ETIENNE
Etienne, évêque d'Aulun, écrivait au douzième siècle, en 1120, son Traité du sacrement de l'autel. Voici en quels termes il s'exprime sur ce divin sacrement :
« Nous demandons à Dieu dans le sacrifice que le pain et le vin qu'on offre soient transsubstantiés au corps et au sang de Jésus-Christ. 0 miracle insignel 0 sacrement merveilleux et tout divin ! Quel esprit
n'en est point épouvanté? Quelle intelligence n'en est point confondue et accablée? Tous les sens s'y perdent, toute la raison s'y évanouit. Qu'on n'emploie point ici les recherches et les subtilités des dialecticiens; c'est la seule foi qui croit et qui reconnait que la nourriture des hommes devient celle des anges. Ce que le prêtre prend sur l'autel pour le consacrer n'est plus le même lorsquaprès l'avoir consacré il le remet sur l'autel. Il semble que c'est la même chose selon l'apparence extérieure et selon la couleur et le goût. Il est certain cependant que ce qui paraît au dehors est autre que ce qui est caché au dedans. C'est du pain commun que le prêtre prend sur l'autel pour le consacrer; et après qu'il a prononcé les paroles de la consécratio.i, c'est la chair immortelle de Jésus-Christ qu'il y remet. Ce qui n'était qu'une nourriture terrestre et animale devient une nourriture céleste et spirituelle. Il est donc de foi et nous devons le croire véritablement, qu'aussitôt que le prêtre a prononcé ces paroles sur le pain, ceci est mon corps, ce n'est plus un pain terrestre, mais c'est le même pain qui est descendu du ciel, c'est Jésus-Christ, le médiateur de Dieu et des hommes ; de même par la vertu de ces paroles : Ceci est le calice de mon sang, le vin est changé en son sang. Or, sous chaque espèce et sous chaque partie de chaque espèce, Jésus-Christ y est tout entier et y est reçu tout entier, tel qu'il est dans le ciel, assis à la droite de son Père. «
Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, si connu par les éloges que saint Bernard a donnés à son profond savoir et à sa grande humilité dans son épître contre les Pélrobusiens, parle en ces termes des fruits d'une communion bien faite :
a Gardons-nous de considérer comme inutile le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ; ce sacrement qui nous rend sa mémoire plus présente, qui nous invite à l'aimer avec plus d'ardeur, qui nous obtient un pardon plus entier de nos péchés. Non, il n'est pas inutile, ce sacrement qui nous le rend présent non-seulement en tant que Dieu, mais encore en tant qu'iiomme, et cela jusqu'à la consommation des siècles. Non, il n'est pas inutile, puisque par son moyen le corps de Jésus-Christ répare nos forces spirituelles, comme il a déjà réparé notre nature tombée, en sorte que nourris par ce même corps qui a été donné pour prix de notre rachat, nous pouvons nous repaître de son humanité en attendant que nous puissions nous rassasier dans la contemplation de sa divinité et de sa gloire, »
W SIÈCLE
SAINT THOMAS D'AQUIN
Saint Thomas d'Aquin, que ses talents et son grand génie ont fait surnommer l'Ange de l'Ecole,
naquit en 1224 et mourut en 1274. Ce fut à lui que le pape Urbain IV donna ordre de préparer roffîce de la fête du Saint-Sacrement, que Dieu avait inspiré à ce pape d'instituer. Son amour pour la sainte Eucharistie était si grand qu'il lui arrivait souvent de se rendre secrètement à l'éj^lise, de monter sur l'autel, d'ouvrir la porte du tabernacle et de reposer sa t€te pendant des heures entières à côté du Saint des saints. Celte familiarité céleste , qu'il puisait dans ces communications intimes, déposèrent dans son cœur la science, la poésie, l'amour, la vénération -et ce parfum extatique qui embaume l'office du Très- Saint-Sacrement.
Ecoutons-le exposant avec une sublime précision le dogme de l'amour infini par lequel l'homme est associé à la divinité de son Rédempteur.
« Les immenses bienfaits' de la divine largesse apportent au peuple chrétien une dignité ineffable; car le fils unique de Dieu, voulant nous faire partager sa divinité, a pris notre nature, afin que, se faisant homme, il divinisât les hommes ; et tout ce qu'il a pris de nous, il en fait le principe de notre salut, car il a offert à son Père, pour notre rédemption, son corps immolé comme une hostie sur la croix. 11 a versé son sang pour en faire le prix de notre rançon et le bain qui doit nous laver, afin que, rachetés de notre honteuse servitude, nous soyons purifiés de nos crimes. Et pour que nous ayons un mémorial toujours vivant de ces immenses bienfaits.
il a laissé aux fidèles, sous les espèces du pain et du vin, son corps pour être leur nourriture et son sang pour leur servir de breuvage.
