‹ Le ciel sur la terreChapitre 56 sur 120 · LÉONARD DE PORT-MAURICE · texte numérisé non relu

LÉONARD DE PORT-MAURICE

Le bienheureux Léonard, appelé de Port-3Iaurice du nom de sa patrie, petite ville située sur les côtes du pays de Gènes, naquit de parents très-vertueux, le 20 décembre KÎTG. Dès sa plus tendre enfance, il montra une propension si grande pour tous les exercices de la piété chrétienne, que dès lors on put prévoir qu'un jour le jeune Léonard serait un grand saint. A l'âge de dix-sept ans, il entra dans l'ordre de Saint-Bonaventure, ou des mineurs observantins. 11 y devint un modèle achevé de la perfection chrétienne et religieuse. Après avoir reçu le sacerdoce, il se consacra au ministère de la prédication évangélique. Pendant quarante-quatre ans, on le vit parcourant l'Italie, s'efforçant -de ramener à Dieu les âmes égarées, et répandant partout une ardente dévotion envers Jésus-Christ et l'auguste Marie. Il avait Ij cœur si brûlant d'amour pour Jésus et Marie, que ces noms si doux étaient continuellement sur ses lèvres. Il les faisait inscrire sur le frontispice des maisons, comme des gages assurés de salut. 11 donna cent deux missions en Italie, et établitdans les principales villes l'Adoralion perpétuelle du très -saint Sacrement. Tant de mérites, tant d'héroïques vertus, l'avaient rendu digne du ciel . 11 s'endormit dans le Seigneur à la soixante-quatorzième année de son âge, le 26 novembre 1 751 . Le pape Pie VI le béatifia le \ 4 juin 1 796.

Pour l'affermissement de noire foi, non moins que pour exciter noire piété, citons quelques passages de ses instructions sur l'Eucharistie.

1* XÉCESSITÉ DU SAI5T SACRIFICE DE LA MESSE FOnB APAISER LA COLÈRE DE DIEU.

« Que deviendrait le monde, si le monde était privé de la lumière du soleil? Hélas! il n'y aurait plus que ténèbres, horreur, stérilité et misère affreuse. Et si le monde était privé de la sainte messe, qu'en serait-il de nous? Infortunés mortels, privés de tous les biens, comblés de tous les maux, nous serions en butte à toutes les foudres de la colère de Dieu. 11 en est qui s'clonnent en voyant le changement qui s'est opéré, en quelque sorte, par rapport au gouvernement de ce monde. Autrefois le Seigneur se faisait appeler le Dieu des armées, il parlait à son peuple du milieu des nuages et la foudre à la main, et de fait il le châtiait selon toute la rigueur de sa justice. Pour un léger sentiment d'orgueil auquel David se laissa aller en faisant le dénombrement de son peuple, il envoya une peste si cruelle, qu'en peu d'heures elle causa la mort de soixante-dix mille personnes. Pour un simple regard trop curieux ou peu respectueux des Bethsamites sur l'arche sainte, il en fît périr plus de cinquante mille. Et maintenant voilà qu'il tolère avec patience, nonseulement la vanité et les légèretés, mais même les crimes les plus révoltants , les scandales les plus monstrueux, les blasphèmes les plus horribles dont

se rendent coupables un grand nombre de chrétiens.

« Comment donc cela se fait-il? Pourquoi une telle conduite? Nos ingratitudes seraient-elles plus excusables qu'elles ne l'étaient autrefois? C'est tout le contraire. Elles sont bien plus criminelles, à raison des bienfaits immenses dont nous avons été comblés. La raison véritable d'une si étonnante clémence de la part de Dieu, c'est la sainte messe, dans laquelle l'Agneau sans tache s'offre sans cesse au Père éternel comme victime pour expier les péchés des hommes. Voilà le soleil qui réjouit la sainte Eglise, qui dissipe les nuages et rend la sérénité au ciel. Voilà l'arc-enciel qui apaise les tempêtes de la divine justice. Pour moi, je suis convaincu que, sans la sainte messe, le monde, à l'heure qu'il est, serait déjà abîmé sous le poids immense de tant d'iniquités. Le saint sacrifice de la Messe, voilà le puissant levier qui le soutient. Concluez de là combien ce sacrifice de l'Agneau sans tache nous est nécessaire.

