rois les plus riches ; car elle Lui Vient de
son Jésus, c'est li blessure qi Saint amour, QUI apaise
tes les douleurs terre stres
Sous le souffle de son Dieu, et dans la f urnaIse d'amour dont elle est embrasée ct blessée, elle S'épure et loin es : ” SOrte unnaccihla nt logré cublime ta levres toute maiadie Cerporelle disparait, Dieu détruit toutes Les douleurs terrestres l'âme n'a plus de sentiment pour ce Monde. Tant que dure cette volupté IMterieure, | Uon, Padversité Ja haine ne Ja touchent plus: toutes choses Sont pour elle comme autant de louanges à L: gloire de Dieu, et « le se dit: ‘en aurai, MIeUX ce sera pour Moi.” Elle se met entre les mains de Dieu comme une cire
molle, pour recevoir l'empreinte qu'il veut lui donner, Cet
abandon Parfait de <a valonré à Dieu chasse en clle toute
crainte mondaine, toute pusillanimité. Dans l'excès de la joie dont elle est inondée, eile éclate en transports, elle court, elle embrasse les arbres, elle chante, elle crie en pensant à la beauté de son Dieu. Elle se jette avec impétuosité sur le corps qui la renferme, remplie de Dieu, fumante comme un vin généreux, elle s'écoule jusque pardessus les bords du vaisseau terrestre qui la contient. Souvent dans cette jubilation, le corps devient tout froid, les membres sont rebelles, la langue incapable de prononcer un mot, les pieds ne peuvent marcher, et l'homme tout entier devient immobile: mais bientôt le Saint-Esprit verse de nouveau ses délices dans le coeur. Ce n'est plus un vin fumant, mais un vin limpide et paisible qui a jeté tout son
feu et qui fortifie le corps et l'âme à la fois.
Elle entre dans un calme profond, où elle jouit avec délices des mystères les plus intimes de la divinité, sans donner au dehors aucun signe de ce qui se passe en elle, et ayant des eaux toujours prêtes pour éteindre les flammes dont elle est consumée. Dieu se repose en elle des merveilles du divin amour; les trois personnes divines descendent en elle, et dans la paix dont elle jouit, elle n'aperçoit plus que dans un vague lointain les péchés du monde. Ils peuvent bien lui arracher des larmes de douleur, mais sans pouvoir troubler le saint repos dont elle jouit. ‘l'outes les peines de ce monde, toutes les souffrances du purgatoire, tous les tonrments de l'enfer peuvent l'assaillir, les flots des afflictions terrestres peuvent mugir à ses pieds, mais i's n'éteindront jamais en elle le feu de
la charité.
VIE» ÉTERNELLE Sainte Françoise Romaine, — Cette sainte extraordi naire eut, durant sa vie, de grandes et nombreuses \
sions: nous n'en Fapporterons ici que quelques unes,
Une fois Sainte I nÇoise passe Ja nuit en oraison dans sa chambre Le démon cherche vainement à l'en détourner ; elle ne lui oPPose que le mépris. Une blanche colombe pénètre dans l'appartement. La sainte craint d'abord que ce ne soit une illusion infernale : mais rassuree par le sourire de l'archange qui vei!lait sur elle, et par la clarté qui remplit {a chambre, elle « mtemple la colombe et entre dans un tres grand ravissement, Elle suit le céleste oiseau de lumière en lumière, ct arrive avec lui au pied d'un trône resplendissant, placé immédiatement audessous de celui de la Divinité, et sur lequel est assise Marie, la douce Reine des Anges. Son front est ceint d'une triple Couronne et devant elle est un immense miroir, dont la matière est plus Frécieu.e et plus transparente qu'on ne le peut imaginer, et qui porte l'inscription : Unus Deus, una Fides, unum L'aptisma. Marie contemple le miroir avec une intensité tele qu'elle semble vouloir y pénétrer : il réfléchit son image sans aucune tache, parce qu'il n'en trouve point en cile: Ja Contemplation de la Vierge est une action de grâces qu'elle rend à son Fils des faveurs Surnaturelles dont il l'a comblée en la créant assez pure pour Pouvoir correspondre p'einement à l'amour divin. Cette même vision se renouvelle trois fois
en l’espace de douze jours. Au moment où elle finit, les
Esprits bienheureux entonnent un cantique à la gloire de
tJ# Di CIEI
Dieu et une voix sortant du miroir dit à Française: “R mets-t'en à Dieu pour toutes choses; ne veux que ce que Dieu veut: aie toujours présent à la pensée ton propre
neant.”
