‹ Le ciel, séjour des élus [microforme]Chapitre 63 sur 67 · IL IL · texte numérisé non relu

IL IL

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gloire de Dieu que la sienne ; il ne s'aime qu'en Dieu et pour Dieu; c'est alors qu'il accomplit au plus haut degré de perfection le précepte de la charité qui ordonne d'aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme et de toutes ses forces. La joie de la volonté est égale à la grandeur de son amour et du bien qu'elle possède; et comme ce bien est infini, que la volonté l'aime avec la plus grande ardeur et le possède de la manière la plus excellente, avec l'assurrance de ne le perdre jamais, elle ressent un plaisir si

grand que nous ne saurions le comprendre.

Telles sont, dans le Ciel, les jouissances de l'äme, éternellement heureuse. Mais après la Résurrection Générale, le corps aura aussi ses jouissances: Car, l'homme transfiguré, vivra au ciel, de la vie du corps, il en vivra

pleinement et toujours.

Le corps de l’homme glorifié conservera toute son intégrité, ses sens et ses organes. Ressuscité dans l'âge de la force et de la beauté, dépouillé par le travail de la tombe de toutes les imperfections, résultats du péché, doué de qualités nouvelies, il jouira d'une éternelle jeunesse. Ces qualités nouvelles sont: l'impassibilité, la subtilité, l'agilité,

la clarté.

L'impassibilité. — Le corps, dit l'Apôtre Saint Paul, est semé dans la corruption, mais à la résurrection généale de la chair, il ressuscitera dans l'incorruptibilité. Il sera incorruptible: donc impassible. L'impassibilité

sera l'effet nécessaire de la glorification. Dans les choses

BONHEUR DU CIEL 363 Corruptibles, le Frincipe vital ne domine pas assez parfaitement Ja matière, pour la préserver de toute atteinte Contraire à sa volonté. Mais, après la résurrection, l’âme des saints sera complètement maitresse du corps. Cet empire Sera immuable, puisque l'âme elle même sera immuablement soumise à Dieu. 11 sera Parfait, nuisque l'âme elle-même sera Parfaite, et, par conséquent, doué du pouvoir et de la volonté d'empêcher tout ce qui pourrait nuire au Corps. De plus, dans Je ciel, le bonheur de l'homme Sera complet : il ne le serait pas, si le corps demeurait sujet à la souffrance.

Au reste, l'impassibilité ne détruira pas la sensibilité l'out en conservant intacte la nature des corps, la puissance divine peut lui ôter Jes qualités qu'il lui plait: Ainsi, au feu de la fournaise de Babylone elle ôta La vertu de brûler certaines choses, Puisque jes Corps des jeunes Hébreux demeurèrent intacts ; mais elle Jui laissa Ja vertu de brûler certaines autres choses, puisque le bois fut consumé. Il en sera de même Pour les corps glorieux : Dieu ôtera la passibilité et conservera la nature. D'ailleurs si les corps glorieux n'étaient Fas sensibles, la vie des saints, après la résurrection, ressemblerait plus au sommeil] qu'à la veille, Or, le sommeil n'est pas la vie, Surtout le vie

dans sa plénitude : ce n'est qu'une demie-vie,

La subtilité. — Semé animal, Je COrps ressuscitera

spirituellement subtil, La subtilité est une des Principales

qualités des esprits : et la subtilité des êtres spirituels sur- Passe infiniment Ja subtilité des êtres corporels. Les corps

glorieux seront done très-subtils. La subtilité d'un corps consiste à pouvoir pénetrer au (ravers d'un autre corps, à peu près comme le rayon :umineunx pénètre le verre sans le déranger et sans l'altérer. ‘Deux causes naturelles la rendent possible: la première, la ténuité du corps prinétrant, l'existence des pores, ou espaces laissés vides entre

les parties du corps penetre.

Mais le vrai principe de la subtilité des corps glorieux sera leur parfaite soumission à l'âme glorifiée. Le premier effet de cette soumission sera de fair dans Îles limites du possible, participer le corps àlunatu .: l'âme et par conséquent aux opérations de l'ame. Ainsi, nul obstacle aux communications les plus intimes des saints entre enx et avec toutes les parties de la glorieuse Jérusa-

lem.

