SENTIMENTS DES SAINTS SUR L'EUCHARISTIE
qui signifient : Oh! la bonne rencontre! De là vient le nom de Bonavenlure qui fut donné à notre saint. Sa mère, pleine de reconnaissance, le consacra par un vœu au Seigneur, et prit un grand soin de lui inspirer les sentiments de piété qui devaient l'animer. Son fils répondait à toutes ses vues. Les progrès qu'il fit dans les études étonnèrent ses maîtres ; mais ceux qu'il fit dans la science des saints furent encore plus marqués. Lorsqu'il eut atteint sa vingt-deuxième année, il entra dans l'ordre de Saint-François, en reconnaissance du bienfait que saint François lui avait obtenu par ses prières.
Peu de temps après, il fut envoyé à Paris pour y achever ses études sous Alexandre de Haies, surnommé le Docteur Irréfragable. La moit lui ayant enlevé ce maître en 1245, il suivit les leçons de Jean de la Rochelle, son successeur. Il devint si habile dans les sciences ecclésiastiques, qu'on lui donna plus tard le nom de Docteur Séraphique, tant grande était l'onction céleste qui découlait de son cœur, et tant puissants étaient les traits qui s'échappaient de sa bouche. Saint Thomas dAquin l'étant venu voir, et lui ayant demandé dans quels livres il avait appris la science sacrée : «Voilà, répondit-il en lui montrant son crucifix, la source où je puise mes connaissances, j'étudie Jésus, et Jésus crucifié. »
11 avait des heures marquées pour s'occuper uniquement de la prière, qu'il regardait avec raison comme le principe de la grâce, et comme la clef qui
ouvre le ciel. Sa vie était si pure, ses passions si parfaitement soumises qu'Alexandre de Halès avait coutume de dire, en parlant de lui, qu'il ne paraissait pas qu'il eût péché en Adam.
Après la mort de Jean de la Rochelle, il fut appelé à le remplacer dans l'enseignement de la théologie, bien qu il n'eût encore que vingt-trois ans. Tandis qu'il enseignait la théologie à Pai is, il fut élu général de son ordre dans un chapitre qui se tint à Rome en 125G. A trente-cinq ans le pape Grégoire X le nomma à l'évèché d'Albano, et le fit cardinal. Il était dans la cinquante-troisième année de son âge lorsqu'il mourut à Lyon, le 45 juillet 4274, pendant le concile général qui avait été convoqué par le pape Grégoire X, pour la réunion des grecs et des latins. Ses funérailles se célébrèrent avec la plus grande magnilicence, le pape et tons les Pères du concile y assistèrent. En l'année 4482 il fut canonisé par Sixte IV. Sixte V le mit au nombre des docteurs de l'Église.
Gerson dit, en parlant de saint Bonaventure, qu'il était un chérubin, tant ses écrits éclairent l'esprit et embrasent le cœur.
Entendez-le, dévoilant à ses frères les sentiments dont son cœur était plein pour la communion fréquente :
« Celui qui ne s'approche pas de la table eucharistique se prive de tous les avantages qui résultent de la sainte communion ; et ces avantages sont : la rémission des péchés, l'alTaiblissement de la conçu-
piscence, l'illumination de l'esprit, la réfection intérieure, l'incorporation à Jésus-Christ et à son corps mystique, l'affermissement dans la vertu, la force contre le démon, la certitude plus inébranlable de la foi, l'accroissement de l'espérance, l'embrasement de la charité... Il rejette le viatique du pèlerinage, et s'expose ainsi au danger de mourir: car, en ne recevant point pour aliment le corps de Jésus-Christ, destiné à entretenir la vie, il devient comme un membre Jesséclié qui ne participe plus à la nourriture du corps auquel il appartient.