.tutres Visions Un jour la sainte est transportée
+ esprit au milieu d'une vaste campagne. E rencon
re Saint Joseph et sa livin? Épouse Marie dit à notre
unte: “Je suis la Vicrye, accompagne-mut a" obeit ntre avec Marie et Joseph dans le temple de Jérusalem joseph la place dans un lieu élevé, d'où elle voit ce qui x nas dans l'enceinte sacrée. Élle aperçoit Jésus, age de louze ans, assis et ayant devant lui un grand livre ouver ans cependant y lire. Une foule de docteurs l'entoure, ct hsputent avec lui sur l'avènement du Messie. La Viergt “'agenouille; son Fils a l'air de ne point la voir les veus levés vers le Ciel, il accuse les docteurs de ne pas observer les préceptes de la loi: il les confond par les Ecritures, et leur prouve que Île Messie qu'iis attendent est déja venu; nais il ne se fait pas connaitre à eux. Quelques-uns des locteurs témoignent l'admiration que leur inspirent les hécours et la sagesse de l'Enfant étranger : les autres se retirent pleins de honte et de con fusion, Françoise asststi
encore à l'entretien de Marie avec son divin Fils, tel qu
ie rapporte l'Evangéliste.
Dans le courant de la méme seniaine, noire Sainte ouve ravie dans une vaste enceinte, qu'un feu innnens
ct très-clair remplit d'une jumière surnaturelle et aut-des
sous de laquelle etendent d
isses tenébres, Au milieu les flammes est un tabernacie serv ant de support au trône de Jésus, Françoise ne peut soutenir l'é
du visage di
Notre-Seigneur : elle Voit sortir de chacune de ses plaies
des rayons de gloire qui es “épandent sur les äine bien
heureuses, les Couronnent de brillantes aureéoles et Je pe
ñétrent de lumière. }
aperçoit
si les âmes de plu SIEUTS personnes encore vivantes sur la térre et qui parti 1pent à cette divine clarté. Elle apprend que ces âme Perseveérent fidèlement dans #MmOur divin sans en être À
es par les tentations «4 Je tribu
€ : existence présente
Françoise reconnait Sainte Marie Madeleine mi
pa les Bienheureux qui font k COrtége du Verbe. Sainte
Agnés et Sainte Catherine sont aupres d'elle et une foule
le saintes, diver “ement couronnées d apres Jeurs combats ct leurs mérites, Je acCOMpagnent. Madeleine et ses com
Pagnes se jouent dans [a fournaise de l'amour divin et en
sagent notre sainte à les v uivre, Ile
revélé à Fran joise que Quiconque y vent Participer di
t se dépouiller de toute affection intérieure er € Xtérieure Pour suivre I
sus seul, et à
CE NS à la vraie pantvreté d'esprit et au
Madeleine et ses PMPagnes commencent alor a
“hanter alternativement Les paroles suivante:
“TE est trois choses que je Pauvre d'esprit rend au
Seigneur sans auctine
serve
Memoire, pour oublier
320 LR CIEL
tout ce qui n'est pas Dieu; Son intelligence, pour ne s'oc-
cuper que de lui; Sa volonté pour ne vouloir que ce qu'il
veut.”
“Le pauvre d'esprit hait les éloges, il sait que toute gloire appartient à Dieu seul. — Il se réjouit dans la souffrance et le malheur. — Il revousse toute joie mondaine. — limite la justice de Dieu, et se venge sur lui-même avec une sainte haine des fautes commises Il aime ceux qui le persécutent et le font souffrir Il remercie Dieu dans la douleur [est avide de mépris et demeure humblement anéanti à ses propres veux. Il ne met pas son bonheur à posséder le plus, mais à étre satisfait du moins. — Seigneur, Seigneur, te superflu n'est nécessaire qu'à celui auquel vous ne suitisez point, — Vicrge trèssainte, dont la tête est ornée de trois couronnes, vous seule avez été parfaitement pauvre d'esprit. — Votre volonté a toujours été unie à la volonté divine, — C'est pourquoi vous êtes Reine du Ciel et placée au-dessus de tous les Choeur des Anges Tous doivent chanter vos louanges: car, par votre humilité et votre piété, vous nous avez
délivrés de la ruine et de la mort.”
