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A LA PROCESSION DD SAINT SACREMENT

DE LA PAROISSE SAINTE- MARGCEniTE, A PARIS, LE 31 MAI 1785.

« Mes très-chers frères, il est important que vous sachiez exactement les circonstances du fait miraculeux qui vient de paraître, que vous en tiriez les conséquences justes et naturelles qu'il nous présente, et que vous soyez instruits des précautions que nous avons prises pour assurer la vérité du fait, et pour le transmettre à la postérité avec la même exactitude que nos pères ont observée, pour faire passer jusqu'à nous des miracles de la même nature, dont ils ont été les témoins.

« La femme en faveur de qui Dieu a opéré le miracle se nomme Anne Charlier, épouse du sieur de la Fosse, maître ébéniste, âgée de quarante-cinq ans, née et élevée à Paris. On rend témoignage dans tous les lieux où elle a demeuré, et particulièrement sur la

paroisse de Sainte-Marguerite, où elle est établie depuis vingt ans, que sa conduite a toujours été chrétienne et édifiante.

« Il y a près de vingt ans que Dieu affligea cette femme d'une perte de sang qui depuis sept années était devenue si continuelle, si violente et si opiniâtre, que les tentatives qu'on avait faites pour la guérir avaient été aussi inutiles que dangereuses.

« Depuis dix-huit mois, son épuisement ne lui permettait plus de marcher, même avec des béquilles, ni de soutenir la lumière ; les plus légers mouvements la faisaient tomber en faiblesse; elle ne pouvait plus demeurer dans son lit à cause d'une grande douleur de côte, et, pour passer de son lit à son fauteuil, on était obligé de la porter. Pour recevoir la sainte communion, le hmdi qui précéda sa guérison, ello se fit porter dans une chaise jusqu'au pied de l'autel; elle ne put se mettre à genoux que soutenue par deux persgnnes, et on la ra{)porta de l'église presque mourante.

« Son infirmité, connue d'un grand nombre de personnes, tant du faubourg Saint-Antoine que de différents autres quartiers de Paris, était devenue de notoriété publique; et soixante dix témoins dignes de foi, attestent les circonstances que nous venons de vous marquer. La vérité et la promptitude de sa guérison ne sont ni moins notoires ni moins attestées.

« Se sentant plus incommodée qu'auparavant, elle prit la résolution de s'adresser à Jésus-Christ le jour

du Saint-Sacrement, que la procession devait passer devant sa porte... Le matin même de cette fcte solennelle, une femme née dans la religion protestante, que la malade connaissait depuis longtemps, la vint voir, et, l'ayant trouvée consternée par l'augmentation de son mal, elle l'exhorta à mettre toute sa confiance en Jésus-Christ; elle lui représenta que le Fils de Dieu ressuscité d'entre les morts, toujours vivant, n'était pas moins puissant dans le ciel que lorsqu'il était vivant sur la terre.

«La dame la Fosse, fortifiée par ce discours, résolut de suivre le mouvement que Dieu avait mis dans son cœur, et de demander sa guérison à Jésus-Christ ; non à Jésus-Christ seulement dans le ciel, mais à Jésus-Christ présent dans le sacrement de l'Eucharistie, selon la foi de l'Eglise. Aniniée de ces sentiments, elle se fît descendre dans la rue. Lorsqu'elle fut à sa porte, elle se trouva très-mal, ne pouvant soutenir ni l'air ni le grand jour. Cependant quand on lui dit : « Voilà le saint Sacrement, » elle fit un effort pour se jeter à genoux, et elle tomba dans l'instant sur ses mains, criant en même temps : « Seigneur, si vous « voulez, vous pouvez me guérir, je crois que vous « êtes le même qui êtes entré dans Jérusalem : par- « donnez-moi mes péchés et je serai guérie.» Elle marcha sur ses genoux et sur ses mains quelques pas, criant toujours à haute voix : « Jésus-Christ, vous « pouvez me guérir. » Le peuple, étonné du spectacle, parut scandalisé de voir une femme suivre le saint

Sacrement se traînant par terre el criant à liante voix ; les uns crurent qu'elle était ivre ou en démence, d'autres qu'elle tombait du mal caduc : tous la pressèrent de se retirer ; sa foi ne fut point refroidie par tous ces obstacles ; rien ne put l'empêcher de continuer sa marche el d'invoquer Jésus-Christ, disant qu'on la laissât suivre son Dieu, et sa foi fut bientôt exaucée.