Néanmoins les corps resteront palpables. Reformés sur le modèle du corps du Verbe ressuscité, ils en auront les qualités. Or, le corps du Verbe ressuscité était palpa-

ble. ‘ Palpez

et VOVEZ, disait Jésus à ses disciples étonnés, un esprit n'a ni chair ni os, comme vous VOXEZ que j'en ai” C'est un article de foi, sanctionné par l'Eglise dans ja condamnation d'Éutychius, patriarche de Constantino-

ple, qui soutenait l'impalpabilité des corps glorieux.

L'agilité. — Semé faible, le corps ressuscitera fort: donc agile et plein de vie. Agile veut dire facile au mouvement. Donc lese corps glorieux seront agiles. De plus,

la lenteur répugne essentiellement à la spiritualité. Mais

BONHEUR DU CIEL

les. corps glorieux jouiront d'une extreme spiritualité, Donc ils mtagiles. D'ailleurs l'âme est unie au corps, non seulement comme forme OÙ principe vital, mais encore comme moteur. Sous l'un et l'autre aspect le Corps glorieux lui sera parfaitement soumis, Par la subtilité, le COTDS parfaitement soumis à l'âme comme à sa forme, en reçoit un tre spécifique : ainsi, Parfaitement soumis à l'âme comme à Son moteur, il en reçoit l'extrême facilité de mouvement qu'on appelle l'agilité, pour se transporter, Sans fatigue, et dans un instant imperceptible, et quelle que soit la distance, d'un lieu à un autre, et avec la même Promptitude revenir au point du départ: teile sera la délicieuse prérogative des Corps glorieux. Nous disons délicieuse: car de toutes les qualités des Corps, l'agilité est celle que le monde actue! semble rechercher avec le plus d'ardeur. J1 ne veut plus de distance. Le poids de la matière le gêne: à tout prix, il veut s'en affranchir. Loin donc de nous Ja pensée que l'immobilité règnera dans Je ciel et que nous Y serons Comme des statues dans des niches. Le Mouvement et l'agilité d'ici-bas, ne sont qu'une ombre du Mouvement et de l'agilité qui règneront dans la Cité du Saint Esprit.

La clarté. = Semé ignoble, 'e COTpS ressuscitera glo-

rieux: donc honineux. Te est le sens que l'Apôtre lui-

même donne au mot glorieux, puisqu'il « 'mpare la gloire

des corps ressuscités à la clarté des étoiles. Ajoutons que cette lumière Jeur 4 iendra de Ja Surabondante lumière de

l'âme glorifiée : elle en sera Pénétrée et enveloppée, Mai.

tresse absolue du corps, auquel elle sera unie de l'union la plus intime, elle le pénétrera de part en part, et l'enve-

loppera complètement de lumière.

Telles seront les qualités des corps glori:ux, dans

l'éternel séjour des Elus.

Plaisirs du corps. — Qu'est-ce que l'homme désire pour son corps, avec ses sens? Il désire des sites enchanteurs : une terre féconde, parée de toutes les beautés de Ta nature, un ciel pur, serein, sans nuage, sans froid excessif, sans soleil brälant. Voyez combien les voyages, les re cherches, les dépenses coûtent peu aux riches pour se procurer cet avantage, et, quand ils en jouissent, ils sont au comble de leurs voeux. Ils célèbrent leur bonheur, ils en écrivent à leurs parents, à leurs amis, les invitant à se

réjouir avec eux.

Eh lien! qu'est-ce que le Cie? C'est le complément, c'est la satisfaction pleine, entière, éternelle de ce désir. Car, après le temps fini, il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Purifiés par le feu, ils seront revêtus des qualités analogues à la nature de nos corps, devenus impassibles et immortels. Oh! que leur beauté sera ra” vissante! Et puis, sous ces nouveaux cieux et sur cette nouvelle terre, il n'y aura rien de ce qui trouble notre séjour actuel, quelque heureux qu’il nous paraisse.

