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APERÇU DE CE QU’EST, ACTUELLEMENT, UNE GRANDE FIRME CINÉMATOGRAPHIQUE

Nous ne saurions achever cette étude sans tracer un court tableau de ce que doit être, à l’époque : actuelle, une firme cinématographique pour répondre au développement même que réclame l'industrie du cinéma. Il. est malaisé de s’en faire une idée. En traçant rapidement l'histoire du développement des Établissements Gaumont, qui peuvent étre considérés comme la plus ancienne et l’une des plus importantes firmes cinématographiques du continent, nous en donnerons un aperçu général.

Spécialisé tout d’abord dans la construction des appareils photographiques, M. Léon Gaumont construisit en 1896 le chronophotographe, utilisant la came d'entraînement brevetée par Demeny. Cet appareil vient immédiatement après le ciñématographe des frères Lumière; c’est un des prédécesseurs des appareils cinématographiques actuels.

Sous le nom de Chrono, M. Gaumont construisit le premier appareil de cinématographie pour professionnel.A l'Exposition de 1900, les + des attractions

cinématographiques en étaient pourvues. Dès lors un département nouveau fut créé. À côté des ateliers de constructions, l’exécution et la prise de vue ainsi que l'édition des films. Ce développement si important amena, en 10906, la création de la Société des Établissements Gaumont.

Établis à Belleville, près des Buttes-Chaumont, les ateliers qui, en 1896, occupaient un local exigu de 200m° avec 12 ouvriers deviennent, en 1912, une cité de 15 000M disposant de 1000 chevaux de puissance. Ces 1o00 chevaux de, puissance nécessaire sont fournis par la Compagnie Parisienne de Distribution d'Électricité sous forme de courant diphasé à 12000 volts. La station centrale électrique est un modèle du genre avec ses trois groupes de deux transformateurs chacun et sa commutatrice. Le courant d’utilisation est, pour l'éclairage : alternatif à 110 volts, pour tous les autres emplois : continu à 110 volts également. . Tous les conducteurs intérieurs à la station sont en barres. d'aluminium. Les canalisations extérieures, en câbles de cuivre, d’un développement de 50%, placés tous dans des couloirs souterrains, aérés, permettant contrôle et visite aisés et contenant également toutes les canalisations d’eau, de gaz, d'air comprimé nécessaires aux divers ateliers.

Les familiers de l'usine appellent ce dédale de souterrains : le Métro. M. Gaumont, quand il fait allusion à la surprenante transformation de la maison familiale, comportant un grand jardin auprès des Buttes-Chaumont dans un des endroits les plus élevés de Paris, jardin au fond duquel fut construit

naguère le premier atelier, indique, avec simplicité : « Nous avons semé de la brique, ici, et elle a poussé tant et si bien qu’elle a donné cette immense usine. »

Il oublie d'ajouter que le semis fut arrosé d’un travail assidu, qu'il fut disposé par une rare compétence et que la récolte a toujours été dirigée avec une maîtrise sans pareille par l’averti semeur.

L'édition des films dispose d’un immense théâtre de plus de rooom* présentant, par endroit, près de 20" de hauteur. Dans cette salle, nombre de films sont tournés; d’autres, plus nombreux, l’étant en plein air, parmi des décors naturels.

A ce théâtre sont adjoints :

Un bureau ou comité de lecture qui prend connaissance des scénarios proposés et donne son avis sur les chances que peut présenter leur exécution;

Une régie qui s’occupe de la convocation des artistes pour chaque metteur en scène et de la préparation matérielle des scènes;

Un vaste atelier de peintres-décorateurs de plus de 8oom’où des artistes peintres spécialisés établissent, en se documentant aux meilleures sources, toutes les maquettes et les décors de scènes :

Un atelier de menuiserie qui crée tous les accessoires dont il est besoin, voire même jusqu’à des wagons, des ponts, des bateaux, etc.;

Des magasins de décors, d'accessoires, de costumes, d'ameublements qui constituent de véritables musées de toutes les époques, de tous styles tant français

qu'étrangers et qui renferment les mille et mille objets que réclame l'agencement des scènes.

Il n’est pas jusqu’à une ménagerie que la Société des Établissements Gaumont ne se soit vue dans l'obligation d'entretenir, lorsque certaines scènes comportaient l'emploi d'animaux, de fauves notamment.

Quelques chiffres fixeront le développement de cette firme cinématographique : le nombre des agences atteignit 52, en 1914 avec un personnel total de 2100. Le chiffre d’affaires, de 900 oooff en 1904, passait à 30 millions en 1912. Le capital de 4 millions en 1913 est, en 1923,de 10 millions. Les ateliers occupent 25 o00m",

Bien que le théâtre soit entièrement construit

en verre, il est généralement suppléé à la lumière du jour, rarement suffisante, par un abondant emploi de lumière électrique qui prête encore un aspect féerique à cet étrange caravansérail. Cet éclairage artificiel peut utiliser jusqu'à 250 lampes à arc de 60 ampères.