Cette vision se répète: Françoise est conduite par Saint Jérome au pied du trône de Jésus, où elle reste en contemplation pendant une hevre. Le Seigneur ordonne alors à Saint Jérôme de licencier la sainte: il s'approche d'elle et lui dit: “Tu crois voir beaucoup et cependant tu
ne vois rien encore: l'abime des grandeurs du Tout-Puis-
VIE ETERNELL}
“nt est insondable: nous méme ur sommes toujours ICI, NE pouvons mesurer ce IUT est infini, Aie le coeur Pur, les mains innocentes etune charité toujours ardente,
alors tu arriveras en ces lieux pour y rester
Une autre fois Françoise, ravie pres la sainte com Munion, 6st menée dans un CMpagne vaste et fleurie, au milieu de laquelle sc trouve Xotre-Seigneur sous la fi-
gure d'un agneau blanc, A sx cotes est un beau jeune
homme revètu d'une dalmatique cmblable à celle « ue por- 0 ie f
tent les diacres, et avant sur la tètc une guirlande trésodorante, Une foule de personnes des de UX sexes, toutes belles, toutes Couronnées de fleurs, entourent l'Agneau et Sont accompagnés chacune d'en Ange semblable à celui QUI Est toujours aux côtés de notre Sainte, Le jeune homme donne le Signal d'une sorte de Marche grave et mo deste, à laquelle se méle tout l'assemblée: elle passe et repasse devant le Seigneur, et chaque fois elle s'incline y
profondément et Jui rend grâces pour le bienfait de la Ré
demption
Cependant notre Sainte voit “'écouler du monticule sur lequel est 1 \gneau, cinq ritisseaux limpides et de couleurs diverses. Les aSSIStants vont s'y désaltérer et invitent Françoise à en faire autant : elle cbéit et se sent pénétrée d'une joie ct d'un onteñtement ineffable. Alors le jeune homme en dafmatique “approche d'elle et lui dit : “Ces cinq ruisseaux figurent les Cinq p'aies du Rédemp teur de l'humanité et leurs couleurs diverses ont une mys-
térieuse signification
“Le premier est rouge, pour nous rappeler l'ardente charité de Jésus, qui a répandu son sang pour sauver ce qui était perdu.
“La blancheur du second est l'image de ia pureté et de l'innocence qui ont été donnés aux hommes par la vertu
de la Passion de Notre-Seigneur.
“Le troisième est vert, parce que nous devons aux mérites du Sang du Verbe incarné l'espérance de la vie
éternelle,
“Le quatrième, qui est bleu est le symbole de l'obéissance parfaite du Fils de Dieu, qui s'est soumis à la mort pour accomplir la volonté de son Père. Cette vertu est la véritable bannière des fidèles de Jésus-Christ; par elles ils s'emparent de tous les fruits de la Passion,
Le dernier ruisseau est de la couleur du diamant,
afin de nous rappeler que la fi virile et pure élève l'âme, la fau reposer cn Dieu seu 61 ne iii jrérinet jaiais de se
séparer du bien suprème."
Une fois, peu de jours après la Féte de la Résurrection, Françoise est admise à contempler la Patrie céleste des Bienheureux. Les neuf Choeurs des Esprits célestes se presentent #ses regards: ils sont subdivisés chacun en neul stations supérieures les unes aux autres: elle voit tous les élus preinement rassasiés par la vision béatifique : mais les uns en reçoivent une intelligence plus complète
que les autres, et pénètrent plus profondément dans les
me :
ETATS MYSTOUES 323 Mystérieux abimes de la grandeur de Dicu, Suivant leur legré de Capacité et de subtilité. La sainte voit aussi certaines âmes Qui viennent de Güitter la terre Où le purgatoire ct que leurs Anges gardiens conduisent en présence de Dieu avec Une Joie ineffable. Elles sont menées ensuite au Choeur dont elles feront Partie pour l'éternité et où clles ont mérité de trouver place Par leur fidélité à corres. pondre à Ja grâce Prévenante. Tous les Esprits célestes se réjouissent lorsqu'une âme vient augmenter leur nombre, ct principalement SCUX du Chceur et de la station auxquels aPpartiendra fa nouvelle venue, Les âmes 4 stinces a Chocur des Séraphins jouissent de Prérogatives distinctes. Enlevées et attirées par Ja vertu divine, elles tra Yersent rapidement jes huit Choeurs inférieurs et ne s'at rétent qu'au trône qui leur est destiné,
Tous les élus sont au comble du bonheur, aussi heureux qu'il leur est possible de l'être ; bien que les uns Je soient plus que les autres, tous le sont néanmoins, Parce les mystères augustes qui sont Proposés ici-bas à a foi du que la capacité de chacun est Satisfaite, Ils Comprennent
Chrétien, et ils acquièrent Ja Parfaite intelligence de ce qui fait l'objet de la science humaine... Les Elus connaissent les peines des damnés, et ne cessent de remercier Dieu de les en avoir Prèservés : l'existence de l'enfer, éternelle Manifestation de l'éternelle justice ne trouble point leur
joie et ne leur cause aucun regret...”