« Mais ce serait peu, si àl'occasion nous ne savions pas en profiter. Pour cela, lorsque nous assistons à la • sainte messe, nous devrions imiter l'exemple du célèbre Alphonse d'Albuquerque. Ce fameux conquérant des Indes orientales, se voyant avec son armée en péril de faire naufrage, à cause d'une violente tempête, prit un petit enfant dans ses bras, et, le tenant élevé vers le ciel : « Si nous sommes pécheurs, « dit-il, cette petite créature du moins est exempte « de péché. Ah ! Seigneur, pour l'amour que vous

« portez à cet être innocent, pardonnez aux court pables. »

a La prière d'Albuquerque fut entendue, la vue de ce petit innocent touclia le cœur de Dieu : la mer se calma, et la crainte d'une mort déjà imminente fit place dans ces cœurs abattus à la joie la plus vive.

« Eh bien ! que pensez-vous que fasse le Père éternel, lorsque le prêtre, élevant l'hostie sainte entre le ciel et la terre, lui présente l'innocence sans tache de son divin Fils? 11 est impossible que sa compassion résiste au spectacle attendrissant de cet agneau immaculé. 11 oubHe toutes nos iniquités, il ne sait plus que nous aimer et nous bénir toujours ! »

2° DE l'iionsedr et de la gloire qde le saint sacrifice rend a dieu.

« Le cœur dévoué de l'amour de Dieu et du désir de sa gloire, une vierge chrétienne s'écriait souvent : « 0 mon Dieu ! ô mon Dieu 1 que je voudrais avoir « autant de cœurs et autant de langues qu'il y a de a feuilles sur les arbres, d'atomes dans l'air, degout- « tes d'eau dans la mer, pour vous aimer et vous « louer autant que vous le méritez. Oh! que n'ai-je « en mon pouvoir toutes les créatures pour les dépo- « ser à vos pieds, afin que toutes se consumassent « d'amour pour vous, pourvu que je vous aimasse « moi-même plus qu'elles toutes ensemble , plus « même que les anges, plus que les saints, plus que « le paradis tout entier. » Un jour qu'elle se livrait à

ces transports avec la plus vive ardeur, elle entendit le Seigneur lui répondre : « Consolez-vous, ma fille, « par une seule messe que vous entendez avec dévo- « lion, vous me rendrez toute la gloire que vous « souhaitez, et infiniment plus encore.»

« Que cette proposition ne vous étonne point ! Jésus-Christ notre divin Sauveur, n'est pas seulement homme, mais Dieu véritable et tout-puissant, donc, lorsqu'il daigne s'abaisser sur l'autel, il rend à l'adorable Trinité, par cet anéantissement divin, une gloire, un honneur infini ; et par conséquent nous qui concourons avec lui à offrir l'auguste sacrifice, nous contribuons aussi à rendre à Dieu, par son entremise, des honneurs, une gloire, d'un prix infini. »

« 0 richesses immenses du saint sacrifice de la messe. Comprenez bien cette vérité, dit saint Bernard, en entendant ou en célébrant une seule messe, on peut mériter plus que celui qui consacrerait toute sa fortune à soulager la misère des pauvres, plus que celui qui s'en irait en pèlerinage jusqu'au bout du monde, qui visiterait avec la plus grande dévotion les sanctuaires de la terre sainte, de Rome, de Notre- Dame de Lorette. La raison de cette affirmation, dit le docteur angélique, c'est que dans un seul sacrifice de la messe sont renfermés tous les fruils, toutes les grâces, tous les trésors que le Fils de Dieu a répandus avec tani d'abondance sur la sainte Eglise, son épouse, par le sacrifice sanglant de la croix.»

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O' EXEMPLES d'illustres PERSONNAGES QDI METTAIENT LEUK BOMIECK A EXTENDUE LA SAINTE MESSE

« Qui s'étonnerait maintenant en voyant les plus illustres personnages assister tous les jours au saint sacrifice de la messe !

