‹ Le ciel sur la terreChapitre 60 sur 120 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

ARGDMEKT DE PRESCBIPTION

Nous avons exposé le témoignage constant, clair, irréfragable des Pères des treize premiers siècles de l'Eglise, ainsi que les sentiments des saints et de quelques illustres personnages, par rapport à la sainte Eucharistie.

Tous se sont trouvés d'accord, les intelligences les plus élevées comme les esprits les plus subtils, les plus hardis comme les plus sages, ceux qui mourfiient pour la démonstration de la foi catholique, et ceux qui se sanctifiaient dans le silence de la solitude, au pied des tabernacles, ce ciel de la terre ! Tous ont cru, tous ont enseigné la présence réelle de Jésus- Christ dans le sacrement de l'Eucharistie. Les derniers venus ont répété avec l'enthousiasme de l'amour et de la reconnaissance ce que les premiers avaient écrit.

Il semblerait qu'une telle chaîne de témoignages devrait suffire pour faire remonter celte auguste croyance non-seulement jusqu'aux premiers de ces Pères de l'Eglise, mais jusqu'aux maîtres de ceux-ci, qui sont les apôtres, et jusqu'au divin maître de ces apôtres qui est Jésus-Christ, le fils éternel de Dieu, la vérité même.

Il n'en est pas ainsi : on a nié que cette croyance remontât jusqu'aux temps apostoliques.

Eh bien, soit ! Admettons pour un moment que les paroles de l'institution de la sainte Eucharistie rapportées par les évangélistes ne sont pas claires, aussi claires que la plus claire phrase qui ait été écrite dans un livre humain ; admettons que saint Ignace d'Antioche, que saint Justin, saint Irénée, qui touchaient aux apôtres, n'ont pas parlé du sacrement de l'Eucharistie, et que le sublime génie de saint Jean Chrysostomene l'a pas compris ; laissons de côté toute démonstration, oubhons toute preuve.

La présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l'Euchariste a donc été inventée depuis les apôtres.

Par qui ?

Certes, l'homme qui est venu dire le premier: «Ce fragment de pain est le corps d'un Dieu, celte goutte de vin est le sang d'un Dieu; » celui-là était un homme de génie, l'inventeur d'une religion nouvelle. Une telle adfirmation élait frappante, merveilleuse entre toutes. Ses disciples ont dû être fiers de son nom.

ils l'ont adopté comme pcrsonnificalion (désignation) de son œuvre : H venait poser cette affirmation en présence de gens qui avaient appris de leurs maîtres, des apôlres de leur Dieu, de leur Pieu lui-même, que ce fragment de pain n'était qu'un symbole, et qui mouraient depuis des années ou des siècles pour soutenir ce symbole en même temps que les autres articles de leur foi. Vous savez que ces chrétiens, ces martyrs avaient des prêtres, des évêques, des docteurs, chargés de veiller au dépôt sacré de la vraie foi, qui poursuivaient toute innovation avec persévérance, avec une sévérité que vous constatez en l'appelant subtile et cruelle. Les noms de tous les novateurs les plus anciens, les plus innocents en apparence, nous ont été conservés. Dites-nous le nom de celui-là, le plus illustre à coup sûr, le plus étonnant, le plus révolutionnaire qui fut jamais?

Silence absolu.

Il s'agit cependant du dogme le plus important de l'Eglise de Jésus-Christ, d'un changement inouï survenu dans la croyance des chrétiens, eh bien ; il est impossible d'assigner l'auteur de cette innovation, il est inconnu. Bien. C'est un hasard inexplicable et comme il ne s'en trouve pasunsecond dans l'hisloire des religions. Mais vous connaissez le lieu où s'est opéré ce g<"and changement? Les disciples de Pierre, les néophytes instruits par Paul, les idolâtres convertis par Thomas, les Eglises catéchisées par les successeurs fidèles des apôtres ont dû protester et

affirmer que ce n'était pas une toile doctrine que les douze pêcheurs d'hommes avaient semée sur leur passage dans leurs pays. Toutes les chrétientés ont dû s'élever contre celle qui avait la première admis cette innovation. Tel était l'usage constant de l'Église.

On ne cite pas de nom de lieu, et l'on ne sait où cette innovation a pris naissance.

Alors vous indiquez une date à la fondation mystérieuse et spontanée de cette croyance? A un moment donné, vous apercevez un changement dans les idées, dans les écrits de ceux qui avaient mission de s'occuper de telles questions?

La date est inconnue, et nous devons avouer que /ous ceux qui ont eu à parler de la présence réelle, en ont parlé comme leurs prédécesseurs et leurs maîtres l'avaient fait.

Mais au inoins vous indiquez, dans les premiers siècles, une trace, une marque, un vestige, si minime qu'il soit, de ce changement? Il a dû y avoir quelque débat. Il est encore une fois impossible de supposer que des saints, des martyrs, des docteurs et des apôtres ont laissé ainsi bouleverser, sans se plaindre, les fondements de leur foi. Les Romains, les Grecs, les Gaulois n'ont pu ainsi admettre silencieusement le contraire de ce que Pierre, Paul, Ignace d'Antioche, ou Irénéelcur ont enseigné. Si ceux-ci ont gardé le silence, quelque protestation sera venue de l'Asie ou de l'Ethiopie. Dans un des conciles qui convoquaient

alors les représentants de toutes les nations pour éclaircir les points encore obscurs ou pour juger les hérésies nouvelles, un évoque au moins aura rappelé l'ancienne croyance. Undeces hérésiarques, que TE- :glise rejetait, aura fait quelque allusion à celte croyance nouvelle que ses ennemis avaient acceptée contrairement aux traditions apostoliques. Quelqu'un des amis ou des ennemis du christianisme aura laissé, ne fût-ce qu'un mot, sur celle innovation. Les chrétiens de tous pays, au moment de leur plus grande énergie, ne se sont pas vu enlever un des dogmes fondamentaux ; ils n'ont pas permis qu'on changeât le sens d'un sa- <:rifice qu'ils célébraient tous les jours comme le plus grand acte, l'acte par excellence de la religion; ils n'ont pas ainsi apostasie et embrassé une foi nouvelle, sans que quelques-uns d'entre eux au moins n'aient fait entendre un cri d'alarme. Les seuls instincts de l'humanité, du reste, suflisaient pour mettre la raison en état de révolte contre une croyance qui serait inadmissible si elle n'était d'institution divine.

On ne voit nulle trace d'un changement de doctrine. Ainsi on ne peut citer le nom du novateur, ni le lieu ni la date de son entreprise, et l'hisloire n'en a pas conservé le moindre souvenir.

11 y a donc impuissance absolue de nous opposer un témoignage, non-seulement qui prouve, mais qui laisse soupçonner l'introduction du dogme de la présence réelle postérieurement aux apôtres. Nous en pouvons conclure que puisqu'il existe, il remonte à

leur temps, et affirmer avec Tertullienque ce que Ton trouve admis dans l'Eglise par un concert unanime, sans commencement assigné, n'est pas l'erreur inventée, mais la vérité transmise, non ut erratum sed tradiium.

Nous pouvons affirmer enfin qu'il n'y a pas dans toute l'histoire du monde de présomption historique plus sûre, plus logique, plus conforme aux règles sévères de la critique que celle qui fait remonter jusqu'à Jésus-Christ la foi en sa présence réelle. Le point de départ est certain, la continuité, la conformité sont constantes, et les documents les plus divers sont unanimes.

Le point de départ, c'est une phrase écrite, authentique, contrôlée par d'autres paroles rjui toutes aboutissent à la même signification. Cette phrase est prise dans son sens le plus naturel, dans celui qui se présente le premier aux intelligences les plus simples comme aux intelligences les plus élevées ; ce sens encore elle l'a dans quelque langue qu'on la traduise; la subtilité seule peut l'interpréter d'une autre façon, et la subtilité est inconciliable avec le caractère de celui qui l'a prononcée. 11 ne pouvait pas avoir la moindre obscurité dans sa pensée ; il ne pouvait pas vouloir mettre la moindre ambiguïté dans ses paroles; c'était le dernier entretien qu'il avait avec ses amis, qui bientôt allaient mourir pour lui. Ils devaient enseigner en son nom la vérité à toute la terre, et c'était sur le sens naturel de ces paroles que devait

s'appuyer une des assises les plus importantes d'un monument destiné à abriter toutes les générations et à résister à tous les orages.

Tous les écrits des successeurs et disciples de ces amis, à qui il livra ses dernières volontés reproduisent cette interprétation claire et logique. 11 est absolument impossible, nous venons de ledémontrer, que celte interprétation ait été introduite en aucun temps de la vie de l'Église après les apôtres. Ceux qui le prétendent l'alTirment sans preuves, sans probabilité, sans vraisemblance. Ils ne peuventtrouver la moindre solution de continuité dans la tradition. Elle est appuyée, éclairée constamment par des événements, par des écrits, par des miracles ; et quand le lien de cette tradition s'est brisé sur d'autres points, toutes les branches distinctes, divisées, ennemies, se sont toujours trouvées réunies dans cette interprétation, dans cette croyance et affirmation de la présence réelle de Jésus-dhrist dans le sacrement de l'autel. Les disciples de celui qui avait dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, se sont dispersés ; plusieurs d'entre eux ne se sont plus revus ni concertés ; les enfants de leur apostolat, séparés par des régions immenses, exposés à des passions diverses, faibles parfois contre l'orgueil, contre l'erreur, contre les tentations de l'ambition mondaine, ces enfants se sont divisés; ils ont oublié leur commune origine; ils sont devenus hostiles les uns aux autres, et quelques-unes de leurs crovances se sont modifiées ; mais tous, Grecs, Chai-

déens, Cophles, Nesloriens, Jacobites, tous sont restés unanimes à dire : « Nous croyons que ce pain est vraiment le corps de Jésus-Christ, nous croyons que ce vin est le sang de Jésus-Christ; nous le croyons comme nos pères l'ont cru, et nos pères le croyaient parce que les apôlres le leur avaient enseigné. »

11 faut donc admettre que c'est Jésus-Christ qui a établi cet auguste mystère ; c'est lui qui nous l'a révélé ; ce dogme est donc inattaquable ; dix-neuf sièclesde croyance l'ont sanctionné ; des miracles sans nombre ont confirmé de siècle en siècle ce dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie.

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