PRÉSERVE DD NAUFRAGE AGATHCS
ET SOULAGE DM NAUTeXIER QC'ON CROYAIT MORT.
Saint Grégoire le Grand, dans ses Dialogues, \ïvrelV, chapitre XXVII, raconte qu'un homme ayant été pris et mis dans les chaînes par ses ennemis, sa femme faisait offrir pour lui le saint sacrifice à des jours marqués ; longtemps après, ayant été mis en liberté, et étant auprès de sa femme, il se convainquit que les jours où ses ennemis lui enlevaient ses chaînes étaient précisément ceux oii sa femme avait fait offrir pour lui le saint sacrifice de la messe.
Ce récit acquiert une autorité d'autant plus grande qu'il nous a été assuré à nous-mème avec une incontestable certitude il y a sept ans.
« Agalhus, évoque de Palerme, continue saint
Grégoire le Grand, ayant reçu l'ordre de se rendre à Rome du temps de mon prédécesseur, d'heureuse mémoire, essuya dans la traversée une violente tempête, au point de perdre l'espérance d'échapper au naufrage. Son nautonier, nommé Baroca, qui aujourd'hui est clerc de cette même église, conduisait le canot attaché au navire ; mais la corde s'en étant rompue, il avait disparu avec le canot lui-même au milieu des flots. Le navire, n'ayant plus alors d'autre conducteur que l'évêque, parvint enfin, après beaucoup de périls et de secousses à l'île d'Ostica. Le troisième jour du débarquement, l'évêque, qui de la côte cherchait toujours des yeux le nautonier qui lui avait échappé avec son canot, vivement alïïigé de ne point le voir reparaître, le crut mort, et sa charité le portant à lui rendre, fût-il vivant encore, les devoirs qu'on remplit à l'égard de ceux dont on déplore la perte, il fait offrir, pour le soulagement de son âme, au Dieu toutpuissant, le sacrifice de la victime sainte. Ce divin sacrifice achevé, il remet le navire en état, et fait voile vers l'Italie, Mais à peine est-il débarqué à Porto , qu'il retrouve le nautonier qu'il croyait mort. Transporté de joie d'une si heureuse rencontre, il lui demande comment il avait pu subsister sur mer pendant tant de jours, au milieu de tant de périls. Le nautonier lui apprit que tant que le canot avait pu se soutenir au milieu des vagues, il avait flotté avec lui; mais, que le canot étant venu plus tard à chavirer, il s'était assis sur la quille ; que ce ma-
ncge s'était renouvelé plusieurs fois, tant le jour que la nuit, il allait succombera la fatigue aussi bien qu'à la faim qui le dévorait, lorsque la miséricorde de Dieu vint à son secours de la manière suivante : « Luttant « contre les Ilots et sentant mes forces s'épuiser, je me « trouvai tout à coup dans un accablement d'esprit « qui, sans être le sommeil, n'était cependant pas pour « moi l'étal de la veille ordinaire : quelqu'un alors « m'apparut au milieu de la mer où j'étais, et me prête senta du pain pour réparer mes forces. A peine ai-je « pris celte nourriture, que je me sens fortifié, et « bientôt, un navire venant à passer m'accueillit, m'ar- « racha à tous ces périls et me ramena à terre. » « L'évêque, entendant ces mots, lui demanda quel jour la chose était arrivée, et les renseignements qu'il en obtint le convainquirent que c'était le jour même où ce prêtre de l'île d'Ostica avait offert pour lui le saint sacrifice.»