« 0 festin précieux et admirable! 0 festin abondant de suavité, tout-puissant pour nous sauver! Qu'y a-t-il au monde de plus riche en magnificence? Nous y mangeons non la chair des boucs et des génisses, comme dans la loi antique, mais nous nous y nourrissons de la chair de Jésus-Christ qui est le Dieu véritable. » (Saint Thomas, Opuscule 57.)
« Quoi de plus admirable que cet auguste sacrement dans lequel le pain et le vin sont changés en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, en sorte que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est contenu réellement sous les espèces d'un peu de pain et d'un peu de vin ! En cet état, quoiqu'il soit mangé par les fidèles, il ne peut être divisé; au contraire, les espèces sacramentelles étant divisées, il demeure toujours indivisible et tout entier en chaque partie. On voit encore dans ce sacrement une autre merveille : c'estqueles accidents du pain et du vin subsistent, lors même que la substance n'y est plus. Dieu l'a ainsi ordonné pour exercer notre foi, lorsque nous recevons visiblement une chose invisible et cachée sous des espèces étrangères, et même pour empêcher nos sens d'être trompés, ()uisque leur jugement ne porte que sur les accidents du pain et du vin qui leur sont communs.
« 11 n'y a point de sacrement plus avantageux et
plus salutaire que celui du corps el du sang de Jésus- Christ, puisqu'il nous purifie de nos péchés, qu'il nous fait avancer dans la vertu, et (|u'il engraisse, pour ainsi dire nos âmes, en les comblant de toutes sortes de grâces. On l'offre dans l'Eglise pour les vivants et pour les morts, afin qu'étant institué pour le salut de tous, il puisse servir à tous. Enfin nul ne saurait exprimer les ineflables douceurs de ce mystère, qui nous fait goûter les délices spirituelles comme à leur source même, et qui nous rappelle si visiblement le souvenir de l'excès d'nmour que nous a témoigné Jésus-Christ en mourant pour nous. Aussi c'a été pour graver plus profondément ce souvenir dans le cœur de tous les fidèles, qu'étant sur le point de passer de ce monde à Dieu son père, et ayant célébré la Pàque avec ses disciples, il institua, dans le dernier souper qu'il fit avec eux, cet auguste sacrement, comme le monument perpétuel de sa passion, comme l'accomplissement de toutes les figures de l'ancienne loi, comme le plus grand de ses miracles, enfin comme la plus douce consolation, et même une espèce de dédommagement réel de son absence. » [Leçons de l'office du Saint-Sacrement.) Ce fut dans l'année l''274 que le Docteur Angélique, ce prince des théologiens rendit sa belle âme à Dieu, dans le couvent de Fossa Nuova, alors qu'il se rendait à Lyon pour assister au concile général. Aussitôt qu'il comprit que l'heure de sa mort approchait, il demanda aux religieux, pressés autour de son lit, de
le metire sur la cendre pour recevoir Jésus-Christ avec plus de respect. Quand il vit la sainte hostie entre les mains du prêtre, il s écria avec larmes : « Je crois fermement que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, fils unique du Père éternel et d'une Vierge mère, est dans cet auguste sacrement. Je vous reçois, prix de la rédemption de mon âme ; je vous reçois, viatique du pèlerinage de mon âme, pour l'amour duquel j'ai étudié, j'ai veillé et travaillé, prêché et enseigné. Jamais je n'ai rien dit de contraire à votre divine parole; mais si j'avais dit quelque chose sans le savoir, je ne suis point opiniâtre dans mon sens ; je laisse tout à la correction de la sainte Église romaine , dans l'obéissance de laquelle je m'en vais de celte vie. »
On l'entendait répéter souvent : « Bientôt, bientôt le Dieu de toute consolation mettra le comble à ses miséricordes, et remplira tous mesdésirs; bientôt je serai rassasié en lui, et je boirai au torrent de ses délices. Il m'enivrera de l'abondance de sa maison, et me fera contempler la véritable lumière dans son essence, qui est la source de la vie. » Ainsi mourut saint Thomas d'Aquin , à l'âge de cinquante ans, le 7 mars 1274, quelques heures après minuit, au lever de l'aurore.