‹ Le cimetière gallo-romain de StrasbourgChapitre 24 sur 27 · COCBST. £« tHttam de Ckildtrie f, p. Gl · texte numérisé non relu

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On peut se demander quel a dû être Taspect extérieur de notre cimetière romain. A une époque plus reculée, un cippe orné de sculptures, une dalle dressée, portant l'image du défunt et rappelant ses noms et qualités, quelquefois un édicule somptueux, abritant des statues, décoré de sculptures et entouré de bosquets, signalaient la place où le riche avait trouvé sa dernière demeure; une slèle, un simple titulus, on même seulement une pierre grossièrement appareillée marquaient celle de personnes moins favorisées par la fortune. Un nom et un souvenir s'attachaient à chaque tombe; celle-ci était devenue Tobjet d'un véritable culte et devait pour cela être facilement distinguée des autres.

Partout, dans les provinces comme à Rome, on avait soin de choisir pour lieu de sépulture un emplacement qui fût en vue et facilement abordable. C'est ainsi que nous voyons encore les monuments funéraires s'aligner le long de la route, aux abords de Pompéï. Tel a du être Tusage dans l'ancien Argentorat, comme le prouvent les dalles sculptées d'Autronius, de Largennius et de Titus, toutes du premier siècle de notre ère et trouvées le long de la voie romaine qui de Strasbourg menait à Saverne. Cette manière de distinguer les tombes subsistait-elle encore dans les lieux de sépultures par agglomération, quand à l'élément gaulois que les Romains avaient eu le talent d'assouplir à leurs usages vint se joindre Télément germanique, représenté dans notre cimetière par un assez grand nombre d'individus? Il est permis de le croire, car nous trouvons, près des corps au type germain énergiquement accentué, les mêmes vases et autres objets funéraires que dans les tombes dont les squelettes accusent une origine italique. A des nuances près, résultant du déclin de l'art, ainsi que de la diversité de races et de croyances, l'aspect extérieur de la nécropole n'a dû différer au IV® siècle de celui que présentaient autrefois les abords des grandes villes que par le nombre plus considérable et plus varié des monuments répartis sur un môme endroit, où la modeste tombe du pauvre n'était pas entièrement oubliée, peut-être encore par l'abondance du gazon, dont on couvrait d'abord le cercueil, puis le tertre, et de la végétation dont la trace mêlée aux substances des fréquentes et nombreuses libations a été si souvent notre guide. L'absence actuelle des monuments ne peut pas être invoquée contre nous comme une preuve du contraire. Renversées par les barbares lors des invasions qui ont ravagé et dépeuplé le pays, les pierres sculptées, toujours d'un emploi facile, ont été plus tard utilisées comme matériaux de construction, comme il a été constaté en bien des endroits. Presque toutes ont dû avoir ce sort; nous n'en avons pas rencontré une seule durant nos fouilles. L'unique monument lapidaire portant

une inscription qui ait été trouvé, fut déterré en octobre dernier, au sud de notre cimetière, à un mètre et demi de profondeur, près du grand hangar construit pour abriter les locomotives. Cette pierre, qui est assez bien conservée et n'a subi de détérioration que le long du côté droit, mesure (P,805 en largeur, sur une hauteur de (P,25.

En voici l'inscription :

C LVCANIAE CARAII EIANVC0NIV8 PRll MANV8 VETERANVfl CONIVGI XXi

cA Gaia Lucanla, sa chère épouse, Januconius Primanus, vétéran.

Les noms de Tépouse chérie dont ce monument doit conserver le souvenir, se rencontrent assez fréquemment ailleurs Ml n'en est pas de même du nom de famille du soldat émérite, que, par suite d'une de ces inadvertances arrivées à toute époque, le tailleur de pierre a peut-être mal reproduit.* Les exemples pour le cognomen Primanus ne sont pas rares.' S'il faut voir une indication d'âge dans les deux X qui terminent l'indication, il y a eu omission de la lettre A qui devrait les précéder. Quant aux caractères de l'inscription, un seul, le dernier de la première ligne, parait douteux. Le jambage I parfaitement reconnaissable pourrait appartenir à un E, car la pierre est écornée en cet endroit. Toutefois, la forme A I à côté de la terminaison usuelle AE n'est pas sans exemple\

1. Voyez pour le premier: Mommsbn. Corpus intcriptionum UUinarum III, 4918; Y, 7959. — L. Renier. InscripHons romainet de V Algérie, 111,

Pour le secoQd, le cogoomen :

Brambach. Corpus inscripL rhen., 920, 922. — MoMifSEN. Corpits inscripL latin. III, 4718; Inscriptiones regni neapolitani latini, 4635. — Muratori. Novus thésaurus veterum inscripHonum , édit. 1740. H p. MCXXXVIII, 6; m MDCGII, il. ~ Fabretti. Corpus inscriptionum italicarum arUiquioris œvi, Turin, 1867, n® 1673.

2. Mentionnons sous toutes réserves un vase en poterie trouvé à Rheinsabern, sur lequel est gravé le nom lANVGO. v. D' von Heppner. Dos rômische Bayem in seinem Schrift' uni Bitddenkmalen. III. AuQ. 1852 p. 279. — Massmann donne un fac-similé de cette inscription dans son Liber aurarius p. 53.

3. MoMMSEN. Inscriptiones regni neapoL lat, 380 bis, — Corpus inseripi, latin, UI, 55C4, 6010 170, [1318, 1405, 3591, 5812] 6267; V, 1162.

i. Ibidem Y, 2240.

On m'a remis avec ce lilulus un Tragniciil dn bas relier qui (itriiruit la dame rumainc, dont la tôtc seule csl conservée, le torse d*une statue à peine ébauchée et les restes de quelques vases, partie en terre samionnc, partie en argile ordinaire. Parmi ces derniers se ti'ouvent les fragments d'une urne avec figure humaine en relief, grossièrement pétrie de la main. Ce n'est pas sans peine que j'ai pu savoir à peu près l'emplacement lie la tombe, qui a été une sépulture par incinération. On la trouvera notée sur le plan II, à la lettre F.

Ce titre sculpté ainsi que le torse sont déposés aujourd'hui parmi les monuments lapidaires qui garnissent le clollre de l'église de Saint- Etienne; les débiîs de vases ont été placés dans la vitrine, exclusivement destinée aux objets exhumés près de la porte Blanche. Ils y figurent a côlé des nombreux spécimens de la céramique du III' et du IV siècle, près des bronzes, des objets de toilette et des produits plus importants de la verrerie antique, dont la précieuse collection formera un des premiers fonds de notre futur musée provincial. L'inventaire des objets déterrés près de la porte Blanche sera pubUé sous peu. il se compose à cette heure de 400 numéros.

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