I. Schœpflin, Ahatia illustrata, I
terre. En dehors du sarcophage on recueillit un vase en verre de grandes dimensions, accompagné d'une petite lagéne*.
Des découvertes analogues furent faites dans le courant des années 1634, 1671 et 1674 où Ton rencontra dans les mêmes parages plusieurs tombes accompagnées de vases en poterie et en verre. Un grand nombre de ces objets furent plus tard remis à Schœpflin et placés après sa mort dans le musée d'antiquités réuni à la bibliothèque publique de notre ville.
Une des dernières et des plus importantes trouvailles eut lieu en 1825, lors de l'ouverture d'un sarcophage en pierre, déterre fortuitement par un jardinier-cultivateur, près des glacis, à peu de mètres probablement de notre champ d'exploration. C'est le vas diatretum que nos conservateurs de la bibliothèque municipale de Strasbourg montraient avec orgueil aux visiteurs savants et qui serait resté le plus remarquable vase de son espèce, même après la découverte de la merveilleuse coupe en cristal taillée de l'antiquarium de Munich*. M. J. G. Schweighacuser présumait que le vase de Strasbourg avait tout d'abord appartenu à l'empereur Maximien Hercule. La coupe en verre blanc, d'environ o°',09 de diamètre, était entourée d'une inscription en verre vert, audessous de laquelle s'ouvraient les mailles d'un réseau en verre rouge d'une extrême délicatesse et distantes, ainsi que les caractères de l'inscription, de trois à quatre millimètres du vase, auquel cette ornementation toute à jour ne tenait que par de légères attaches. Les arêtes vives, que le rouet avait laissé subsister entre ces délicats appuis, prouvaient que le verre était taillé et qu'il était conséquemment un de ces prodiges de patience et d'habileté mentionnés par les auteurs anciens. L'inscription brisée et rendue incomplète par la maladresse de celui qui avait trouvé le précieux objet, pourrait
I. SiLBERMANN, 0. C, p. 4 et 5. — SCHŒPFLIN, 0. C, I, 5 10, HOtC K. — RaVENEZ, III,
37, note. — Grandidier, Histoire d'Alsace, p. 156.
2. Première salle, n» 475 du catalogue. La coupe a été trouvée dans un sarcophage, à Cologne.
être restituée ainsi que suit : (BIBE, MA)XIM(IA)NE AVGV(STE)^
Dans la désastreuse nuit du 24 au 25 août 1870, les projectiles incendiaires ont détruit ce chef-d'œuvre de l'industrie verrière du iv® siècle en même temps que les nombreux autres vases trouvés prés de la porte Blanche à des époques diverses et légués par Schœpflin à la ville de Strasbourg».
Le nombre et la fréquence de ces trouvailles signalaient un vaste cimetière d'agglomération aux abords de la porte Blanche. Les expressions dont se servent les chroniqueurs, surtout Speckel, qui indique expressément la direction de Saint-Gall, m'avaient fait admettre que la plupart de ces découvertes ont eu lieu au sud de la voie romaine. C'est là que je crus devoir les placer en traçant ma Carte des découvertes d'antiquités romaines faites à Kœnigshofen, publiée au mois de juillet 1878. J'avais alors l'intime conviction que le cimetière se prolongeait vers Kônigshofen au nord de l'antique voie, et je n'attendais que le moment où la partie correspondante des anciens glacis fût livrée aux entrepreneurs des travaux de construction et que le creusement des caves et des fondations me fournît des preuves.
Ces preuves parurent au grand jour, deux mois à peine après la publication de mon mémoire. Les rapports qui suivent, rédigés en forme de journal, sont destinés à faire connaître cette découverte, l'une des plus importantes qui aient eu lieu dans les derniers temps en Alsace. Je les offre à mes amis et à mes collègues des sociétés archéologiques, sans préju-
I. J. G. ScHWEiGHJEUSER. Ueher tnehrere neue Enideckungen und noch nicht voUstàndig hekannte Sammlungen rèmischer AUerthûmer am Rhein und an der Mosely dans le Kunsthlatt de L. Schorn, Jahrg. 1826, p. 358. — Notice sur quelques monuments galloromains du département du Bas-Rhin, dans les Mémoires de la Société royale des antiquaires de France, 1842, p. 95, avec dessin lithogr., reproduit dans la livraison LIX des Jahrbûcher des Vereins von Aîterthumsjreunden im Rheinlande, pi. II, et par René Ménard dans son Art en Alsace-Lorraine, p. 225.
2. J'ai rappelé ailleurs la découverte d'urnes cinéraires, de monnaies et surtout d'un beau bronze historié, parus au jour, près de la nouvelle porte Blanche, en 1877—1878.
dice pour leur publication dans le Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, sous les auspices et aux frais de laquelle les fouilles ont été entreprises et dont les encouragements les ont menées à bonne fin.
