‹ Le ciel sur la terreChapitre 25 sur 120 · CASSIEN · texte numérisé non relu

CASSIEN

Cassien , abbé du monastère de Saint- Victor de Marseille, mort l'an 455, a été fort célèbre, au commencement du cinquième siècle, par ses vertus et ses écrits; nous avons de lui un ouvrage intitulé Conférences spirituelles, dans lequel il rapporte le fait suivant sur les effets delà sainte communion :

l'eucuabistie triohphe des attaques de l'esprit impur.

« Il est des âmes bien précieuses aux yeux de Dieu, bien chères à son cœur, qui, se voyant assaillies par les attaques de l'esprit immonde, n'osent plus se présenter à la table eucharistique, se croyant indignes de devenir le ciboire, le tabernacle vivant de Jésus-Christ, après avoir essuyé de si douloureuses, de si humiliantes épreuves. Jusqu'au pied des autels il s'acharne après ces âmes; il les inquiète, il les tourmente, il les poursuit avec une opiniâtreté qu alimente toujours sa haine contre Jésus-Christ et son acharnement à la perte de nos âmes. C'est ici une des ruses les plus habiles que puisse employer cet implacable ennemi, pour nous éloigner de la table eucharistique et préparer notre ruine, en nous privant de

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cet alimeiil de vie. Toutefois, cette ruse n'est pas nouvelle; ce que nous raconte Cassien dans une de ses conférences nous apprend que c'est là une vieille tactiquedont notre ennemi se sert depuis bien des siècles. « J'ai connu dans le désert, dit Cassien, une âme religieuse douée d'une chasteté angélique , qu'elle avait obtenue de Dieu par une vigilance perpétuelle sur tous ses sens, par une humilité nonpareille. Comme une belle glace, cette âme était toujours brillante et pure; pas une légère vapeur, ni le jour ni la nuit, ne venait ternir l'éclat de ce beau miroir où Dieu aimait à se contempler. Sa félicité, son ciel sur la terre, était de recevoir la divine Eucharistie le samedi et le dimanche.

Jaloux de la beauté do cette âme et du triomphe de Jésus-Christ, l'ange du mal s'acharne à la perte de ce religieux, et, pour mieux réussir, il l'éloigné du pain des forts, du pain des vierges. Alors, la veille de la communion, il lui livre de furieux combats, il lui suggère mille et mille pensées importunes, il enflamme le sang dans ses veines, et, malgré sa généreuse résistance et son invincible courage, il le trouble au point que, par respect pour ce pain des vierges, il n'ose s'approcher de la table sainte. Il vécut ainsi quelque temps, triste, désolé, découragé, n'osant pas même porter ses regards sur ce pain des anges; lorsqu'un jour, éclairé d'une lumière céleste, il va trouver son supérieur, lui découvre l'état de son âme. Le supérieur, homme habile et expérimenté dans la cou-

DE LA PROMESSE DE KOTUE-SEIG^EUR JÉSUS-CHRIST. C7 duite des âmes, comprit facilement que ces combats procédaient de la malice et de la jalousie du domon qui voulait perdre celte âme, si agréable a D.eu en la privant de la grâce de la sainte commumon, dont elle était vraiment digne, et par ses vertus et par ses résistances à la tentation. 11 lui ordonne de mépriser profondément ces attaques, de ne plus s'inquiéter de toutes les illusions dont il pourrait être l objet et de fréquenter, malgré tout, la sainte table aux jours ordonnés par la règle.

« Il obéit, et Jésus-Christ, pour recompenser son obéissance et lui montrer la puissante vertu de sa chair virginale, commanda aux vents des tentation, de se taire, et la paix du Seigneur vint inonder son âme des plus enivrantes délices, qui lui firent retrouver en la divine Eucharistie le ciel sur la terre. » (Cassien, Conférences.)

