I Corînth
Il me paraît difficile d'expliquer pourquoi le personnage dans lequel nous avons reconnu Moïse, parait une seconde fois sur la coupe, immédiatement devant la scène du miracle opéré par le libérateur du peuple juif. Est-ce parce que Moïse, dans un moment de doute en la puissance divine, a frappé deux fois le rocher dlloreb?* Le graveur a-t-il voulu figurer l'ange qui vient arrêter le bras d'Abraham? Celte répétition serait-elle un simple remplissage, ou ne faut-il pas plutôt y voir la représentation tronquée de la résurrection de Lazare, dans laquelle, vu les dimensions du verre, le Christ seul a trouvé place? Plus d'un motif m'engage à me prononcer pour l'affirmative, malgré l'identité de forme. La résurrection de Lazare est un des faits les plus familiers à la pratique iconographique des premiers siècles chréliens; elle a, comme la fait observer le savant auteur du Dictionnaire des antiquités chrétiennes, sa raison d'être spéciale à côté du miracle de Moïse. «C'est surtout dans cette action miraculeuse, dit-il, que Moïse figure le Sauveur; et, pour faire ressortir celte ressemblance, les artistes ont eu l'altenlion de donner presque invariablement pour pendant à Moïse frappant le rocher Jésus-Christ ressuscilant Lazare, et de les représenter l'un et l'antre avec une parfaite conformité de figure cl de costufne^.j>
Je citerai à l'appui un verre analogue trouvé à Bonn en 1877 et décrit dans les annales des archéologues rhénans. Sur ce verre rien ne différencie la figure du Christ ressuscitant Lazare, de celle de Moï^e frappant le rocher; costume et maintien y sont identiques et rappellent au premier coup d'œil le dessin des figures de notre coupe, dont on pourrait les prendre pour une imitation malhabile, faite vers le cinquième siècle'.
Si pour celte dernière scène nous avons deviné l'intenlion de celui qui a tracé le programme, incomplètement exécuté peut-être par un ouvrier païen qui était loin d'en comprendre le sens, la destination du verre se dessine de plus en plus nettement à nos yeux. Le rapport inlime entre la participation aux mystères eucharistiques et les espérances de la vie future a été proclamé par le Christ lui-même. Quels sujets plus consolants pouvait-on faire graver sur un vase destiné à être un jour déposé dans la tombe, après avoir servi aux mystères saints et avoir renfermé sous les voiles sacramentels Celui qui a dit: celui ([ui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour*!