« Sentant tout d'un coup son cœur se fortifier, elle se leva, encore soutenue par les deux personnes qui l'avaient accompagnée ; et dans le moment, éprouvant que son corps tournait comme pour retomber, elle cria encore plus fortement : « Seigneur, « que j'entre dans votre temple, et je serai guérie. » Elle dit même à ceux qui la soutenaient de la laisser, persuadée qu'elle marcherait bien ; ils la virent en effet marcher dans la foule du peuple et suivre le saint Sacrement. Elle alla seule et sans secours jusqu'à l'église de Sainte-Marguerite, perdant toujours néanmoins une très-grande quantité de sang.

« Arrivée à la porte de l'église, elle redoubla ses prières et demanda à Dieu avec une nouvelle ferveur qu'elle n'entrât point dans le lieu saint sans être pleinement guérie : au moment donc qu'elle eut mis le pied dans le temple du Seigneur, elle sentit, comme Thémorroïsse de l'Evangile, la source du sang qu'elle perdait desséchée. Elle resta à genoux ou debout à la porte du chœur, pendant tierce et la grand'messe, qui durèrent une heure et demie, sans être aidée de

personne, ni pour se mettre à genoux ni pour se relever ; pendant sexle, elle entra dans le chœur, et demeura quelque temps à genoux devant le saint Sacrement ; elle en sortit sans être incommodée de la lumière, qu'elle ne pouvait soutenir auparavant. Enfin, sans être soutenue par personne, elle revint à pied chez elle, accompagnée d'une grande multitude qui, semblable au peuple témoin des miracles de Jésus-Christ, saisie de crainte et d'admiration, glorifiait Dieu qui donnait aux hommes des preuves si surprenantes de sa puissance.

« Ceux qui avaient vu la malade se jeter par terre en présence du saint Sacrement, et qui n'avaient pu la suivre, à cause de la foule du peuple, s'attendaient si peu à une guérison miraculeuse, qu'ils laissèrent quelque temps à sa porte le fauteuil dans lequel on l'avait descendue, convaincus qu'on allait la rapporter presque mourante, et que le secours qui avait été nécessaire pour la descendre le serait encore plus pour la remonter dans sa chambre,

« A son arrivée dans sa maison, quel concours de ses voisins et de tous ceux qui avaient été exactement instruits de sa maladie ! En la voyant monter son escalier comme si elle n'avait point été malade, ils ne pouvaient croire ce qu'ils voyaient ; à peine était-elle assise qu'ils la priaient de se lever et de marcher dans sa chambre, pour confirmer à leurs yeux la preuve d'une guérison au-dessus des forces de la nature, et qui ne pouvait venir que de Dieu.

« Le bruit du miracle parvint bientôt jusqu'à la dame prolestante qui avait vu le malin madame de la Fosse. Elle dépose elle-même que, frappée d'élcnnement et de joie, sur la nouvelle de la guérison de son ancienne amie, elle en perdit la parole, et qu'elle envoya son fils chez la malade pour s'assurer de la vérité du fait.

« Le fds courut à la maison de la dame de la Fosse, qu'il rencontra dans la rue, arrivant de la messe : il atteste dans sa déposition que le spectacle de celle femme, qu'il voyait marcher librement, après l'avoir vue depuis si longtemps ne marchant que sur ses mains, et qu'il appelait le ver rampant, le toucha et le saisit si fort, qu'il ne put lui parler; il ajoute qu'il ne fut persuadé de sa guérison que lorsqu'il l'eut vue faisant plusieurs tours dans sa chambre, et le reconduisant jusqu'à l'escalier, sans que personne la soutînt.

« Dès qu'il eut rendu compte à sa mère, elle vint elle-même pour voir de ses propres yeux les merveilles de Dieu ; la malade lui donna des preuves si claires et si convaincantes de sa guérison, que la mère a reconnu et déclaré aussi bien que son fils que c'était un effet miraculeux de la toute-puissance de Dieu, et qu'ils ne croient pas qu'il y ait eu de miracle plus certain que celui-là. Ce sont les propres expressions de leur déposition que nous rapportons ici.»

