‹ Le ciel sur la terreChapitre 38 sur 120 · SAINTE CATHERINE DE GÊNES · texte numérisé non relu

SAINTE CATHERINE DE GÊNES

Sainte Catherine de Gènes, issue d'une des plus grandes et des plus anciennes familles de Gènes, les Fieschi, montra dès l'enfance qu'elle était destinée à ne vivre que pour Dieu. A treize ans, elle voulut entrer au couvent de Notre-Dame-des-Grâces, où était sa sœur. Elle ne fut point admise ; et, à l'âge de seize ans, elle fut mariée à Julien Adorni, frère de Georges Adorni, chef de la république vénitienne. Ce mariage réconcilia les Fieschi et les Adorni, deux familles rivales. Catherine eut bien des larmes à verser sur cette union ; malgré sa beauté et sa majesté royale, elle fut dédaignée, pour sa réserve et la sévérité de ses mœurs, par son mari. Elle fut abreuvée d'amertume pendant dix années ; un vide affreux s'était formé dans son cœur. Désespérée, n'en pouvant plus, elle alla trouver une sœur du couvent de >'otre-Damedes-Gràccs :

« Ma sœur, dit à la jeune femme l'épouse de Jésus- Christ, il n'y a qu'un remède à vos maux, c'est de vous jeter courageusement dans les bras de Dieu. Allez trouver un prêtre, mettez-vous à genoux, confessez-vous. La paix est là. »

Elle suivit ce conseil, repassa dans l'amertume de son âme sa vie tout entière, et Dieu, qui la regardait

agonoiiillée aux pieds du prèlre, louché de tant de droiture et d'un rej)enlirsi sincère, fit descendre dans son cœur un rayon de sa divine bonté, qui embrasa le cœur de Catlierine d'une flamme toute céleste. Après avoir reçu la sainte absolution, elle s'approcha de la table sainte, et Dieu la consola en l'assurant qu'il l'aimait et qu'il lui avait pardonné toutes ses ingratitudes passées.

L'amour divin opéra en elle de grandes choses, elle en était toute consumée. Sa vie, c'était l'Eucharistie. Son Jésus suffisait à tout. Pendant vingt-trois ans. elle ne se nourrit pendant le Carême, et depuis la Saint-Martin jusqu'à Noël, que de la divine Eucharistie, qu'elle recevait tous les jours. Quand elle priait devant les tabernacles, sa flgure s'enflammait, sa chair pâle et morte devenait rouge comme du feu. Elle mourut le 14 septembl*e 1510, à la soixantedeuxième année de son âge. Clément XIV la canoni.-a solennellement, en 1757.

Voici quelques étincelles qui jaillissaient de son cœur, où Dieu avait allumé un incendie d'amour, en se donnant à elle sans partage et sans réserve, d;ins la sainte communion:

« 0 amour de mon Jésus! ô amour! est-ce pour m'attirer à vous que vous me présentez l'appât de vos douceurs? Je n'en veux point, ô mon divin Jésus ! Tout ce que je désire, ô mon Dieu ! tout ce que je désire, tout ce que j'attends de vous, c'est vous-même !

« Lorsque je vous vois. Seigneur Jésus, prodiguer

SUU LElC!IAl\lSTli:. 123

i riiomm« un amour si extraordinaire, je désirerais savoir quel en est le motif; car je le vois toujours en iliscordance avec votre aimable volonté, sans amour pour vous, résistant à vos opérations ; en un mot, contraire à votre bon plaisir en toutes choses. »

Dans ses transports d'amour pour la divine Eucharistie, elle invitait les créatures même inanimées à bénir et à louer le Dieu qui s'était donné à elle. « Eh ]uoi! s'écriait-clle, n'ctes-vous pas, toutes, les créatures de mon Dieu? Aimez-le donc! bénissez-le de tout votre pouvoir et de toute votre force. 0 Jésus ! 5 mon amour! qui pourrait m'empccher de vous ciimcr? 0 Jésus! ô mon amour! si les autres sont attachés à vous par une cliaîiie, je m'y rattacherai, moi, par dix! Que puis-jedésiier autre chose, ô mon Dieu, sinon que mon cœur puisse brûler et être consumé par vous sur la terre? Je ne veux que vous seul; et je ne goùlei'ai point de repos jusqu'à ce que je sois cachée et abîmée dans votre divin cœur par la sainte communion. Oh ! qu'il y a peu d'hommes dans lesquels Dieu habite ! 0 mon Dieu, vous retenez votre amour en vous-même, parce que les hommes distraits par les choses de la terre refusent de le recevoir ! 0 terre, que donneras-tu en échange à ces hommes que tu engloutis? Aimez donc, aimez le Seigneur I »