« Examinez dans quel état et dans quelle disposilion vous vous approchez... Ce pain céleste et vivifiant ne saurait être une source de vie, une nourriture pour les membres morts et retranchés de leur tige... Le sacrement est reçu, il est vrai, par les indignes, mais non la chose du sacrement, c'est-à-dire la grâce de Jésus-Christ et l'union de la charité. La bouche le mange, mais l'esprit y demeure étranger ; le corps s'en nourrit, mais le cœur n'y puise aucune force. On l'avale comme un noyau auquel on ne fait aucune lésion, et il ne vivifie point l'âme, il ne se l'incorpore point, il ne se l'unit point. Mais plutôt, cédant à son dégoût, le Sauveur vomit cette âme comme un cadavre pourri et bon à devenir la proie des bêtes et des oiseaux sauvages. » [Traité de la préparation à la sainte messe.)
Ecoutez maintenant cette âme angélique s'épancha nt au pied des tabernacles:
« Transpercez-moi, Seigneur Jésus, jusqu'au fond du cœur, de la douce et salutaire blessure de votre amour; remplissez-moi de cette charité vive, sincère et tranquille, qui faisait désirer à votre apôtre saint Paul d'être délivré de son corps pour être avec vous. Que mon âme languisse pour vous, toujours enflammée du désir de vos tabernacles éternels.
« Que je sois afl^imé de vous, qui êtes le pain des anges, la nourriture des âmes saintes, le pain vivant que nous devons manger tous les jours, le pain nourrissant qui soutient le cœur de l'homme, et qui contient toute douceur!
« Que mon cœur ait toujours faim de vous, et qu'il vous mange sans cesse, ôpain désirable I qu'il ait soif de vous, ô fontaine de vie, vive source de sagesse et de science, torrent de volupté, qui réjouissez et arrosez la maison de Dieu ! que je ne cesse de vous désirer, vous que les anges désirent de voir, et qu'ils voient toujours avec un nouveau goût !
« Que mon âme vous souhaite, qu'elle vous cherche, qu'elle vous trouve, qu'elle tende à vous, qu'elle y arrive; soyez l'objet de mes pensées et de mes entreliens; que je fasse tout pour votre gloire et l'honneur de votre nom, avec prudence et discrétion, avec amour et joie, avec une persévérance qui ne se démente jamais ! Soyez toujours vous seul, mon espoir, mon salut, le confident de mon cœur, mes richesses, ma joie, le charme de ma vie, mon bonheur, mon repos, ma tranquillité et la paix de mon âme !
« Soyez pour moi une douceur toujours attirante, un parfum enivrant, un mets exquis, une nourriture solide et toujours agréable ! Soyez mon refuge, ma consolation, mon secours, ma force, ma sagesse, mon partage, mon bien, mon trésor, dans lequel mon cœur choisisse à jamais son séjour, et auquel mon âme demeure fixement, immuablement et éternellement attachée ! Ainsi soit-il, »
W SIÈCLE
En l'année 1500, au commencement du quatorzième siècle, au moment oij l'Eglise allait subir de si longues et cruelles épreuves, vint au monde Henri Suso, dont les vertus et la brûlante charité devaient consoler le cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ de l'ingratitude et de la malice des hommes. 11 était issu de la noble famille des Berg et des Saussen. Il eut le bonheur d'avoir une pieuse et sainte mère qui l'éleva dans la crainte du Seigneur, et lui inspira dès le berceau une piété tendre qui fit le charme et la consolation de sa vie.
Dès l'âge de treize ans, le bienheureux Suso entra dans l'ordre de Saint-Dominique. Son amour pour Notre-Seigneur était si ardent, qu'il voulut inscrire sur son cœur le saint nom de Jésus, le bien-aimé de son âme. Il prit un stylet de fer, et, se déchirant la
lOî i^ENTlMENTS DES SAINTS
poitrine, il y forma en lettres sanglantes ce nom divin ; c'est par là qu'il commença une vie d'austérité et de pénitence, afin d'imiter celle de son divin Sauveur. Il avait surtout une ardente charité pour Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le divin sacrement de l'Eucharistie. Ecoutez l'exposé de ces sentiments: