‹ Le ciel sur la terreChapitre 37 sur 120 · DE VENISE · texte numérisé non relu

DE VENISE

A JÉSCS-CIIBIST, RÉSIDANT DANS LE TIlÈS-SAIXT SACREMENT.

« Mon bien-aimé Jésus, jamais le cœur de l'homme ne pourra comprendre ce témoignage de votre amour. 0 cœur de l'homme plus dur que la pierre ! cœur qui n'es réellement pas un cœur, puisque tu n'es pas embrasé d'amour pour Jésus-Christ: la piorre dissoute par l'action du feu se fond et se change en

airain, et toi tu conserves loule ta dureté au milieu des flammes. 0 cœur perfide, cœur cruel et infidèle, comment n'aimes- tu pas un Dieu qui est mort d'amour pour toi ? 0 cœur aveugle qui préfères la mort à la vie, pourquoi ne pas recevoir la beauté infinie qui te cherche? 0 rochers ! ô créatures inanimées, pleurez la dureté de mon cœur.

« Mais vous, ô amour de mon Jésus, combien je vous désire ! vous êtes les délices de mon esprit, le foyer de ma vie, la lumière de mes yeux et la mélodie de mes oreilles. 0 Eucharistie, ù victime sans tache offerte continuellement à Dieu le Père, ô saveur incomparable du pain du ciel, ô touches ineffables du côté entr'ouvert de Jésus, ô Eucharistie, âme de mon âme, moelle de mes os, substance vivifiante de tout mon être, sanctification de mes membres, inspiration de mon intelligence, 'ma joie, mon bonheur, mon amour et mon Dieu , pourquoi ne suis-je pas absorbé tout entier par votre amour? pourquoi ne suis-je pas tout amour? quoi de plus doux que l'amour infini ? quoi de plus calme, de plus pur, de plus suave, de plus désirable? Pourquoi ne suis-je pas enveloppé dans ses filets de manière à n'en pouvoir jamais sortir? pourquoi ne suis-je pas transpercé de ses flèches? pourquoi ne m'écrié-je pas sans cesse: Vous avez blessé mon cœur, ô mon Dieu, vous avez blessé mon cœur ! Hélas ! votre amour m'environne de toutes parts, et j'ignore ce que c'est que l'amour. Mais pour quelle raison suis-je frappé d'une telle

insensibilité? D'oii vient que la vanité a plus daltrails pour moi que la vérité? d'où vient que je préfère, ô honte ! ù désespoir! d'où vient que je préfère les plus viles ciéalures à mon ('réateur, à mon Rédempteur, à mon Dieu ?

« 0 Jésus, avant de monter au ciel vous avez laissé au prêtre le pouvoir de vous rendre présent surl'autel, vous avez voulu vous incorporer si intimement à nous, et nous abreuver si abondamment de votre sang précieux, que nous fussions comme enivrés de ce divin breuvage, et de l'amour qu'il doit nous inspirer, afin que nous ne lissions plus avec vous qu'un cœur et qu'une àme. Oui, c'est là votre vœu, ô mon Sauveur, et c'est là aussi la faveur (jvie j'implore de votre patiente miséricorde.

« Oh ! combien je vous rends grâces, doux et fidèle ami des hommes, pour ce sang que vous avez versé pour nous racheter; oh! combien je vous rends grâces surtout pour l'auguste mystère do votre cor-ps et de votre sang dans ce sacrement d'amour, qui tous les jours nous nourrit, nous désaltère, nous sanctifie et nous rend participants de votre divinité!

« 0 pain dévie, suave nourriture, délicieux festin, dont la manne et l'agneau pascal n'étaient que d'imparfaites figures ! qui pourra, en vous recevant, vous louer, vous bénir, comprendre au moins une faible partie de ce que vous êtes, et former des désirs quelque peu en rapport avec les biens infinis que vous renfermez? Je me sens défaillir quand je pense à vous.

lis SENTIMENTS DES SAINTS

Eli! quel cœur ne tressaillerait quaud il sait que son Dieu est uni corporellement à lui-même et lui-même à son Dieu!

