TÉMOIGNAGE DE SAINT AUGUSTIN
“Parlant ainsi de cette vie heureuse, et toutes nos affections nous portant vers elle, nous y touchâmes, pour ainsi dire, par un élancement soudain de nos coeurs ; puis soupirant d'en être encore séparés, et y demeurant toutefois fortement attachés “ par ces prémices de votre esprit que nous avions reçues," il nous fallut bientôt redescendre à cette parole extérieure qui sort de notre bouche et qui a un commencement ét une fin. Et en cela qu'y a-t-il de semblable, 6 mon Dieu! à votre parole qui vit par elle-
méme, qui ne vieillit point et qui renouvelle toutes choses ?
“Nous disions donc: * S'il était une âme en qui s'apaisassent tout à coup les mouvements déréglés de la chair et du sang, q ‘évanouir en elle toutes les images de tant d'objets que renferme la vaste étendue de la terre, des eaux et de l'air; qui, ne conservant plus aucune pensée ni des cieux ni d'elle-même, et passant
là sans s'arrêter, s'élevât ainsi, entièrement dégagre
son + fantomes qu'enfante l'imagination, bien loin de tous signes extérieurs, de toute parole qui se fait entendre à l'oreille, enfin de toutes les choses qui ne font que passer (c i quelqu'un écoute ces choses, toutes lui disent: ou HS SohtUHeS poutt faites nous-mêmes, nats cetui-là nous à faites qui vit éternellement) : si donc toutes ec” choses venaient à se taire après avoir ainsi parlé ä cette âme, la disposant par ces paroles mêmes à prèter l'oreille à celui qui les a faites, et qu'alors ce Dieu créateur
lui parlät lui-méme SEUL et non pas ces choses qu'il a
créées, en sorte qu'elle pût entendre sa parole, non pas
primée par un langage mortel, ni par la voix d'un ange, ni par le bruit du tonnerre, ni par des figures et des paraboles, mais que ce füt, je le répète, lui-même, lui que nous aimons dans toutes ces choses, qui se fit entendre à elle sans le secours d'aucune de ces closes : si done, de mème que le vol rapide de notre pensée nous a élevés, il n'y a qu'un instant, jusqu'à cette sagesse qui subsiste éternellement au-dessus de toutes chisr: créées, cette âme, ainsi délivrée de toutes ces autres visions si différentes de celle-ci, se tenait abimée, 1bsorbée tout entière dans les joies intérieures de cette contemplation ineffable, et tellement qu'elle demeurât à jamais dans cet état qu'un moment de pure intelligence nous a fait sroûter, et après leqiel maintenant nous soupirons: ne serait-ce pas là l'accomplissement de cette parole: “ Entrez dans la joie de votre Seigneur?" Ce moment, quand arrivera-t-il ? “ Sera-ce alors que nous ressusciterons tous, mais que nous ne serons pas tous changés ? ”
“Tel était 1e fond de notre entretien, si ce n'étaient les mêmes termes ; et vous savez, Seigneur, que ce même jour, pendant que nous parlions de la sorte, ne trouvant plus rien dans lc monde et dans tout ce qu'il a d'agréable qui ne fût digne de mépris, ma mère me dit: “ Quant à ce qui me regarde, mon fils, il n'y a plus rien da: cette vie qui soit capable de me plaire. Que ferais-je de ormais et pourquoi y suis-je encore, puisqu'il ne me reste plus rien à cspérer? Il n'y avait qu'une seule chose qui me fit désirer d'y demeurer un peu: c'était de vous voir
DE SAINT AUGUSTIN 11 chrétien et catholique avant d'en sortir. Dieu m'a accordé ce que je désirais : et encore, par delà mes vœux, la grâce de vous voir mépriser pour lui tous les biens de :e monde, et devenir ainsi entièrement son serviteur: que fais-je donc ici davantage?" (1)
Samt Augustin: Le bonheur du Ciel. — Saint Augustin voulut un jour, à la prière de Sévère, son ami, faire un traité sur le bonheur du Ciel. Rentré dans son appartement, il se met à ecrire à Saint Jérôme pour le consulter. Tout-à-coup (c'est lui-même qui le dit), une lumière insolite et que rien ne peut dépeindre, éclaire le lieu où il se trouve; des parfums d'une suavité inconnue s'y répandent. Etonné et comme hors de lui-même, il
entend alors clairement une voix qui lui dit: “* Que veux-
tu donc faire, Augustin? Crois-tu pouvoir enfermer dan:
une petite coupe la mer toute entière; embrasser la terre avec la main? Veux-tu voir ce que l'oeil n'a point vu; comprendre ce qui est incompréhensible?"
C'était la voix de Saint Jérôme, mort ce jour-là même à Bethléem, et qui au moment de son entrée en Paradis voulait faire sentir à Augustin qu'un tel bonheur ne saurait se décrire.
C'est alors que le grand Docteur, parlant du Ciel, a simplement pu dire: aestimart non potest—Le Ciel, on ne peut le décrire.—acquiri potest, mais le Ciel, on peut l'acquérir !
{1} Les Confessions, trad. de M. de Saint-Victor (5e Fd.) Paris, A, Vato” I. 1343.
Et le sain: évêque mettait toute sa sollicitude à inspirer à son peuple le désir du Ciel. Il lui parlait souvent du bonheur du Ciel, et il faisait ainsi beaucoup de bien dans les âmes. Un jour, ayant à traiter cet important sujet devant les fidèles d'Hippone, ses pieux
diccésains, il les apostropha de'cette manière: * Je sup-
pose que Dieu vous promette de vivre cent ans, mille ans
méme, mais à la condition de ne jamais régner avec lui
dans le Ciel..." Aussitôt un cri partit de tout l'auditoire, interrompant le prédicateur : “Percant universa! Que tout périsse!... mais que Dieu nous reste!” C'est là le cri de tous les Saints et ce sera leur cri à travers tous les siècles! Que tout s'évanouisse ici-bas: mais que le Ciel nous
reste!
Sainte Catherine de Sienne. — Sainte Catherine de , dans une de ses extases, entrevit un ravon de la Revenue à elle-même, elle
: J'ai vu des merveilles, Son confesseur
lui ordonna alors de dire avec précision ce que Dicu lui
avait fait voir: Je croirais commettre un crime, répondit-
i je prétendais vouloir en faire la description: car
des paroles purement humaines sont impuissantes à exprimer le prix'et la beauté des trésors célestes.” (1)
n de saint Sauve, d'abord :1bbé,
bi, — Etant encore abbé, Saint Sauve
porte ainsi Saint Grégoire de Tours :
retrouverons, plus loin, cette réponse de la
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