« Le grand Constantin na se contentait pas d'entendre la messe tous les jours dans son palais : lors même qu'il marchait à la tête de ses armées, et jusqu'au milieu des camps, il était suivi d'un autel porî.alif et ne manquait aucun jour de faire célébrer les saints mystères. C'est son éminente piété qui lui valut les victoires signalées qu'il remporta sur ses ennemis. Lothaire, empereur d'Allemagne, observa constamment la même pratique ; à la guerre comme en temps de paix, dans son palais comme sous la tente, il voulut tous les jours entendre jusqu'à trois messes.

« Le pieux roi d'Angleterre, Henri lll, en entendait également trois tous les jours, à la grande édification de toute sa cour. Sa dévotion fut récompensée de Dieu même, temporellement, par un règne de cinquante-six ans.

« Mais pour mettre en évidence la piété des monarques catholiques anglais et leur assiduité à entendre la sainte messe, il n'est pas nécessaire de recourir aux siècles passés ; il suffit de jeter les yeux sur cette grande âme dont la ville de Rome n'a pas encore fini de pleurer la perte, je veux dire la pieuse

reine Marie-Clémentine. Cette princesse, comme elle a eu la bonté de me le dire, maintes fois, faisait ses plus chères délices d'assister au saint sacrifice ; aussi entendait-elle chaque jour le plus de messes qu'elle pouvait. Et elle y assistait immobile, à genoux, sans coussin ni appui ; on l'eût prise pour une statue de la Piété. Une assistance si fervente au saint sacrifice embrasa tellement son cœur d'amour envers Noire- Seigneur Jésus-Christ, que chaque jour elle voulait se trouver présente à trois ou quatre saluts <lu saint Sacrement, qui avaient lieu dans des églises différentes.

« Oh ! que de larmes celte vertueuse dame ne répandit-elle pas pour obtenir de pouvoir rassasier la faim q u'elle éprouvait du pain des anges ! faim si dévorante, qu'elle la faisait languir nuit et jour. C'est que son cœur se sentait constamment transporté là où elle avait hxé son amour. Et cependant Dieu permit que ses puissantes instances ne fussent pas exaucées, et il le permit, afin de rendre son amour plus héroïque, ou plutôt afin d'en faire une martyre de ce saint amour. Car c'est cette privation (|ui accéléra sa mort. J'en ai la preuve évidente dans la dernière lettre qu'elle m'écrivit, alors qu'elle était mourante. Toujours est-il que, si on la priva de la communion fréquente, on ne lui en ôta pasle mérite; car cet épanchement de son cœur tout brûlant d'amour pour Jésus-Christ, qu'elle ne pouvait avoir dans la communion sacramentelle, elle se le procurait dans la

communion spirituelle, qu'elle renouvelait mille fois le jour avec un contentement intérieur inexprimable.

« Terminons par l'exemple de saint Venceslas, roi de Bohême. Ce saint roi ne se contentait pas d'assister, chaque jour, à plusieurs messes, agenouillé sur les dalles de l'église, et de servir le prêtre à l'autel, avec une modestie et une ferveur angéliques ; il ornait de plus les autels des plus riches joyaux de sa couronne et des draperies les plus précieuses de son palais. Il avait coutume encore de préparer de ses propres mains les hosties destinées au sacrifice. Le grain même qui servait à les confectionner était récolté par ses soins ; on le voyait, sans crainte de déroger à la dignité royale, labourer la terre, semer le froment, et en faire la récolte, après quoi il broyait le grain et tamisait la farine; puis, de la plus fine fleur, il pétrissait les pains d'autel , qu'il présentait humblement aux prêtres. 0 mains dignes de porter le sceptre ! Mais quel avantage recueillit-il d'une si tendre dévotion? Dieu j)ermit que le roi Othon P' conçût pour ce saint roi une bienveillance sans pareille, dont il lui donna une preuve éclatante en lui permettant de joindre à son écusson les armoiries de l'Empire, faveur qui n'était accordée à aucun autre prince,

« Mais si Dieu prit soin de récompenser, dès ce monde, la dévotion de Venceslas pour le saint sacrifice, il lui décerna une récompense bien plus magnifique dans le ciel, lorsque, par un glorieux martyre,

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il l'éleva d'un trône terrestre sur un trône éternel de gloire.» (Trad. l'abbé Lubis.)

