MARIANNE DE JÉSUS
La bienheureuse Marianne de Jésus, que sa pureté angélique a fait surnommer le Lis de Quito, vint au monde le 31 octobre 1618, à Quito, capitale de la république de l'Equateur. Régénérécdans les eaux du saint baptême, elle fit présager dès sa plus tendre enfance à quelle sublime sainteté elle devait s'élever
avec le secours de la grâce divine. Sa candeur, son innocence, son ardent amour pour Dieu, sa tendre dévotion envers la Vierge immaculée, sa prière continuelle, la rendaient l'objet de l'admiration de tous ceux qui la connaissaient. A l'âge de dix ans, sans entrer dans une congrégation religieuse, elle fit les trois vœux simples de chasteté, de pauvreté et d'obéissance ; jusqu'à la mort elle les garda dans toute leur perfection. L'incendie d'amour divin dont elle était dévorée prit en elle un accroissement nouveau lorsqu'elle s'approcha pour la première fois de la table eucharistique et reçut le corps sacré de Jésus-Christ. Le zèle du salut des âmes la consumait, elle brûlait du désir d'aller évangéliser les nations assises aux ombres de la mort. Mais Dieu se contenta de ses désirs; il fit échouer le dessein qu'elle avait formé d'aller dans ces contrées y porter la lumière évangélique. Alors plus que jamais elle se renferma dans la solitude qu'elle s'était faite, torturant par de cruelles austérités sa chair virginale; méditant la nuit et le jour les grandes vérités de la foi ; repassant dans son esprit les horribles souffrances de la passion et de la mort de Jésus-Christ son divin époux ; se nourrissant chaque jour du pain des anges. Enfin, après avoir persévéré avec une constance héroïque dans ce genre de vie jusqu'à sa vingt-septième année, elle rendit son dernier soupir le 26 mai 1045, et s'envola aux noces très-pures de l'Epoux céleste, après lesquelles elle avait tant soupiré. Le 7 du mois doctobre 1850,
le saint -père Pie IX la béatifia solennellement. Ce fut à l'âge de huit ans que Marianne fit sa première communion. La grâce à laquelle elle avait été si fidèle l'avait élevée bien au-dessus de son âge; elle n'avait de l'enfance que l'innocence et la simplicité. Aussi son confesseur jugea-t-il qu'on ne devait pas la traiter comme une enfant ordinaire; après l'avoir interrogée il découvrit des trésors de grâces cachés dans cette âme, si extraordinaires, qu'il crut devoir lui annoncer que bientôt elle aurait le bonheur de participer à la nourriture des anges.
Marianne, au comble de ses vœux, redoubla de ferveur pour se préparer à cette grande action. Enfin le Jour tant désiré arriva, et il lui fut donné de recevoir son Dieu, à qui elle offrait les lis de l'innocence mêlés aux roses du martyre volontaire de ses mortifications. Après une fervente action de grâce, Marianne rentra chez elle ; elle appela ses deux nièces, Marie et Jeanne, et, avec une expression de bonheur qui donnait à ses traits angéliques une nouvelle beauté, elle leur recommanda d'avoir, à l'avenir, un grand respect pour son âme et pour sa langue elle-même, sur laquelle l'Agneau sans tache venait d'être déposé. Depuis cet heureux moment, elle eut pour elle-même le respect que l'on a pour les choses saintes, persuadée qu'elle ne s'appartenait plus, mais qu'elle devait sans réserve son âme et son corps à Dieu, à Jésus, qui les avait consacrés par sa présence.
Elle avaitgoûté ledon céleste; loin d'en être rassasiée,
elle devint plus que jamais affamée de ce divin aliment; elle se mit à supplier son confesseur de lui permettre de nouveau de s'en nourrir; il se rendit aux instances de la sainte enfant : il lui accorda de s'approcher de la table eucharistique les dimanches et les jours de fête. Elle s'y disposait par le sacrement de pénitence, par la mortification et la prière : ou plutôt sa vie tout entière n'était qu'une préparation et une action de grâce continuelle. Ainsi chaque communion était pour elle un degré qui la rapprochait de Dieu et qui, suivant l'expression du prophète royal, la faisait monter de vertu en vertu.
Mais, sa faim du pain eucharistique croissant en elle avec l'amour de la perfection, le P. Gamacho, de l'ordre de la CompagniedeJésus, son confesseur, crut devoir l'admettre à la communion quotidienne.
Quand elle avait communié, un reflet de la lumière qui inondait son âme rejaillissait sur son corps. Son confesseur a déclaré qu'il lui arrivait alors d'avoir peine à la reconnaître, tant elle lui paraissait transfigurée.
C'était surtout pendant l'exposition des quarante heures qu'elle témoignait son ardent amour pour le sacrement de l'autel. Dès le point du jour, elle se rendait à l'église, et elle y demeurait jusqu'à six heures du soir sans prendre aucune nourriture. Tout ce temps, elle le passait à genoux, immobile, le voile baissé, tellement absorbée en Dieu, que ses compagnes ne pouvaient obtenir d'elle une seule parole
lorsqu'elles lui parlaient ou la touchaient pour l'avertir de leur départ. Venait-on de la part de son confesseur lui dire de s'asseoir, elle obéissait à l'instant.
Le Père Gamacho étant absent, le père jésuite qui confessait la bienheureuse Marianne, n'approuvant pas la communion quotidiennede cet ange de la terre, lui ordonna de se contenter pendant quelques jours de la communion spirituelle. La bienheureuse obéit sans répliquer ; mais elle ne tarda pas à être saisie d'une fièvre violente qui donna bientôt des inquiétudes sérieuses à sa famille, et qui résista à tous les remèdes.