Qu'est-ce que l'homme désire encore pour son corps et ses sens? Une habitation commode, des appartements

BONHEUR DU CIEL

magnifiques, de riches ameublements Voyez quelle éton nante activité il emploie Pour se les procurer! Et quand il est parvenu à se loger et à dormir dans cette somptueuse demeure, il se croit heureux. Or, le Ciel n'est que le com plément, Ja satisfaction pleine, entière, éternelle de ce désir, Ecoutez la description que vous fait de la demeure des élus le Disciple bien aimé, dont l'oeil ävalt eu le bonheur de la Comtempler: ‘it l'ange me (ranSporta en esprit sûr une haute Montagne: et il me Montra la ville, Ja sainte Jérusalem, qui descendait du ciel, venant de Dieu ; elle était illuminée de la clarté de Dieu meme: et sa [umière était semblable à une pierre de Jaspe, transparente comme ducristal, où il Y avait douze portes ct douze anges, un à chaque porte. La muraille était bâtie de jaspe, et la ville était d'un or Pur, semblable à du verre trésclair, et les fondements de Ja Muraille étaient des pierres précieuses. Les douze portes étaient douz perles; et Chaque porte était faite de l'une de ces perles ; et la place de la ville était d'un or Pur comme du verre transparent.”

Le lecteur comprendra que ce n'est que pour essayer de nous donner une idée de la réalité, que Saint Jean se sert de tout ce que nous connaissons de Plus précieux.

Ce n'est pas que nous croyons que Ja céleste Jérusalem

Soit en effet bâtie Où revêtue et enrichie de ces pierres et de ces métaux que nous prisons tant en ce monde ; mais le Saint-Esprit, Pour s'accommoder. à nos idées basses ct Srossières, ne nous parle d'autre chose, parce que nous ne voyons rien ici de plus éclatant ni de plus beau,

368 Li CIEL

Et pour chacun de ses sens, l'homme éprouve aussi des désirs que rien ici-bas ne peut satisfaire et qui sont son tourment. L'oeil désire voir, l'oreille entendre, le goût savourer, l'odorat recevoir et le tact toucher tout ce qu'fl y a de beau, d'harmonieux, de délicieux, d'agréable et de doux. Il faudrait écrire, depuis le premiére page jusqu'à la dernière, l'histoire du genre h'main, s: l'on voulait raconter tout ce que l'homme fait pour contenter ses Sens. Que de vies consumées, que de fleuves de sang répandus, que de montagnes d'or et d'argent sacrifiées pour acheter le plaisir des sens! Le Ciel donne tout cela, ou plutôt le Ciel est tout cela perfectionné,sans mélange d'imper-

fection ni de vicissitude.

D'abord, sens de la vue. — Les Saints verront les nouveaux cieux et la nouvelle terre, sans comparaison plus beaux que les anciens. Ils verront cette Sainte cité que Tobie et après lui l'apôtre Saint Jean, faute de termes qui en expriment la magnificence, nous dépeignont conune une ville toute hâtie d'or et ornée de toutes sortes de pierres précieuses. Ils se verront eux-mêmes et COmMme leurs corps scront réformés Sur € modèle de celui de Jésus-Christ, ainsi que parle Saint Paul, ils seront st beaux et si lumineux qu'ils ne céderont pas au soleil en beauté et en éclat.

I n'y a point ici d'exagération. Le corps du Sauveur, auquel tous les autrese seront semblables, parut un jour à Saint Paul plus brillant que le soleil en plein midi.

BONHEUR DU CIEL 361 Le Sauveur lui-même ne dit-il Pas que les “Justes luiront comme le soleil dans Je royaume de leur Lére 2" Quel Contentement auront-ils donc lorsqu'ils verront jeurs Pieds, leurs mains et tous les membres de leur corps si res. plendissants que, dans quelque endroit qu'ils soient, ils

M'auront besoin ni de flambeau ni d'aute pour s'éclairer ?

Mais ils n'auront pas seulement la Satisfaction de voir leurs SOFPS ainsi rayonnants de gloire: ils verront encore avec un extrême plaisir ceux des autres Saints, et Surtout celui de Norte-Seigneu- et de sa Sainte Mère,

Beauté de Notre-Scigneur, Roi des . lnges.

Sainte Thérèse, au chapitre 28e de sa Vie, parlant de la beauté de l'humanité sainte de Jésus-Christ, dit} lui plut un jour (à ce divin Maitre), tandis que j'étais en oraison, de me Montrer seulement ses Mains ; ja beauté en était si ravissante, que je n'ai point de termes pour le peindre. J'en fus saisie de crainte, comme je le suis toujours lorsque Notre Seigneur commence à me faire quelque grâce surnaturelle. Peu de jours après, je vis sa

divine figure et je demeurai entièrement ravie. Je ne

Pouvais d'abord Comprendre pourquoi cet adorable Sau-

veur, qui plus tard devait M'apparaitre tout entier, se montrait ainsi peu à Feu. Je l'ai compris depuis: c'était à cause de ma faiblesse naturelle. Une créature aussi abjecte et aussi infidèle que moi (1) n'aurait pu supporter tant de gloire réunie, I le savait, et, lans sa tendre

eo compassion, il m'y disposait peu à peu. Qu'il en soit

éternellement béni!