« L'esprit n'est pas capable de concevoir le secret d'un si grand mystère ; la langue renonce à l'exprimer et la raison de l'homme n'y peut pénctrer. Oh ! que l'àme y goûte de saintes voluptés ! oh I quels parfums! quelles paroles! quels inelfables cnibrassements ! quel est celui qui osera essayer de les dire? On n'y entend que les chants de joie de l'homme intérieur spiritualisé, les cris de l'âme qui brûle de désirs sacrés, les actions de grâces, les soupirs que l'amour mêle parmi les louanges du bien-aimé ; car l'âme que la présence d'un tel époux console est ravie hors d'elle-même, elle est abîmée dans son néant, elle est inondée des lumières du ciel, elle jouit d'un merveilleux repos qui apaise dans cet instant toutes ses inquiétudes; elle est fortifiée par la foi, soutenue par l'espérance et unie à son Dieu par les liens de la charité.

« 0 douceur de l'amour ! ù charité divine ! vous êtes ma propre vie, le but que je poursuis et la gloire que je m'efforce d'acquérir. Prenez mon âme, ô divin Jésus, dirigez-la ; guidez mon intelligence, élevez ma volonté, captivez mes affections; mon cœur a soif de vous, plongez-le dans l'océan de l'éternelle volupté afin que je ne vous possède plus en partie, mais dans toute votre plénitude, et que j'aime mon Dieu dans les joies de l'éternité ! »

niiCONNAISSASCE ET TliASSPORTS DK i/aMIÎ DK SAINT LAURENT JCSTIMEX ArilÈS LA SAINTE COMMUNION.

« 0 mon Sauveur, comme le cerf altéré soiipire après Veau des fontaines, ainsi mon âme désire vous rendre grâces et vous glorifier pour le don sans égal que vous m'avez fait dans votre sacrement. OIi ! que mon cœur, et ma voix, et toutes mes facultés, se réunissent pour chanter vos louanges!

« 0 pain plus doux que le miel, fortifie ma faiblesse, élève le regard de mon cœur, et que mon esprit s'élance d'une aile rapide vers cette éternelle Sagesse qui domine l'univers et dispose de tous les événements avec force et douceur. Brisez, Seigneur Jésus, brisez les liens qui m'attachent encore aux créatures, pour que je me dirige plus librement vers vous. Voici que mon cœur so présente à la porte du vôtre, recevez un malheureux qui vous demande audience, et permettez-lui de se reposer en vous ; ô mon Dieu, vous êtes le pain de vie, vous donnez de la vigueur à tous ceux qui vous cherchent; tendez la main à un infortuné qui va tomber si vous ne le soutenez ; je brûle de vous servir et d'établir ma demeure dans le secret de votre cœur ; vous vous êtes donné à moi, oh! que j'aie le bonheur de vous posséder toujours !

« Je suis le plus misérable de vos serviteurs ; mais vous savez que nul autre que vous ne peut me satisfaire. Hors de vous, en qui j'ai placé toutes mes espé-

rances, je ne ressens que du dégoût. Ne m'abandonnez point; tendez-moi toujours la main du haut des cieux, attirez-moi près de vous, et je n'aurai aucune crainte. Les dangers qui m'environnent s'éloigneront, et je vivrai dans votre paix, plongé dans un torrent de délices. Mais je vous demande par-dessus tout d'exciter sans cesse en moi le feu sacré de voire amour; mon cœur, de son côté, veillera sur luimême, pour ne point s'éloigner de vous ; je vous célébrerai dans mes chants, je vous glorifierai dans mes prières; mon corps, il est vrai, restera dans l'exil, mais mon âme s'envolera jusqu'au trône où règne Dieu, qui est mon seul trésor!

0 éternel repos! ô vie bienheureuse! ô mon Dieu, source de toute félicité; ô règne des cieux, règne de tous les siècles, pendant lequel il me sera permis de voir face à face, dans l'éclat de sa gloire, ceint du diadème que sa mère posa sur son front au jour de ses noces et de la joie de son cœur,\e Roi des rois, devant lequel les anges se prosternent en offrant le tribut incessant de leurs louanges et de leurs bénédictions ! Ils vous voient, ô Jésus, ces esprits bienheureux, et ils désirent vous voir toujours; je ne vous vois pas, et je vous désire comme eux; ô véritable soleil de justice, ils n'ont plus besoin de la lumière des astres pour éclairer leurs yeux, car la splendeur de la gloire du Père brille au milieu d'eux ; ô Verbe du Père ; ô divine clarté du ciel et de la terre; ô Seigneur Jésus, éclairez aussi mes yeux ici-bas, afin que je vous

SUR L'EUCIIARÎSTIE. 1-21

connaisse, que je vous aime et que je jouisse de vous, dès cette vie, dans la possession d'un éternel amour!

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