Le nouveau directeur, soupçonnant la véritable cause de cette fièvre mystérieuse, vint visiter la malade, et, pour la consoler, il lui dit en se retirant : « Demain je vous attends à l'église pour vous donner la sainte communion. » Le lendemain, fête de saint Jean-Baptiste, à cinq heures et demie du matin, 3Iarianne de Jésus était à la porte de l'église, attendant que le sacristain vînt ouvrir. Le Père, qui l'avait vue la veille, ne pouvait en croire ses yeux. Mais elle l'assura qu'elle n'avait pas eu à faire un grand effort et qu'elle n'avait plus de fièvre. La communion de ce jour acheva de la guérir, au grand étonnement du médecin et de toutes les personnes de la maison. (Vie (le la B. Marianne de Jésus, par le P. de Regnon.)
Pendant les sept dernières années de sa vie, la
bienheureuse Marianne ne vécut que par un miracle continuel. Elle ne mangeait plus d'aliment terrestre, ïa sainte communion était son unique nourriture. Un jour, une de ses amies lui demanda comment elle pouvait vivre sans manger. « Que tu es simple ! lui dit alors la bienheureuse : Ne vois-tu donc pas que je vais tous les jours à l'église et que j'y mange un agneau tout entier, avec sa chair et ses os ? N'est-ce pas assez pour me soutenir? »
SAINTE VÉRONIQUE GIULANI
ABBESSE FIUNCISCAIKE
Sainte Véronique prit naissance le jour de la fête de saint Jean l'évangéliste de l'année 1660, à Mercatcllo, dans les Etats de l'Eglise. Elle reçut au saint baptême le nom d'Ursule. Dès sa plus tendre enfance, elle donna des présages de sa sainteté future. Elle avait environ quatre ans lorsqu'elle perdit sa mère. Comme on lui apportait le saint viatique, elle le vit entouré de tant de lumière, qu'elle courut vers le prêtre qui le portait dans ses mains, et lui demanda de la manière la plus pressante à le recevoir. Pour l'apaiser, on lui dit qu'il n'y avait que cette hostie, mais elle répliqua aussitôt qu'il pouvait bien rompre une partie de l'hostie destinée à sa mère et Ja lui donner. « J'y recevrai Notre-Seigneur tout entier, aussi bien que dans chaque morceau d'un miroir brisé, je vois ma figure tout entière. » Le prêtre
n'ayant pas satisfait son désir, aussitôt que sa mère eut communié, elle s'élança sur son lit en criant : O/i' quonvoiis a donné de quoi de bon ! l^uis, approchant sa bouche des lèvres de sa mère : Oh! quel parfum, quelle odeur du ciel !
La mère d'Ursule avait cinq filles ; se sentant près de mourir, celte sainte femme les fit approcher de son lit : «Mes enfants, leur dit-elle, promettez-moi d'honorer, en souvenir de votre mère, les cinq plaies de Notre-Seigneur. » Elle les leur partagea donc, et Ursule eut la plaie sacrée du côté divin, la plus rapprochée du cœur, et par où s'écoulent sur le monde des trésors intarissables d'amour.
Ursule fit sa première communion à l'âge de dix ans. Après avoir reçu Notre-Seigneur, elle se sentit inlérieurement embrasée d'un feu qu'elle n'avait point éprouvé, et qui continua à la dévorer à son retour mêmeà la maison; de sorte que, s'imaginant que c'était un effet ordinaire produit dans tous ceux qui communient, elle demanda à ses sœurs, dans toute la simplicité de son cœur innocent, combien de temps cela durait ordinairement ; mais, s'étant aperçue , à leur air de surprise, que c'était une grâce spéciale qu'elle avait reçue de son Sauveur, elle n'en parla plus et tâcha de recevoir le Sacrement d'amour aussi fréquemment que possible.
« Les jours de communion, disait-elle, toutes mes délices étaient de rester autour d'un autel que j'avais élevé dans ma chambre ; quoique je ne susse ce que
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c'était qnc l'oraison, mon esprit était tout recueilli en Dieu ; il me semblait voir et sentir Dieu présent dans mon cœur; une lumière intérieure me montrait l'inconstance des choses humaines ; je me trouvais portée à tout quitter, je ne connaissais rien de bon que Dieu. Aussi bien j'avais le monde à dégoût, et, après mille difficultés, je pus me consacrer à Dieu et devenir son épouse. »
Lorsqu'elle eut le bonheur d'être religieuse, le Seigneur Jésus la combla de mille extraordinaires faveurs.
Quand elle communiait, au moment où Jésus entrait dans son âme , elle entendait ce divin Sauveur lui adresser les paroles les plus tendres et les plus affectueuses. « Impossible, dit-elle, de décrire tous les effets produits dans le cœur durant la sainte communion ; qu'il suffise de dire qu'il est la chambre et le palais du Dieu de la charité. 3Iais le cœur brûle plus que jamais quand il voit qu'il est le temple de la très-sainte Trinité ; et lorsque Jésus entre dans mon âme, j'entends vraiment ces mots: Ave, templum totius Trinitaîis (Salut, temple de toute la Trinité). Mon cœur semble se dilater, s'ouvrir et brûler de telle sorte, que parfois j'ai cru y entendre une mélodie et une musique céleste qui me ravissait hors de moimême. »
Elle mourut le 0 juillet de l'année 1727. Béatifiée par Pie YII, elle fut canonisée par Grégoire XVI.
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