I vous semblera peut-être, mon père, qu'il ne me fallait pas un grand effort pour contempler des mains et un visage d'une telle beauté. Mais sachez-le, les corps glorifiés ont si beaux, l'éclat surnaturel dont ils brillent est si vif, que l'âme en demeure hors d'elle-même, ainsi

cette vue me jetait dans un saint cffroi, j'en étais troublée et profondément émue. Mais ensuite la certitude de la vérité de la vision et les heureux effets qu'elle produisait en moi faisaient succéder à la crainte le sentiment de la

plus entière confiance.

“Le jour de la fête de saint Paul, pendant la messe, Jésus-Christ daigna m'apparaitre dans toute sa très-sainte humanité, tel qu'on le peint ressuscité, avec tine beauté et une majesté ineffables. Je vous en parlai dans une de mes lettres, pour obéir au commandement exprès que vous m'en aviez fait: mais ce ne fut pas sans peine, car on sent, quand on veut écrire de telles choses, une impuissance quitue. Je le fis toutefois de mon mieux, et ainsi il serait inutile de le répéter en cet endroit. Je dirai seulement que quand il n’y auait dans le ciel, pour charmer la vue, que la grande beauté des corps glorieux, et celle surtout de l'humanité sainte de Jésus-Christ, le piaisir serait indicible. Si dans cet exil, où il ne nous montre de

l'éclat de sa majesté que ce que notre misère en peut sou-

tenir, cet adorable Sauveur nous jette par sa vue dans de

BONHEUR DU CIEL. 371 tels transports, que Sera-ce dans le ciel, lorsque notre âme

le contemplera dans toute sa beauté et toute sa gloire.’

Je n'ai jamais vu des voeux du COrps ni cette vision, quoique Imaginaire, ni aucune autre, mais seulement des

yeux de l'âme

“Mais Notre-Seigneur. redoublant de bonté, daigna Si souvent M'apparaitre dans cet ctat de gloire, et me fit Si bien voir a vérité d'une telle faveur, qu'en très-peu de temps je me vis à anchie de toute crainte d'illusion, Je reconnus alors combien peu J'avais eu d'esprit: en effet, quand bien même je me serais ciforcée durant des années entières de me figurer une beauté si ravissante, Jamais je n'aurais PU en Venir à bout, tant Sa seule blancheur et son éclat surpassent tout ce que l’on Peut s'en imaginer icibas. C'est un éclat qui n'éblouit point : c'est une blancheur ineffablement Pure et suave tout ensemble ; c'est

une splendeur infuse qui cause à la vue un indicible piai-

Sir, Sans ombre de fatigue ; c'est une clarté qui rend l'âme capable de voir cette beauté si divine: c'est une lumière infiniment différente de celle d'ici-bas, et auprès de ses rayons qui inondent l'oeil ravi de l'âme, ceu - du soleil perdent tellement leur lustre, qu'on voudrait ne les plus regarder,

“Il y à la même différence entre ces deux lumières, qu'entre une eau très-limpide qui coulerait sur le cristal et dans laquelle se réfléchissait Je soleil, et une eau trèstrouble qui coulerait Sur la face de la terre et qui serait

CE LT D DE VE TT ho SE

couverte d'un épais NUAGE. Mais cette divine lumière ne ressemble en rien à celle du soleil, elle seule parait à l'âme une lumière naturelle, tandis que celle de cet.astre ne lui semble ent comiparatson que quelque chose d'artificiel. Cette lumière est COMME un jour sans nuit, toujours éclatant, toujours lumineux, sans ile rien soit capable de l'obseurcir.… Enfin elle est telle que l'esprit le plus pénétrant, méme apres les efforts d'une longue vie, ne pour rait jamais s'en former une idée. Dieu la montre st sottr dainement, que, Si pour le voir il fallait seulement ouvrir les veux, on n'en auait pas le loisir \lais il n'importe qu'ils soient ouverts ou fermés, quand Notre Seigneur veut, malgré nous cette jumière se voit: et il n'y a ni dis-

résistance, ni industrie, ni J'en ai fait bien souvent

traction, ni soin, qui l'empéchent d'arriver jusqu'à nous.

l'expérience, comme on le VTT, par mon réécit.

