SŒUR ANNE-SÉRAPHINE BOULIER
PENSÉES DE SŒUR AXNE-SÉr.APIlINE BOULIER, RELIGIEDSE DE LA VISITATION SAIXTE-MARIE, PAR RAPPORT A LA SAINTE EDCHAI'.ISTIE.
Vœil de la foi découvre les beautés de Jésus-Christ voilé. — La sainte Eucharistie est le grand mystère de notre foi, parce que Jésus-Christ y est si petit, ou plutôt si anéanti, sous les espèces sacramentelles, en tout ce qui est de Dieu et de l'homme, qu'il faut une lumière de foi vive et pénétrante pour le découvrir dans ce néant; mais c'est là que l'âme, éclairée des lumières célestes, trouve cet amant divin infiniment aimable sous les voiles de son amour. Elle y découvre de nouveaux motifs de l'aimer. Si l'œil de la foi y contemple tout ce que le ciel a de plus beau, ce cœur y goûte tout ce que la gloire a de plus doux.
Heureux le regard qui, sous ses voiles, a vu Jésus dans l'éclat de sa gloiie! Heureux celui qui, pénétrant jusque dans le cœur de Jésus même, apprend par les dispositions de ce cœur amoureux celles qu'il demande à son tour du nôtre pour le recevoir dignement.
Aimer pour bien communier. — Sans eau, on ne fait rien à la pénitence ; sans feu, on ne fait rien à la sainte communion ; l'eau lave l'âme de ses taches, le feu embrase le cœur du divin amour. On ne saurait donner plus de complaisance à Jésus-Christ que de
jeter son précieux corps dans le feu qu'il a apporté du Ciel en terre, et qu'il veut être allumé dans tous les cœurs. Il se plaît dans les flammes d'un cœur aimant, et jamais il ne répand dans l'âme ses rosées de bénédiction avec plus d'abondance que lorsqu'il trouve l'âme plus embrasée. 0 jeunes cœurs! si vous voulez apprendre à bien communier, apprenez à bien aimer ! Un cœur sans amour est indigne de recevoir un Dieu d'amour. C'est l'amour qui vous le livre, que l'amour donc vous le fasse recevoir.
Une bonne communion dispose à une meilleure. — Ce regard pénétrant d'une foi vive sur le Bien-Aimé voilé, ce goût délicieux de la manne divine, allume les saintes ardeurs dans le fond de l'âme fidèle, et lui donne une faim et une soif qui ne sauraient se satisfaire qu'en buvant le sang et en mangeant la chair adorable de Jésus-Christ. Le cerf altéré a moins d'empressement à courir aux fontaines que l'àrne de recevoir ce sang adorable dont la vertu secrète altère toujours plus l'âme saintement altérée. Une bonne communion dispose à une meilleure, et ce pain quotidien donne une force invincible aune âme toujours affamée et toujours satisfaite.
Jésus se fait voir dans la sainte hostie. — Il sait, le souverain amant, que le cœur de son épouse, ,ou plutôt toute son âme, est attachée à lui sous les voiles de la sainte hostie, dans laquelle il séjourne par sa glorieuse et réelle présence, qui met le ciel sur les autels de la terre. C'est là qu'elle lui présente mille
beaux sacrifices, et qu'elle souhaiterait d'attacher et de consumer en holocauste avec son cœur les cœurs de toutes les créatures. Je sais que, s'apercevant du bon cœur de son épouse et de ses yeux attachés sur ce Sacrement d'amour, il eut assez de complaisance, par une faveur singulière, de tirer pour ainsi dire les voiles qui cachaient ses beautés glorieuses, et d'apparaître à cette âme tout brillant de gloire, à travers les nuages qui le couvraient, lui faisant sentir au cœur, par celte vue, les douceurs du ciel. Cela s'est fait ; mais le comment, je ne le sais pas ; tout ce que je puis dire, c'est qu'il semble que ces lumières fassent cesser la foi , et laissent dans l'âme comme un savoir de ce grand mystère de foi.