FÊTE DU TRÈS-SAINT SACREMENT
La sainte épouse de Jésus-Christ, l'Eglise, avait traversé douze siècles de croyances avant que la divine Eucharistie fût honorée par une fête toute spéciale, lorsqu'au treizième siècle Notre-Seigneur voulut que cette auguste solennité de la fêle du très-saint Sacrement fût établie. Comme le Tout-Puissant se plaît à se servir des plus faibles instruments pour opérer de grandes choses, c'est sur une sainte religieuse vivant à l'ombre d'un cloître ignoré, oubHée du monde et d'elle-même, qu'il jeta ses regards pour l'exécution de ce merveilleux dessein.
Aux portes de la ville de Liège était le couvent des hospitalières du Mont-Cornillon, là se trouvait Ju-
lienne, nôe au village de Réline, âgée de seize ans. Dès sa plus tendre enfance, elle avait eu une dévotion toute particulière au très-saint Sacrement. Dès l'âge de seize ans, c'est-à-dire en 1208, toutes les fois qu'elle s'appliquait à Toiaison, il lui semblait voir la lune pleine, mais avec une petite brèche; et cetteimage se présentait à elle sans qu'elle pût l'empêcher, ce qui dura pendant longtemps. Elle crut que c'était une tentation et fit beaucoup de prières pour en être délivrée. Ensuite elle en demanda la signification, et il lui fut dit intérieurement que la lune signifiait l'Eglise, et la brèche le défaut d'une fêle, qui devait être célébrée toutes les années pour honorer l'institution du très-saint Sacrement. Il lui fut dit qu'elle devait commencer celte fête et annoncer, la première, obligation de la célébrer.
Quoique Julienne crût avoir reçu cet ordre de Jésus-Christ même, elle s'en défendit longtemps, disant qu'une commission de cette importance conviendrait mieux à quelques docteurs autorisés dans l'Eglise. Enfin, après plus de vingt ans, elle se rendit et découvrit la chose, premièrement à Jean de Lauzanne, chanoine de Saint-Martin, de Liège, homme d une vertu singulière, et le pria de consulter sur ce sujet les meilleurs théologiens sans la nommer; il communiqua le tout à Jacques Pantaléon, archidiacre de Liège, depuis le pape Urbain IV, à Hugues de Saint- Cher, alors provincial des frères prêcheurs, et depuis
cardinal; à Guy de Laon, évêque de Cambrai; au
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chancelier de l'église de Paris; à trois professeurs en théologie qui enseignaient à Liège et à plusieurs auties hommes savants et vertueux. Ils furent tous d'avis qu'il était juste et ulile à l'Eglise de célébrer l'institution du très-saint Sacrement avec plus de solennité qu'on avait fait jusqu'alors.
Le projet de celte fcle étant divulgué, plusieurs ecclésiastiques s'y opposèrent, disant qu'elle était superflue, que Ion faisait tous les jours à la messe la mémoire de l'institution de l'iuicharislie , et que les lévélalions de Julienne n'étaient que des rêveries. Dès lors la sainte fut l'objet des persécutions de ceux qui lui étaient opposés, et on l'obligea de sortir de la ville de Liège. Elle mourut avant que le désir de Jésus-Christ fût accom()li, et cependant elle avait fait durant toute sa vie tout ce qui avait dépendu d'elle pour en assurer la réalisation. Julienne fut honorée comme bienheureuse par tout le pays. Elle avait une amie particulière nommée Eve, recluse à Liège, près de Saint-)!arlin, et connue aussi du pape Urbain lorsqu'il était dans le pays. Quand elle eut connu sa promotion sur le Saint-Siège, elle employa des chanoines et d'autres personnes zélées pour la fête du saint Sacrement, qui prièrent l'évèque Henri d'en écrire au pape ; et c'est ce qui le détermina à ordonner la célébration de cette fête dans toute l'Eglise. I.e pape Urbain IV adressa à tous les évêques une bulle par laquelle il insliluait la fête du saint Sacrement ; il ordonna qu'elle fût celé
brée avec toutes les solennités des fêtes du premier ordre. 11 lui assigna le jeudi d'après l'Octave de la Pentecôte. Le pape Urbain envoya celte bulle en particulier à Eve, la recluse de Liège, avec une lettre datée du 8 septembre 1264, où il lui annonçait l'accomplissement de ce qu'elle avait tant désiré, « Nous avons, dit-il, déclaré cette institution avec tous les prélats qui se sont trouvés auprès de nous. Nous vous envoyons le cahier qui contient l'olïice de cette fête, et nous voulons que vous en laissiez volontiers prendre copie à toutes les personnes qui le désireront. » C'est l'office du saint Sacrement que le pape avait fait composer par saint Thomas d'Aquin et que nous disons êiiccre.
SAINT HUCUES
SAINT HUGHES, ÉVÊQ'JE BE LINCOLN, PEXD\XT LA CÉLÉBBATIOX DES SAfXTS