“fn certaines circonstances, ce que je voyais ne me

qu'une image : mais en beaucoup d'autres, il

semblait être Christ lui-même. Cela

m'était évident que c'était Jésus dépendait du degré de clarté dans lequel il daignait se montrer à Mol. Quelquefois, quand cette clarté était ij me semblait que ce qu différente des por-

moins vive, je voyais n'était qu'une image, mais une image très traits les pius actevés, Comme j'en ai vu plusieurs, je le travail du

ntre

puis dire qu'il y a entre cette image divine et

plus habile peintre, toute une personne vivante et son porir un chef-d'oeuvre Sous Je rapport de la

la différence qui existe € sait: l'artiste eût-il fait ressemblance, on

BONHEUR DU CIEL, 373

ne peut S'empècher de Voir que c'est une chose morte Ceci explique Partutement ma 0 nsce, et est de CNacte vérité: je ne M 'étends don pas davant ige sujet Je ne donne Pas Ce que J at dit ce mine une

Jamais %s comparaisons ne sont justes

COMpararse n, cart

une vérité certaine, qu il Vautant «le diffcrence entre cette image de l'E mme-Dieu et les portraits faits de main d'homme qu'entre une personne vi- Vante et ses traits peints Sur la toile. En cffet, si ce que je

VONAIS était une image, Sette image était vivante, et non

Pas morte; c'était Jésus-Christ même vivant qui se fai-

Sat Voir à moi, Dieu et homme tout-ensemble, non Comme il était dans Le & Pulcre, mas tel qu'il était après sa résur-

rection,

“Quelquefois il se mu ntre avec une si grande majesté, qu'il est impossible de douter que ce ne soit Jui, Le plus souvent cela arrive de Ja sorte après la communi n, moment, où d'ailleurs la foi nous assure qu'il est présent, II se montre tellement maitre de l'âme, qu'elle en est comme anéantie, et se sent onsUMEr tout entière en son Dieu, © mon Jésus! qui POUrrait peindre cette splendeur de gloire avec laquelle vous VOus faites voir en ce Moment: Com- Me l'âme reconnait en VOUS l'arbitre absolu de la terre et du ciel! Qu'elle Comprend bien, à Ja vu de tant de Majesté, que quand mille Mondes nouveaux, quand des

Mondes et des CIEUX Sans nombre SorUraient du néant à

Votre parole, tout ce domaine ne serait encore rien pour

un Souverain tel que vous! Là, se voit clair: mént, Ô mon Jésus, le peu de pouvoir de tous Îles démons en comparaison du vôtre, et comment on peut, dès qu'on vous cORtente. fouler aux pieds tout l'enfer. On ne s'étonne plus de la terreur de ces esprits de ténèbres à votre descente dans les limbes, et de leur désir de trouver mille enfers

nouveaux plus profonds les uns que les autrese, pour fuir

loin d'une majesté Si redoutable. Vous la faites éclater

alors aux yeux de l'âme, et VOUS voulez qu'elle connaisse le souverain pouvoir de votre humanité très-sainte unie à la divinité. Là, elle se forme une idée de ce que produira, au jour du jugement, la vue de votre majesté su-

préme et de votre & urroux contre Îles méchants. Là, Seigneur, elle devient véritablement humble par la vue intime et forcée de sa misère. Là, elle trouve la confusion et le vrai repentir de ses péchés. O mon divin Roi, vous ne lui donnez que des témoignages d'amour, et néanmoins

devant tant de grandeur elle ne sait où se mettre, et elle

se consume tout entière.

“Pour moi, j'en suis convaincue, quand il plait à Notre-Seigneur de nous découvrir une grande partie de sa majesté et de sa gloire, cette vision agit avec tine force telle, qu'aucune âme ne pourrait la soutenir, si Dieu ne ja fortifiait par un secours très-surnaturel en la faisant entrer dans le ravissement et l'extase car alors la vision se perd dans la jouissance. Dans la suite, il est vrai, on

oublie ce qu'avait d'accablant cet excès de gloire; mais

BONTIEUR DU CII, 37:

cette majesté et cette beauté de Notre-Seigneur demeurent tellement empreintes dans l'âme, qu'elle ne peut en perdre le souvenir.