Persuadé qu'un dessin vaut mieux qu'une page de description, quelque fidèle et complète qu'on la suppose, j'ai eu fréquemment recours au crayon, surtout pour ce qui ne pouvait pas être reproduit avec nos moyens hélîographiques, tels que l'aspect et l'assemblage de quelques tombes, ou des objets détériorés depuis par l'action de l'air. Un certain nombre de ces dessins sont rendus par des gravures sur bois, intercalées dans le texte. Quant aux vases en verre et en poterie trouvés dans les tombes, ainsi qu'à la plupart des objets se rattachant aux vêtements et à la toilette, leurs formes variées ont été reproduites en partie par la photographie, appliquée à l'impression aux encres grasses. Le même procédé a été utilisé pour rendre avec la plus grande exactitude la silhouette de plusieurs crânes réservés aux études anthropologiques. Toutes ces planches sortent des ateliers de M. Krcxmer, auquel nous devons déjà les reproductions si réussies d'une série de calques, pris sur les miniatures du llorlus deliciarum de Herrade de Landsperg.
Deux plans, l'un à 'Aooo, l'autre à '/^so, sont joints à ce mémoire. Le premier indique la situation de la nécropole, au pied des anciennes fortifications disparues depuis. Il comprend l'espace s'étendant depuis la nouvelle porte Blanche jusqu'à l'auberge de la Charrue et figure l'état actuel du terrain, avec les vastes remises au service du chemin de fer, avec le réseau de rails en voie de construction et la nouvelle route. Comme l'indiquent les chiffres marquant la différence des niveaux, cette route, par une pente douce, qui commence un peu au delà de l'axe de la rue du faubourg Blanc, arrive à la profondeur de la «Wallstrasse» pour pouvoir passer sous les viaducs ferrés et sortir des remparts, au
sud de la nécropole. L'aspect de ce terrain a tellement changé depuis la disparition de nos fortifications, qu'il n'y reste plus rien pour orienter nos souvenirs et qu'il devient difficile de démontrer sur place dans quel rapport la diminution successive du cimetière se trouve avec les travaux des ingénieurs de Vauban d'une part et ceux du génie militaire allemand de l'autre.
Il a donc semblé utile de figurer l'ancien état des lieux, avec les remparts aujourd'hui démolis, avec leurs fossés et les voies de communication d'autrefois; mais pour ne pas charger le plan et le rendre diffus, tous ces détails ont été portés sur un feuillet spécial, en papier transparent, exactement appHqué sur le plan et susceptible d'être soulevé pour l'étude de ce dernier. La transparence du papier permet de se faire une idée des proportions probables qu'avait encore, en 1878, le cimetière romain, traversé par la voie romaine d'Argentorat à Tres-Taberna^. Les anciens niveaux, indiqués par des chiffres, feront voir de combien le sol a été décapé d'une part et remblayé de l'autre dans la transformation récente.
Pour mieux parler aux yeux, j'ai fait de ce travail une vue cavalière. Elle porte le numéro I ; le plan masse à laquelle elle s'adapte, est marqué IL
Les explorations n'ont pu avoir lieu que dans la partie située au nord de cette route antique, la partie sud ayant été bouleversée depuis longtemps: elles sont consignées sur le plan III, qui présente la situation exacte et l'orientation des tombes examinées. Celles-ci sont marquées d'après l'ordre des découvertes, d'où il résulte que les numéros ne se suivent pas habituellement sur le plan, inconvénient qu'il n'a pas été possible d'éviter, à moins de renoncer à la présentation du mémoire sous forme de journal.
On trouvera dans le cours de mes rapports les noms des personnes qui m'ont rendu des services spéciaux dans les
fouilles. Je dois relever surtout que sans le concours empressé des diverses administrations supérieures, particulièrement de la direction du chemin de fer d'Alsace-Lorraine et du génie militaire, dont j'ai déjà eu l'occasion de signaler la bienveillance à l'occasion de mes fouilles à Kœnigshofen, la découverte de la nécropole d'Argentorat aurait été perdue pour la science.
Quant aux savants qui m'ont été utiles dans mes recherches et études faites à cette occasion, je dois une mention spéciale à M. le D"" Barack, bibliothécaire en chef de l'Université, qui m'a donné des preuves réitérées de sa complaisance bien connue, et à MM. les conservateurs de musées, pour les facilités exceptionnelles qu'ils ont bien voulu m'accorder dans l'examen d'objets précieux confiés à leur garde. L'amabilité et l'empressement avec lesquels M. de Mortiller, un des préposés du Musée des antiquités nationales du château de Saint-Germain-en-Laye, M. le D"" Schœtter, secrétaire de la Société historique de Luxembourg, M. le professeur Hettner, conservateur du Musée de Trêves, M. le colonel de Cohausen, conservateur du Musée de Wiesbaden, et M. le D"" Essenwein, conservateur du Musée germanique de Nurenberg, m'ont fait les honneurs des collections de leur ville, resteront toujours un des plus agréables souvenirs de mes trois derniers voyages archéologiques. M. le professeur aus'm Weerth, président de la Société des antiquaires des pays rhénans, a poussé la bienveillance jusqu'à me faire voir, outre les musées de Bonn, les collections publiques de Cologne et de m'introduire dans quelques collections privées, entre autres celles de MM. Disch et Herstatt. Je prie cqs messieurs de vouloir recevoir ici l'expression de mes sentiments de reconnaissance.
Strasbourg, 5 décembre 1880.