LA BIÈRZ: ANNE-MARGUERITE CLÉMENT
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De son ardeur pour lu suinte communion. — Le Prophète-lioi , voulant décrire quelque chose de la noble passion que l'amour de Jésus-Christ allume dans le cœur des âmes fidèles et de ce désir empressé qu'il leur donne pour le Sacrement de nos autels, n'a pu, ce somble, s'en exprimer d'une manière plus propreque par ces paroles qu'il \iiet dans leur bouche : « Comme le cerf altéré cherche les eaux des fon- « taines ; ainsi mon àme vous désire, ô mon Dieu! » C'est l'idée la plus juste que l'on puisse donner de l'ardeur de cette fidèle amante de Jésus. Elle était si altérée des eaux vives, que son cœur courait à perte d'haleine vers les sources éternelles de l'Eucharistie pour se rafraîchir. Cette ardeur était si grande, que le P. Galice en rendit un jour ce témoignage : « Je « viens de quitter la Mère Clément avec un désir si « ardent de la communion de demain, que la nuit a lui va durer plus de vingt-quatre heures. » Si elle eût osé, elle eût demandé tous les jours la grâce de
recevoir Jésus-Clirist, et l'on ne trouve rien de plus répété dans ses lettres que les expressions de son ilcsir de ce pain de vie. Elle pressait sans cesse les personnes de qui elle dépendait de lui accorder des communions extraordinaires. La nuit qui précédait cet heureux jour, Notre-Seigneur lui laissait moins de repos, et son cœur transporté de joie ne pouvait plus se contenir. Voici quelques expressions que nous voyons dans ses lettres : « Mon âme a une « grande faim de son Dieu, et elle en est altérée, sur- « tout depuis qu'il lui a dit au cœur : Je suis le pain « vivant qui suis descendu du ciel : si quelqu'un a mange de ce pain, il vivra éternellement. Venez à « moi, vous tous qui êtes surchargés, et je vous sou- « lagerai. Buvez, mangez, et vous enivrez, mes hien- « aimés. » Je ne désire que de communier, car les désirs de mon Dieu sont d'être avec les enfants des hommes. » Une autre fois : « Je me sens si fort pres- « sée de recevoir mon Dieu, que je ne saurais sans cela « donner aucun rafraîchissement à mon cœur. »
Un jour de communion, Notre-Seigneur voulant augmenter ses grâces pour la mieux préparer à le recevoir, il usa de ces paroles du Cantique : « Ouvrez- « moi, ma sœur, ma belle, ma colombe, mon épouse, « car ma chevelure est chargée de rosée et des gouttes « de la nuit;^» pour lui faire comprendre le désir qu'il avait de siif donner à elle, après avoir passé toute la nuit en attente, comme l'époux à la porte de sa bien-aimée. Ces paroles produisirent en elle un amour
ardent et une humiliation profonde de se voir traitée si honorablement par son souverain Seigneur, lequel, continuant de la favoriser, sanctifia son cœur pour le rendre plus digne de le recevoir, et lui dit : « Tu es « ma bien-aimée puisque je t'ai communique mes « secrets. Tu es ma sœur par la charité fraternelle « qui règne entre nous deux. Tu es ma colombe par « la pureté de ton àme, et tu es mon épouse par les « grands dons que je t'ai faits. » « 31ais comment, ô « mon Dieu, répliqua-t-elle, pourrai-je être votre « épouse, n'ayant que de la pauvreté et de la mi- « sère? » A quoi le divin époux répondit : « Ne comptes- .< tu. pour rien les trésors que j'ai mis en toi ? » Et il lui fit ensuite le tableau des grâces générales et particulières qu'il lui avait faites, lui enseignant que la beauté que l'épouse apporte à son Epoux ne sont autres que les dons de sa libérale bonté.
Pour l'ordinaire, elle sentait dans la bouche une douceur de miel les jours de communion. Un jour, ayant éprouvé le goût d'un parfum excellent, comme il lui arrivait quelquefois, elle fit effort pour éloigner cet cflet sensible par des actes formels. D'autres fois, elle sentait sa bouche pleine de feu, ce qui lui causait même de la douleur à la langue, pendant que la sainte hostie était dessus. Ce quelle considérait comme un signe sen.sible que Dieu exauçait la prière qu'elle lui avait faite de purifier sa langue, afin qu'elle ne pT^olerât pas une seule parole qui ne fût à sa gloire. Après une communion, elle reçut une réprimande de Jésus-
Christ sur ce qu'elle donnait quelquefois la liberté à ses puissances de se joindre à d'autres objets qu'à lui, ce qui la lit fondre en larmes sans qu'elle s'en aperçût ; ses larmes coulaient doucement pendant qu'elle écoulait ce reproche.
Voulant, une nuit, réciter le psaume Miserere pour purifier son cœur avant la communion, quand elle fut au verset Cor muudum créa in me, Deus, le Père céleste se présenta à son esprit en lui disant qu'il voulait lui créer un cœur tout nouveau et une âme toute nouvelle, dans laquelle il ne laisserait aucun empêchement à sa demeure en elle, parce qu'il voulait toujours y habiter, et ensuite il lui parut que les Iroisdivines personnes entrèrent dans ce cœur qu'elles tenaient ouvert, et qu'après l'avoir purifié et sanctifié elles y répandirent une nouvelle charité. Elle entendit qu'elles se disaient: « iNous voici en possession de « ce cœur que nous avons créé derechef; il n'y a plus « d'obstacle à notre séjour. » Et Dieu, s'adressant à elle, lui dit : « Vois comme tu contiens tout en toi ; « tu possèdes tout avec moi : tu as la toute-puissance « avec le Père, la sagesse avec le Fils, et la bonté avec « le Saint-Esprit. Vois donc combien ce cœur est « riche, c'est parce qu'il est notre demeure. »
La plus grande partie des grâces qu'elle a reçues lui ont été données à la communion.
Se trouvant un jour pressée d'un désir ardent do communier, et n'osant le faire parce que la Communauté ne communiait pas, Notre-Seigneur, voulant la
consoler, lui dit : « Que veux-lu davantage? Ne suis- « je pas avec loi? ma présence ne peut-elle pas te « servir de nourriture? » Elle y acquiesça humblement et demeura dans la paix.
Quelque ardeur qu'elle eût pour ce pain des anges, elle en portait la privation avec une humble résignation. Le Père Galice le lui ayant refusé un samedi saint, il lui demanda si elle n'en était pas fâchée, elle lui répondit : « 0 mon Père ! comment pourrais-je m'en « fâcher? j'en suis trop indigne. Je neveux que ce « que vous voulez, quoique d'ailleurs je brûle de. faire « de mon cœur un tombeau vivant à ce Dieu mort. »
Elle était si pénétrée de respect pour cet auguste Sa«rement, qu'elle se tenait toujours à genoux en sa présence, quoiqu'elle y demeurât très-longtemps de suite et dans un parfait recueillement. A moins que d'une nécessité indispensable, elle ne perdait aucune messe qu'on disait dans notre église, et elle assistait à ce grand sacrifice avec une attention et une ferveur qui en inspirait aux âmes les plus froides. Dans ses maladies, elle n'avait de plus rude mortification que d'en être privée, demandant sans cesse qu'on lui permît de se lever, quoiqu'elle fût très-mal, afin d'avoir la consolation de l'entendre ; et, lorsque cette grâce lui était refusée, elle tâchait d'y suppléer, faisant dans son lit l'exercice spirituel qu'elle aurait fait au chœur, ens'unissant à la Communauté pour participer aux fruits de ce divin sacrifice avec plus d'avantage.