“L'âme, après cette vision, se voit toute changée ; elle est toujours dans une douce i ivresse ; elle sent un nouvel amour de Dieu, qui l'e mbrasse à un très-haut degré. Sans doute la vision rrécédente où, Comme je l'ai dit, Dien se monte à nous sans image, est plus élevée: mais celle-ci me semble plus en harmonie avec notre faiblesse ; car en laissant peinte et gravée dans l'imagination cette divine

Présence, elle nous aide admirablement à conserver Je

Souvenir et l'ücile pensée d'une si haute faveur, Au reste,

ces deux visions viennent Presque toujours ensemble : ainsi, par la vision imaginaire, on voit des yeux de l'âme l'excellence, La beauté et la gloire de la très-sainte humanité de NotreSeigneur : € » Par la vision intellectuelle, on voit en lui le Dieu Qui peut tout, ordonne tout, gouverne tout, remplit tout de son amour,

Beauté de la très-sainte Vierge.

Sainte l'hérèse, au Chapitre 33e de sa Vie, rapportant une apparition de la Sainte Vi lerge où elle a pu contempler un instant sa qe issante beauté, s exprime ainsi :

“A quelques jours de là (1), le jour même de l’As- Somption de Notre- Dame, étant dans l'église d'un monastère du glorieux saint Dominique (2), et pensant aux nombreux péchés de Ma vie, que j'y avais confessés autre-

fois, je fus tout-à-coup saisie d'un grand ravissement. Me trouvant presque hors de moi-même, je m'assis ; et il me semble que je ne pus voir élever la sainte hostie, ni être attentive à la messe; ce qui me laissa du scrupule. Durant cette extase je me vis revêtir d'une robe éblouissante de blancheur et de lumière ; je ne vis pas d'abord par qui, mais bientôt j'aperçus la très Sainte Vierge à mon côté droit, et mon père Saint Joseph à mon côté gauche; ils me firent connaître “que j'étais purifiée de mes péchés“, A peine étais-je entièrement revêtue de cette robe, que, pour combie de bonheur et de gloire, la très-Sainte Vierge, me prenant les mains, me dit: ‘que je lui causais un grand plaisir par ma dévotion au glorieux saint Joseph; je devais croire que messein s'exécuterait ; que Notre-Seigneur ainsi qu'elle et saint Joseph seraient très-bien servis dans ce monastère; je ne devais pas craindre de voir jamais se refroidir la première faveur, quoique je me misse sous une obéissance qui n'était pas de mon goût, parce qu'elle et son glorieux Epoux nous protègeraient. Son Fils nous

avait déjà promis d'être toujours au milieu de nous; Or,

pour gage de la vérité de sa divine promesse, elle me faisait don d'un joyau.”

“fn achevant ces paroles, elle mit à mon cou un collier d'or très-beau, d'où pendait une croix d'une valeur inestimable. Cet or et ces pierreries différaient infiniment de tout ce que l’on voit ici-bas, et l'imagination même ne srurait rien concevoir qui approche d'une telle beauté. 11 était également impossible de comprendre de quel tissu était cette robe et de donner la moindre idée de son incom-

BONTIEUR DU CIEL

Parable blancheur : à côté d'elle, tout ce que la nature a de plus éclatant est noir comme Ja suie, Je ne pus saisir rien de particulier dans les traits du visage de la sainte Vierge ; je vis seulement en général qu'il était d'une racissante beauté. Elle était aussi vêtue de blanc, dont l'éclat, quetque Extraordinaire qu'il fût, réjouissait la vue au lieu de l'éblouir. Je ne vis PAS si clairement saint Joseph: il m'était présent néanmoins, mais Comme on l'est dans ces visions où nulle image ne frappe l'âme, et dont j'ai parlé plus haut, 11 me sembla que Ja très sainte Mère de Dieu était dans toute la fleur de ja jeunesse, Après qu'ils versant dans ait pas encore senti, et , je les vis remonter au * WCOMpagnés d'une grande multitude d’anges. Je me trouvais par leur absence dans une extrême solitude; mais je goûtais une consolation si Pure, mon âme se sentait si élevée, si recueillie en Dieu, si attendrie, que je fus quelque temps comme hors de moi, sans pouvoir faire aucun Mouvement, ni proférer une parole. J'en demeurai transportée du désir de me Consumer tout entière pour la gloire de Dieu, . ,”

Si donc, le soleil, à son lever. réjouit toute Ja nature, quelle joie ne Sausera pas à chacun des Bienheureux Ja vue de tous ces soleils vivants, je veux dire de tous ces COfps qui attireront et qui charmeront Jes Yeux, tant par l'admirable disposition et Ja juste Proportion de leurs membres que par leur éclat extraordinaire."

