‹ Le ciel sur la terreChapitre 31 sur 120 · HUGUES DE SAINT-VICTOR · texte numérisé non relu

HUGUES DE SAINT-VICTOR

Hugues de vSaint-Victor, célèbre théologien, était originaire de Saxe. Il se consacra à Dieu dès l'âge de dix-huit ans, en 1115, dans la communauté de Saint- Victor à Paris. Cette congrégation des chanoines réguliers de Saint-Augustin avait alors pour supérieur Gilduin, son premier abbé, et se rendait célèbre de jour en jour en piété et en science dans toute l'Eglise. Hugues enseigna la théologie depuis 1150 jusqu'à sa

mort, L'éminence de son esprit et de sa doctrine l'a fait appeler l'Auguslin de son siècle. Ce savant théologien a écrit un petit traité sur le sacrement de l'Eucharistie dans lequel il établit de la manière la plus claire et la plus formelle la doctrine de l'Eglise catholique sur la transsubstantiation. Oshert, un de ses confrères, qui a écrit sa vie et qui l'assista dans sa dernière maladie, nous dit qu'après lui avoir administré le sacrement de l'Extrème-Onction, il lui demanda s'il ne désirait pas recevoir le corps du Seigneur. Il lui répondit en le reprenant : « Mon Dieu ! vous me demandez si je veux recevoir mon Dieu ! allez bien vile à l'église et apportez-moi aussitôt le corps de mon Dieu. Deus meus! quœris si velim Deitm meum, cuire cito in ecclesiam et uffer cito corpus Deimei. » Osbert lui ayant apporté ce pain sacré de la vie éternelle, lui dit : « Adorez et reconnaissez le corps de Nôtre-Seigneur. » A quoi Hugues répondit en se levant un peu sur son lit : « J'adore devant tous mon Seigneur, et je le reçois comme mon salut. » Il mourut en 1140, à l'âge de quarante-trois ans.

« L'Eucharistie, dit-il, dans son traité sur le divin sacrement, l'Eucharistie qui est la grâce par excellence est appelée très-divine, parce qu'elle rend divins et participants delà naturede Dieu ceux qui la reçoivent dignement. Or, comme elle est tout ensemble et figure et vérité; qu'on y reçoit sous l'espèce du pain la véritable chair de Jésus-Christ; et qu'en recevant celte chair, on reçoit sa divinité même, on y participe, et on en-

tre en société avec elle; de là vient que l'Eucharistie est véritablement très-divine, très-sainte, et qu'elle a le pouvoir de sanctifier les choses mêmes qui sont saintes et sanctifiantes. Par les paroles de la consécration la vérilable substance du pain el du vin est changée au vrai corps et au vrai sang de Jésus-Christ, la seule espèce du pain et du vin demeurant dans le sacrement, et la substance passant en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Or, il faut croire que ce changement ne se fait pas par l'union et le mélange des deux natures ensemble; mais par le changement d'une nature en une autre. Nous ne disons pas aussi que le corps de Jésus-Christ soit tellement consacré dans le pain, qu'il reçoive son être du pain ; ni que la substance du pain étant changée, il s'en forme tout à coup un nouveau corps : mais nous croyons que cette substance est changée au véritable corps de Jésus-Christ.» {De sacram., iih. Il, cap. vui.)

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