SEXTIMEHTS AFKECTDEDX DU BIENHEUREUX LÉONARD DE rORT-MAUllICE Sun LE TRÈS-SAINT SACREMENT DE l'eUCUARI$TIE.

«Eucharistie, grand sacrement! sacrement d'amour, sacrement de vie, amoureux aimant de nos cœurs ! Le voilà, le but de toutes nos affections, de tous nos désirs les plus ardents, c'est le très-saint et très-divin Sacrement, mais que dirai-jc qui soit digne de lui !...

« C'est Jésus, c'est Jésus lui-même, oui, Jésus tout entier ; il donne tout ce qu'il avait en son pouvoir de donner ; il a donné ce qui fait létonnement des anges eux-mêmes ; il a donné son âme, son corps, son sang, son cœur, sa vie. sa divinité, et encore il a voulu que nous fussions les maîtres de tout cela, car il s'est fait tout nôtre, de telle sorte que chacun de nous peut dire avec vérité : Ce Jésus qu'on adore sur l'autel est tout à moi, mien est son corps précieux, mienne est son âme très-pure, mienne est sa trèshaute divinité, il est tout à moi, il est tout à moi.

« Un jour, le très-aimable Jésus apparut à sainte Térèse ; il lui apparut alors qu'elle était au pied des tabernacles sous la forme d'un jeune et gracieux enfant, et il dit à la sainte : « Qui êtes-vous? Com- « ment vous appelez-vous ? » La sainte répondit : « Je « m'appelle Térèse de Jésus. » Alors le petit enfant répliqua : « Vous vous appelez Térèse de Jésus, eli « bien ! moi je m'appelle Jésus de Térèse, » Et il dis-

parut aussitôt, laissant la sainte dans une délicieuse défaillance d'amour.

« Avec quel cœur brûlant d'amour nous devrions nous approcher de ce divin sacrement. Sainte Térèse disait que Jésus, dans le divin sacrement de l'Eucharistie, ne traitait jamais mal ceux qui le recevaient avec un bon cœur. Ah! si nous portions un bon cœur à cette table céleste, que Jésus nous traiterait avec un cœur meilleur encore! Ranimez donc en vous tous \os sentiments, et préparez-vous à avoir un bon cœur pour la communion ; un cœur plein de bonnes affections, un cœur embrasé des plus ardents désirs de s'unir à ce souverain bien-aimé, un cœur doublement préparé, afin de pouvoir dire avec le saint roi David : « Mon « cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt. Parais tum cor meum, Deîis,paratum cor meum. »

« Ce bon cœur, elle le possédait, cette jeune vierge qui, étant devant le très-saint Sacrement, se trouvait tout occupée et inquiète d'aimer bienson Jésus. Ence moment Jésus lui apparaît visiblement et lui dit : « Me voici, ma fille, je suis venu pour enseigner à « aimer; m'aimez-vous véritablement? — Je sais, mon «( doux Jésus, que je vous aime, oui je vous aime, et je « vous aime de bon cœur! Je sais que vous me dites la « vérité, qne vous me la dites de cœur; mais vous ne « la dites pas encore comme je voudrais. » Alors cette vierge admirable, cette sainte épouse de Jésus, ramassant dans son cœur toute la vivacité de son

amour, et fixant ses yeux attendris sur le bien-aimé

de son âme, le \isage tout brûlant de flammes sacrées, lui dit : « 0 Jésus! ô Jésus! ô Jésus! je « vous aime, je vous aime, je vous aime! » Et telle fut la force de son amour, que son cœur se brisa dans sa poitrine, et elle expira d'amour aux pieds de Jésus, et ce divin époux des vierges emporta cette âme sainte dans sa belle patrie du ciel.

«Et nous, quefaisons-nous?que ferons-nous à l'avenir? ne nous aftectionnerons-nous point de toutes nos forces à ce divin sacrement? Ah! disons donc à Jésus, disons lui : 3Ion Dieu et mon tout! ô Jésus! ô Jésus! ô Jésus! je vous aime! je vous aime! je vous aime! Oui, vous serez mon partage et mon héritage pour l'éternité! »

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