LE CIEL La Bienheureuse Angèle de Foligno.
La Bienheureuse Angèle de Foligno est encore une de ces âmes privilégiées que le Très-Haut favorisa de grandes apparitions et de visions célestes. Tout ce qui va sui. vre a été écrit sous la dictée même de la Sainte, par le père Armand, de l'Ordre de Saint-François.
Dans une de ses premières visions, le T'out-puissant lui montra sa puissance. Le fruit de cette vision, dit la Sainte fut une intelligence qui, depuis, comprenait mieux toutes choses. Puis elle continue ainsi: “Après avoir vu quelque chose de ma puissance, ajouta ce bon Maitre, il faut que tu voies mon humilité.” Je regardai, et je le vis descendre si bas par amour pour les hommes, qu'il me
semblait tombé au fond d'un abime. Comparant ensuite +
à sa puissance que je venais de voir un si profond anéantissement, je demeurai toute interdite. Ensuite, voyant que je n'étais rien, et que j'étais cependant orgueilleuse, je commençai à me juger indigne de recevoir un Dieu si humble, et je ne voulais plus communier, Après m'avoir ainsi montré sa puissance et soi humilité, il me dit: “ Ma fille, il n'est aucune créature qui puisse voir ces choses au point où tu les as vues, à moins que Dieu n'élève son intelligence par une grâce ‘divine très-spéciale.” On disait alors une messe: lorsque le,.prêtre en fut à l’élévation, Jésus me dit: “Ma puissance est actuellement sur cet autel; mais elle est aussi dans ton âme. Quand tu me reçois à la sainte table, tu reçois celui que tu possèdes déjà.
VIÉ ETERNELLEÉ 326
Communie donc, ma fille, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; moi qui suis digne, je te fais digne.” Sa Conversation finit là; mais eile ne laissa une consolation que je conservera, je crois, pendant ma vie entière...
Un jour, dans mon oraison, je me permis de faire à Dieu quelques questions, non pour éclaircir des doutes, car je n'en avais pas, mais Pour m'instruire davantage. Je lui dis donc : “Seigneur, Pourquoi après avoir crée les hom mes, avez-vous permis qu'ils devinssent pécheurs? Pourquoi avez-vous livré votre Fils aux tourments et à la mort, Puisque vous pouviez Par tant d'autres moyens nous justifier et nous rendre aussi vertueux que nous le sommes ? Je savais que je disais vrai en parlant ainsi, et j'étais comme forcée de m'occuper de ces choses, et de faire 1àdessus des questions au Seigneur. Il me fut répondu que cet ordre de choses avait été choisi comme plus propre que tout autre à manifester la bonté divine et plus conforme à nos intérêts. Cette réponse ne me suffisait pas ; car je comprenais très-bien et je savais certainement que Dieu aurait pu atteindre ce double but paï une autre voie, si telle cût été sa sainte volonté. J'insistai donc pendant plusieurs jôurs pour obtenir des lumières plus satisfaisantes, ct ce ne fut pas en vain. Mon âme fut un jour ravie hors
d'elle-même, et voici ce qui lui arriva dans ce ravissement :
Dieu Ini fit voir d'abord que ce qu’elle désirait connaître n'a ni commencement ni fin. Puis elle se trouva plongée dans une nuit tellement obscüre, qu’elle ne Pouvait ni monter ni descendre. Ensuite Dieu léleva plus haut et la
fit jouir d'une lumière qui lui découvrit sa puissance, sa vo'onte, sa justice et sa bonté, T'ant que les ténèbres du reren', j'etais étendue sur le plancher de ma chambre Lorsque cette brillante clarté vint dissiper les ombres, je’ vai et me dressai moi-même sur la pointe des pieds cl j'éprouvai une agilité de corps qui m'était inconnue, et une sorte de renouvellement tout-à-fait extraordianire Or, en contemplant, à la faveur «de cette lumière, les attributs divins dont je viens de parler, j'y découvris nonseulement ce que je désirais savoir, mais encore tout ce oui concerne les élus, les démons et leurs tristes victimes ; mais ces secrets étant entièrement au-desus de la nature,
il m'est bien impossble de les expliquer.