En second lieu, le sens de louie. — Il est certain que dans le Ciel les corps lumineux auront les organes nécessaires pour entendre et pour parler, car tous les Apôtres, avec un grand nombre de disciples et de saintes femmes, virent le Sauveur et lui parlèrenr après sa résurrection ; et il répondit à plusieurs questions qu'ils lui firent. On apprend aussi par le livre de Tobie et par l’Apocalypse de saint Jean, que dans le Ciel, on chantera des cantiques à la jouange du Seigneur. Ces cantiques si agréables et toujous nouveaux réjouiront merveilleusement les Saints. et ils leur plairont d'autant plus que les voix seront plus belles, que celui dont on chantera les louanges en sera plus digne, que le lieu où se feront les cuncerts résonnera mieux, que ceux enfin qui les entendront auront l'oreille

plus délicate et seront en plus grand nombre.

Qui pourrait donc concevoir quel sera l'excès de leur bonheur, lorsque, jouissant d’une paix stable et brülant d'amour pour Dieu, souverain bienfaiteur, ils s'exciteront les uns les autres à le louer éternellement? Au rapport de saint Bonaventure saint François, ayant entendu quelque peu de temps la douce harmonie d'un luth touché par un Ange, en fut tellement ravi qu'il croyait être dans un autre monde. Quel plaisir sera-ce donc d'entendre des millions de voix, jointes à autant d'instruments, qui, séparées en deux choeurs et se répondant continuellement les unes aux autres, chanteront dans tous les siècles les louanges de Dieu!

BONHEUR DU CIEL

En troisième lieu, le sens de lodorat. — Le Cie] sera

une cité embauméce des Flus délicieux parfums. Nous Savons avec certitude aue lese Corps de plusieurs Saints ont renduzprès leur mortune odeur si agréable que jamais Personne n'en avait senti de pareille, c'est ce qui est arri véà Saint Hilarion, suivant le rar port de Saint Jérome Car, dix mois après qu'on l'eut mis en terre, son corps fut trouvé aussi entier que s'il eût été vivant, et il en sor

tait une odeur miraculeuse, qui fit croire à quelques-uns

Qu'il avait été embaumeé. [ya une infinits d'autres exem-

ples de cette merveille. De ‘à, on peut tirer cette consé quence que, si les corps dont les âmes jouissent de la gloire exhalent même ï > tombeau une odeur divine, ce sera

bien atre chose dans le Ciel, lorsqu'ils y seront vivants et

glorieux.

En quatrième et cinquième lieu: Je sens di goût et du toucher. — TI est vrai ‘e Ciel on n'usera pas de viandes matérielles et corruptb'es, néanmoins le sens du goût, élevé, purifié comme tous les sens de l'homme, aura son

‘ion et ses plaisirs, convenables au lieu et à Ja condition des Bienhcureu-. Le Ciel nous est annoncé comme un festin de nous: il ÿ aura dese torrents de célestes veltptés !

Et quel'e jouissance Pour le sens dit toucher one la farfaite disposition où seront les Corps des Justes regsusctés. Jugeons-en PAT Comparaïson. Quand icibas le

Corps se trouve accablé de maladies où couvert d'r

le sens qui souffre le plus, ou le seul qui souffre, c'est le toucher : de même, quand le corps est sain et vigoureux, c'est encore le sens du toucher qui en à toute la commodiié et tout le plaisir. Il aura donc sa béatitude, et il l'aura éternellement quand les ‘aints, après la résurrection, étant devenus immortels et impossibles, jouiront d'une santé

immuable et très parfaite...

Après être entré dans le détail des jouissances de chaque sens en particulier, qu’il nous suffise de remarquer qu'elles seront réelles et en harmonie avec les sens perfectionnés, mais conservant leur nature ainsi : rien n'oblige à prendre dans un sens figuré, tout ce que dit l'Écriture, des plaisirs sensibles réservés aux Bienheureux. ‘J'espère, S'écriait David, à voir les biens du Seigneur dans la terre

des vivants.”

