‹ Le ciel sur la terreChapitre 95 sur 120 · APPARITION DE BOLSÈNE · texte numérisé non relu

APPARITION DE BOLSÈNE

Celle apparition, mémorable parmi toutes les autres, fit instituer par le pape Urbain IV la fête du Corpus Domini, avec l'office et la messe pour l'Eglise universelle.

Bolsène est dans le diocèse dOrviéto. L'apparition miraculeuse eut lieu l'an 1265.

Un prèlre allemand, d'ailleurs honnête et pieux, était tourmente de doutes sur la présence réelle, et nesavaitcomprendrela manière dont le pain et le vin, par les paroles du sacrificateur, hoc est corpus meum, hic est sanguis meus, étaient transsubstanciés en vraie chair et vrai sang de Jésus-Christ. 11 pria Dieu instamment de donner un signe pour dissiper ses doutes.

Dieu daigna exaucer sa prière, afin de guérir le tourment de son esprit et afin d'affermir la foi deschrétiens envers l'adorable sacrement de l'autel. Ce prêtre allemand entreprit le pèlerinage des saints lieux de Rome. Arrivé à Bolsène, il célébrait la messe dans l'église de Sainte-Christine, lorsque, au moment qu'il élevait l'hostie sur le calice, une chair réelle apparut couverte de sang, et le sang couvrit le corporal ; et plus le prêtre s'efforçait de cacher le

miracle, plus le sang ruisselait et se répandait sur le linge sacré. Chaque goutte de sang qui tomba sur le corporal portait l'empreinte d'une face humaine.

La terreur saisit le prêtre et l'empêcha d'achever le sacrifice. Tout ce (ju'il put faire fut de placer dévotement la sainte hostie dans le tabernacle.

Le pape Urbain IV habitait Orviéto en ce moment. Le prêtre courut se jeter à ses pieds, et demanda l'absolution et le pardon pour son doute contre la foi. Le pape lui donna l'absolution en lui imposant une salulaire pénitence. Il fit apporter le corporal miraculeux à Orviéto et le déposa avec grande pompe dans la cathédrale. Les fidèles n'ont pas cessé de le vénérer avec la plus grande piété. Alors, pour conserver la mémoire d'un si grand miracle, le pape Urbain IV institua la fête du Corpus Domini, et ordonna de célébrer l'office et la messe que saint Thomas d'Aquin composa.

Une foule d'auteurs attestent les faifs que nous venons de dire. La constitution d'Urbain IV qui institue la fête soleimelle fut ensuite confirmée dans lu concile général de Vienne par le pape Clément V, ainsi qu'on le voit dans le livre des Clémentines, au titre de ReUquiis et veneratione Sandorum.

Une inscription gravée sur marbre l'année même de l'apparition attesta à perpétuité le mémorable prodige. Cette inscription a été recueillie dans plusieurs livres, etparliculièrementdans celui d'Alexandre Don-

zelin : Istoria ed origine délia solennità délia [esta del Corpus Domini, Rome 1575.

Revenons à Bolsène. Au moment que le sang divin couvrait le corporal, quatre gouttes de sang tombèrent sur le pavé de marbre et y laissèrent des empreintes ineffaçables. Ces pierres furent pour cette raison transportées dans une crypte rapprochée de l'éiilise Sainte-Christine. La piété des fidèles en fit un objet de vénération publique. On montrait aux pèlerins ce monument du grand prodige.

On lit dans Albert Léandre, Description deVltcdie, page 58, au sujet de Bolsène : « Ici se passa le prodigieux miracle de l'hostie consacrée, pour la confirmation de la foi catholique en Jésus-Christ notre rédempteur. Le miracle eut lieu de cette manière, etc. Le sang qui ruisselait de l'hostie tomba surquelques dalles de marbre blanc, et laissa sur toutes celles qu'il touchait le signe d'un sang très-vif, ainsi qu'on peut le voir jusqu'à ce jour et que je l'ai souvent yu moi-même en passant par Bolsène pour aller à Rome ou en revenir. Ces dalles de marbre sont conservées dans ladite église en grande vénération comme elles le méritent; et le saint corporal tout couvert de sang fut porté à Orviéto. » La même chose est attestée par Alexandre DonzeUn, Istoria ed origine délia solennità délia [esta del Corpus Domini, p. 57, en ces termes : « Les autorités qu'on vient de citer prouvent , suffisamment le miracle et ce qui s'ensuivit, ainsi que les choses qui s'y rapportent. On a vu que le cor-

poral et le sacrement furent transportés à Orviéto par ordre du pape. Cependant la vénérable église de Sainte-Christine ne resta pas entièrement privée d'un pareil don et d'un si grand souvenir ; car, lorsque le prêtre quitta l'autel comme on l'a dit plus haut, le sang, qui ruisselait et coulait encore, tomba sur plusieurs dalles de marbre antique du pavé de l'église, et les taches de sang restèrent tellement empreintes, que jusqu'à ce jour elles apparaissent plus belles que jamais, comme le savent ceux qui les ont vues. Ces pierres sont bien gardées et conservées; on les montre avec grande vénération aux étrangers et aux pèlerins qui désirent les voir. » (Analecta juris Pontifiai.)

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