\Y SIÈCLE

S&INT Ci;SAIRE

Saint Césaire, né en 470, près de Châlons-sur- Saône, était issu d'une famille où la piélé était héréditaire. Ce fut en 501 qu'il fut appelé à gouverner l'église d'Arles. Ecoulez comme il parle du miracle de\ transsubstantiation eucharislique :

« Personne ne doit douter que par l'ordre souvc-

rain de Dieu, par la présence de sa Majesté, le pain et le vin ne puissent être chmujés en la nature du corps du Sei(jneur, puisqu'on voit que par un artifice admirable de la miséricorde céleste, l'homme même devient le corps de Jésus-Christ. Or, comme ceux qui viennent à la foi sont encore, avant le baptême , dans les liens de leur ancienne servitude, mais qu'aussitôt qu'on a prononcé sur eux les paroles de ce sacrement, ils sont purifiés de toute l'impureté de leurs péchés : de même, quand le pain et le vin, qui doivent être bénis avec les paroles célestes, sont posés sur les saints autels, il est sans doute qu'avant d'être consacrés par l'invocation du nom de Dieu, la substance du pain et du vin y est encore; mais après qu'on a prononcé les paroles de Jésus-Christ, c'est le corps et le samj de Jésus-Christ. Et y a-t-il quelque sujet de s'étonner qu'il puisse changer par sa parole ce qu'il a bien pu créer par cette même parole? Il semble même que c'est un moindre miracle de changer en mieux ce qui était déjà, que de former du néant ce qui n'était pas encore. » (Homélie xiii.)

YII^ SIÈCLE

SAINT SOPHRONE

Saint Sophrone était de Damas, en Syrie. Il a été un des plus savants et des plus illustres défenseurs

de la foi catholique. Devenu patriarche de Jérusalem, en 635, il composa la vie admirable de sainte Marie Egyptienne, dans laquelle nous lisons le passage suivant, qui.a trait à la divine Eucharistie :

« Marie Egyptienne ayant rencontré le bienheureux abbéZozime dans le désert, après lui avoir raconté sa vie, elle lui dit : « Je vous prie, mon père, de mettre, le « soir de la sainte Cène, dans un vase bien propre et « bien net, le saint corps et le sacré sang de Notre- « Seigneur Jésus-Christ, pour me l'apporter ; et, « quand vous serez revenu , de m'attendre de « l'autre côté de la rivière du Jourdain, afin que, « lorsque je m'y rendrai, je reçoive ces mystères qui « donnent la vie et le salut aux fidèles ; car, depuis «que j'ai communié dans l'oratoire de saint Jean, « avant que de passer le Jourdain, je n'ai point reçu « ces sacrés mystères du corps et du sang de Notre- « Seigneur Jésus-Christ. Ne refusez pas, mon père, « l'instante prière que vous fait une pécheresse ; mais « apporlez-moi, s'il vous plaît, ce très-saint sacre- « ment à la même heure que le Seigneur choisit autre- « fois pour rendre ses disciples participants de la « sacrée Cène. » L'abbé Zozime, de retour dans son monastère, ne manqua pas, le jour de la sainte Cène, de mettre, sur le soir, dans un petit calice, une partie du corps immaculé et du précieux sang de Jésis- Christ, et, le portant avec lui, il alla attendre la sainte sur le bord du Jourdain. Marie Egyptienne étant arrivée, elle pria le saint de réciter le symbole et l'oraison

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du Seigneur. Ce qu'ayant fait, elle reçut les vivifiants mystères. Alors, élevant ses mains au ciel, et mêlant ses soupirs avec ses larmes, elle proféra ces mots à Jiaute voix : « Seigneur, laissez maintenant aller en « paix votre servante, suivant votre divine parole, « puisque mes yeux ont vu mon Sauveur, » Ensuite, elle dit à Zozimc : « Mon père, je vous supplie de « revenir encore dans un an près du torrent où je « vous ai parlé pour la première fois. » Ce que ce saint abbé fit, mais il ne trouva plus que le cadavre de la sainte ; son visage était tourné vers l'orient, ses mains étaient jointes sur sa poitrine, et à côlé de ce corps inanimé il aperçut ces paroles tracées sur la terre : « Mon Père Zozime, enterrez le corps de la misérable Marie. Rendez à la terre ce qui est à la terre, joignez la poussière à la poussière ; et priez le Seigneur pour moi, qui suis morte la nuit de la trèssalutaire Passion, après avoir participé à la sainte et divine Cène. »

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