Depuis cette vision j'éprouve un tel contentement et une telle sécurité, que si je savais ma réprobation certaine, je ne pourrais ni m'en afîliger, ni moins prier, mi moins travailler que j'ai coutume de le faire, tant j'ai bien compris sa justisce et la rectitude de ses jugements. En conséquence, je jouis d'une paix délicieuse et continuelle, et je me sens plus affermie dans le bien que je ne l'ai jamais été; mais je n'ai pas achevé de raconter ce qui m'arriva dans cette extase. Après avoir vu la puissance de Dieu, sa bonté, sa volonté, sa justice, et dans ses divins utributs ce que je viens d'indiquer, je fus élevée à une région supérieure où il me fut donné de contempler un spectacle tout différent du premier. Au lieu de cette puis sance, de cette bonté, de cette volonté, de cette justice que
j'avais vues comme prises à part je ne voyais! plus
VIE ETÉRNEL:. 327
qu'une seule chose stable,
ais si indicible, que je n'en puis rien dire, sinon que C'était tout bien: ce mon coeur était inondé d'une joie inexprimable : cepen dant je ne voyais pas l'amour divin, je voyais seulement cette unique chose di: JE viens de parler,
dans ée ravissement supérieur je fus élevée en Corps où
Je ne sais st
seulement en CSprit: mais je re trouvai dans un état qui
n'était tout-à- fait Inconnu et tout-à-f
fait inexplicabke 1; tout cela une mortification de assurance des vertus qui
nr'est resté de s vices, et une
font que j'aime les biens et le: Maux, les bons et les mauvais
vices san, que tout cel
me fasse éprouver aucun déplaisir, Uette vision m'a done laissée dans un grand repos d'esprit. T'éprouve aussi depuis
Pour les jugements divins
ne Vénération si profonde, qu'en disant soir et matin dan Diet Par votre jugement délivrez- moi, gneur : en autant de confiance et de
que 1 je disais: P
consolation
ar votre avènement délivrez-moi, Seigen ne Vois pas mieux ja bonté divine dans un bien
hébrcux que dans un “éprouvé, dans la multitude des
nt, que dans celle des damnés. Ceite vérité si profonde ne nia été manifestée qu'une seule foie, et je n'en perds pas plus le souvenir que celui de 1 la joie qu'elle m'a causée
le crois que si, Par impossible, toutes les vérités de la foi
venaient à défaillir, cette certitude que j'ai de la justice me demeurerait encore.
que ces jugements sont un abi:
des jugements de Dien
voue ne incommensurable : mais
je vois sortir de cet abime la sanctific
ation des élus : car
328 LF CIEL
je ne saurais dire quel fruit retirent de la connaissance de ces jugements les âmes qui s'en souviennent et qui les méditent... Pour dire quelque chose de ce que Dieu fait maintenant dans mon âme, d’abord il se rend présent en elle : ensuite il y fait des opérations que je ne puis exprimer ; enfin il se manifeste en se découvrant à ses regards avec une plus grande certitude et une clarté indescriptible, et en la comblant de dons supérieurs aux précédents. Quant à l'action de se rendre présent à mon âme, elle se fait en deux manières. La première est ce que j'’appellerai une présence intime qui me fait comprendre comment il est présent en toute la nature, c'est-à-dire dans tout ce qui a l'être... Or, Dieu se présente fort habituellement à mon âme de cette façon : et ceite présentation est une illumination accompagnée de la divine grâce et d'une grande vérité dont voici les effets. Lorsque je suis ainsi illuminée, je ne puis commettre aucune faute, et cette illumination apporte à mon âme de très-grands biens: car, sentant ainsi Dieu présent en elle, ile s’humilie profondément, elle rougit de ses péchés, prend un maintien grave par sagesse, reçoit enfin une grande consolation et une vive joie.
La seconde manière dont Dieu se rend présent à mon âme est plus spéciale et fort différente de la première Elle communique une toute autre joie; elle recueille en Dieu l'âme tout entière, elle y fait plusieurs opérations divines, accompagnées de grâces supérieures, et lui ouvre un abime inénarrable de lumières et de saintes délecta-