« Dieu, s'écrie-t-elle encore, est mon être, ma force, mon bien, ma béatitude. Je n'aperçois plus rien hors de Dieu, soit au ciel, soit sur la terre, et je puis bien m'écrier, avec saint Paul : « Je vis, mais non

12 i SENTIMENTS DES SAINTS

« plus (le ma propre vie ; c'est Jésus-Cliiisl qui vil « on moi. » J'ignore si j'ai un corps, une âme, un cœur, une volonté ou quelque autre chose. Je ne vois plus, jo ne sens plus, je ne goûte plus ({ue le pur amour de Jésus-Christ. Je suis tellement transformé en lui, qu'assuré par lui de le posséder toujours je ne crains plus de le perdre. Cette assurance est si certaine, que mon espérance se dissipe, et la lumière qui m'éclaire est si vive, qu'il me semble que je n'ai plus besoin du flambeau de la foi. »

Quels sentiments magnifiques! quelles iHspositions admirables! Qui ne porterait une sainte envie à cette grande sainte !

SAINTE LIDWINE

Sainte Lidwine naquit en Hollande, dans la ville de Schiedam, de parents pauvres, mais rccommandables parleur piété : ce fut le dimanche des Rameaux, de l'an 17)98. Elle montra, dès son enfance, une tendre dévotion à la divine Eucharistie. Sa vie fut un continuel martyre, tant grandes furent ses souffrances qui la retinrent trente années de sa vie clouée sur un lit de douleur. La pensée du Calvaire oîi Jésus était mort la consolait, lui rendait délicieuses toutes ses douleurs; la vue de ses blessures était comme un glaive (jui transperçait son cœur et lui faisait oublier, à force de compatissance, ses propres soulTrances. Enfin, après une existence si douloureuse, et en

même temps si admirablement résignée, elle mourut à l'âge de trente-huit ans, et lut recevoir la couronne promise à ceux qui ont souffert en vrais disciples de la croix.

L'altrait de sainte Lidwine pour la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'unique bien-aimé de son âme, ne pouvait manquer de rejaillir sur le sacrement établi pour en perpétuer et la mémoire et les elTets. Aussi sainte Lidwine éprouvait une faim ai dévorante de la divine Eucharistie, que l'intervalle d'un jour entre ses communions lui semblait un siècle. Il arriva un jour que le curé du village qu'elle habitait voulut la priver de ce divin aliment. Après le lui avoir humblement, mais vainement demandé, elle lui dit : « 0 mon Père, si je tenais la clef du Tabernacle comme vous la tenez, et si je vous voyais pressé par la faim qui me dévore, je ne vous refuserais pas le pain de vie comme vous me le refusez. 0 Père de mon âme, ajouta-t-elle, ayez pitié de votre pauvre fille qui n'a d'autre consolation en ce monde que l'amour de Jésus, d'autre ressource pour entretenir sa vie que la chair de Jésus. »

Voici cequelle insinuait à ceux qui la consultaient touchant la divine Eucharistie : « Lorsque vous assistez à la sainte messe, pensez d abord que le ciel est ouvert et que les anges descendent en foule pour adorer l'Agneau qni va s'immoler sur l'autel. Méditez ensuite sur la passion de ce doux Sauveur, avec la dévotion la plus intime possible. Si vous devez y

communier, il sera bon de vous exercer à l'amour intérieur de celui qui va devenir votre aliment, à le goûter d'une manière savoureuse et surtout à suivre les mouvements de son esprit qui portent l'âme à imiter sa sainteté. Ce n'est pas un hôte ordinaire que vous recevez dans la maison de votre cœur, c'est le Roi des rois, c'est le Fils unique de la Vierge-Mère, qui reformera le corps de votre humanité sur le modèle de son corps glorieux. C'est une nourriture qui rassasie pleinement l'âme pénitente qui la mange; c'est une nourriture fortifiante pour l'âme qui veut avancer, mais que le travail de la vertu fatigue. C'est une nourriture souverainement délectable aux Israélites selon l'esprit, qui, sortis de l'Egypte, marchent vers la terre de promission. C'est une nourriture qui engraisse non les corps bien nourris, mais les cœurs dévots; non la ch'air affamée, mais les âmes que la maigreur afflige ; non les corps paresseux , mais les esprits applicjués aux œuvres de la piété. »

Page 1