A ces deux témoignages si édifiants, ajoutons celui d'un chirurgien que son art et la connaissance qu'il

avait de la malade rendent encore d'un plus grand poids,

« Le sieur Prouhet, chirurgien, voyait la dame de la Fosse depuis quinze ans, et il savait que son infirmité l'avait réduite dans une entière impuissance de marcher ; il avoue, dans sa déposition, qu'à la première nouvelle de sa guérison il ne put la croire, et qu'il dit que, si elle marchait, ce ne pouvait être que l'effet d'un très-gratid miracle.

a Pour s'éclaircir du fait, il alla le jour même chez la malade ; dès qu'elle le vit, elle se leva et vint audevant de lui, disant qu'un plus grand médecin que lui l'avait guérie. 11 en fut attendri sans pouvoir parler, et il ne douta plus de la guérison, après avoir vu la malade descendre son escalier, le reconduire jusque dans la rue, aussi ferme sûr ses jambes que si elle avait toujours joui d'une parfaite santé. »

Voici ce que nous lisons dans le journal d'un contemporain, l'avocat Barbier : « >^ous avons eu un miracledans Parisàla procession de la Fête-Dieu, et il est si avéré, que je suis obligé moi-même de le croire j ce qui nest pas peu. {Journal de Barbier, tomel", page 219.)

« 11 est également certain que Voltaire, qui était alors âgé de trente ans, fut du nombre des témoins qui furent entendus dans l'enquête et qui déposèrent sur la vérité du miracle : une de ses lettres ne laisse aucun doute à ce sujet :

« Le miracle du faubourg Saint-Antoine, écrit-il

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à la présidente de Bernières, m'a donné un petit vernis de dévotion : je suis cité dans le mandement : j'ai été invité en cérémonie au Te Deum chanté en action de grâces de la guérison de la dame de la Fosse.»

Dans le fait miraculeux dont il s'agit, Dieu a récompensé la foi, la piété, la patience de la malade éprouvée depuis tant d'années ; mais en même temps, dans ces jours de licence et de corruption où l'irréligion fait tant de progrès, Dieu a voulu confondre les incrédules, donner, pour la consolation des fidèles et pour la pleine conviction de nos frères protestants, une preuve sensible et éclatante des grandes vérités de la foi catholique.

« Oui, nous croyons que le divin Sauveur est réellement présent dans l'Eucharistie ; nous rendons une véritable adoration à Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel, enfin nous croyons qu'il n'y a rien que de saint dans l'usage de consacrer une fête dans l'année où l'on expose Jésus-Christ à la vénération publique des fidèles.

Trois vérités que Dieu a voulu démontrer d'une manière visible par le miracle que nous venons de rapporter.

Nous voici arrivé à la fin de cet ouvrage. S'il y a quelque chose de bon, je le confesse, c'est une aumône reçue de Dieu, et dont mon cœur reconnaissant Tait remonter le mérite vers notre Père, qui habite les cieux. Au Seigneur seul en revjent toute la gloire î C'est son divin Esprit qui nous a inspiré le projet de ce livre, c'est son divin Esprit qui nous a assisté, c'est lui qui nous a soutenu jusqu'au terme de la carrière que nous avons parcourue pour la gloire de Jésus- Christ résidant dans nos saints tabernacles.

Heureux, mille fois heureux si, par nos patientes et persévérantes recherches, nous parvenons à porter la lumière de la vérité au milieu des ténèbres qui couvrent tant d'intelligences! Heureux mille fois si nous réussissons à allumer dans le cœur de nos frères bienaimés l'amour de la divine Eucharistie !

L'esprit humain ne peut expliquer cette étonnante merveille de l'amour infini d'un Dieu, mais la foi s'y

soumet, le cœur la comprend et s'écrie : « Om<, tious croyons à ramoiir que Dieu a pour nous. » Cette pnrole, que le disciple de la dilection avait puisée dans le cœur de Jésus, explique tout, éclaircit tout, donne satisfaction parfaite à tous nos doutes, à toutes nos demandes curieuses. Oui, nous croyons ù l'amour que Dieu a pour nous.

