‹ Le ciel sur la terreChapitre 84 sur 120 · XII' SIÈCLE · texte numérisé non relu

XII' SIÈCLE

PIERRE DE CLUNT

CN VILLAGEOIS SE SERT DE LEDCIIARISTIE POUR CONSERVER SES ABEILLES. TERRIBLE CHATIMENT DE CETTE ABOMINABLE SUPERSTITION.

Le vénérable Pierre de Cluny, si distingué par sa piété et par sa science, rapporte, dans son ouvrage sur les miracles opérés de son temps, le fait suivant, arrivé en Auvergne, et qu'il avait appris de l'évêque même de Clermont. « Un paysan de ce iliocèse avait plusieurs ruches à miel, où il entretenait un grand nombre d'abeilles, mais appréhendant qu'elles ne quittassent ses ruches ou qu'elles ne mourussent, il se détermina à suivre le conseil diabolique de gens impies, et d'abuser de ce que nous avons de plus sacré pour conserver ses abeilles. Ce malheureux fut donc à l'église, et, après y avoir reçu le saint Sacrement de l'autel , il le conserva pour faire son sortilège, car opi lui avait dit que, si, retenant le corps de Jésus-Christ dans sa bouche, il soufflait dans ses ruches, aucune ne quitterait ses ruches, aucune ne mourrait, et qu'ainsi il tirerait un grand parti de ses ruches. Ce paysan impie fît donc ce qu'on lui avait conseillé ; mais il arriva que, soufflant de toutes ses forces, le précieux corps de Jésus-Christ tomba à terre, proche d'une ruche ; alors, chose admirable,

tout ce qu'il y avait d'abeilles dans la ruche sortit au dehors, et comme si elles avaient été des créaturesraisonnables, elles enlevèrent avec respect la sainte Eucharistie, et la transportèrent dans leur ruche. Cet homme, qui voyait tout ce qui se passait d'abord, ne se mit pas en peine de ces prodiges. Mais peu de temps après, frappe d'une crainte subite et insupportable d'avoir agi avec tant d'impiété, il revint sur ses pas pour venger son crime sur les abeilles, qui en avaient été l'occasion ; il leur jeta tant d'eau, qu'il les fit toutes mourir. Cependant, ne voulant point perdre ni le miel, ni la cire de sa ruche, il commença à l'examiner ; mais, dans celle recherche, il fut surpris que la sainte Eucharistie que les abeilles y avaient transportée eût pris la forme d'un très-bel enfant couché sur le miel et la cire. Il le prend entre ses bras, et comme il lui semblait mort, il se détermine à le porter à l'église et de l'y enterrer à l'insu de tout le monde. Ce qu'ayant entrepris de faire, et portant entre ses bras le divin enfant; tout à coup, il le sentit arracher de ses bras par une force invincible, comme étant indigne de porter un si précieux trésor. Toutes ces merveilles, arrivées depuis peu, furent rapportées au curé du lieu par ce villageois, et le curé, tout aussitôt, en informa l'évcque de Clermont, son propre évêque. Comme c'est ce prélat (jui m'a appris cettehistoire, j'ai cru devoir en donner connaissance à la postérité. Cette grande impiété fut bientôt suivie de la vengeance divine, car le pays où ce sacri-

lége fut commis, qui était auparavant très-peuplé, fut en peu de temps réduit à une immense et désolée solitude par la mort générale et précipitée des habitants. » [Pierre le Vénérable, livre LIX des Miracles.)

On connaît la sainteté, la capacité et le mérite de ce serviteur de Dieu ; le miracle qu'il rapporte est non-seulement arrivé de son temps, mais dans son propre pays, et ce n'est point par des bruits incertains qu'il apprend ce prodige, mais par l'évêque de Clermont, qui en avait fait les sérieuses informations. La vengeance divine était une autre preuve bien certaine de ce qui était arrivé, puisqu'il était de notoriété publique qu'un lieu très-peuplé était devenu, depuis ce sacrilège, un vrai désert, les habitants ayant tous péri malheureusement.

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