‹ Le circulation et le poulsChapitre 2 sur 669 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

a La vie d"un homme est trop courte, pour qu'il puisse découvrir, par luimême, tous les secrets de la uature et de la science. Il faut donc réunir en corps toutes les observations des âges précédents, et, s'il est permis de le dire, faire ainsi de tant d'hommes séparés par les siècles un seul homme d'une science infiuie. »

Galiepc.

" Ars longa, vita hrevîs. L'art médical est long^ la vie est courte ; parfois l'occasion favorable ne dure qu un moment, l'expérience est trompeuse, le jugement difficile. Il faut non seulement faire soi-même ce qui convient, mais encore être secondé par le malade, par ceux qui l'assistent et par les choses extérieures. ï)

Il convient de commencer par ces belles et sages sentences du père de la médecine un livre sur la circulation du sang et la valeur séméiotique du pouls.

Aucun sujet n'a été plus souvent, plus universellement étudié. Explorer le pouls fut toujours regardé comme la première science, le premier devoir du médecin. Mais combien d'entre eux l'ont étudié toute leur vie, sans comprendre sa véritable signification !

Les uns, mettant leur imagination à la place de la réalité, ont inventé autant de nuances du pouls qu'ils ont pu trouver de nuances dans les expressions du langage, comme Galien.

Les autres, partant d'idées préconçues, mais non sans justesse, ont posé d'avance cette règle : qu'il existe un pouls

vj . INTRODUCTION.

pour chaque organe, chaque région du corps humain : ce fut l'œuvre de Bordeu.

Quant à la multitude, elle s'est bornée à prendre au pouls sa notion simple et naturelle, le nombre ou \qj fréquence, en ajoutant quelques données de grandeur ou de petitesse ordre ou d'irrégularité.

Mais chaque siècle a le devoir de présenter à la jeunesse la science sous une forme neuve, avec ses acquisitions récentes, comme une nourriture nouvelle destinée à développer son intelligence. Cette nourriture, la science la puise à la fois dans le passé représenté par les ancêtres^ dans le présent oii brille toute la phalange de nos savants, en même temps que l'auteur du livre présente ses propres idées à l'acceptation de Vavenir.

En agissant ainsi, on établit, non point le mépris du passé, ou son antagonisme avec le présent, mais bien la lutte, la lutte courtoise et féconde pour le progrès. — Oui, le progrès dans la tradition, telle est notre devise, nous souvenant de cette observation judicieuse de Baglivi: (( Novi veteribus non opponendi, sed, quoad Jieripotest, perpétua jungendifœdere. On ne doit point opposer les modernes aux anciens ; mais, autant que faire se peut, les unir dans un pacte perpétuel. »

Hippocrate ^ a dit : (( Pouvoir explorer est,' à mon avis, une grande partie de l'art. ))

Aussi, dans ce traité, nous faisons une grande part aux appareils inventés pour l'exploration des organes ; et nous proposons nous-même deux instruments pour étudier la circulation, l'un par des tracés à l'encre, l'autre par des schémas photographiques.

On ne peut nier, en effet, Timportance des instruments de précision pour les sciences. Vivant dans le temps et dans l'espace, l'homme a voulu se rendre un compte plus fidèle de

,* HiPPOCriATE : — Me'ya 8j (jLÉpo; YiY£0[Ji.ai Tïjç Te/^ôç Eivmi to SûvaaÔai o-y.ouEïv. — Epidém. Il,

INTRODUCTION. vij

tout ce qui l'entoure, en le comparant à ces deux mesures naturelles.

De mêmC; en face de l'étude de sa propre nature, l'homme reconnaît que ses sens deviennent insuffisants pour pénétrer le secret des fonctions; il lui faut inventer des procédés nouveaux pour fixer l'expression fugitive du bruit, du temps ou du mouvement dans son organisme.

Mais, dira-t-on, il s'est trouvé dans tous les âges d'excellents médecins qui n'avaient recours à aucun instrument; se guidant sur les appréciations ordinaires des sens, ils savaient suppléer à tout le reste par ce tact exquis que l'on appelle Vart médical !

Sans doute, il y eut de tout temps de grands médecins; nous saluons avec respect les noms de Galien, BoerrJiaave, Sydenham, Haller, Stahl, Bordeu, Fouquet, etc.; mais comme ils étaient rares ceux qui possédaient ce don de Vart médical ! L'immense majorité ne dépassait point la science vulgaire. Or, si l'on réfléchit combien, malgré tout, leur savoir était bornée on cessera de les comparer aux médecins de nos jours. '

L'étude des fièvres malignes, intermittentes, éruptives ; la description de quelques inflammations ou de syndromes vagues, comme Vhydropisie, le délire, Vamaurose, voilà les bornes de leurs études.