>'ous l'avons démontré : cette foi vive à Jésus- Christ présent dans le sacrement de l'Eucharistie a été, toujours et partout, la croyance des enfants de l'Eglise catholique. Elle nous a apparu dès le berceau du christianisme, brillante d'un inconteslable éclat; nous l'avons vue illuminant tous les siècles, et, tout en indiquant ces rayons de pure lumière que les écrits des docteurs répandent sur ce divin mystère à chaque âge du monde moderne, nous avons montré jusqu'à l'évidence que l'origine de celte croyance en la présence réelle remontait jusqu'au Sauveur luimême. Elle nous a encore été révélée, cette foi vive à Jésus-Christ présent dans le sacrement de l'Eucharistie, par les sentiments d'adoration, de reconnaissance et d'amour qui consument les cœurs des saints en présence des divins tabernacles, ou bien alors qu'au sortir du banquet mystérieux de la charité ils étaient embrasés d'une ardeur toute céleste.

EnQn, pour renouveler et confirmer dans lésâmes cette croyance d'une manière inébranlable, nous avons rapporté les faits miraculeux que Dieu, dans tous les siècles, s'est plu à opérer pour attester, par

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les plus éclatants prodiges, la vérité et la grandeur de ce divin sacrement.

Oui, dirons-nous encore une fois, en terminant : Nous croyons à l'amour que Dieu a pour nous.

0 amour ! que lu es puissant quand tu travailles sur le cœur d'un Dieu !

Ce n'était donc pas assez pour votre amour, Seigneur Jésus, mon Sauveur et mon Dieu, que vous fussiez descendu des cieux dans le sein virginal de Marie? Ce n'était pas assez powr votre amour d'être né dans une étable, d'avoir accompli pour le salut de l'homme tous les mystères de votre vie et de votre mort ?. . . Votre amour inépuisable vous a fait trouver encore le secret de vous multiplier dans autant de lieux que vous avez de tabernacles et de vous incarner, pour ainsi dire, autant de fois que vous êtes reçu par les fidèles dans cet auguste sacrement.

0 bonté incompréhensible de mon Dieu ! ô admirable invention de votre sagesse éternelle ! vous avez trouvé dans les sublimes inspirations de votre cœur le moyen de rester au milieu des hommes et de monter au ciel sans quitter la terre.

« Vous demeurez parmi nous, suivant le langage d'un pieux auteur, comme hostie et victime jusqu'à la consommation des siècles, et le sacrifice du Calvaire que vous avez accompli une seule fois et dans un seul lieu du monde, vous l'offrez encore tous les jours d'une manière non sanglante sur tous les points du globe et à la vue de tous les hommes.

« Vous y ronoiivelez ô tous moments, aux yeux de notre foi, la mort que vous avez soufferte pour nous, et par le moyen de ce sacrement d'unité, vous rassemblez comme dans «n point indivisible tous les mystères du temps et de l'éternité. Vous les y renfermez sous les symboles sacrés d^une nourriture corporelle, pour les faire passer dans le plus intime de nos cœurs et pour en nourrir nos âmes dans ce lieu (l'exil.

« C'est par ce mystère adorable que vous liez un commerce divin entre le ciel et la terre. C est dans ce sacrement de votre amour que vous mettez le centre de votre religion. C'est dans ce sanctuaire que vous remplissez tous les devoirs. C'est en cet état, ô mon souverain prêtre, que vous adorez Dieu pour moi, que vous lui rendez grâces pour tous les bienfaits dont il m'a comblé par vous, que vous me présentez et me donnez accès à lui, et que vous faites toutes les fonctions de votre sacerdoce éternel.

« C'est dans la vertu toute-puissante et dans la dignité infinie de ce sacerdoce, de ce sacrement, de ce sacrifice, que je trouve le supplément surabondant . de mon impuissance pour tous mes devoirs envers votre Père et envers vous, ô Dieu caché et anéanti, mais Dieu d'autant plus adorablo et aimable que vous eflraycz moins notre faiblesse. »

Instruit par la charité, comme dit le grand apôtre, je comprends. Seigneur Jésus, toutes les merveilles de votre amour. Je vous aime, je vous adore dans le ta-

hernacle, ce ciel de la terre, et je vous y offre, par vous-même, et mon esprit et mon cœur, et tout ce ce que j'ai reçu de vous, à la vie, à la mort; dans le temps et réternilé, je veux toujours vous appartenir.

Enfant soumis de l'Église romaine, pour nous conformer aux décrets d'Urbain VIIÏ, nous condamnons à l'avance tout ce que notre ouvrage aurait de condamnable, et nous déclarons que, si nous donnons le litre de saints à quelques illustres personnages, et celui de miracles aux faits que nous rapportons, c'est toujours en réservant les droits de l'Eglise romaine, qui seule peut prononcer définitivement sur de telles (lueslions.

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