OUI
n on s
vaicnt
Tout en se posant
s'était enfoncé dans Ja va lée. La tête pence trine et les bras pendants, if allait toujours, sans rien voir
franchissant les ruisseaux, Jes bois, les cailloux. Déjà
LB OIBL ?
le clocher du monastère avait disparu: Olmutz s'était évanoui dans les brumes, avec ses églises et ses fortifications: les montagnes elles-même ne se montraient plus à l'horizon que comme des nuages. Tout-à-coup le moine s'arrêta : il se trouvait à l'entrée d'une grande foret qui se déroulait à perte de vue, comme un océan de verdure; mille rumeurs charmantes bourdonnaient à l'entour, et une brise odorante soupirait dans les feuilles. Après avoir plongé son regard étonné dans la molle obscurité des bois, Alfus y entra en hésitant et comme s'il eût craint de faire quelque chose de défendu. Mais à mesure qu'il
marchait, la forêt devenait plus grande: il rencontrait
des arbres chargés de fleurs, qui exhalaient un parfum
mconnu. Ce parfum n'avait rien d'énervant comme ceux de la terre : on eût dit une sorte d'émanation morale, qui embaumait l'âme : c'était quelque chose de fe difiant et de délicieux à la fois, comme la vue d'une bonne action, ou
comme la présence d'un homme dévoué que l'on aime.
Bientôt Alfus entendit une harmonie, qui remplissait la forêt, il avança encore, et il aperçut de loin, une clairière tout éblouissante d'une lumière merveilleuse. Ce qui le frappa surtout d'étonnement, c'est que le parfum, la mélodie et la lumière ne semblaient former qu'une même chose : tout se communiquait à lui par une seule percepton, conxne s'il eût cessé d'avoir des sens distincts, et
somme s'il ne lui fût resté qu'une àme.
Cependant il était arrivé auprès de la clairière et s'était assis, pour mieux jour de ces nouvelles, quand tout à coup une voix se fit entendre; mais une voix telle que ni le bruit des rames Sur le ac, ni la brise riant dans les saules, ni le souffle d'un enfant qui uort, n'auraient pu donner une idée de sa douceur, Ce que l'eau, la terre et le ciel ont de murmures enchanteurs, ce que les langues et les musiques humaines ont de séductions seriblait s'être tondu dans cette voix. Ce n'était point un chant, et ce pendant on eût dit des flots de mélodie: ce n'était point un langage, et cependant la voix sarlait Science, poésie, Sagesse, fout était en elle. Pareille à un souffle céleste, elle enlcvait l'âme ct la faisait onduler dans je ne sais quelle région ignorée. ln ! Outant, on sazait tout, on sentait tout ; et, comme le monde de la pensée, qu'elle em brassait en entier, est infini dans ses secrets, la voix, tou jours unique, était Pourtant toujours variée, l'on eût pu l'entendre pendant des siècles, sans la trouver moins nouvelle. Plus Alfus l'écoutait, plus il sentait grandir sa joie intérieure, Il semb'ait qu'il y découvrit à Chaque instant auelque mystère iucffable : C'était comme un horizon de: Alpes, à ‘heure où les brouillards se lèvent et dévoilent
tour à tour les lacs, les vals et les glaciers.
Mais enfin la lncière qui illuminait la forêt s'obscu: eit, un long murmure retentit sous les arbres et Ja voix se tut. Alfus demeura quelque temps immobile, comme s’il
füt sorti d'un sommeil enchanté, I] regarda d'abord au-
tour de lui avec stupeur, puis voulut se lever pour reprendre sa route; mais ses pieds étaient eng urdis, ses membre: avaient perdu leur agilité. Il parcourut avec peine le
sentier par lequel i! était venu, et se trouva bientôt hors du bois. Alors il chercha le chemin du monastère Ayant cru le reconnaitre, il hâta le pas, car la nuit allait venir; mais sa surprise augmentait à mesure qu'il avançaït ‘ac
vantagi on eût dit que tout avait été changé, dans la
campagne, depuis sa sortie du couvent, Là où il avait vu
des arbres naissants, s'étevaient maintenant des
sécuiaires. i a, sur la rivière, un petit pont de bois tapissé de es, il avait coutume de traverser: il n'existait plus, et, à sa place, s'élançait une solide arche de ; r passait 3 n étang, des fer qui
fa éche s treaux fleuris, s'inter-
naissons tous les trères, €t cepenoant
mais vu celtii
imes sont folles,” se dit Alfus, et il passa outre
sque le clo
her du couvent se montra dans les feuilles. 1! pressa le tier, tourn la prairie et s-élança vers
ise! a porte n'était plus à sa place
accoutt ! Alfus leva les yeux et demeura immobile de stupeur. Ie monastère d'Olmutz avait changé d'as-
pect : l'enceinte était plus grande, les édifices plus nom-
breux : un platane qu'il avait planté lui-même, près de le chapelle, quelques jours auparavant, couvrait maintenant l'asile saint de son large feuillage. Le moine, hors de Ini, se dirigea vers la nc uvelle entrée et « nna doucement, Ce n'était plus la même cloche argentine, dont il connaissait le son. Un jeune frère vint ouvrir “Que s'est-il donc passé? demanda Alfus Antoine n'est-il plus le portier du couvent ?
JC ne conna point Anto’ne, répondit le frère Alfus porta les mains à on front avec effroi. “Est-ce un réve? qi S, n'est-ce point iei ère d'olmutz, d'où ie SUIS parti ce matin ?
homme le r Garda. — Voilà cin Lans que plu AnCS parcouraient Jes cloîtres: il l s appela, mais nul ne répondit aux noms qu'il prononçait ; il courut à cux Pour regarder leurs visages: il n'en c nnalssait aucun, atilici quelqu nl mi à a t-il; au nom du cicl, mes frère ardez-moi, Aucun de vous ne m'a-t--i l ail personne qui coæ-
nasse le frère Alfus ?
Tous le reg èrent avec étonnement
Alus! dit enfin le plus vieux ÿ eut autre 101$, à Oimutz, un moine de ce n nm, je l'ai entendu dire à nos anciens, C'etait un homme savant et rèveur, qui aimait la solitude. Un jour, il descendit dans la vallée on Île vit se perdre au loin, derrière ies bois, puis on l'at
tendit vainement: on ne sut jamais ce que frère Alfus
était devenu. Depuis ce temps, il s'est écoulé un siècle entier.”
A ces mots, Alfusjeta un grand cri, car il avait tout compris. Il se laissa tomber à genoux, par terre, et, joignant les mains avec ferveur: “O mon Dieu, dit-il, vous avez voulu me prouver combien j'étais insensé, en comparant les joies de la terre à celles du ciel. Un siècle s’est écoulé pour moi, comme un seul jour, à entendre votre voix; je comprends maintenant le paradis et ses joies éternelles Soyez béni, Ô mon Dieu ! et pardonnez à votre
indigne serviteur !” Ayant ainsi parlé, frère Alfus étendit des bras, em-
brassa ‘iterre et mourut.
Appendice