. L’actinisme, nuisible pour l’acteur, de cette lumière de l'arc électrique, est évité par l’interposition de verres spéciaux riches en plomb, qui arrêtent les rayons ultraviolets, seuls nocifs.

Deux autres salles pour les prises de vues de films parlants ont été successivement construites et agencées, Enfin, pour pouvoir filmer en hivéx, la Société des Établissements Gaumont a acquis à Nice un terrain

de 10 oo0m* sur lequel élle a édifié un autre théâtre avec toutes ses dépendances. |

Un autre service important mérite une mention : celui des Actualités. C’est lui qui, à l'affût des événements divers qui peuvent intéresser le grand public, envoie, par les moyens les plus rapides, des opérateurs expérimentés, véritables reporters cinématographiques, en prendre des vues qui sont aussitôt éditées et constituent chaque semaine une revue cinématographique.

L'utilisation de plus en plus grande du cinématographe, comme moyen de vulgarisation scientifique et de documentation, a, depuis plusieurs années déjà, amené les Établissements Gaumont à créer toute une organisation spéciale, entièrement différente naturellement du département Théâtre et qui produit, de son côté, un grand nombre de films.

Une subdivision de ce service est tout particulièrement occupée de la microcinématographie ou cinématographie des infiniment petits.

Ce sont encore des opérateurs de ce même service qui sont délégués pour aller prendre, non seulement en France, mais en tous pays, les vues des sites les plus remarquables et les documents ethnographiques ou géographiques des plus intéressants.

Nous avons dit plus haut que les Établissements Gaumont pouvaient produire par jour jusqu'à 100 000 de films positifs, soient 5 millions. d'images.

Pour absorber une telle production, un service commercial tout spécialement bien organisé doit être prévu. C’est le service dit des « agences »," divisé

en sections dont chacune représente un des pays du monde. Son rôle est multiple. En particulier, il fournit à chaque section les titres et sous-titres des films en la langue de leur pays, ainsi que les notices qui s’y rapportent.

Toutes les grandes firmes cinématographiques telles que les Établissements Gaumont, la maison Pathé-Cinéma, etc., s’adjoignent des imprimeries parfois nombreuses, Certaines impriment les notices qui accompagnent chaque film édité. Une imprimerie spéciale, la plus importante, imprime les affiches polychromes de grand format et en cinq couleurs qui lancent et illustrent l’annonce des films tournés et achevés. Les dessins originaux de ces affiches sont souvent créés aux usines mêmes dans un atelier spécial de dessinateurs.

Le succès assuré du Cinématographe amena M. Gaumont à disposer d'un certain nombre de salles modèles propres à indiquer aux directeurs d'attractions comment devait être organisé ce genre de spectacle. Ces salles devaient offrir le maximum d’hygiène, de confort, de luxe, propre à attirer et à retenir Le public. C’est ainsi qu'une petite salle, de 400 à 500 places, fut organisée en plein boulevard où Phonoscènes, Filmparlants et films du Chronochrome ont été présentés au public.

Pour montrer que les films parlants pouvaient être entendus dans une grande enceinte, la Société des Établissements Gaumont transforma en un vaste et luxueux théâtre de cinéma la salle de l’ancien hippodrome qui devint « Gaumont Palace » un des plus

beaux établissements de ce genre du monde entier. Cet immense édifice (plus de 50 ooom*, 3500 spectateurs assis et 1500 debout) projette, en dehors de la production propre des Établissements Gaumont, les plus beaux films des autres Éditeurs, français et étrangers. Les projections y sont faites par transparence, la cabine de projection se trouve à 35M derrière l'écran.

Une autre salle de spectacle, en plein centre, l'Établissement de Madeleine-Cinéma, située, comme son nom l'indique, auprès de la Madeleine sur les Grands Boulevards, acquis par la Société des Établissements Gaumont, est destinée à garder sur, l'écran, le fplus longtemps possible, des films exceptionnels.

Il faut ajouter parmi les spécialités que la Société des Établissements Gaumont a dû s’adjoindre : un atelier d'optique où sont taillés les verres d'objectifs; une fonderie d'aluminium pour les nombreuses pièces moulées utilisées par ses divers ateliers, des ateliers d'émaillage, de nickelage, de vernissage, etc.

Mais tous ces perfectionnements ne sont pas le dernier mot.

Le phonographe, en effet, par son mode d’inscription même, et à cause de: l'obligation de lire cette inscription au moyen d’un style, ne permet pas d'obtenir la pureté même de la voix. Or, voici que d’autres moyens, n’empruntant que les seules vibrations lumineuses et les phénomènes électro-ioniques, vont permettre l'inscription et la reproduction des sons. C'est un perfectionnement inespéré de la photo-

cinématographie qui va donner la reproduction absolument parfaite du mouvement et de la voix.