De nos jours, le savant docteur Double regrettait l'incertitude du pouls, le peu de fixité de ses caractères, et l'insuffisance des moyens que la nature amis à notre disposition pour apprécier ses qualités par le tact. En eiFet, depuis la découverte de la circulation jusqu'à lui, la connaissance du pouls avait fait bien peu de progrès. Il y avait de quoi décourager les plus persévérants.

Cette incertitude n'aurait jamais eu de solution, si l'art médical n'avait réclamé aux sciences accessoires des moyens fidèles pour fixer ces ondulations vagues, fugitives, aussi

viij INTRODUCTION, changeantes, aussi variées que les flots de la mer, et qui sont les flots de notre propre sang. Sans cette ressource, l'inégalité des organismes humains est trop grande, pour que deux médecins puissent observer également des nuances aussi délicates. Ainsi le daltonisme nous montre tous les accidents causés par la confusion des couleurs, et les astronomes ont dû tenir grand compte de Y erreur <ï équationpersonnelle d'après laquelle Argelander observait le passage des étoiles sous le fil de la lunette une seconde plus tard que Bessel, et Struue un quart de seconde plus tôt que Walhech. Or, en sphygmographie, ce sont des cinquièmes de seconde qu'il faudrait apprécier pour l'étude des dicrotismes, et des centièmes pour le retard du pouls dans les anévrysmes.

Si quelques natures d'élite peuvent atteindre à cette perfection, presque toujours l'enseignement de ces hommes reste impuissant à former des élèves, ne retrouvant pas chez eux la délicatesse des sens nécessaire pour vaincre dépareilles difficultés. Yoilà pourquoi toute science commence par l'art, c'est-à-dire par Y inspiration qui devine sans analyser ; et pourquoi tout art se continue par la science, qui ne devine plus, mais qui analyse, et, par une série de méthodes, réduit l'erreur personnelle, mettant la vérité à la portée de tous.

Quanta nous, médecins, notre siècle s'honore d'avoir vu naître l'application des méthodes exactes à la science îatrique : — V auscultation et le sthétoscope avec Laennec; • — \2i percussion digitale Avenbrugger ; — le plessimetre de Piorry et \^ marteau de S^'ot^a. Quelle transformation, dès lors, pour la connaissance des afi'ections de poitrine et du cœur !

Plus tard, V oplithalmoscope de IJelmoltz. le laryngoscope de Czermach n'ont-ils pas éclairé d'une manière inattendue l'étude des affections des yeux et du larynx ?

A la génération actuelle appartiendra plus spécialement l'étude du pouls artériel et veineux, — des mouvements du cœur, — de la chaleur animale.

INTRODUCTION. ix

Puis encore, l'application de la photogrçiphie à toutes les sciences physiologiques et médicales.

Notre livre est divisé en cinq parties.

I. — Dans la première, nous consultons Vhîstoire et nous voyons peu à peu naître la science de la circulation et du pouls.

Ce sont d'abord de faibles lueurs. La vérité est parfois entrevue, mais bientôt obscurcie, rejetée ;. les erreurs font loi;, et la théorie voile l'expérimentation. Mais voici que nous assistons aux grands débats qui ont illustré les noms de Servet, de Césalpin, de Colombo et de Harvey, la lumière se fait sur le grand problème de la circulation, et pour rendre pleinement hommage à ces savants, quatre portraits nous les font connaître et les présentent pour ainsi dire vivants devant nous.

La science du pouls en Chine est poussée à un très haut degré. Nous avons dû aborder aussi cette question, mais sans pouvoir en tirer grand parti.

IL — Dans la seconde partie, nous établissons Vétat actuel de nos connaissances sur la circulation.

Ces travaux sont innombrables. Nous avons dû résumer seulement les principaux.

Nous passons avec eux en revue les circulations cardiaques, artérielles, capillaires, veùieus es ; nous assistons, avec les travaux de Dareste, a la naissance, à la formation de ces organes, de ces appareils, et nous arrivons à la grande découverte des nerfs vaso-moteurs, gloire toute française, puisqu'elle appartient surtout à Claude Bernard.

A notre tour, munis d'un nouvel appareil ' , plus délicat,

' Dans nos premiers travaiix de sphygmographie, nous avions donné à notre instrument le nom de pulsographe, qui nous avait paru plus simple, plus compréhensible.

Le savant Littré, dans un de ses articles, nous a reproclié la création de ce mot liybride, moitié latin, moitié grec.

« Nous aurions pu lui répondre que notre langue presque entière est un tissu de grec et de latin mélangés.

« Nous aurions pu lui objecter encore qu'il avait donné place dans son grand

Page 1