Le bonheur du Ciel, toujours ancien et loufonrs noreau. LA LÉGENDE D'OLMUTZ.

La légende d'Olmuts. — Avant qu Luther eüt préché sa triste et désastreuse Réforme, dit une vicille Iégenle, on voyait des monastères au penchant de toutes les ollines de l'Allemag étaient de grands édifices à l'aspect paisible, avec un clocher frèle qui s'élevait au milieu des bois, et autour duquel voitigeaient des colombes. LA vivaient des horimes qui n'occupaient leu : esprit que

des choses du ciel.

À Olmuiz (-) il y en avait un qui s'était rendu célèbre dans a contrée Par sa piété et son instruction, C'était un homme simp'e, comme tous ceux qui savent beaucoup, car la science est < mblable à la mer: Plus on n'y avance, plus l'horizon devient large, et plus on se sent petit. Frère \fus, après avoir ridé son front et blanchi ses cheveux dans la recherche de démonstrations inutiles, avait appelé à son secours la foi des petits chfañts : puis confiant sa vie à la prière, comme à une ancre de miséricorde, i] l'avait laissé se balancer doucement au roulis des purs amours

ct des célestes espérances,

Cependant de mauvaises rafales à ient encore par instants le saint navire. l’ar instants les tentations de l'intelligence revenatiem, et la raison Interrogeait la foi avec orgueil. Alors frère Alfus devenait triste ; de grands nuages voilaient pour Ini le soleil intérieur; son coeur avait froid. Errant dans les Campagnes, il s'asseyait sur Ja mousse des rochers, s'arrêtait sous l'écume des torrents, Marchait parmi les Murmures de [4 forêt : mais il] interre Seait vainement Ja nature. À toutes ses demandes, les Montagnes, les flots et les fleuves ne répondaient qu'un

seu] mot: DIEU!

Frère Alfus, était sorti victorieux de beaucoup de ces rises. Chaque fois, il s'était affermi dans ses croyances, car la tentation est Ja SYMnastique de la conscic nce ; quanc| elle ne la brise Pas, elle la fortifie. Mais, depuis quelque

TEMPS, une inquiétude plus poignante s'était emparée

frère. Il avait remarqué souvent que tout ce qui est beau perd son charme par le long usage: que l'oei! se fatigue du plus merveilleux paysage, l'oreil!: de la plus douce voix, il s'était demandé comment nous pourrions trouver même dans les cieux, nn aliment de joie éternelle. Que deviendrait la mobi'ité de notre âme, au milieu de magnificences sans terme? L'éternité!... Quel mot pour une créature qui ne connait d'autre loi que celle de la diver

té et du changement! O mon Dieu! plus de passé ni d'avenir, plus de souvenirs ni l'espérances! L'éternité!.. L'éternitér... © mot qui faïs pleurer sur la terre, que

peux-tu donc signifier dans le ciel?

Ainsi pensait frère Alfus, et ses incertitudes étaient grandes. Un matin, il sortit du monastère avant le lever

des frères, et descendit dans la vallée, La campagne,

encore moite de rosée, s'épanouissait atix prentiers rayons

de l'aube. Alfus suivait lentement les senti ombreux de la colline: les oiseaux, qui venaient de s'éve , COUraient dans les aubépines, secotañt sur sa tête les armes de la nuit, et les papillons, engourdis encore par la fraicheur voltigeaient nonchalamment au soleil, pour sécher leurs aies. Alfus s'arrêta pour admirer la campagne qui s'étendait sous ses yeux; il se rappela combien elle lui avait semblé belle, la première fois qu'il l'avait vue et avec quelle ivresse il avait pensé à y finir ses jours. C'est que, pour lui, pauvre enfant des villes, accoutumé aux

rue!les sombres et aux tristes murailles des citadelles, ces

fleurs, ces arbres, cet air, étaient nouveautés enivrantes.

Aussi, la douce année que celle de son noviciat! Oue de

longues courses dans la vallée! Que de découvertes char montes! Ru'ssernx c] ntant parnn les glaïeuts, rières habitées par le rossignol, ég'antines roses, fraisiers des bois, oh! quel bonheur de VOUS trouver une première fois! Queïle joie di marcher par des sentier nous ue voilent les ramécs, de rencontrer à cl 2 pas une

ü l'on n'a point encore bu, une

int encore

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