La vie même, par la photographie animée et parlante, se peindra merveilleusement sur l'écran.

Le titan Prométhée avait, dit la légende, dérobé le feu du ciel. Pour le punir de cette audace, Zeus le fit clouer sur le Caucase; un aigle lui rongeait le foie qui sans cesse renaissait. Les poètes ont vu dans le Titan, auquel d’ailleurs Jupiter pardonna ensuite, la personnification du génie humain, constamment tourmenté par le désir de connaître, que le succès même ne saurait contenter et qui cherche, toujours plus loin et toujours plus au fond, la raison des choses et les mystères de la vie.

Les savants viennent de situer dans tous ses détails la migration étonnante d’un poisson merveilleux l’anguille, dont M. Schmidt a capturé, à 200" et 300 de profondeur, dans la mer des Sargasses, les œufs extrêmement délicats et les minuscules petites larves, de 4m, qui venaient d’en sortir. Ces petits êtres, frêles et délicats, quittent par milliards leur berceau et partent pour l'Europe, effectuant un voyage de plus de 60o00km en sens inverse de celui de leurs parents qui, glissant sur le fond de l’Atlantique, sont allés pondre dans la mer des Sargasses.

Les larves, elles, voyagent en surface, se nourrissent de plankton microscopique tout en ondulant constamment vers l'Europe. Et de cette foule immense d'êtres fragiles et sans défense, happés par d’innombrables ennemis, il parvient cependant en Europe, au cours du troisième été après leur naissance, assez

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de bestioles, ayant alors atteint 75"Mm (1), bour peupler chaque année les rivières du continent. On veut voir dans cette admirable évolution de l’anguille une preuve de l'existence de l’Atlantide, continent de l’époque tertiaire largement étendu entre l'Europe et l'Amérique et qui se serait abîmé sous les flots par cataclysmes successifs. Les fleuves de ce conti-. nent étaient peuplés d’anguilles qui venaient se reproduire dans les eaux littorales. Au premier effondrement de ce continent disparu, les larves d’anguilles allèrent chercher les fleuves nécessaires à leur évolution, les plus septentrionales atteignirent les fleuves de la partie de l’Atlantide, émergeant encore du côté de l’Europe. Mais, comme leurs ancêtres, elles revenaient pondre au lieu où ceux-ci en avaient la millénaire habitude. Ainsi, les anguilles européennes se sont adaptées progressivement à faire, en trois ans, les 6oookm de leur voyage larvaire héréditaire. Trois ans, qui correspondraient aux trois stades de l'effondrement de l’Atlantide. |

Nous avons, nous aussi, dérobé le feu du ciel, et nos patientes observations nous ont permis de l’asservir au point qu'avec une merveilleuse souplesse, il s'adapte sous le nom d'électricité à tous nos caprices. Mais cependant nous ne connaissons pas plus sa nature intime qu'aux jours lointains où ses éclairs effrayaient nos craintifs ancêtres. Connaîtrons-nous jamais la raison dernière de ses effets ?

(1) À leur passage aux Açores, à leur deuxième été, elles ont 5somm de longueur.

Certains'croient que l’homme serait naguère parvenu à un très haut degré de civilisation dont celle que nous voyons actuellement ne donne aucune idée

Il serait arrivé à un état de connaissance des choses à peu près parfait. D'indicibles cataclysmes l'aurait précipité dans le dénûment et renvoyé à la sauvagerie primitive. Mais une vague tradition de cet état antérieur, quasi divin, resterait en son esprit et son génie viendrait de sa divinité première demeurée en sa conscience. C’est ainsi que se serait établi le mythe, constant en toutes les religions, de Lucifer, celui du Paradis, et encore celui de la Chute et de la Rédemption.

Quelle parcelle divine notre esprit curieux a-t-il donc ainsi ravi? Est-ce un atavisme très lointain venant du Créateur inné de toutes choses et de toute vie qui tourmente notre désir et nous fait explorer jusqu'aux ultimes arcanes de la pensée et de la sensation ? Est-ce ce divin feu d’une pensée céleste qui nous porte à construire de toutes pièces, avec tous leurs aspects, les formes les plus délicates et les plus nuancées du mouvement, de l'expression et de la parole? On le croirait en constatant la persistante patience, aiguillée elle aussi vers un pôle de réalisation précise et complète, en observant la perspicace et pénétrante persévérance qui nous à conduit à reproduire sur l'écran, d’une aussi complète, parfaite et séduisante façon, les formes les plus diverses, les plus artistiques et les plus captivantes de la couleur, de la parole et de la vie. :

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